Historique de la paroisse Saint-Jean

Ses débuts (1841-1875)

L’Église Saint-Jean est la plus ancienne communauté protestante de langue française à Montréal.

Son premier responsable, Émile Lapelletrie, était venu de France à titre de colporteur de la Société biblique de Montréal et une branche de l’Église presbytérienne l’avait consacré pasteur en 1841. Elle faisait ainsi passer dans son giron la communauté d’une centaine de membres dont il s’occupait et que lui enviait la Société missionnaire canadienne-française qui dut créer deux ans plus tard sa propre paroisse.

En 1842, la mission presbytérienne se réunissait dans un petite maison de bois au coin des rues Dorchester et Bransdon (emplacement actuel de l’édifice d’Hydro-Québec). Après le départ de son pasteur en 1850 pour raison de santé, la paroisse eut de la difficulté à le remplacer et, à partir de 1855, ce sont des laïcs qui ont animé la communauté. En 1861, Emmanuel Tanner, ce pasteur suisse qui s’occupait de l’autre communauté francophone montréalaise, quitta la Société missionnaire pour se joindre à la paroisse presbytérienne avec une vingtaine de ses fidèles. Deux ans plus tard, le nouveau pasteur avait réussi à faire remplacer la maison de bois par un temple de style gothique. Mais ce n’est qu’en 1869, sous la gouverne de son successeur, Charles A. Doudiet, que la mission reçut le nom d’Église Saint-Jean.

Sous la nouvelle Église prebytérienne (1875-1894)

En 1875, à la suite de la fusion des quatre branches des Églises presbytériennes, l’Église Saint-Jean fit désormais partie de l’Église presbytérienne du Canada. La communauté s’empressa de faire venir le père Charles Chiniquy, l’ex-prêtre catholique canadien-français et apôtre de la tempérance qui attirait les foules. Il prêchait au service du matin en alternance avec les étudiants du Collège Presbytérien et le pasteur Doudiet, au service du soir. Chiniquy n’était pas pasteur de la paroisse, mais ses fréquentes visites y suscitaient tant de conversions que l’édifice de la rue Dorchester parut trop petit. La congrégation acheta alors le Russell Hall, qui avait servi à la première église baptiste de Montréal, rue Sainte-Catherine, à peu de chose près sur l’emplacement actuel de l’église.

C. A. Doudiet redevint officiellement pasteur de la paroisse Saint-Jean en 1877. Ce fin lettré était aussi un prédicateur d’envergure et il sut attirer à l’église d’assez grandes foules. Lui succéda le gendre de Chiniquy, Joseph Luther Morin (1888-1896), qui accepta en 1895 la chaire de français à l’université Mc Gill. Cette période fut très active, rehaussée à bien des reprises par la présence de Chiniquy. Le couple Morin sut réunir autour de lui des personnalités de l’époque, universitaires, théologiens ou hommes d’affaires. Le total des communiants passa à 70.

Le nouveau temple de la communauté (1896-1912)

On démolit le Russell Hall en 1894 afin de constuire un nouveau temple et pendant deux ans, ce fut l’Église méthodiste de la rue Craig qui accueillit la communauté avec partage de la Sainte-Cène dans un esprit tout à fait œcuménique.

Après quelques difficultés au moment de la construction, l’église actuelle fut enfin inaugurée le 29 mars 1896 sous le pastorat de Calvin E. Amaron, fils d’un des tout premiers missionnaires suisses venus au Canada en 1840. « Ce fut un jour d’agapes fraternelles et de grandes réjouissances pour la congrégation qui enfin pouvait se réunir dans un lieu de culte propre et coquet » (Joliat).

En 1899, la fermeture de l’école française de jour qui se réunissait dans le sous-sol de l’église permit d’engager par les économies réalisées la diaconesse Léa Tanner, pour visiter les familles pauvres du quartier et leur venir en aide. Pourtant cette fermeture d’école est de mauvais augure pour les francophones, elle n’est qu’un jalon dans la phase d’anglicisation des protestants francophones parce que l’église catholique refuse à ces derniers le droit de fréquenter les écoles communes françaises, exclusivement réservées aux catholiques. Le pasteur Amaron s’entendait aux affaires et il réussit à réduire considérablement la dette de la communauté liée à la construction du temple, mais dut quitter pour prendre en charge le journal L’Aurore (1866-1988), porte parole des courants protestants au Québec.

Le pastorat d'Henri Joliat (1912-1948)

Ouvert, jovial, travailleur, parfois original, le pasteur Stanislas Saint-Aubin (1907-1912) avait eu le don de rejoindre les jeunes. Pourtant, plusieurs paroissiens n’aimaient pas ses prédications malgré la richesse de leur contenu. Son style devait trop contraster avec celui de ses devanciers immédiats et plusieurs paroissiens se détachèrent de la communauté. C’est le pasteur Henri Joliat qui se chargera de rassembler son troupeau, et pour longtemps. En effet, il s’occupera de la paroisse pour 35 ans de 1912 à 1948, soutenant de son charisme de multiples activités. Il se fixe comme but d’évangéliser les âmes, de les nourrir spirituellement, et de libérer sa congrégation de sa dépendance des fonds missionnaires.

Il sait s’entourer « d’âmes diligentes, ferventes, loyales et désintéressées » comme il le dit: anciens du Conseil, secrétaires, organistes et membres de la chorale, moniteurs de l’école du dimanche, dames de la société missionnaire, dames de la société Dorcas (qui s’occupe de recueillir des fonds et de mettre sur pied des activités paroissiales), jeunes de la société d’activité chrétienne, diaconesses chargées d’aider les pauvres et de visiter les malades, tâche particulièrement nécessaire durant la terrible année de la grippe espagnole de 1917, mais aussi par la suite en bien d’autres circonstances.

La paroisse est nombreuse et ses activités, multiples. Si elle profite de la venue des immigrants, elle bénéficie aussi de l’arrivée en ville de nombreux protestants francophones venus d’un peu partout dans la province pour s’ajouter aux familles protestantes québécoises anciennes qui forment toujours la majorité des fidèles. Elle compte 140 communiants en 1923, le double d’en 1890. En 1922, elle devient indépendante et libre des fonds missionnaires. Grâce aux sommes recueillies par la Société Dorcas, l’église peut même se doter d’un bel orgue Casavant installé pour le jour de Pâques 1924.

Une paroisse de l'Église Unie du Canada dès 1925

Les Églises presbytérienne, méthodiste et congrégationaliste se fusionnent dans l’Église Unie du Canada en 1925 et l’Église Saint-Jean en fait naturellement partie avec les Églises de La Croix (Hochelaga – 1884-1947), Béthanie (Verdun – 1913-1994) et du Sauveur (Plateau Mont-Royal – 1877-1890 et 1924-1966, année où elle se rattachera à Saint-Jean). Ces autres églises fermeront au fil des ans de sorte que Saint-Jean demeurera la seule paroisse entièrement francophone de l’Église Unie à Montréal. Elle rassemble des gens qui viennent de l’île et des régions avoisinantes.

 

De 1948 à 1967, c’est le ministre Jacques Beaudon qui prend la relève de Henri Joliat. Il a des idées personnelles sur les problèmes cruciaux du protestantisme français dans un Québec nouveau et il le fait savoir par ses articles et par son travail à la radio et à la télévision. Il sera notamment un des porte parole des protestants dans la dure bataille scolaire qui mènera enfin à la création du secteur d’enseignement protestant français. Les paroissiens fréquentent l’église en très grand nombre et dans les jours de fête, le temple n’arrive pas à contenir tout le monde. Pourtant, à l’instar des autres paroisses qu’elles soient catholiques ou protestantes pour les raisons sociologiques que l’on sait, elle connaît une baisse de fréquentation à compter des années 1970, ce qui la ramène sous la dépendance des fonds missionnaires.

La communauté actuelle depuis 1967

C’est donc une communauté plus réduite, mais toujours vivante et active que le pasteur Maurice Nerny, « un enfant de la paroisse », prend en charge de 1967 à 1976. Plusieurs autres pasteurs dont Pierre Goldberger, Charles Odier, Jacques Labadie, Marc Wilson se succéderont à sa tête. C’est finalement Denis Fortin qui y est resté le plus longtemps, soit de 1992 à 2001. Depuis mars 2005, c'est le pasteur Thierry Delay qui est en charge de la paroisse.

À la fin de 2003, la paroisse Saint-Jean et la paroisse de Camino de Emaús ont mis au point un protocole d’entente sur l’utilisation commune du bâtiment à des fins pastorales, ce qui a comme effet de doubler les activités protestantes francophones au centre-ville. Cette même année, la paroisse est devenue ouvertement une paroisse inclusive (groupe Affirm United), à l’accueil inconditionnel de tous et de toutes, quelle que soit leur situation personnelle ou leur orientation sexuelle. Cette diversité humaine est vécue comme une richesse et cet accueil, comme parfaitement conforme à l’Évangile.

Au fil des ans et au gré des talents particuliers des pasteurs et des paroissiens, l’Église Saint-Jean s’est engagée à offrir une vraie communauté chrétienne à ses membres, à leur venir en aide au besoin, à travailler auprès des jeunes, à poursuivre le dialogue et le rapprochement œcuméniques, à militer pour la justice sociale au Québec et ailleurs, à accueillir des réfugiés, à favoriser l’intégration sociale des immigrants, à proposer des réflexions bibliques et pastorales de qualité.

Depuis quelques années, la détérioration du tissu social du centre-ville pose de manière nouvelle la question de la localisation de l’église. La paroisse en est très consciente et accueille dans ses locaux diverses activités propres à aider des personnes dans le besoin. Elle s’est donné comme mission d’annoncer au cœur de la ville le message de l’Évangile aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, de se vouer à l’éducation chrétienne, au ressourcement spirituel et à la célébration de la foi, dans un esprit de liberté, d’ouverture et d’accueil.