Capsules bibliques au cours des saisons

Ces capsules bibliques vont suivre le rythme des saisons de l'Église : Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Pâques, Pentecôte... Elles sont offertes à votre réflexion en votre chemin de foi.

Elles vous sont offertes par plusieurs auteurs, pasteurs, prêtres, théologiennes, écrivains... 

Elles se présentent en trois parties : un texte biblique, un commentaire et une prière de circonstances; à l'origine utilisées pour l'émission radiophonique Les Chemins protestants, elles ont compilées et retranscrites par David Fines.


Premier arrivé, premier à servir

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » 

Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 

Ils lui dirent : « Accorde-nous de siéger dans ta gloire l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. » 

Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » 

Ils lui dirent : « Nous le pouvons. »

Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder : ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé. » 

Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. 

Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il n’en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Marc 10,35-45

 

Jésus monte à Jérusalem. Il marche seul, un peu en avant de ses disciples, « dans sa bulle ». Il est tout absorbé dans sa relation avec son Père; tout absorbé aussi dans conséquences de la décision qu’il vient de prendre de « montre à Jérusalem ». Jacques et Jean s’approchent et lui demandent une faveur : « Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » Jésus répond par une question, une question qui revient à d’autres occasions dans l’Évangile, car il désire que nous lui exprimions notre désir : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » « Que l’un soit à droite de Jésus et l’autre à gauche dans sa gloire. » Bref, ces deux fils de Zébédée veulent obtenir les premières places !

À la deuxième annonce de la Passion, Marc avait déjà relaté l’incompréhension des disciples. Alors que Jésus leur confie qu’il sera livré aux mains des hommes, que ceux-ci le tueront et qu’il ressuscitera, eux ne comprennent pas et n’osent pas l’interroger. C’est Jésus qui, une fois arrivé à Capharnaüm, va leur demander de quoi ils discutaient en chemin. Ils se taisent, car « ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ».

À la troisième annonce de la Passion, ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi le Messie doit passer par l’ignominie de la croix pour parvenir à la gloire de la résurrection. C’est la gloire qui les intéresse, non la croix qu’ils devront prendre. Ils sont remplis de bonne volonté, mais ils ont du chemin à faire pour boire à la « coupe » de la douleur et être baptisés du baptême même de Jésus. L’expérience de leur faiblesse leur montrera la voie de l’humilité à suivre pour être vraiment près du Maître.

Dans cette logique de la première place, on peut comprendre que les dix autres apôtres s’indignent contre Jacques et Jean. Ils veulent aussi avoir la part du gâteau. Cette soif des honneurs est bien humaine. Jésus ne les reprend pas avec sévérité, comme il va le faire avec les pharisiens. Il est patient avec ses apôtres qui vont changer progressivement, qui cheminent dans la compréhension de son mystère. Après trois ans à les instruire, l’Esprit leur sera donné pour qu’ils intègrent cet enseignement capital : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Tout un défi pour notre égo, qui rêve souvent de grandeur et de pouvoir. Jésus nous invite à ne pas être au-dessus de tous, mais au service de tous. Nous devons calquer notre attitude à celle de Jésus qui s’est fait le serviteur de tous. Avec lui, premier arrivé, premier à servir.

Jacques Gauthier

théologien et auteur

 

Prière         

                      Le bonheur des autres

 

Seigneur, donne-moi de voir les choses à faire 

Sans oublier les personnes à aimer, 

et de voir les personnes à aimer 

sans oublier les choses à faire.

Donne-moi de voir les vrais besoins des autres.

 

C’est si difficile, Seigneur,

de ne pas vouloir à la place des autres,
de ne pas répondre à la place des autres,

de ne pas décider à la place des autres.

C’est si difficile, Seigneur,

de ne pas prendre ses désirs 

pour les désirs des autres, 

et de comprendre les désirs des autres

quand ils sont si différents des nôtres.

 

Seigneur, donne-moi de voir

ce que tu attends de moi parmi les autres.

Enracine au plus profond de moi cette certitude

qu’on ne fait pas le bonheur des autres sans eux.

 

Seigneur,

apprends-moi à faire les choses en aimant les personnes.

Apprends-moi à aimer les personnes 

pour ne trouver ma joie

qu’en faisant quelque chose pour elles,

et pour qu’un jour, elles sachent

que toi seul, Seigneur, est l’Amour.

 

Norbert Ségard (1922-1981)


Les signes des temps

Il dit encore aux foules : « Quand vous voyez un nuage se lever au couchant, vous dites aussitôt : “La pluie vient”, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du midi, vous dites : “Il va faire une chaleur accablante”, et cela arrive. Esprits pervertis, vous savez reconnaître l’aspect de la terre et du ciel, et le temps présent, comment ne savez-vous pas le reconnaître ?

Luc 12,54-56

 

Les grandes fêtes de Pâques sont derrière nous; bientôt ce sera la fête de l’Ascension, puis la Pentecôte. Et l’automne prochain, en octobre, sans doute allez-vous fêter l’Action de grâces, ou encore, pour le monde protestant, la Fête de la Réformation, le dernier dimanche d’octobre. Le 1er novembre plusieurs communautés font une procession au cimetière pour une célébration en mémoire de nos disparus.

Le 22 avril, c’est le Jour de la terre; bien des églises profitent de l’occasion pour bâtir une célébration autour de la préservation de l’environnement et de la sauvegarde de la Création.

Mais il est une journée spéciale qui passe chaque année quasiment inaperçue : le 29 juillet dernier2021, c’était le « jour du dépassement » de la capacité de renouvellement de la Terre.

Ce que cela signifie c’est que l’humanité, et particulièrement le monde dit développé, a épuisé toutes les ressources que la Terre est en mesure de produire pour soutenir notre consommation immodérée. C’est à l’aide des données complexes que l’organisme international Global Footprint Network calcule ce que la planète peut produire et ce que nous dépensons, et gaspillons.

Le constat ne fait pas de doute : la terre ne peut plus se régénérer. Elle est épuisée. Elle n’en peut plus. Elle ne peut plus suffire aux « besoins » des sept milliards d’êtres humains qui la peuplent.

Ce jour-là, c’était le « jour du dépassement », l’humanité est entrée dans sa période annuelle du « déficit écologique ». Ainsi on pourrait rebaptiser cette journée de « jour de la dette écologique ».

Première dette : tout ce que nous consommons à partir de cette date nous l’empruntons aux générations futures. Du 8 août à la fin de l’année, l’exploitation des ressources de la planète, qui ne s’arrête bien évidemment pas, aura pour conséquence dramatique de compromettre sa capacité de se renouveler et à nos enfants de vivre sur une planète en santé.

Ce qui devrait nous faire réagir, sinon nous alarmer, c’est que cette date est de plus en plus précoce chaque année : elle est passée du 21 octobre en 1993 (il y a vingt ans) au 22 septembre en 2003. En 2015, c’était le 20 août. Cette année ce sera autour du 1er juillet. On évalue qu’en 1961, il y a à peine cinquante ans, la population mondiale n’utilisait que 74% des ressources naturelles disponibles.

Nous consommons donc, et nous ne pouvons plus faire semblant de l’ignorer, plus vite que ce que la terre est capable de produire. Au rythme de consommation actuel, les demandes de l’humanité en termes de ressources écologiques exigeraient une fois et demie la capacité de la terre.

Bien sûr, tous les humains ne consomment avec la même boulimie. Si tous les humains consommaient comme des Canadiens, il faudrait l’équivalent de trois planètes et demie ! Comme la population des États-Unis : quatre planètes !

                Deuxième dette : les pays riches et sur-consommateurs ne peuvent maintenir leur train de vie létal que par l’exploitation et la spoliation, sinon le vol, des ressources d’autres populations et la destruction de leur environnement.

                Les conséquences de ce style de vie boulimique sont nombreuses… pour ces autres : raréfaction des ressources alimentaires (qui va manger en premier ?), conflits pour l’eau (qui se raréfie), accumulation des déchets (la terre ne peut plus les absorber, il y a saturation des sols et des eaux), hausse des températures, essentiellement causée par l’utilisation des énergies fossiles, qui chamboule le climat du globe et provoque une série de cataclysmes météorologiques, accentue la désertification, ce qui diminue encore plus la capacité de production… une vraie spirale suicidaire. Or, pour nourrir les neuf milliards d’humains, en 2050, il faudrait doubler la production agricole

Les chrétiens et les chrétiennes ne peuvent rester indifférents à ce phénomène. Les chrétiens ne peuvent pas faire comme si les « signes des temps » n’étaient pas là. Ils sont là tout autour de nous : destruction des milieux naturels, perte dramatique de la biodiversité, augmentation des températures moyennes, fonte des glaces polaires…

                On doit certes s’associer aux choses qui se font déjà : programme Églises vertes du Centre canadien d’œcuménisme, les programmes Réseau œcuménique de l’eau ou Pauvreté, richesse et écologie du Conseil œcuménique des Église, mais est-ce insuffisant pour dépasser notre apathie.

Les solutions existent. Mais la volonté ?

David Fines

 

Prière pour les espèces menacées

                Toi qui as créé cette merveilleuse et foisonnant biodiversité de notre planète de probablement plus de 30 millions d’espèces vivantes, tu nous demandes, en tant que co-créatures dont la survie même dépend de cette diversité, de prendre conscience de notre responsabilité envers les innombrables être vivants. Nous n’en connaissons qu’environ que le tiers de toutes ces créatures et certaines disparaissent avant même que nous puissions les répertoriés.

                Nous confessons notre responsabilité dans la disparition de centaines d’espèces vivantes.

                Le lourdaud dodo de l’Île-Maurice qui ne craignait par l’être humain et qui a disparu un siècle seulement après sa découverte; le tigre de Tasmanie, le kangourou-rat, la chouette `joues blanches, le courlis esquimau, la nette à cou rose (un canard de l’Inde), le bison d’Europe, le cerf de Yarkand, le magnifique ara glauque, la perruche de la Guadeloupe, le loup des Fakland, le mouflon du Canada, le renard volant, le lièvre-wallaby, le numbat de l’ouest australien, le wallaby de Grey, le loup du Canada, le bandicoot du désert, petite musaraigne au museau pointu…

                Au Québec six espèces endémiques ont définitivement disparues : la tourte qui n’existe plus que sous la forme de tourtière; le courlis esquimau, petit oiseau des côtes du Saint-Laurent, le wapiti; l’eider du Labrador; le grand pingouin; la patelle des zostères, petit mollusque des rivières; sans oublier le bar rayé que l’on tente de réintroduire dans le Saint-Laurent.

                Nous prions pour les espèces menacées au Québec : les beaux bélugas du Saint-Laurent, rongés par les maladies et les cancers à cause de la pollution des eux; le chevalier cuivré de la rivière Richelieu; la salamandre sombre des montagnes de la Montérégie; la véronique aquatique, petite plante aux minuscules fleurs d’un bleu violacé spectaculaire; la ouananiche du Lac-Saint-Jean; la salamandre à quatre orteils, que l’on retrouve en très peu de gites; le noyer cendré, envahi par des champignons exotiques; la moule d’eau douce qui filtre un litre d’eau à l’heure, tout y passe, métaux lourds, pesticides, produits chimiques; il en existe treize espèces dans la rivière Saint-François dont huit sont sur la liste des espèces en péril; la toute petite rainette faux-grillon qui est la première grenouille à chanter au printemps; et que dire des abeilles qui meurent par milliers, insectes essentiels à la pollinisation des plantes dont la disparition aura des conséquences dramatiques pour la faune ? Pourrons-nous un jour à nouveau pêcher la morue dans le golfe du Saint-Laurent ou au large de Saint-Pierre et Miquelon ?

                Des milliers d’espèces vivantes sont menacées sur la terre : l’assèchement des marais met en péril des sous-espèces de grand héron, le plus grand au Canada, sur les côtes du Pacifique; la survie de l’ours polaire est menacée par le réchauffement climatique car du fait que les glaces se forment plus tard et fondent plus tôt il a moins de temps pour chasser et pour se faire des réserves de graisses; le grizzli qui a besoin d’un éventail d’habitats pour survivre voit sa niche écologique réduite continuellement à cause de l’exploitation des forêts et de mines; une sous-espèce de mouflon est en voie de disparition en Amérique du Nord; de même que pour le paresseux nain de Panama, l’iguane bleu des îles Caïman, le jaguar du Costa Rica, les majestueuses baleines.

                Quarante-et-un pour cent des amphibiens dans le monde sont menacées d’extinction dans le monde et plus de 120 espèces ont disparues ces deux dernières décennies, surtout à cause de la perte et la pollution des milieux humides et des boisés.

                Plusieurs espèces de requins qui existent depuis 450 millions d’années, sont en voie de disparition, et risquent de disparaître d’ici 20 ans : on en pêche des dizaines de millions par année (jusqu’à 100 millions), on leur coupe les ailerons et on le rejette tout vivant dans la mer; parfois on lui enlève aussi le foie pour ses supposées vertus thérapeutiques et aphrodisiaques.

 

                Nous demandons l’inspiration de ton Esprit pour stopper la réduction de la biodiversité qui est 10 000 plus fois plus rapide que le rythme normal : vivons-nous la sixième grande extinction sur la planète, celle-ci causée par les activités humaines ?


Un riche tombe dans le vrai monde !

Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville. Survint un homme appelé Zachée; c’était un chef des collecteurs d’impôts et il était riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, et il ne pouvait y parvenir à cause de la foule, parce qu’il était de petite taille. Il courut en avant et monta sur un sycomore afin de voir Jésus qui allait passer par là. 

Quand Jésus arriva à cet endroit, levant les yeux, il lui dit : « Zachée, descends vite : il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. » 

Vite Zachée descendit et l’accueillit tout joyeux. Voyant cela, tous murmuraient; ils disaient : « C’est chez un pécheur qu’il est allé loger. » 

Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : « Eh bien ! Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » 

Alors Jésus dit à son propos : « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Luc 19,1-10

 

Jésus arrive à Jéricho en route pour Jérusalem où il sera bafoué, insulté, torturé et exécuté. Les disciples ne saisissent rien à une telle annonce (voir quelques versets plus haut : 18,31) Ils atteignent là l’ultime étape avant la montée vers la grande Ville. Jésus y croise Zachée, un riche personnage, fonctionnaire juif au service des impôts de Rome. Celui-ci occupe un poste basé sur des exactions et de la répression; il s’appuie sur l’armée pour réclamer la part de l’empire. Cet homme est un traitre détesté par toute la population qui le redoute. Avec humour, Luc nous rappelle que Zachée, qui se trouve au faîte de la société locale, est petit de taille et qu’il ne peut voir Jésus. Le sycomore qui lui sert de tour d’observation est l’arbre le plus imposant en Israël; il est le symbole du pouvoir indestructible.

Or Jésus invite cet homme puissant à redescendre au niveau du peuple, à réintégrer la société. « Descend de ta hauteur, je vais loger chez toi. » Le geste est provocateur : « Quoi ! Il va chez ce sacripant qui vole, extorque, emprisonne, ce pécheur public impur ! Mais pourtant, Zachée le pécheur redevient un vrai fils d’Abraham. Comme son ancêtre, il se hâte de donner l’hospitalité à l’envoyé de Dieu et il se dépouille de tout ce qu’il a volé et extorqué. Sa conversion est réelle : il prend au sérieux les paroles de la Torah : « Quand un de vos compatriotes tombé dans la misère ne pourra plus tenir ses engagements à votre égard, vous devrez lui venir en aide, afin qu’il puisse continuer à vivre à vos côtés… Vous ne lui demanderez pas d’intérêts, sous quelque forme que ce soit. Montrez par votre comportement que vous me respectez, et permettez-lui ainsi de vivre à vos côtés. Si vous lui prêtez de l’argent, n’exigez pas d’intérêts; si vous lui fournissez de la nourriture, ne lui demandez pas de vous en rendre avec un supplément. » (Lévitique 25, 25) Il restitue ce qu’il a volé et répare le mal qu’il a fait à tant de gens. C’est un vrai miracle !

Quelques jours plus tard, Jésus entrera dans le Temple, renversera les tables des banquiers qui y font du commerce (Luc 19,45ss); il accusera publiquement les grands prêtres et les scribes d’avoir fait de la maison de Dieu une caverne de bandits; il reprochera à la banque centrale du Sanctuaire d’exploiter les veuves.

Rappelons-nous qu’après avoir raconté l’histoire de Lazare et du riche, Luc affirme que celui qui fait trébucher un pauvre, mérite d’être jeté à la mer avec une meule au cou. Les apôtres demandent alors à Jésus d’augmenter leur foi. « Si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : « Déracine-toi et jette-toi dans la mer »; et il vous obéirait. » (Luc 17,3-4) Il annonce ainsi la destruction de ce système de mort qui fait trébucher les petits.

Dans le contexte actuel où la richesse est concentrée dans les poches de quelques milliardaires, où l’on exploite les pauvres, les femmes, les immigrants, où la corruption s’infiltre partout, il faut inviter les possédants à descendre de leur piédestal et à redevenir des serviteurs du bien commun. L’annonce d’une bonne nouvelle aux pauvres, à la manière de Jésus, comporte une condamnation sans équivoque du système capitaliste et du tout-à-l’argent qui condamne des millions d’humains à la misère, détruit la création et compromet la survie des générations futures. Pourquoi cette mission fondamentale ne fait-elle pas partie des planifications pastorales de nos communautés ? Aurions-nous oublié l’essentiel du message de Jésus ?

Claude Lacaille, P.M.É.

Auvidec Média

Prière 

Seigneur, continue

 

Seigneur, continue à me donner
pour que je puisse partager.

Continue à me pardonner
pour que je sache être indulgent.

 

Continue à m’interpeller
pour que je ne m’enferme pas en moi-même.
Continue à me demander,
pour que je ne capitalise pas.

 

Continue à me bousculer,
pour que je ne puisse pas m’installer.
Et prends patience avec ton serviteur,
pour qu’il ne se lasse pas de te servir.

 

D’après Saint Grégoire de Naziante


Répondre à l’appel

Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. » 

Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre, il leur dit : « Que cherchez-vous ? »

Ils répondirent : « Rabbi – ce qui signifie Maître –, où demeures-tu ? » 

Il leur dit : « Venez et vous verrez. »

Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là; c’était environ la dixième heure.

André, le frère de Simon-Pierre, était l’un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus. Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » – ce qui signifie le Christ. 

Il l’amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit : « Tu es Simon, le fils de Jean; tu seras appelé Céphas » – ce qui veut dire Pierre.

Jean 1,35-42

 

                Le scénario de l’appel des premiers disciples de Jésus nous est bien connu, du moins dans la version que nous en donnent Marc, Matthieu et Luc. Au début de son ministère, Jésus se présente à quelques pêcheurs occupés à préparer, réparer ou ranger leurs filets. Les paroles de Jésus « Venez à ma suite. Je vous ferai pêcheurs d’hommes ! » suffisent. Sans poser de question ni demander d’explication, ces pêcheurs abandonnent tout (filets, famille et maison) sur-le-champ et se mettent à l’école de ce jeune rabbin qui attire déjà les foules, mais qu’eux-mêmes n’ont pas encore eu l’occasion d’entendre.

                Le message que les trois évangélistes ont voulu envoyer aux lecteurs est on ne peut plus clair : la parole de Jésus est souveraine et elle entraîne une adhésion entière de la part de ces premiers appelés. Il fait être prêt à tout quitter, comme jadis Abraham, pour vivre l’aventure de la foi. Mais, vous en conviendrez avec moi, si les quatre pêcheurs recrutés par Jésus ont pris une telle décision, c’est que quelque chose les habitait. Il faut, bien sûr, des prédispositions pour reconnaître que Dieu parle par cet homme qu’est Jésus de Nazareth.

                La version que Jean nous donne de cet appel des premiers disciples, quoique moins familière, est sans doute plus vraisemblable du point de vue historique en ce qu’elle nous fait connaître le cheminement qui les a menés à Jésus. Jean nous présente en effet un groupe de disciples, incluant Pierre et André, qui vivent d’abord dans l’entourage de Jean Baptiste. C’est dire qu’ils sont déjà engagés dans une démarche de conversion, qu’ils sont ouverts à un cheminement religieux exigeant et qu’ils ont des attentes particulières.

                L’évangéliste laisse aussi entendre que Jésus suivant de près les activités de Jean Baptiste, qui joue ici parfaitement son rôle de précurseur en révélant la véritable identité de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu. » C’est donc Jean Baptiste qui permet à ses propres disciples d’en apprendre davantage à propos de ce Jésus et qui rend possible leur rencontre avec lui. À la différence du récit de vocation dans les évangiles dits synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), ce n’est pas Jésus qui va vers les disciples, mais ce sont les disciples de Jean qui vont vers lui.

                La nouveauté ne s’arrête pas là. Dans le récit de Jean, l’appel de Jésus se fait non pas sur le mode d’un ordre mais plutôt d’une question : « Que cherchez-vous ? », à laquelle les deux disciples répondent aussi par une autre question : « Rabbi (c’est-à-dire « Maître »), où demeures-tu ? » Jésus poursuit le dialogue et, en tout respect de la liberté de chaque personne, il invite plutôt qu’il n’impose : « Venez et vous verrez. » Tout n’est pas joué d’avance : André et son compagnon demeurent libres et ils devront juger en l’expérimentant si ce qu’ils voient correspond bien à leurs attentes et à leur idéal. Or, de toute évidence, les disciples trouvent ce qu’ils cherchent : « Ils virent où ils demeuraient, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » André est tellement convaincu d’avoir trouvé le Messie qu’il conduit sont frère Pierre auprès de Jésus. La grande aventure des disciples peut commencer et, comme le dira plus tard Jésus à Nathanaël, ils verront désormais « des choses plus grandes encore ».

Jean-Pierre Prévost

 

Prière

                Comment entendre ta voix, Seigneur Jésus,

alors que, plus que jamais dans l’histoire,

nous sommes assaillis quotidiennement

par d’innombrables et incessantes rumeurs sonores ?

Serions-nous devenus esclaves

de ces oreillettes et de tous ces appareils

qui peuvent nous rapprocher de nos amis éloignés,

mais aussi bien nous couper de nos proches ?

 

Comment entendre ta voix, Seigneur Jésus,

alors que les espaces et les moments de silence

se font de plus en plus étroits et rares ?

Pourtant, il fait si bon entendre ta voix !

Cat tu t’adresses directement au cœur

et tu nous reposes encore et toujours

cette question qui nous renvoie à nous-mêmes :

« Que cherchez-vous ? »

 

Oui, que cherchons-nous au juste

dans cette frénésie de communications ?

L’approbation des autres ? Une fuite de nos responsabilités ?

Aide-nous, Seigneur, à rester fidèles à notre voix intérieure

et fais que nos paroles soient plus que simple babillages.

Qu’elles soient, comme ta parole,

source de vie et de communion.

J.-P. Prévost 


Vous avec dit violence ? La parabole des métayers révoltés

 

« Écoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. Mais les vignerons saisirent ces serviteurs; l’un, ils le rouèrent de coups; un autre, ils le tuèrent; un autre, ils le lapidèrent. Il envoya encore d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers; ils les traitèrent de même. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : “C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l’héritage.” Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » 

Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu. » 

Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs,

c’est elle qui est devenue la pierre angulaire;

c’est là l’œuvre du Seigneur :

Quelle merveille à nos yeux.

Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » 

Matthieu 21,33-44

 

Il y a quelque chose d’étrange dans la finale de ce texte.

Jésus raconte une parabole remplie de violences : rébellion ouverte contre l’autorité, vol, rapine, saccage, passages à tabac, jusqu’à la lapidation et le meurtre; des méfaits et des crimes qui entraîneront de la part du maître vengeance et représailles des plus sévères : « Il fera périr misérablement ces misérables ». De plus, d’autres violences d’un autre ordre se retrouvent plus loin dans l’explication de la parabole : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » Rien de moins.

Et voilà qu’en conclusion, en un point d’exclamation dont il a le secret, Jésus sort comme un lapin de son chapeau, cette citation du psaume 118 : « La pierre qu’on rejetée les bâtisseurs, c’est celle qui est devenue la pierre angulaire; c’est là l’œuvre du Seigneur : quelle merveille à nos yeux ? » (v.42) Véritable action de grâces.

                Qu’est-ce à dire ? Ce serait « merveille » à nos yeux que tous ces crimes, ces délits ? Ou bien serait-ce cette justice expéditive ?

                Il est clair que cette citation oriente la parabole originelle plus dans un sens christologique qu’en sur le sort de la vigne et l’amour que lui porte son propriétaire. Ce passage du psaume 118 est certainement l’un des plus fréquemment cités dans le Nouveau Testament. Il se retrouve en Marc 12,10-11 et en Luc 20,17 en conclusion de la même parabole que chez Matthieu; de même qu’en Actes 4,11, cette fois-ci dans la bouche de Pierre qui se lance dans une solide argumentation devant un aréopage des plus impressionnants; aussi sous la plume de Paul en Éphésiens 2,20; et finalement en 1 Pierre 2,7 où l’auteur de la lettre y ajoute un bout de phrase d’Ésaïe pour dire que la pierre rejetée est devenue « une pierre d’achoppement, et un rocher de scandale ».

                On peut douter que cette image de la pierre d’angle, qui était placée en dernier et qui permettait le soutien équilibré de toute la structure, rejetée parce que jugée imparfaite, a dû « parler » aux premières communautés chrétiennes et passablement y circuler.

                Jésus ne nous dit pas de ce nous réjouir de la violence; il ne nous enseigne pas non plus de louer Dieu devant les brutalités. Jésus adressait cette parabole, et son message, aux autorités (religieuses) de son temps. Et sans doute s’adresse-t-elle aux personnes en autorités aujourd’hui, les autorités qui ont voulu s’accaparer de la vigne de Dieu. Quelle est la pierre d’angle, quelles sont les pierres d’angle que nos Églises institutionnalisées ont rejetées ? Celles qui ne sont pas parfaites, qui sont malformées, médiocres, « tout croche » ? C’est celle que Dieu choisira pour que tout l’édifice tienne.

                Dieu les relèvera, leur donnera le premier rôle, et ce sera merveille à nos yeux.

David Fines

 

Prière

 

Seigneur, nous voici devant toi,

meurtris et désemparés,
bien au-delà de ce que nous pouvons exprimer.
Tu nous accueilles comme nous sommes,

avec notre révolte, notre cœur déchiré
et la peine que nous voulons partager avec tous ceux qui pleurent.
Nous savons qu’il y a dans le monde des forces de haine et de division,
mais nous voulons affirmer notre refus absolu de ces forces.
Nous voulons affirmer que le combat contre la violence est un combat
qui se livre aussi à l’intérieur de chacun de nous.
Donne-nous l’assurance

que tout ce qui se perd aujourd’hui dans la nuit

ressuscitera demain dans ta lumière.

Église réformée de France

Livre de prières de la Société luthérienne

 

 

Avons-nous réveillé un monstre ?

Ce jour-là, le soir venu, Jésus leur dit : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque où il se trouvait, et il y avait d’autres barques avec lui. Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque, au point que déjà la barque se remplissait. Et lui, à l’arrière, sur le coussin, dormait. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. 

Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? » Ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Marc 4,35-41

 

« Autant réveiller Léviathan, condamner toute aube nouvelle, fermer les volets, se terrer et attendre qu’enfin nous en ayons fini avec la vie. »  (Job 3,28)

Job a tout perdu : ses possessions, ses enfants, sa santé. Il sombre dans une intense dépression et maudit la nuit où il est né. Autant en finir avec la vie et réveiller le monstre mythique, le Léviathan primordial embusqué dans les abîmes des mers pour qu’il détruise toute vie. C’est la lecture récente du livre de Naomi Klein Tout peut changer - capitalisme et changement climatique qui m’a ramené à ce texte de Job. À chaque chapitre décrivant l’ampleur de la crise des changements climatiques, je me demandais si je voulais continuer à découvrir l’ampleur de l’aveuglement qui nous précipite vers l’extinction, et la révolte de Job m’assaillait.

« Pourquoi donner le jour à des souffrants, la vie à des êtres amers ? Ils attendent la mort et rien… J’ai peur de la peur qui me gagne, ce qui m’épouvantait arrive. Je n’ai ni répit, ni repos, ni paix. J’accueille le chaos. » (Job 3,20.25)

J’observe ce qui se passe dans ces territoires magnifiques du Québec, ces terres d’une grande beauté, de nature sauvage, de forêts boréales. Depuis mon enfance, j’ai été émerveillé par la beauté de ce foisonnement de vie. Puis il m’a fallu trente ans avant de découvrir que toute cette beauté était l’habitat de nombreux peuples autochtones depuis des millénaires, des peuples rendus invisibles à nos yeux dans leur exclusion et leur dépouillement. 

La peur me gagne quand j’entends que l’on va tripler la production des sables bitumineux pour sauver l’Alberta déjà scarifiée et violée dans ses entrailles par les monstres de fer. Je tremble quand j’entends des militants progressistes prendre la défense des pétrolières et des minières pour sauver ou créer des emplois mortifères. Je m’inquiète de voir Pétrolia recevoir le feu vert pour la fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti; de voir le Québec investir des sommes folles dans le Plan Nord pour attirer les compagnies minières qui viendront s’emparer de nos richesses et nous laisser des trous immenses et contaminés comme remerciement. J’enrage de voir Énergie Est avancer stupidement dans son projet de pipeline au Québec. Ces oléoducs affecteront une multitude de collectivités le long de 4 500 de kilomètres, mettant sérieusement en danger une myriade de rivières, de lacs, le fleuve Saint-Laurent, en bref menaçant le patrimoine mondial de l’eau douce, indispensable à la vie sur terre. « L’économie est en guerre contre de nombreuses formes de vie sur terre, y compris la vie humaine. » [N. Klein, Tout peut changer]. Nous avons réveillé le monstre, Léviathan, capable de détruire la vie sur terre.

Comment apaiser cette tempête sans précédent ? Comment s’attaquer à la collusion entre les États et les grandes entreprises multinationales qui imposent leurs lois et leurs agendas ? Comment chasser les démons du capitalisme déréglementé qui pollue nos esprits avec son idéologie de la croissance infinie ? Comment démasquer ces esprits contaminés par la croyance religieuse que l’humanité est maitresse de la nature et qu’elle peut en user et en abuser à volonté ? 

 Jésus de Nazareth nous est présenté principalement comme un exorciste, qui guérit l’humanité en chassant les esprits mauvais. Cela apparait clairement dans l’évangile de Marc dès le premier jour de son ministère à Capharnaüm. Son premier geste consiste à libérer un homme d’un souffle contaminé. Les gens effarés commentent : « Il commande aux souffles impurs et ils lui obéissent. » (Marc 1,27) « Il en guérit beaucoup, atteints de toutes sortes de maux, et expulsa beaucoup de démons. » (Marc 1,34) Quand on l’accuse de procéder avec un pouvoir démoniaque, il répond : « Comment l’Adversaire pourrait-il chasser l’Adversaire ? » (Marc 3,22) C’est par le pouvoir de Dieu qu’il purifie le monde de ses esprits mauvais et dans une formule radicale, il se propose de pénétrer dans la maison de l’homme fort et de le ligoter (Marc 3,27). Oui, Jésus est venu sauver la vie des malades et des pauvres en neutralisant l’homme fort, en chassant les mauvais esprits qui empoisonnent la vie.

Notre mentalité moderne est troublée par cette mission d’exorciste de Jésus. Les évangiles nous présentent pourtant la mission de l’Église comme étant celle d’expulser les mauvais esprits. « Ils furent douze qui montèrent le rejoindre… pour être envoyés en son nom et avoir autorité pour chasser les démons. » (Marc 3,15) Le Seigneur Jésus nous y envoie comme Souverain de l’univers. Son pouvoir est cosmique et s’étend même aux forces de la nature.

Qui sont les partisans du prophète qui prennent au sérieux d’expulser de notre monde les souffles contaminés ? Qui sont ces groupes de personnes qui cherchent à enchainer l’homme fort, qui veulent calmer la tempête et rétablir la paix sociale ? Il ne s’agit pas de dire : « non, pas chez nous », il faut un non radical aux énergies fossiles pour stopper le réchauffement planétaire. « Si l’on souhaite vraiment régler la crise du climat, on doit d’abord cesser de l’aggraver… La première étape pour sortir d’un trou consiste à arrêter de le creuser. » (Esperanza Martinez, Équateur)

Ensemble, disons à Léviathan : Tais-toi, sors de notre monde !

Fais-nous respecter toutes nos co-créatures avec lesquelles nous partageons une unique Terre.

Fais de nous des instruments de guérison et de réconciliation.

Fais-nous pratiquer l’austérité joyeuse, la simplicité volontaire.

Fais de nous des adeptes du principe de précaution en toutes nos actions.         

Claude Lacaille

Bibliste

 

Prière

Nous nous lamentons

 

La terre comptait 700 millions d’humains il y a trois siècles.

Aujourd’hui, elle en compte plus de sept milliards; dix fois plus. On sait qu’il faudrait plus de trois terres pour pouvoir supporter leur empreinte écologique.

Nous nous lamentons des changements climatiques causés par la surexploitation et les activités de la société industrielle bousculent l’équilibre de certains écosystèmes.

Nous nous lamentons que le réchauffement climatique cause des dommages irréversibles. Les derniers étés à avoir eu lieu dans le cercle polaire sont le plus chauds des six derniers siècles. Les glaces des pôles fondent à un rythme effrayant, et même les glaciers de l’islandis, que l’on croyait éternels rétrécissent à vue d’œil. Le pergélisol se dégèle et les sols se désagrègent menaçant la vie des populations et dégageant des millions de tonnes de méthanes dans l’atmosphère.

Nous nous lamentons de la désertification, de la disparition de la mer d’Aral.

Nous nous lamentons de la contamination de nappes phréatiques par les pesticides et des produits ajoutés à l’essence pour combattre le smog !

Nous nous lamentons de la destruction des berges des rivières et celle des aires de reproduction des poissons, des batraciens et des oiseaux aquatiques, de celle des habitats fauniques, des étangs, des marais ou des zones humides, si riches en biodiversité et si importants tant dans l’épuration des eaux que dans les cycles de la vie, notamment à cause du drainage agricole ou de l’étalement urbain.

Nous nous lamentons de la disparition à tout jamais des milieux naturels à cause de la construction d’autoroutes ou de nouveaux quartiers résidentiels.

 

D. Fines


Du fast food en guise de Bonne Nouvelle ?

Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.

 « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses inusables, un trésor inaltérable dans les cieux; là ni voleur n’approche, ni mite ne détruit. Car, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

« Restez en tenue de travail et gardez vos lampes allumées. Et soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le déclare, il prendra la tenue de travail, les fera mettre à table et passera pour les servir. Et si c’est à la deuxième veille qu’il arrive, ou à la troisième, et qu’il trouve cet accueil, heureux sont-ils !

« Vous le savez : si le maître de maison connaissait l’heure à laquelle le voleur va venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. 

Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ignorez que le Fils de l’homme va venir. »

Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole ou bien pour tout le monde ? » 

Le Seigneur lui dit : « Quel est donc l’intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur sa domesticité pour distribuer en temps voulu les rations de blé ? Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera en train de faire ce travail ! Vraiment, je vous le déclare, il l’établira sur tous ses biens. Mais si ce serviteur se dit en son cœur : “Mon maître tarde à venir” et qu’il se mette à battre les garçons et les filles de service, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il n’attend pas et à l’heure qu’il ne sait pas : il le chassera et lui fera partager le sort des infidèles.

 « Ce serviteur qui connaissait la volonté de son maître et qui pourtant n’a rien préparé ni fait selon cette volonté recevra bien des coups; celui qui ne la connaissait pas et qui a fait de quoi mériter des coups en recevra peu. A qui l’on a beaucoup donné, on redemandera beaucoup; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

Luc 12,32-48

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on l’apprécie ou non, du fast food, on en a sous la main et on en profite. Le problème demeure le même pour la Bonne Nouvelle et au cœur de la Bonne Nouvelle.

Il n’est pas tellement difficile de retenir les trois leçons fort importantes de ce passage de l’évangile : là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur; c’est à l’heure que vous ignorez que le fils de l’homme va venir; à qui l’on a beaucoup donné, on redemandera beaucoup et à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

Il est plus difficile de déterminer le lien ou la connexion entre ces leçons que Jésus sert à ses disciples – compte tenu de la mise en scène, du montage qu’en fait l’évangéliste. Les paraboles et leur belle maxime « déboulent ». Chacune suffit en elle-même; c’est déjà beaucoup de les comprendre ainsi; elles ont bien du sens, les unes à côté des autres, puisqu’elles sont présentées comme en une collection dans le texte évangélique.

Beau buffet. Magnifique « tout-prêt-à-méditer ». Ainsi vont la vie, les rencontres, les expériences, non ? La manière dont le texte dit ce qu’il dit nous renvoie trop bien à nos habitudes de chérir les plus comptoirs de services les plus garnis, y compris de la Bonne Nouvelle.

On peut fabuler un peu et imaginer – connaissant l’être humain – que les disciples de même que la foule suivant Jésus aient pu basculer – comme nous, lecteurs et lectrices d’aujourd’hui – dans une écoute peut-être vive et intense; une lecture toutefois déconnectée de la vivante parole, où l’on cumule densément et se gave à loisir des pensées les plus admirables de la part celui dont on ne tarit pas d’éloge ni d’adoration. Et puis après ? Les auditeurs sont-ils effectivement transformés par la parole de vie ? Rien n’en est dit, en tout cas, dans le texte. À l’évidence, ce passage de l’évangile est formaté comme un simple mais non moins brillant discours de Jésus; il pourrait bien ne constituer qu’un « beau grand discours », pour nous aussi… comme on en entend si souvent.

N’est-ce pas parce que ce passage ne tient pas facilement ensemble, en un tout cohérent et signifiant, qu’il nous interroge et nous interpelle, plus personnellement encore, à la racine même de notre existence, par-delà des enseignements si beaux et si grands soient-ils?

Voilà, en effet, que Pierre interrompt le discours de Jésus pour lui demander si ses paroles s’adressent à tous ou bien à eux, les disciples, en particulier. Invité à bien choisir le trésor en lequel mettre son cœur, le disciple peut croire en la chance inouïe qu’il ou au privilège qui est le sien d’entendre et de recevoir, lui, personnellement, l’invitation, qui plus est d’y répondre effectivement. Bien disposé, sûr du trésor qu’il possède, il attendrait tout paisiblement le grand jour du retour de Jésus; il aurait de quoi se sentir naturellement prêt, proche du but, bien au courant.

Mais Jésus prévient les disciples : « vous aussi soyez prêts », car pour vous aussi le retour du fils de l’homme sera soudain et imprévisible; vous aussi, vous en ignorez les conditions. S’il y a quelque « bénéfice » à être disciple de Jésus, à être proche de lui et à le connaître mieux, cela ne confère pas d’avantage aux disciples. Leur position n’est pas exceptionnelle et ni différente de celle des masses.

Comble du renversement : à eux, à qui davantage est confié avec cet enseignement, on demandera plus encore. En fait, la situation des disciples, proches du maître, pourrait, tout au plus, leur valoir moins de coups de bâton. Ce n’est donc pas d’« en savoir de belles choses » ni d’être simplement disposé intérieurement par des confidences reçues qui comptent. C’est sur leur propre engagement quant à ce qui leur est donné, et confié, comme trésor qu’ils seront concrètement estimés. Et non estimés pour leur « qualité personnelle » mais, encore pratiquement, en tant que serviteurs ayant « la charge de veiller sur la maison et de donner aux autres serviteurs leur part de nourriture au moment voulu ». C’est qu’il est concret, ce Jésus; sa parole est geste et vie – plutôt que pensées et verbiage.

Pendant un discours, une simple demande d’un auditeur pourtant bien intentionné instaure le réflexe de « l’autodistinction » : se distinguer des autres mais surtout se distinguer soi-même parmi les autres. Sans une parole de vérité pour rectifier le tir, on basculerait tôt ou tard dans l’élitisme et l’héroïsme au nom de magnifiques « leçons pour la vie », consécration pour les martyres auto-déclarés d’aujourd’hui. Une parole en vérité trace plutôt le chemin du serviteur sans cesse au travail au profit de son maître et d’autrui. C’est ça, le désintéressement qui engage chacun concrètement, et pas les paroles en l’air. Les plus belles « paroles » n’y font parfois rien, sinon ce qu’offrent les fast food.

Étienne Pouliot, théologien

professeur à l’Université Laval

Prière

                J'ai tout remis entre tes mains 

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Ce qui m’accable et ce qui me peine,
Ce qui m’angoisse et ce qui me gêne,
Et le souci du lendemain.
J’ai tout remis entre tes mains.

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Le lourd fardeau traîné naguère,
Ce que je pleure, ce que j’espère,

Et le pourquoi de mon destin.

J’ai tout remis entre tes mains.

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la joie, la tristesse,
La pauvreté ou la richesse,
Et tout ce que jusqu’ici j’ai craint.
J’ai tout remis entre tes mains.

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la mort ou la vie,

La santé, la maladie,

Le commencement ou la fin.
Car tout est bien entre tes mains.
Bien que dans l’épreuve, aujourd'hui, je crois.

 

Anonyme


La Sainte Famille

 

Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, comme ils y étaient montés suivant la coutume de la fête et qu’à la fin des jours de fête ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne l’ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem en le cherchant. 

C’est au bout de trois jours qu’ils le retrouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, à les écouter et les interroger. Tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur l’intelligence de ses réponses. En le voyant, ils furent frappés d’étonnement et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. » Il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais eux ne comprirent pas ce qu’il leur disait. 

Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth; il leur était soumis; et sa mère retenait tous ces événements dans son cœur. Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes.

Luc 2,41-52

 

Le récit sur la fugue de Jésus au Temple est un édifice littéraire à deux étages.  Il a été rédigé par un scribe chrétien de Jérusalem, qui a cherché à unir deux réalités qui lui tenaient à cœur : sa foi en Jésus et son amour pour une vie centrée sur le Temple. 

Pour parler de la personnalité de Jésus, il dispose d’un ensemble de traditions anciennes dont il se fait l’écho.  Il sait des choses sur le Nazaréen, mais il les rapporte de loin.  Loin dans le temps – il écrit peut-être plus de quarante ans après la mort de Jésus, tandis que le Temple est en ruines – et loin dans l’espace, alors que la Galilée est probablement pour lui terre inconnue.  Il parle de Jésus dans le contexte de l’enfance de ce dernier, voulant montrer comment son destin tragique s’enracinait dans les débuts de son existence.  Or, tout ce dont il disposait pour ce faire, c’était des traditions portant sur les dernières années de sa vie.  Il va donc parler d’un préadolescent, lequel laisse deviner les prises de position qui seront plus tard les siennes. 

Le Jésus adulte, on le sait, a eu des accrochages avec sa mère.  Il réagit mal quand celle-ci le force pour ainsi dire à venir au secours d’un couple de jeunes mariés qui n’ont plus de vin pour leurs hôtes (Jean 2,3-5), ou, surtout, quand, avec ses autres enfants, elle veut qu’on le ramène de force à la maison. Alors, il va jusqu’à considérer qu’elle n’est plus sa mère !! (Marc 3,21.31-35).  C’est parce qu’il connaît ces traditions que le rédacteur interprète la fugue de Jésus à travers les yeux de Marie (v 48).  C’est surtout elle qui, dans le récit, est heurtée et ne comprend pas son comportement.  Ce sont les futures difficultés d’adultes, entre la mère et le fils, que le récit annonce. 

Par ailleurs, dans les évangiles, Jésus est en conflit ouvert avec les scribes et les lettrés, qui sont ses principaux adversaires.  Le rédacteur du récit le sait bien, mais cela n’est pas sans lui causer problème.  Ces scribes, ce sont les prédécesseurs de ses collègues actuels, c’est lui-même, en quelque sorte.  Il va donc glisser sur les conflits, parler plutôt d’un Jésus qui étonne la classe des experts par son intelligence et le contenu de ses réponses.  Il existe certes une distance entre le jeune et les autres, mais pas d’opposition formelle. Il y a même plus : le jeune Jésus qui s’adresse aux savants, loin d’être un illettré que son père destine à lui succéder comme charpentier du village, a les allures d’un futur expert, déjà capable de tenir son bout avec les autres.  Le rédacteur le présente donc comme l’étudiant idéal.  On est loin de la vie que le jeune a pu mener à Nazareth, à apprendre sur le tas un métier manuel ardu. 

Un dernier aspect du récit.  D’humbles Galiléens comme Marie et Joseph n’avaient ni les sous, ni même le désir de monter à Jérusalem chaque année (v 41).  Et c’est précisément son geste contre le Temple qui a provoqué l’arrestation et la condamnation à mort du Jésus adulte.  Il n’est sans doute monté à Jérusalem qu’une seule fois dans sa vie, pour annoncer la destruction de ce « repaire de voleurs » (Marc 11,17), de ce « marché public » (Jean 2,16), de cette Maison que Dieu avait désertée (Luc 13,35).  Pour Jésus, s’il était un lieu où il se devait d’ « être aux affaires de son Père » (v 49), ce n’était certainement pas le Temple.  Mais le rédacteur du récit n’est pas Jésus, et il n’est pas Galiléen.  Il est de Judée, citoyen de Jérusalem, amoureux du Temple, pour lui le seul endroit sur terre où se manifeste la présence du Dieu vivant.  Il lui est donc carrément impossible de partager le jugement tranché de Jésus sur la maison de Dieu, et donc de le projeter dans la bouche du jeune Nazaréen. 

La vérité du récit ne réside pas dans le fait que Jésus aurait un jour fugué au temple de Jérusalem, au grand désespoir de ses parents et au grand étonnement des lettrés de la place. Elle se situe dans la visée de la narration, ainsi que dans la prise de conscience que provoque sa lecture. Le radicalisme de Jésus met à mal toutes les institutions auxquelles nos vies s’accrochent : famille (ses parents), expertises en tout genre (les lettrés), même Église ou religion (le Temple). Croire en lui, c’est se laisser déstabiliser. 

André Myre

professeur retraité, bibliste et auteur

 

Prière

                Tu es venue dans une maison humaine

 

Seigneur Jésus,

puisque tu es venu à nous dans une vraie maison d’une famille humaine,

au milieu des bêtes, des instruments de travail et peut-être du désordre,

je te demande humblement de venir aussi habiter ma maison.

 

Seigneur Jésus,

puisque tu es venu dans une crèche de bois brut et de paille,

je te demande humblement de ne pas repousser ma bassesse.

 

Seigneur Jésus,

puisque tu es né d’une lignée humaine, 

je te prie humblement pour ma famille et ma parenté,

pour ceux qui sont loin et celles qui sont près,

ceux qui m’ont précèdé et celles qui me suivront,

pour ceux et celles qui sont à naître jusqu’à la fin des temps.

 

Seigneur Jésus, puisque tu t’es révélé Fils de Dieu

et que peu t’ont confessé :

ouvre nos yeux, pour que nous te connaissions,

et mets ta grâce dans nos vies.

Amen.

 

D’après la Communauté de Pomeyrol


Pas de place

 

Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. 

Luc 2,1-7

 

Deux des quatre évangiles racontent l’histoire de la Nativité. Matthieu met l’accent sur le rôle de Joseph et des apparitions d’anges qu’il reçoit à travers ses rêves. Luc se concentre surtout sur la jeune Marie et sur ce qu’elle ressent « dans son cœur ».

Au verset 7 du chapitre 2 de l’évangile de Luc, on peut lire que : « Marie accoucha de son fils premier-né, l’emmaillotta et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes ». Parce qu’il n’y avait de place pour eux dans la salle d’hôtes.

Ce mot a souvent été traduit par « l’hôtellerie », mais Luc utilise pour décrire l’hôtellerie un autre mot, notamment dans la parabole du bon Samaritain (10,34). Celui qu’il emploie ici désignera plus tard en 22,11 la salle de la dernière Cène (et cette fois-là, Jésus occupera toute la place). Dans le contexte du récit de la Nativité, il s’agit soit de la salle de séjour d’une importante habitation, soit de la salle d’un caravansérail, qui comprenait normalement une écurie et d’autres bâtiments comme des entrepôts; de nombreux caravansérails bordaient les grands axez commerciaux et rendaient les mêmes services aux voyageurs que nos motels modernes : un hébergement, un toit pour s’abriter, un endroit pour se restaurer, des murs protecteurs contre les brigands.

Mais concentrons-nous sur Marie. N’est-ce pas attristant de voir cette pauvre jeune femme enceinte et sur le point d’accoucher se faire claquer toutes les portes au nez ? Personne n’a donc eu pitié d’elle ? Personne n’a eu assez de compassion ou d’humanité pour lui offrir un toit, un abri ? Il ne s’est trouvé aucun membre de sa parenté, aucune amie, aucune âme charitable pour lui ouvrir la porte et l’accueillir ne serait-ce que quelques jours ? Personne n’a donc vu qu’elle avait besoin d’aide ? Personne qui ne lui ouvert son cœur ? Personne n’a été ému pas sa situation difficile et urgente ? Elle sera seul pour mettre son enfant au monde et pour lui donner les premiers soins, contrairement à sa cousine Élisabeth ou avant elle Ruth ou Rebecca.

Le texte dit qu’il n’y avait pas de place… « pour eux » dans l’hôtellerie. Peut-être après tout que l’hôtellerie n’était pas pleine, que le caravansérail prospère de Bethléem n’affichait pas « complet » en fait; mais que « pour eux » on n’a pas trouvé ou on n’a pas su trouver ou pas voulu trouver de place. Peut-être parce que ce jeune couple n’avait pas beaucoup d’argent; peut-être parce que les propriétaires ne voulaient pas déranger la clientèle avec les cris du nouveau-né ou avec ceux d’une mère en travail…

Comment a dû se sentir cette jeune mère, ce couple fourbu, éreinté qui arrivait au but de son long voyage, de sa périlleuse pérégrination ? Probablement rejetés, repoussés, refoulés. Comment ont-ils ressenti le refus, la discrimination qu’on leur a démontrée si fortement ? Qu’ont-ils pensé de ces gens qui ne voulaient rien savoir d’eux ?

Il me semble que ces temps-ci il y a un grand nombre de personnes, cognant aux portes de notre pays et de nos communautés, pour lesquels nous n’avons pas de place, pour lesquels nous ne voulons pas ouvrir les portes, que nous ne voulons pas accueillir, alors que notre demeure est loin d’afficher « complet »; à qui nous ne voulons ouvrir ni nos bras ni nos portes; à qui nous refusons refuge et abri. Peut-être parce que nous ne les voyons pas comme faisant partie de notre famille; peut-être parce qu’ils n’ont pas assez d’argent et que nous devrons payer pour eux; peut-être parce qu’ils vont nous déranger d’une façon ou d’une autre.

Comment se sentent-ils ? Comment vivent-ils le rejet et la discrimination, leur déshumanisation ? Que pensent-ils de nous ? Comment nous voient-ils ?

Enfin, Marie était enceinte était pas mal évident et personne n’a voulu prendre soin d’elle alors qu’elle mettait au monde un trésor : le Sauveur de l’humanité. Quels trésors futurs refusons-nous de recevoir parmi nous par notre refus d’ouvrir nos portes aux personnes qui les portent en elles ?

David Fines

 

Prière

Notre Père, notre Mère

 

Notre Père, notre Mère

Toi qui nous aimes comme une mère aime ses enfants, nous te disons notre joie d’être tes enfants.

Avec toi, nous rêvons d’un monde où nous pourrons vivre dans le partage, la joie et la paix. Nous serons tes fils et tes filles créées à ton image.

                Tu es la source de notre vie et de notre amour.

Pour nous dire ce que tu es, tu as choisi un enfant fragile et pauvre. Nous te reconnaissons dans la beauté et le sourire de nos enfants. Nous sentons ta présence dans toutes nos naissances. Nous te savons proche des mères.

                Ton nom est loué dans le rire des enfants, dans leurs premiers pas, dans leur regard émerveillé. Ton rêve se réalise quand nous écoutons, quand nous partageons nos peines et nos joies.

                Ton nom est méprisé quand les enfants naissent plus petits dans les quartiers pauvres, quand des adultes meurent avant leur temps.

                Ta vie est profondément touchée quand les femmes sont humiliées et violentées et quand elles vivent dans la peur jour et nuit.

                Ton projet est mis de côté, quand les logements sont trop chers, quand s’installe la honte de la survie et des préjugés.

                Nous croyons que ta volonté sera accomplie quand nous vivrons dans le partage et la dignité. Donne-nous le pain de l’amitié, du partage et du travail. Aide-nous à vivre dans la tendresse et dans l’espoir.

                Rassemble-nous dans un seul corps et un seul esprit.

                Soutiens-nous dans nos fatigues et nos nuits d’angoisse.

                Pardonne-noue notre manque d’engagement pour faire naître un monde nouveau. Ne nous laisse pas succomber à la tristesse, à la solitude et à la colère. Garde-nous dans la joie et la solidarité.

                NOTRE PÈRE, NOTRE MÈRE, tu es dans nos naissances.

                Donne-nous, ton énergie pour ton rêve de justice et de dignité arrive.

                Amen

Composée par les femmes

du Centre Espoir-Rosalie de Gatineau

 

avec Benoît Fortin

Avent 3 : Lumière dans l’obscurité

« Et tout comme Moïse a élevé le serpent de bronze dans le désert, de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que toute personne qui croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu'elle ait la vie éternelle. Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit au Fils n'est pas jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au Fils unique de Dieu. Voici comment le jugement se manifeste : la lumière est venue dans le monde, mais les êtres humains ont préféré l’obscurité à la lumière, parce qu'ils font ce qui est mal. Celui qui fait le mal déteste la lumière et s’en écarte, car il a peur que ses mauvaises actions soient dévoilées. Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin qu'il soit manifeste que ses actions sont accomplies en Dieu. »

Jean 3,14-21

               

Tout est affaire d’éclairage; c’est une vérité de la psychique; la lumière possède ses propres et uniques caractéristiques; et à en croire ce passage de l’évangile de Jean, c’est aussi une vérité de la vie spirituelle.

Jésus imbrique, dans sa réponse à Nicodème, l’amour, le jugement, la vérité et la lumière. Sa parole les entrelace de façon si serrée qu’on ne voit plus qu’une seule corde dont la solidité ne repose pas sur chacun de ses liens, mais sur leur fusion.

La corde que Jésus lance à Nicodème est faite d’un seul mot, et ce doit être le nom imprononçable et éternel de Dieu. Celui qui contient indissociables, amour-jugement-vérité-lumière. Et si je me demande quel mot humain peut répondre à cette corde lancée, je suis tentée de choisir le mot « lucidité ». Car ce mot de lucidité réunit déjà trois de ces mots : le jugement, la vérité et la lumière qu’on entend dans son étymologie latine lux.

La lucidité est un travail de conscience qui tend à mettre en lumière ce qui, en nous, peine à se faire jour. Une tâche qui n’est facile pour personne et qui pourtant est essentielle pour tout le monde. Et Jésus révèle bien cette difficulté humaine. Voilà pourquoi nous préférons les ténèbres à la lumière. En maintenant dans l’obscurité nos peurs, nos manquements, nos blessures, les rafistolages de nos illusions, nous espérons éviter la lame tranchante de la vérité et du jugement. Et pourtant, comment trouver, comment trouver l’amour, sans cette lucidité qui rassemble vérité, jugement et lumière ? L’amour de soi, l’amour des autres ?

Comment aimer sans connaître, et reconnaître dans les ombres de l’autre nos propres obscurités, dans ses manquements nos propres failles, dans les jugements de l’autre nos propres intransigeances ? « Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,17) Le Fils est « cette lumière véritable qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme » (Jn 1,9). Le jugement auquel renonce Dieu est celui de la condamnation. Ce qu’il reste du jugement, dans l’Évangile, est une mise en lumière, une mise au jour, une mise à jour. Et ce à quoi Jésus nous invite, comme il l’a fait pour Nicodème, c’est d’accepter sans crainte cette mise en lumière, car elle est indissociable de l’amour de Dieu. Nicodème, qui cette fois-ci est venu de nuit découvrir Jésus, reviendra plus tard de jour et dépassera sa peur du jugement des autres et de l’exclusion en prenant publiquement la défense de Jésus (Jn 7,47-51). Il répond avec lucidité aux manigances des siens car il entrevoit dans l’éclairage nouveau qu’apporte Jésus une lumière à nulle autre pareille qui n’apporte ni le jugement, ni la condamnation, mais la liberté et l’amour.

Puissions-nous, nous aussi, nous laisser mettre à jour par la lumière de l’Évangile, une lumière qui brille au-delà des temps, au-delà des espaces.

Marion Muller-Colard

 

Prière

                Tu mets à jour

 

Tu me mets à jour

                jusqu’aux recoins les plus insalubres de mon être

                jusqu’aux angles morts de ma vie

                jusqu’à dévoiler l’inavouable et faire s’effondrer mes statues

Et si je me sens acculée et effroyablement nue

                tu me couvres de ton regard

qui ne me dévisage pas dans ma misère

                mais sans cesse à nouveau m’envisage

Tout est question d’éclairage et qui sinon toi éclaire

                les pans oubliés de notre humanité

                les ressources vivifiantes de la vérité

Tu me mets à jour par amour

 

Merci


Un message de l’Avent et de Noël

Puis un rameau poussera de la souche d’Isaïe, un rejeton de ses racines portera du fruit. L’Esprit de l’Éternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel. Il prendra plaisir dans la crainte de l’Éternel. Il ne jugera pas sur l’apparence, n’adressera pas de reproches sur la base d’un ouï-dire. Au contraire, il jugera les faibles avec justice et corrigera les malheureux de la terre avec droiture. Il frappera la terre par sa parole comme par un coup de bâton, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera comme une ceinture autour de sa taille, et la fidélité comme une ceinture sur ses hanches. Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau; le veau, le jeune lion et le bétail qu’on engraisse vivront ensemble, et un jeune garçon les conduira. (Ésaïe 11,1-6)

 

Mais les chefs des prêtres et les spécialistes de la loi furent indignés à la vue des choses merveilleuses qu’il avait faites et des enfants qui criaient dans le temple : « Hosanna au Fils de David ! » Ils lui dirent : « Entends-tu ce qu’ils disent ? » « Oui, leur répondit Jésus. N’avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et des nourrissons ? » (Matthieu 21,15-16)

 

Cette année, partout dans le monde, nous sommes tous saisis par le vrai sens biblique de l’Avent. Ce n’est pas une attente douce, pleine d’espoir et préparée d’une bonne nouvelle inévitable à laquelle nous devons faire de la place dans nos vies surchargées, mais plutôt un sentiment désespéré d’être accablés par le poids du poids du monde. Pour la plupart des gens et pour la planète elle-même, les réalités sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses sont au mieux inquiétantes et même douloureuses.

Le fait de la guerre, de la violence, des troubles sociaux, de l’urgence environnementale, du racisme, de l’autoritarisme croissant et de l’oppression justifiée par la religion est mis en évidence pour nous tous dans nos vies quotidiennes. Cela nous rend très réceptifs pour recevoir le monde du prophète Isaïe, car l’ampleur des souffrances insupportables et de l’injustice domine la vie du peuple d’Israël. La situation mondiale actuelle de pandémie mondiale nous ouvre à ressentir le désespoir de vivre dans un monde où tous les indicateurs pointent vers une situation d’inégalité, de peur et de violence qui s’aggrave. Le désir ardent de voir la situation s’inverser. L’effort envers un soulagement. Le moment de l’Avent n’est pas l’attente de la venue prochaine de l’aide, mais le doute toujours croissant qu’elle ne viendra probablement pas.

L’urgence climatique, les déplacements massifs de population, les différences de chances d’une bonne santé et l’aggravation de la pauvreté et de l’inégalité ne semblent franchement pas près d’une fin heureuse dans le proche avenir. La montée de dirigeants qui attisent les divisions et la domination indique une lutte polarisée et prolongée pour la justice et la dignité. Les dirigeants et les majorités adoptent des positions intolérantes qui auraient semblé impensables, et pourtant ils reçoivent un soutien populaire apparemment considérable.

Le moment d’Isaïe n’est pas du tout l’occasion de s’assurer que tout cela aura une fin heureuse. Ou le faux espoir de faire semblant que cela n’a pas d’importance comment nous souffrons maintenant parce que nous serons récompensés plus tard au ciel.

L’imagination prophétique est enflammée non pas par des promesses de grâce bon marché et de résultats garantis, mais par un appel à chercher ailleurs l’espoir. Une invitation à voir le présent non pas comme une situation toute faite, meilleure, mais comme une occasion de voir que Dieu offre des possibilités exactement à l’opposé de celles des règles puissantes.

Ésaïe ne prédit pas seulement ce que nous savons déjà de Jésus, mais aussi comment Dieu agit dans notre époque actuelle. La prophétie est autant le discernement des actions de Dieu dans le présent que dans l’avenir.

Dieu n’est pas à l’œuvre dans les lieux forts, puissants et dominants. Le bourgeon vert de l’espoir provient d’une souche sèche infertile, pas d’un arbre robuste. Elle vient de vies déjà brisées et écrasées. Un rameau pousse d’une souche. Regardez autour de vous. Discernez, détectez. Où et qui a été décimé et desséché et attendez-vous à une surprise. Formé non pas par ce que nous voyons ou entendons comme des possibilités, mais par une justice irrépressible.

Des créatures hostiles et opposées trouvent l’harmonie et unissent leurs forces, non pas domestiquées par les puissants, mais dirigées par un jeune enfant. Il est difficile de ne pas absorber la vision prophétique d’Ésaïe quand on voit tous les ravages de l’oppression, de la souffrance et de la destruction, et pourtant, depuis des endroits très inattendus, des forces d’opposition sont menées par des enfants. À notre époque et là où nous sommes, de lieux où il y a peu d’espoir, apparaissent des pousses de vie nouvelle.

Sur le front de l’environnement dans le monde entier, il ne fait aucun doute d’où vient le véritable leadership pour le changement. Imaginez, il y a à peine trois ans que Greta Thunberg a entamé une grève scolaire en solo. Aujourd’hui, les écoliers sont littéralement à la tête du mouvement environnemental mondial. Et ce moment de l’Avent du leadership n’est pas une source d’inspiration douce et édifiante. Ce sont les voix urgentes des enfants qui disent : « Je ne veux pas que tu aies de l’espoir. Je veux que tu paniques. » La vision prophétique nous aide à voir que parfois, par exemple pour résister à la violence armée ou faire face à une catastrophe écologique, les enfants sont les seuls adultes dans la salle.

De Hong Kong à Beyrouth en passant par le Chili, une dizaine de manifestations populaires sont menées par des jeunes qui rejettent la classe politique actuelle en faveur de la politique de la vie et de la justice.

Ésaïe nous dit où se trouve l’Esprit, l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus dans un temps désespéré. Parmi les maltraités et les ignorés. Les enfants font partie de ceux qui sont remplis de l’Esprit de sagesse et de compréhension. L’Esprit de la crainte et de la connaissance du Dieu de la Vie.

Dans l’évangile de Matthieu après l’entrée de Jésus à Jérusalem, la cour du temple est remplie d’enfants des rues qui crient : « Hosanna ! » Sauve-nous. Sauve-nous, fils de David. Maintenant. Et les grands prêtres et les docteurs de la loi s’indignèrent et dirent : « Entends-tu ce que disent ces enfants ? » La réponse est oui.

Dans le temps de l’Avent des voix attendues des enfants, nous entendons l’appel à rejoindre le mouvement de Jésus. Sauver, secourir la vie là où elle est en danger. L’Avent aide à se souvenir où regarder pour voir Dieu à l’œuvre.

Car un enfant les conduira.

Chris Ferguson
secrétaire général de la CMÉR

(Communion mondiale des Églises réformées)

 

 

Ton amour sans frontière

            Notre Père.

aide-nous à faire grandir notre foi,

 ouvrir nos cœurs à ton amour sans frontière,

à nous libérer des prisons rassurantes de nos habitudes et de nos égoïsmes,

à faire de notre vie une terre d’accueil, un chemin d’aventure.

 

            Que tous les murs qui ferment et coupent les autres

soient traversés de ton espérance,

que nous puissions croire que toute vie peut changer,

toute porte s’ouvrir.

 

Paix et joie sont à portée d’espoir.

Jacques Juillard


La foi comme GPS

Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison. Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… » – il dit au paralysé : « Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

Marc 2,1-12

               

Nos ancêtres dans la foi étaient des nomades, des gens en marche. Toujours à étudier le paysage, à scruter le sol, humer le vent, pour trouver leur chemin. Voyageant léger sur le chemin de la vie, riche de millénaires d’expériences transmises par leurs propres ancêtres. Rien de pire pour eux que d’être perdus, désorientés, déboussolés, égarés, ou arrêtés, ne sachant plus où aller. C’était vrai de leur marche dans le désert, c’était tout aussi vrai de leur marche dans la vie. Le mot qui, dans les textes qu’ils nous ont légués, est souvent traduit par « péché » a ce sens fondamental de perte de direction, d’arrêt sur le chemin de la vie. Cela n’est pas sans importance pour comprendre le sens du passage sur la guérison du paralytique.

                Quand les anciens nous parlent, comme Marc le fait dans le récit, c’est la direction à prendre dans la vie qui les intéresse. On peut dire que la Bible tout entière n’est qu’une longue réponse à la question : que faire pour bien vivre ? Même quand elle parle de Dieu, elle n’a pas que cette question en tête. Quand elle en dit quelque chose, ce n’est jamais pour dire qu’il est lui-même, mais parce qu’elle y voit le Guide par excellence.

                Le malade du récit est un homme arrêté dans la vie, il ne va nulle part. Heureusement pour lui, il n’est pas seul. Ils sont quatre à marcher à sa place, à l’amener à Jésus. Souvenons-nous de l’autre paralytique, en Jean 5, qui lui, n’a personne pour prendre soin de lui et pour le faire descendre dans l’eau bienfaisante. La solitude est une dimension importante du péché, non pas au sens du geste coupable, mais au sens où il s’agit d’une réalité qui rend difficile d’avancer droitement dans la vie. Seul, on avance mal, on discerne mal, on perd intérêt à avancer, on tourne en rond en perdant le chemin de vue pour ne s’occuper que de soi. Seul, le paralytique n’aurait pu se rendre à la maison de Jésus, contourner la foule, grimper sur le toit et trouver en soi les ressources du courage pour mettre le toit en pièces. Voilà pourquoi, Jésus prend bien soin de noter la confiance des ses quatre amis, avant de déclarer au paralytique qu’il

y a de l’espoir pour lui. Il n’est pas seul, il va retrouver son chemin.

                Mais cela ne se fera pas sans mal. Car, sur le chemin, il y a des contrôles, des postes de péages, des panneaux indicateurs, des embranchements, des carrefours, des croisements. Il y a toutes sortes de chemins, qui vont dans toutes les directions. Il y a surtout plein de gens qui se sont attribué la fonction de guides des autres. Gens qui ont monté toutes sortes de systèmes et qui s’organisent pour y conduire le plus de monde possible. Prenez ma carte de crédit. Votez pour mon parti. Prenez et suivez les règles de ma religion. Lisez ma chronique. Pensez comme nous, car nous, nous savons ce qui est bien pour vous. Tous ces gens ne craignent rien de plus que la direction qui se prend à la suite de l’écoute de la vie intérieure. Qu’est ce qui lui prend de parler comme ça ? Eux, ils savent ce que Dieu veut. Au fait, ce qu’ils savent, c’est surtout où eux veulent conduire les gens pour se satisfaire eux-mêmes. Ils préfèrent voir un homme seul, qui ne va nulle part, qu’un homme vivant, entouré d’amis, qui sait où il va. Aussi travaillent-ils d’arrache-pied à former des individus isolés à qui ils feront consommer et avaler n’importe quoi, et détruire les collectivités qui cherchent à marcher droit.

                C’est cela le péché. Un immense système au service duquel travaillent une multitude de propagandistes, tous occupés à brouiller les pistes pour que nul ne trouve son chemin. Et, partout, une foule faite de gens isolés qui cherchent péniblement à s’orienter humainement dans la vie. Tout n’est pas perdu cependant. Il y a l’Humain (le Fils de l’homme), qui sait remettre les siens sur le chemin. Il y a plein de petits groupes de quatre ou cinq amis décidés à s’entraider. Il y a des gens arrêtés qui se remettent en marche. Et, quand cela arrive, les gens n’en reviennent pas : On n’a jamais vu ça !

                La foi n’appelle pas à établir un système ou organisation. C’est une bourrés dynamique qui met en marche vers l’espoir. Quand cela arrive, c’est que le péché est pardonné, la boussole intérieure fonctionne, et le monde autour souffle un peu mieux. La foi est un GPS pour des gens qui veulent trouver leur chemin de vie.

Adapté d’André Myre

 

Prière

                Dire oui

 

Dire oui,
pour quitter les sentiers battus de la facilité.

Dire oui,
pour vivre ton projet et le réaliser

Dire oui,
pour aller à la rencontre des autres et te rencontrer toi.

Dire oui,
pour sortir de chez moi et me rendre disponible.

Dire oui à ton Évangile
et travailler avec toi pour que chacun reçoive sa part.

Seigneur, je dis « oui » !

Anonyme

Le pain vivant

Les Juifs critiquaient Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi je suis le pain qui est descendu des cieux. » 

Ils disaient : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu des cieux” ? » 

Jésus leur répondit : « Cessez de critiquer entre vous. Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Les prophètes ont écrit ceci : “Ils seront tous instruits par Dieu.” Toute personne qui écoute le Père et qui reçoit son enseignement vient à moi. Cela ne signifie pas que quelqu’un ait vu le Père; seul celui qui est venu de Dieu a vu le Père. Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui croit possède la vie éternelle. Moi je suis le pain de vie. Vos ancêtres ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Mais le pain qui descend des cieux est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c’est ma chair. »

Jean 6,41-51

 

Jésus instruit ses disciples par sa parole. Il proclame qu’il est le pain vivant descendu du ciel. Pour un juif, c’est un affront et un scandale de parler ainsi. Personne ne peut s’affirmer d’origine divine. Même les gens lorsqu’ils parlent de Dieu font appel à d’autres mots, comme la nuée, le rocher, le roi, le berger, etc.

Envers et contre tous, Jésus continue à instruire ses disciples : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu (Matthieu 4,4). Et, affront ultime, il se présente non seulement comme la parole, mais comme Dieu : qui m’a vu a vu le Père (Jean 14,9).

Pourtant, il est un homme. Un homme bien connu, fils de Joseph, qui se donne une prérogative divine. Je vous le dis : celui qui croit en moi à la vie éternelle.

Dès les premiers temps de l’Église, les chrétiens ont mis en pratique la parole du Seigneur.

Saint Justin écrit en l’an 150. Saint Justin de Naplouse est mort martyr à Rome pour avoir refusé de sacrifier aux dieux païens. « Le jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, dans les villes et à la campagne, se réunissent dans un même lieu : on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet. Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours sur ces beaux enseignements. Ensuite, nous nous levons tous et nous prions ensemble à haute voix. Lorsque la prière est finie, on apporte du pain avec du vin et de l’eau… Puis ont lieu la distribution et le partage à chacun des choses consacrées et l’on envoie leur part aux absents par le ministère des diacres… » 

Vous et moi, la foi au Christ nous introduit à l’autre vie, la vie relationnelle en Dieu. Notre adhésion au Christ nous situe dans notre dimension d’éternité.

Chaque fois que nous lisons ou partageons la parole, nous sommes en prière. Nous actualisons notre relation à Dieu. Et chaque fois que nous mangeons le pain, le pain descendu du Ciel, nous communions au Christ.

Nous vivons une démarche d’unité tout à fait spéciale. Nous entrons dans la vie même de Dieu. Nous allons à la source de la vie divine. Nous dépassons la vie présente et nous anticipons aujourd’hui la vie de l’unité en Dieu.

Si quelqu’un mange de ce pain, cette personne vivra éternellement.

Plusieurs personnes de nos communautés semblent oublier la différence entre la prière et la communion. D’une part, la prière est un acte de relation qui me met en contact avec Dieu. Je fais silence, je chante, je remercie, je demande, etc. Ces actions personnelles ou communautaires me tournent et me rapprochent de Dieu.

D’autre part, la prière eucharistique est :

1- La réception de la parole du Christ proposée par notre Église. Le Christ nous donne son enseignement, la Parole. Nous l’accueillons en communauté, nous en parlons et nous essayons de la comprendre de plus en plus selon le plan liturgique.

2- L’offrande du pain et du vin, fruit de la terre et du travail des femmes et des hommes. Cette démarche de nos offrandes matérielles et spirituelles rappelle aussi celle de Jésus avec ses disciples.

3- L’action sacrée du Christ qui consiste à nous remémorer son amour et à accueillir sa personne. C’est le don consacré, la nouvelle et éternelle alliance.

4- La communion.

Dieu nous prend, nous héberge dans sa vie et nous rend encore plus humains.

Assise dans son salon, la personne peut prier certes, mais elle ne peut s’unir en assemblée et cheminer dans l’enseignement proposé par la liturgie et la célébration.

Assise dans son salon, la personne peut prier certes, mais elle ne peut offrir en assemblée le pain et le vin, et en rendre grâces à Dieu.

Assise dans son salon, la personne peut prier, mais elle ne peut communier au pain de vie, le corps du Christ.

À vous et à moi, notre Seigneur nous dit : prenez et mangez et vous aurez la vie en vous.

André Sansfaçon, prêtre

 

Prière

Un grand désir

 

Mon Dieu,

qui êtes en moi et en qui je suis,

daignez me donner ce sentiment continuel

de votre présence,

de votre présence en moi et autour de moi,

et, en même temps,

cet amour craintif qu’on éprouve en présence des gens qu’on aime passionnément

et qui fait qu’on se tient devant la personne aimée,

sans pouvoir détacher d’elle ses yeux,

avec un grand désir et une pleine volonté

de faire tout ce qui lui plaît,

tout ce qui est bon pour elle. En vous, par vous et pour vous.

 

Charles de Foucauld


Action de grâce

« Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Et qui d’entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent, et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux ! Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! Ne vous inquiétez donc pas, en disant : “Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ?” – tout cela, les païens le recherchent sans répit –, il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît.

Matthieu 6,25-33

 

Je marchais pour me rendre au travail un jour à la fin août de l’an dernier quand j’ai remarqué que terrain de tennis qui se trouve de l’autre côté de la porte arrière de mon bureau avait été démoli. Il y avait une camionnette stationnée près de la barrière avec le logo d’une compagnie spécialisée dans la construction et la restauration des terrains de tennis. J’ai revu ensuite cette même camionnette plusieurs autres fois transportant des équipes de travailleurs et différentes sortes d’équipements pour démolir l’ancien terrain, mettre une nouvelle sous-couche de terre, repaver le nouveau terrain et ainsi de suite durant plusieurs semaines. Quand j’ai vu cette camionnette, je me suis fait la remarque que jamais je n’avais pensé qu’il puisse exister des compagnies dont la spécialité est de démolir et restaurer les terrains de tennis et qui ne font que ça.

Je crois que ce projet de réfection de terrain de tennis m’a fait une forte impression parce que je l’ai remarqué pour la première fois en même temps que circulait cette photo célèbre d’un petit garçon échoué noyé sur une plage de Grèce. La photo a obligé le monde entier à reconnaître le très grand nombre de personnes autour du monde qui fuient désespérément leur maison cherchant un lieu, quelque lieu sécuritaire que ce soit, pour l’appeler leur demeure.

Ça n’a aucun sens que dans notre partie du monde, des gens aient le temps de prendre des mois pour réparer des terrains de tennis, alors des gens dans d’autres parties du monde n’ont nulle part où vivre. Nous nous démenons pour comprendre comment de tels paradoxe sont possibles. Comment pouvons-nous vivre de telles inégalités ?

Ce n’est pas qu’il y a quelque chose mal à avoir un terrain de tennis. Celui dont je parle appartient à une maison à appartements et je l’ai vu é suffisamment de fois pour savoir qu’il fournit une excellente façon aux résidents, principalement des personnes âgées, de faire de l’exercice et de rester actifs. Je me risque à dire que ce sont des gens qui ont travaillé dur toute leur vie et qui ont contribué à la société et que c’est bien qu’ils puissent profiter de la vie et d’une sain exercice physique dans leurs vieilles années. Alors je ne veux pas condamner les terrains de tennis.

Je pense à ça alors que nous nous préparons à célébrer l’Action de grâce. Nous nous réunirons avec nos familles nos amis, autour d’une belle table garnie avec la dinde et un important plat de légumes préférablement locaux, à quoi s’ajouteront les tartes et les desserts. Nous rendrons grâce pour les bontés dont nous sommes comblés; il est juste et bon de rendre grâce pour ces dons extraordinaires de Dieu.

Il est juste et bon de nous souvenir alors que nous rendons grâce que nous les recevons par la grâce de Dieu. Le repas de l’Action de grâces et toutes les autres choses dont nous sommes comblées et que nous avons tendance de prendre pour acquises vont bien au-delà de ce que nous avons récolté ou mérité. Il y a là évidence de la grâce de Dieu.

Alors que nous recevons ces grâce nous sommes aussi appelés au partage. Nous ne pouvons rendre grâce et nous arrêter là. Nous devons chercher et rechercher activement des façons de rejoindre ceux et celles qui souffrent.

Il y a beaucoup à méditer dans le mot de Matthieu 6,25-33, le passage que nous avons lu, mais j’y trouve un utile rappel que c’est Dieu qui pourvoit les choses naturelles donc nous profitons. Nous devons recevoir ces choses avec gratitude, tout en sachant que ce ne sont pas la nourriture ni les vêtements qui donnent sens à notre vie. Nous sommes appelés à nous préoccuper, et à y consacrer nos énergies, à des choses plus importantes.

Alors rendons grâce pour la dinde et les tartes et tout ce que Dieu nous donne et engageons-nous à nouveau à œuvrer pour un monde où la bonté de Dieu est partagée par tous et toutes.

Que la Paix soit avec vous.

Nora Sanders

Ex-secrétaire exécutive de l’Église Unie du Canada

Traduction et adaptation : David Fines


Prière

                Sans souci

 

Seigneur, ôte-nous tout souci : 

souci de nous-mêmes, pour que nous t'écoutions,

souci des autres, pour que nous les rencontrions,

souci de toi, pour que nous recevions ta grâce

qui nous habille mieux, plus joliment que les lys des champs.

 

Sans souci, par ton action,

nous pouvons chercher ton règne

et vivre comme à neuf.

 

Ôte tout souci aux Églises,

pour qu’elles soient de simples servantes.

Libère-nous chaque jour des soucis

de la veille et du lendemain,

de l’avenir et du passé,

pour être pleinement 

dans le présent avec toi.

Maurice Carrez

 

Église protestante unie de France


Sous un regard aimant

                Comme il se mettait en route, quelqu’un vint en courant et se jeta à genoux devant lui; il lui demandait : « Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? » 

 

Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements : Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère. » 

L’homme lui dit : « Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse. » 

Jésus le regarda et se prit à l’aimer; il lui dit : « Une seule chose te manque; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi. »

Mais à cette parole, il s’assombrit et il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. 

Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples : « Qu’il est difficile à ceux qui ont les richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » 

Les disciples étaient déconcertés par ses paroles. Mais Jésus leur répète : « Mes enfants, qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » 

Ils étaient de plus en plus impressionnés; ils se disaient entre eux : « Alors qui peut être sauvé ? » Fixant sur eux son regard, Jésus dit : « Aux hommes, c’est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu. » 

Marc 10,17-27

 

Je me reconnais dans cet homme agenouillé qui appelle Jésus « bon Maître » et lui demande quoi faire pour hériter de la vie éternelle. Riche de connaissances, de principes, d’expériences, de conseils, de relations, de biens matériels, d’une liste d’observances, j’approchais cet âge grave où la vie bascule vers l’autre versant et où « l’à-quoi-bon » nous rattrape. J’ai crié au « Bon » Maître, le Jésus de ma jeunesse, mon désir fou de vivre à plein, toujours !

Sans discuter, Jésus m’a discrètement rappelé la Source du Bon.  Il a fait défiler ce que je savais par cœur : mes engagements. Je lui avouai naïvement ma tranquille assurance d’avoir fait de mon mieux depuis ma jeunesse, obéissant à beaucoup de « ne pas » ! Mais voilà ! J’ai croisé son insoutenable regard d’amour… Il m’a atteinte au vif de mon manque. Il m’a dit d’aller échanger mes richesses pour ce dont les gens qui m’entourent ont soif eux aussi et, qu’alors, je découvrirais un trésor tout autre. Comment oublier le « viens, suis-moi » qui est venu ensuite ?

Moi qui me jugeais « correcte », j’ai éprouvé cet inconfortable sentiment de tristesse à la pensée de perdre biens et repères. Mêlée aux autres disciples, je faisais miennes les questions lancées au Maître qui osait nommer la réelle difficulté pour des riches d’entrer dans ‘l’univers’ du Dieu bon. Me voyant aussi chamboulée que Pierre par la crainte de manquer le bateau, Jésus m’a encore ramenée vers Dieu, seul capable de rendre possible tout impossible humain. J’entendais ! Mais, au fond, j’espérais que Jésus me conforte.

Oui, il me fallait tout quitter ! Surtout le sentiment d’être « correcte » ! Il fallait que je sorte de tout et même de moi ! Et que je marche sans programme ! Pour apprendre, oui, à quelle transformation de perte en offrande Jésus appelle ses disciples chaque jour. J’ai dû puiser au plus profond de mon être pour découvrir cette inépuisable richesse ! Au cœur de rencontres inédites, j’ai reconnu, peu à peu, difficilement parfois, ces nombreux frères et sœurs qui me sont donnés, ces femmes et ces hommes de cœurs et d’entrailles qui m’aident à accoucher de moi-même, ces champs et ces maisons prêts à m’accueillir. Tout m’est revenu au centuple !

N’est-ce pas en Dieu, unique Source de Fécondité, de Bonté, que Jésus désire tout rassembler ? Ne nous invite-t-il pas à entrer avec lui dans la divine richesse de communion universelle ? Je saisis même un peu pourquoi Jésus ajoute les persécutions au centuple des relations. Quand mes pas veulent s’amarrer à quelconque rivage, des vagues venues du large, insistantes, décapantes, m’obligent à partir. Pour marcher encore afin d’aiguiser, au contact de Jésus, ce réflexe de l’amour qui agrandit l’espace du cœur. « Il faut marcher de très longues routes » pour expérimenter, sous un regard aimant, que, de la Source éternelle d’Eau vive, ne cesse de jaillir un éternel Devenir ! Ne sommes-nous pas déjà ce que nous serons ?

Rita Gagné

ursuline

 

Prière

                Les enfants de la rue

 

Mon Dieu,

je viens vers toi le cœur habité de tous ces enfants

livrés à eux-mêmes dans les rues des cités,

dans les bidonvilles, dans les camps des réfugiés.

Ils ne connaissent ni paix, ni avenir,

ni amour, ni sécurité.

Ils sont victimes de la folie humaine,

génération sacrifiée.

 

Mon Dieu,

je viens vers toi le cœur habité de tous ces jeunes

qui se cherchent, qui te cherchent sans le savoir.

Ils sont là, dans les rues à crier leur désarroi,

ils n’osent plus croire en l’avenir.

 

Seigneur, tu as pris les petits dans tes bras,

et de tes mains tu les as bénis.

Tu as regardé le jeune homme riche

avec compassion, avec amour.

Toi, le Dieu de la vie, tu as une espérance pour chacun d’eux.

Rends-moi attentive à ta voix, à ta volonté,

et fais de moi aujourd’hui un témoin d’espérance et de vie

pour ceux et celles qui croiseront mon chemin.

 

Sœur Danielle


Laissez-venir à moi…

Des Pharisiens s’avancèrent et, pour lui tendre un piège, ils lui demandaient s’il est permis à un homme de répudier sa femme. Il leur répondit : « Qu’est-ce que Moïse vous a prescrit ? » Ils dirent : « Moïse a permis d’écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme. » Jésus leur dit : « C’est à cause de la dureté de votre cœur qu’il a écrit pour vous ce commandement. Mais au commencement du monde, Dieu les fit mâle et femellec’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. » À la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur ce sujet. Il leur dit : « Si quelqu’un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l’égard de la première; et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère. »

Des gens lui amenaient des enfants pour qu’il les touche, mais les disciples les rabrouèrent. En voyant cela, Jésus s’indigna et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. En vérité, je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. » Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

Marc 10,2-16

 

Jésus n’a jamais arrêté d’étonner, de surprendre : règles de pureté, observation du sabbat, païens cités en exemple de foi, accueil des impurs.

« Des gens lui amenaient des enfants pour qu’il les touche, mais les disciples les rabrouèrent. » Les disciples les rabrouèrent

Ce n’est pas la première fois, ni la dernière que les disciples ou quelque groupe s’interposent entre Jésus et les gens qui veulent l’approcher, un peu à la manière de gardes du corps coriaces et inflexibles; des gens simples qui désirent le voir, l’écouter, le toucher, lui demander quelque chose, se faire guérir. À la fin de ce même dixième chapitre de Marc, « beaucoup », à Jéricho, rabroueront l’aveugle Bartimée qui cherchera à s’approcher de Jésus pour recouvrer la vue (Matthieu parle de deux aveugles que la foule « rabrouait »). On peut penser à cette femme cananéenne qui, d’une certaine distance, crie vers Jésus de guérir sa fille et les disciples s’en plaignent : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris. » (Matthieu 15,23). Ou encore à cette foule qui avait suivi Jésus pour l’écouter parler du Règne de Dieu toute la journée sans se lasser. Et alors que le soit tombe, les Douze s’approche de Jésus et lui disent : « Renvoie donc le foule. » (Luc 9,12)

Jésus n’a jamais voulu qu’on le considère comme un personnage important. Il n’était ni intouchable, inatteignable. Je pense à cette vidéo du pape François qui a circulé sur Internet il y a quelques années : le pape prononçait un discours à l’occasion du pèlerinage des familles sur la place Saint-Pierre au Vatican. Pendant qu’il écoutait la lecture de l’évangile, un enfant en a profité pour s’inviter sur le podium. Souriant, François lui a caressé la tête et l’a même laissé jouer avec la croix qu’il porte autour du cou. Un agent de sécurité a ensuite tendu un bonbon au petit garçon, pour tenter de lui faire quitter l’estrade, mais en vain. Le garçon a refusé de s’éloigner du pape et s’est accroché à l’aube papale. Le pape François, imperturbable, a poursuivi son homélie.

Jésus se voulait proche des gens, des petites gens, et il voulait aussi être compris des gens au « cœur pur », qui accueillent le Royaume des cieux comme des enfants. Son message ne peut être gardé ni inaccessible, ni inconnaissable. Le défi de notre théologie est de monter que Dieu est accessible, que son message d’amour est accessible; le défi est de montrer que Dieu s’est approché de l’humanité, que Dieu s’approche de nous, que Dieu nous comprend et que nous pouvons comprendre Dieu.

David Fines

Prière

                Chaque fois

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme par le monde a crié justice,

justice pour son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a porté l’angoisse,

l’angoisse de son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a brisé les chaînes,

les chaînes de son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a donné sa vie,

sa vie pour son frère ou sa sœur, près de lui,

chaque fois, le Seigneur est là.  

Jean Servel

 

Vienne ta justice


Sourds et aveugles

Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole. On lui amène un sourd qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main. Le prenant loin de la foule, à l’écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue. Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et il lui dit : « Ephphata », c’est-à-dire : « Ouvre-toi. » Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement. Jésus leur recommanda de n’en parler à personne : mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient. Ils étaient très impressionnés et ils disaient : « Il a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Marc 7,31-37

 

Dans l’évangile de Marc, le récit de la guérison d’un homme sourd et parlant difficilement est le deuxième à se passer en territoire païen. Il est précédé de la guérison de la fille d’une femme, une païenne, originaire de la région de Tyr et de Sidon. Sa petite fille était la victime d’un souffle malfaisant (un « esprit impur » ou démon). Et ce récit est suivi d’un troisième, au cours duquel Jésus multiplie les pains tout comme il l’avait fait auparavant en Galilée. Ils seront quatre mille qui trouveront alors de quoi manger à leur faim. Le récit de la guérison du sourd bègue, comme on l’appelle traditionnellement, se trouve ainsi encadré par les deux autres qui font porter le regard sur lui et contribuent à l’expliquer.

Le malade n’entend rien et ne parle presque pas. Jésus travaille fort pour le guérir et les règles de l’hygiène sont alors peu respectées. Il lui enfonce les doigts dans les oreilles, il se crache dans les mains pour lui enduire la langue de sa salive, et ensuite, implorant le ciel de lui venir à l’aide, il se met à grogner pour que tout (ça) s’ouvre, afin que l’autre puisse enfin entendre et parler.

Jésus ne voudrait cependant pas que le miracle soit claironné. Il voulait en faire une affaire privée entre lui et le malade qu’il avait pris à l’écart. Mais il n’y peut rien. Les païens sont dans l’émerveillement, tout comme la Syro-phénicienne, dont il avait guéri la fille, avait fort bien compris que son peuple aussi avait faim. L’évangéliste, ici, se fait sarcastique, montrant les païens d’un côté, tout disposés à croire, alors que les propres partisans de Jésus ne veulent rien savoir de ce qu’il leur montre et dit.

Et c’est précisément à ce problème de l’incroyance des croyants que Marc veut s’attaquer avec son récit. Certes, dans le contexte de l’activité de Jésus, son geste avait un sens important. Le malade qu’il avait en face de lui était un homme emmuré dans sa solitude, dans son autisme, incapable de comprendre les autres et tout autant de communiquer avec eux. Le guérir, c’est le rendre à la vie, le réinsérer dans son milieu dans lequel il trouvera le sens de son existence. Mais ce n’est pas pour dire cela que Marc raconte cette guérison. Il a autre chose en tête. Auparavant, à la suite de son premier récit de multiplication des pains, Marc dit des partisans de Jésus qu’ « ils n’ont rien compris à l’affaire des pains, impossible pour eux de se laisser attendrir » (Marc 6,52).  Par après, à la suite de l’échange sur les rites de purification, Jésus est outré de leur incompréhension : « Ainsi donc, répond-il brusquement, vous non plus vous ne comprenez rien ? » (Marc 7,18).

Marc ne pourrait être plus clair.  S’il montre Jésus guérissant un sourd, c’est pour faire admettre aux siens qu’eux, ils ne comprennent rien, emmurés dans un autisme volontaire. Leur tâche est de s’occuper des gens – juifs ou païens, ça n’a aucune importance. Il leur a laissé douze corbeilles de pains, pour nourrir les enfants d’Abraham, et sept pour nourrir les autres.  Qu’attendent-ils donc pour se mettre à l’œuvre ?

Le drame, que contient ce texte, c’est que peu de choses ont changé depuis Jésus. Les croyants, pasteurs en tête, ne veulent pas entendre ses appels, ni voir de ce qu’il leur montre.  L’Église ne veut s’occuper que de l’Église : ses bâtiments, ses célébrations, ses structures.  Toutes choses qui laissent Jésus totalement indifférent. Les croyants existent pour que les gens qui les voient faire s’écrient : Que c’est beau, ce qu’ils font ! Ils font entendre les sourds et parler les muets !  

Malheureusement, constatait Marc jadis, les partisans de Jésus ont « des yeux sans rien voir et des oreilles sans rien entendre ! » (Marc 8,18). Marc a écrit son évangile dans l’espoir que ça change. Et le début du changement, c’est que les sourds se rendent compte qu’ils sont sourds, et les aveugles qu’ils sont aveugles.

André Myre

bibliste et auteur

Prière

Ouvre en moi

 

Seigneur, 

Ouvre en moi

un espace de lumière chassant mes ténèbres 

Ouvre en moi

un espace de courage chassant ma crainte

Ouvre en moi

un espace d'espérance chassant mon désespoir

Ouvre en moi 

un espace de paix chassant mon trouble

Ouvre en moi

un espace de force chassant ma faiblesse

Ouvre en moi 

un espace de pardon chassant mes péchés

Ouvre en moi

n espace de tendresse chassant ma dureté

Ouvre en moi 

un espace d'amour chassant ma haine

Ouvre en moi

un espace pour toi, Seigneur.           

Howard Thurman

 

Théologien et leader des droits civiques étatsunien

Sel et lumière

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée. Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Matthieu 5,13-16

 

                Jésus vient de commencer son long « Sermon sur la montagne », que n’a sans doute pas été dit d’une seule traite, mais qui est plus un saisissant collage de la part de l’évangéliste. Après les Béatitudes un peu professorales, Jésus se met à prêcher avec son style de conteur de paraboles qui lui est particulier : « Vous êtes le sel… Vous êtes la lumière du monde... » Voilà des images du quotidien que ses auditeurs comprennent sans aucun problème, immédiatement.

Tout le monde autour de lui savait que le sel rend les mets savoureux, constatation que l’on retrouve déjà en Job : « Ce qui est fade se mange-t-il sans sel …? » (6,6; TOB). Mais bien d’avantage, bien plus important, comme le sel possède cette précieuse priorité de conserver les aliments, il en été venu à concrétiser la valeur marchande d’un contrat, et même à symboliser une réalité inaltérable (Nombres 18,19 : « C’est là une alliance consacrée par le sel et immuable aux yeux du Seigneur »; voir aussi II Chroniques 13,5). Ainsi, pour Matthieu qui rapporte ces paroles de Jésus, les disciples doivent autant rendre le monde savoureux qu’être des témoins ardents et actifs de l’Alliance de Dieu avec l’humanité. Sinon ils ne sont plus bons à rien et leur sort est d’être jetés dehors. En Luc (14,35), un tel « sel » n’est plus bon même pour le fumier.

 Tout le monde connaissait également l’importance d’une lampe allumée : dans ces habitations d’une seule pièce des petites gens de cette époque il suffisait de la lumière d’une seule lampe, d’une seule flamme, pour éclairer toute la maison. Dans l’évangile de Jean, Jésus applique cette image à sa propre personne : « Je suis la lumière du monde »; et deux fois plutôt qu’une : en 8,12 et puis en 9,5. Ainsi, l’exhortation à être la lumière du monde qui s’adresse aux premiers croyants implique premièrement de reconnaître celui qui est la lumière, c’est-à-dire celui qui seul rend praticable le chemin unique parmi les chemins du monde, qui mène à la Vie; et deuxièmement, cela implique de refléter la lumière même de Jésus dans tous les recoins obscurs de ce monde. Et comment ? Par les « bonnes actions », qu’on peut aussi traduire par « bonnes œuvres », qui ne sont pas celles édulcorées de notre temps, mais celles dont Jésus fera minutieusement la liste dans la suite de ce beau « sermon » : réconciliation, fidélité, empathie, honnêteté, intégrité, loyauté, simplicité, pardon, bienveillance, amour des ennemis, générosité, prière, intériorité…

David Fines

 

Prière

                Ta Parole

Grâce te soit rendue pour ta Parole, ô Dieu notre Père,
où nous recueillons la promesse
de ce que tu veux nous donner toi-même.

Au milieu de nos vies agitées, troublées,
connaissant parfois quelques joies
mais si souvent de grandes épreuves
du corps, de l'esprit ou de l'âme,
tourmentées par tant de choses diverses
dans le tumulte du monde qui nous entoure,
nous te bénissons de nous permettre
de nous arrêter un instant
pour écouter ce que tu as à nous dire.

Que la méditation de ta Parole
mette véritablement dans nos cœurs,
une lumière nouvelle qui éclaire notre chemin,
pendant les jours qui viennent,
et nous rende capable d'être dans le monde
de meilleurs annonciateurs de ton amour,
par notre service, notre témoignage
et notre propre amour.

Marc Boegner, pasteur

Église protestante unie de France


Le Père miséricordieux

Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de lui pour l’écouter. Et les Pharisiens et les scribes murmuraient; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » Alors il leur dit cette parabole : (…)

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l’indigence. Il alla se mettre au service d’un des citoyens de ce pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.” 

Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.” Et ils se mirent à festoyer. 

Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était. Celui-ci lui dit : “C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a vu revenir en bonne santé.” Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l’en prier; mais il répliqua à son père : “Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres; et, à moi, tu n’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !” 

Alors le père lui dit : “Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.” »

Luc 15,1-3 et 11-32

 

Toutes les paraboles de Jésus sont belles, mais celle du fils perdu et retrouvé nous touche particulièrement. Nous nous reconnaissons dans l’un ou l’autre des personnages de la parabole : le fils cadet qui a quitté le toit familial et qui reconnaît son erreur, le père qui l’attend depuis son départ et qui lui pardonne à son retour, le fils aîné qui est demeuré près de son père mais sans entrer vraiment en communion avec lui. Ou alors nous reconnaissons-nous (un peu) dans les pharisiens et les scribes qui marmonnent de ce que Jésus s’acoquine avec des « gens de mauvaise vie » ?

Autrefois, on parlait de « la parabole de l’enfant prodigue » en mettant l’emphase sur le premier personnage, le fils cadet qui demande brutalement sa part d’héritage… pour ensuite la dilapider. Celui-ci nous impressionnait par la misère dans laquelle il était tombé en s’éloignant de son père et par la conversion, intéressée peut-être mais sincère, qui le ramenait vers lui. Mais aujourd’hui, on parle plus volontiers de « la parabole du père miséricordieux », en mettant surtout en lumière la générosité du père qui attend, accueille et réintègre dans sa dignité son fils « qui était perdu et qui est retrouvé, qui était mort et qui est revenu à la vie ».

De fait, la pointe de la parabole porte sur l’attitude du père. Dans toutes les paraboles de Jésus, il y des exagérations, à première vue scandaleuses parfois, qui accrochent l’attention des auditeurs et soulignent l’aspect que le Seigneur veut illustrer. Ici, l’exagération, on la trouve dans la façon d’être et d’agir du père, trop débonnaire selon les critères habituels à l’endroit du fils perdu et qui revient au bercail, tout penaud et repentant. Le père en fait trop, comme on dit : trop d’attente envers ce fils ingrat qui est parti, trop d’empressement à l’accueillir lorsqu’il revient, trop d’effusions exubérantes, trop, beaucoup trop de facilité et de rapidité dans le pardon, trop d’honneurs dévolus à celui qui a voulu s’émanciper envers et contre tous, trop de joie, trop de fête.

Jésus veut ainsi enseigner et mettre en valeur la bonté et la miséricorde de Dieu, qui est toujours trop… selon nos critères humains. Il veut nous en convaincre, car ce n’est évident pour personne. Lorsque nous revenons vers lui après nos égarements, nous avons peut-être parfois, comme le fils prodigue, une piètre idée de Dieu. Nous pensons qu’il va nous admettre ou réadmettre dans sa maison comme journaliers seulement, mais c’est toujours comme fils et comme filles que Dieu nous attend, nous accueille, nous fête, nous comble.

De tout temps est pour toujours le Dieu de Jésus-Christ est miséricordieux. Parler de la miséricorde de Dieu, c’est rappeler sa bonté, sa compassion, sa patience et la joie que Dieu éprouve à pardonner. Pour nous, disciples du Christ, c’est ce qui caractérise le Dieu de Jésus.

En conséquence, « là où il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde ». « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » C’est un programme de vie aussi exigeant que riche de joie et de paix. C’est la grand-œuvre, sans égal, à laquelle nous sommes appelés.

Claude Dubois

prêtre des Missions-Étrangères

 

Prière

                S’abandonner

Ô Seigneur Dieu, donne-moi

     tout ce que peut me conduire à toi.

Ô Seigneur Dieu, éloigne de moi

     tout de qui peut me détourner de toi.

Ô Seigneur Dieu,

     fais aussi que je ne sois plus à moi

     mais que je sois entièrement à toi.

                                                              Édith Stein

 

 


Habiter avec lui

« Je suis la vigne, la vraie, mon père est le vigneron. Les sarments qui ne portent pas de fruits en moi, il les enlève, les sarments qui portent du fruit, il les allège, pour qu’ils fructifient davantage. Cette parole que je vous ai dite vous a déjà rendus plus légers. Restez en moi, je suis en vous. Le sarment ne donne pas de fruit s’il est séparé de la vigne, comme vous si vous vous séparez de moi. Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui est en moi et en qui je suis donne beaucoup de fruits. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un habite hors de moi, dehors, comme un sarment, on le jette, il se dessèche, on en fait un tas qu’on jette au feu et qui brûle. Si vous habitez en moi, habités par mes paroles, demandez ce que vous voudrez, vous l’aurez. Que vous portiez beaucoup de fruits, que vous deveniez mes disciples, telle est la gloire de mon Père. »

Jean 15,1-8

selon la traduction de la Bible de Bayard

 

Depuis la nuit des temps, les humains se sont sentis impuissants devant la mort, la maladie, les catastrophes naturelles. La grêle et la foudre qui détruisaient les récoltes et les forêts, les ouragans violents, les inondations, la plupart de ces calamités venaient du ciel. On a pensé que là, en haut, dans le ciel, il y avait un maître puissant qui contrôlait nos vies et nous dictait quoi faire. Il fallait lui plaire, lui faire des offrandes, le supplier de nous épargner, enfin le garder de notre bord. On priait Dieu pour la pluie et pour le beau temps. Tout cette piété est loin derrière nous. Aujourd’hui, on a recours aux agronomes. Nous sommes devenus autonomes et l’alimentation est devenue une bonne affaire.

               Jésus est venu nous dire que Dieu ne vivait pas au deuxième étage. Toute notre conception religieuse décrit l’univers comme un monde à deux étages : celui du ciel et celui de la terre, le monde surnaturel et le monde naturel. Le Symbole des Apôtres évoque une succession de va-et-vient entre le haut et le bas : l’ascenseur descend et monte continuellement entre les deux niveaux : « descendu aux enfers, monté au ciel, d’où il viendra… ». Jusqu’en 1980, à l’ouverture de séance de la Chambre des Communes à Ottawa, on lisait cette prière : « Ô Seigneur ! notre Père Céleste, Haut et Puissant, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, le seul Souverain des princes, qui contemplez de Votre trône tous les habitants de la terre… » Cette représentation fait problème à un monde moderne qui a acquis son autonomie et n’attend rien d’un hypothétique monde d’en-haut dont l’existence n’a jamais été prouvée.

Le Jésus de l’évangile de Jean au chapitre 15 ramène l’image de Dieu à une dimension terrestre (et cela est caractéristique des paraboles en général). L’image de la vigne est très inspirante, car elle situe Dieu comme un vigneron dont la fierté est de faire produire chaque sarment de sa vigne. Dieu est une Source, une Inspiration, un Souffle intérieur. Dieu n’est pas en haut, mais en-dedans, au plus intime de notre intimité. Dieu habite notre monde, Dieu est l’âme du cosmos, Dieu est le Souffle qui anime la vie sur terre, bien plus Dieu anime toute l’humanité dans son évolution, Dieu est présent dans son histoire. Jésus est le plant de vigne auquel nous sommes greffés par la confiance, par la foi. Nous demeurons en lui et lui en nous. « Me faire confiance, ce n’est pas me faire confiance à moi, mais bien à celui qui m’a délégué. » Jésus est l’incarnation de Dieu dans notre monde. C’est la vigne qui surgit de l’être divin; elle s’enracine dans la divinité et pousse ses branches dans l’humanité. Dieu est la sève qui donne vie au plant, il est cette poussée de la vie qui crée le monde incessamment depuis toujours. Il agit au plus intime de notre monde. 

C’est par notre attachement à Jésus, par notre confiance en lui que nous vivons pleinement. « Si quelqu’un m’aime, il observera mes paroles, il sera aimé de mon Père et nous irons habiter en lui. » (Jean 14,23) Dans la mesure où nous sommes branchés sur la personne de Jésus, sur sa bonne nouvelle, nous devenons de plus en plus l’être que Dieu a projeté de faire advenir, nous nous épanouissons, nous devenons ce que nous sommes vraiment. Dieu est la source de notre liberté humaine. Il ne nous parachute pas des ordres d’en haut, écrits il y a des milliers d’années dans un livre sacré et interprété par ses prétendus représentants d’ici-bas. La loi de Dieu, elle est inscrite dans nos cœurs. Notre recherche du bien, nos discernements sur des sujets difficiles comme l’exercice de la sexualité et l’amour, l’égalité des hommes et des femmes, l’aide à bien mourir pour ne donner que ces trois exemples actuels, nos discernements sont inspirés par la loi de l’amour qui est en nous. À tâtons et alimentés par la sève divine de la Vie, nous cherchons ensemble et nous avançons avec espoir vers le Royaume de Dieu sur terre.

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Actes 1,11) C’est le message que Jésus nous a laissé en nous quittant. Cessons donc de regarder vers le ciel pour chercher solutions à nos problèmes. Nous sommes des êtres autonomes. Retournons vers nos Galilées, à notre quotidien et c’est là que nous le trouverons au milieu des femmes et des hommes de nos sociétés modernes, quelles que soient leurs croyances ou leur incroyance. Dieu est intimement lié à l’humanité et il l’inspire pour l’amener à la perfection. Nous sommes sa vigne et il l’émonde et en prend soin pour que chaque rameau, chaque sarment donne de belles grosses grappes juteuses et savoureuses. « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit. » Ce changement de regard sur un Dieu très bas et très intime nous aidera à mieux vivre dans une société plurielle et laïque sans nous entourlouper dans des raidissements dévots, sources de divisions et de disputes stériles. L’humanité doit survivre sur une planète qui doit demeurer bleue et vivante. Pour réaliser cette tâche colossale et urgente, nous avons besoin du Souffle de Vie qui anime notre monde par l’intérieur et il faut annoncer la Bonne nouvelle d’un autre monde possible à toute langue, peuple et nation.

Claude Lacaille

 

Prière

Exauce-nous

 

 

Dieu de tendresse, exauce-nous. 
- Prions pour les personnes qui souffrent dans leur corps; qu’elles trouvent réconfort et espérance dans l’amour du Christ. 
- Prions pour les persécutés à cause de la justice; qu’ils trouvent dans la passion du Christ un exemple de courage et de liberté. 
- Prions pour nos Églises; qu’elles soient fidèles à suivre leur Seigneur chevauchant un ânon. 
- Prions pour notre société; qu’elle sache reconnaître et promouvoir tout ce qui concourt à la croissance d’un monde meilleur. 
Dieu de tendresse et de compassion, écoute la prière de ton peuple. Toi qui étais avec ton Fils quand il est entré dans la ville sainte au milieu des acclamations, accorde-nous le même soutien et la même grâce. Nous te le demandons par ce même Jésus, ton Fils, notre Seigneur.  Amen. 


Joie, paix, confiance

En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché ! » C’est lui dont avait parlé le prophète Ésaïe quand il disait : « Une voix crie dans le désert : “Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.” » Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.

Matthieu 3,1-6

 

Dans le chœur de l’église à Taizé nous avons placé une icône que nous appelons « l’icône de l’amitié ». Pourquoi ? C’est que frère Roger aimait beaucoup cette icône, peinte en Égypte au VIe siècle. Frère Roger aimait cette icône parce qu’elle montre le Christ qui met son bras sur l’épaule de son ami, cet ami du Christ que nous sommes tous. Frère Roger vivait d’une certitude : Dieu accompagne chaque être humain, même celles et ceux qui n’en ont pas conscience.

Dans cette confiance en la présence de Dieu en chacun, il trouvait une joie et une paix qu’il cherchait à communiquer à d’autres. Et même si la blessure de la séparation est parfois pour nous encore vive, nous voudrions ne jamais oublier combien frère Roger a été porteur de joie.

À nous les frères de la communauté, frère Roger disait souvent : « Nous ne sommes pas des maîtres spirituels. » Ces paroles n’étaient pas un appel à démissionner de la responsabilité pastorale à l’égard de tous ceux viennent auprès de nous.

En disant « Nous ne sommes pas des maîtres spirituels », il voulait dire ceci : ce n’est pas nous-mêmes que nous voudrions montrer aux autres mais, comme Jean le Baptiste, nous voudrions par nos vies montrer le Christ, préparer le chemin qui conduit vers lui. Et pour cela frère Roger ajoutait : « Nous sommes avant tout des hommes d’écoute. »

Dans un autre domaine, le témoignage que frère Roger nous appelait à donner est proche de celui de Jean-Baptiste, le Précurseur, celui de la simplicité de vie.

Bien sûr notre petite communauté ne prétend pas rivaliser avec l’ascétisme de Jean qui vivait au désert, vêtu d’une peau de bête, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Pourtant, frère Roger était très soucieux, pour lui, et pour nous ses frères, d’une grande simplicité dans notre existence quotidienne. Cette préoccupation l’a habité jusqu’à la fin. Il aimait rappeler que depuis les croyants des premiers temps, depuis les apôtres, Jean-Baptiste et la Vierge Marie, il y a eu un appel à vivre en grande simplicité et à partager.

Beaucoup ne savent pas que frère Roger avait une nature parfois inquiète. Bien souvent c’est cette inquiétude qui l’a rendu tellement créateur. S’il a su transmettre la joie et la confiance en Dieu, c’est parce qu’elles supposaient en lui un combat intérieur.

Cette inquiétude, loin de l’immobiliser, a provoqué une réflexion constante, une conscience sans cesse en éveil. Toujours il cherchait à concrétiser une intuition. Toujours, souvent jour et nuit, il se faisait du souci pour les autres.

Comment pouvait-il cependant revenir sans cesse à la joie et à la paix intérieures ? En partie par sa capacité à recevoir chaque jour comme un aujourd’hui de Dieu. Il se laissait inspirer par les événements et les personnes qu’il rencontrait. Il osait créer du nouveau même dans des conditions qui semblaient condamner l’effort à l’avance.

Il a combattu jusqu’au bout pour faire confiance à la présence de Dieu. C’est peut-être cela qui l’a rendu capable de voir si bien les évolutions de nos sociétés. Souvent il a discerné longtemps avant les autres ce qui était en train de germer.

La confiance en Dieu lui a donné le courage d’anticiper de quelques pas le mouvement de l’Histoire. Il a ouvert des chemins qui semblaient impossibles. Et cela tant pour la réconciliation entre chrétiens que pour la paix dans la famille humaine.

Frère Aloïs de Taizé

 

Prière 

M’aimes-tu ?

 

Toi le Ressuscité
comme un pauvre
qui ne veut pas s’imposer,
Tu accompagnes chacun
sans forcer l’entrée de notre cœur.
Tu es là, tu offres ta confiance,
tu ne délaisses personne,
même quand les profondeurs
crient de solitude.
Pour t’accueillir
nous avons besoin de guérison.
Pour te reconnaître, il importe
que nous prenions le risque de refaire
à tout moment le choix de Te suivre.

Sans ce choix,
à chaque fois radical, nous nous traînons.

Te choisir, c'est t'entendre nous dire :
« Toi, m'aimes-tu plus que tout autre ? »

 

Frère Roger de Taizé


Baptême et confirmation

Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce qui est dans le Christ Jésus. Ce que tu as appris de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes fidèles qui seront eux-mêmes capables de l’enseigner encore à d’autres. Prends ta part de souffrance en bon soldat du Christ Jésus. Personne, en s’engageant dans l’armée, ne s’embarrasse des affaires de la vie civile s’il veut donner satisfaction à celui qui l’a enrôlé. Et de même, dans la lutte sportive, l’athlète ne reçoit la couronne que s’il a lutté selon les règles. C’est au cultivateur qui peine que doit revenir d’abord sa part de fruits. Comprends ce que je dis. Du reste, le Seigneur te fera comprendre tout cela.

Souviens-toi de Jésus Christ
ressuscité d’entre les morts,
issu de la race de David,

selon l’Évangile que j’annonce et pour lequel je souffre jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée ! 

C’est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut, qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. 

Elle est digne de confiance, cette parole : 

Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons.

Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons.

Si nous le renions, lui aussi nous reniera.

Si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même.

II Timothée 2,1-13

               

Les dimanches où l’on célèbre dans nos paroisses des baptêmes ou de confirmations sont toujours des dimanches particuliers; ces deux événements nous permettent souvent de recevoir en nos églises des gens que nous voyons pour la première fois (en espérant que ce ne soit pas la dernière !) ou d’autres que nous n’avons pas vus depuis longtemps. Pour les célébrants aussi, c’est un plaisir de voir toute une communauté de bonne humeur !

                Au baptême les parents font publiquement, devant Dieu et devant la communauté, la promesse de vivre selon leur foi et d’inculquer à leur enfant les valeurs chrétiennes; et en même temps la communauté promet publiquement d’accompagner ce jeune couple dans cette noble tâche et de lui venir en aide au besoin… Et un jour, ce sera le tour des enfants de « confirmer », d’affirmer, de faire leurs les promesses qu’ont prises leurs parents… À la confirmation, on le sait, la jeune personne « confirme » les promesses que ses parents ont prises en son nom à son baptême; dans toutes les églises, cette célébration se fait à la fin d’un processus de formation et d’éducation qui permet d’approfondir sa foi, de trouver réponses à certaines de nos questions.

                Je n’ai pas besoin d’insister sur le fait que les enfants - et les jeunes - sont importants dans la vie d’une église. Les enfants ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, ils sont aussi le présent de nos Églises, un présent qui fait plaisir à voir. En de nombreux endroits dans les récits néotestamentaires, nous voyons Jésus entouré d’enfants; il les accueille, il les bénit, il leur montre son amour.

                Dans le Nouveau Testament, cependant, il y a moins de passages sur la « confirmation ».

                On retrouve heureusement cette longue exhortation de Paul au jeune Timothée que nous avons lue qui peut nous inspirer. Lorsqu’il écrit cette Lettre, Paul est déjà un homme âgé; il a alors environ une soixantaine d’années; il sait qu’il en est à la fin de sa course. De plus il est captivité, nous dirions, en résidence surveillée, à Rome.

                Paul avait converti la mère et la grand-mère de Timothée, et celui-ci s’était converti à son tour à la foi chrétienne. Et voilà que tout zélé, il avait accompagné Paul dans plusieurs de ses voyages : en Galatie, en Grèce, à Athènes, à Corinthe, à Éphèse, à Jérusalem. Il avait découvert le monde ! Il avait vu les merveilles de la foi. Timothée lui aidé venu en aide, il avait participé avec ferveur à ses campagnes d’évangélisation. Paul avait une confiance totale dans ce jeune homme fervent : il l’avait même délégué pour régler une dispute à Corinthe, il l’avait envoyé en son nom à Éphèse pour régler des questions de fausses doctrines. Un jeune du type que tout responsable d’église aimerait avoir chez lui !

                Dans cette deuxième Épître de Paul à Timothée, Paul lui demande non seulement de persévérer dans la foi, de demeurer fidèle, comme lui aussi doit demeurer fidèle, mais de venir de le rejoindre à Rome pour partager sa captivité. Quelle importante demande ! On ne sait pas si Timothée y a répondu; on ne sait s’il est allé rejoindre Paul, on ne sait pas si en a eu l’occasion, ou le temps.

                Qu’est-ce qu’on peut apprendre de ce texte ?

                Si Jésus nous a enseigné à quel point les enfants sont importants dans la vie d’une église, Paul nous montre très clairement à quel point les jeunes aussi sont importants, à quel point il ne faut pas craindre de leur confier des responsabilités importantes, à quel point il faut leur faire confiance, à quel point on peut compter sur eux, à quel point c’est Dieu qui agit à travers eux.

                Paul nous invite à louer Dieu pour les enfants et pour les jeunes de notre Église ! Paul nous invite à célébrer leur apport inestimable.

David Fines


Prière

Seigneur, j’aimerais donner la foi à tous mes amis,

Leur donner le pardon, leur donner la gentillesse et surtout j'aimerais donner la paix dans le monde entier.

J’aimerais qu’il n’y ait plus de guerre ni de violence, ni de torture et d’esclavage.

Je voudrais que le monde marche en paix qui n’y ait pas une mine ou une bombe qui saute à tout moment

Seigneur, prends pitié de nous.

Seigneur, je voudrais que tous les animaux en voie de disparition soient protégés.

Que la nature devienne comme elle était avant.

Que les humains arrêtent de couper les arbres et de polluer les lacs, les rivières et les océans.

 

Amen.


Le pain vivant

Les Juifs critiquaient Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi je suis le pain qui est descendu des cieux. » 

Ils disaient : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu des cieux” ? » 

Jésus leur répondit : « Cessez de critiquer entre vous. Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Les prophètes ont écrit ceci : “Ils seront tous instruits par Dieu.” Toute personne qui écoute le Père et qui reçoit son enseignement vient à moi. Cela ne signifie pas que quelqu’un ait vu le Père; seul celui qui est venu de Dieu a vu le Père. Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui croit possède la vie éternelle. Moi je suis le pain de vie. Vos ancêtres ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Mais le pain qui descend des cieux est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c’est ma chair. »

Jean 6,41-51

 

Jésus instruit ses disciples par sa parole. Il proclame qu’il est le pain vivant descendu du ciel. Pour un juif, c’est un affront et un scandale de parler ainsi. Personne ne peut s’affirmer d’origine divine. Même les gens lorsqu’ils parlent de Dieu font appel à d’autres mots, comme la nuée, le rocher, le roi, le berger, etc.

Envers et contre tous, Jésus continue à instruire ses disciples : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu (Matthieu 4,4). Et, affront ultime, il se présente non seulement comme la parole, mais comme Dieu : qui m’a vu a vu le Père (Jean 14,9).

Pourtant, il est un homme. Un homme bien connu, fils de Joseph, qui se donne une prérogative divine. Je vous le dis : celui qui croit en moi à la vie éternelle.

Dès les premiers temps de l’Église, les chrétiens ont mis en pratique la parole du Seigneur.

Saint Justin écrit en l’an 150. Saint Justin de Naplouse est mort martyr à Rome pour avoir refusé de sacrifier aux dieux païens. « Le jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, dans les villes et à la campagne, se réunissent dans un même lieu : on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet. Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours sur ces beaux enseignements. Ensuite, nous nous levons tous et nous prions ensemble à haute voix. Lorsque la prière est finie, on apporte du pain avec du vin et de l’eau… Puis ont lieu la distribution et le partage à chacun des choses consacrées et l’on envoie leur part aux absents par le ministère des diacres… » 

Vous et moi, la foi au Christ nous introduit à l’autre vie, la vie relationnelle en Dieu. Notre adhésion au Christ nous situe dans notre dimension d’éternité.

Chaque fois que nous lisons ou partageons la parole, nous sommes en prière. Nous actualisons notre relation à Dieu. Et chaque fois que nous mangeons le pain, le pain descendu du Ciel, nous communions au Christ.

Nous vivons une démarche d’unité tout à fait spéciale. Nous entrons dans la vie même de Dieu. Nous allons à la source de la vie divine. Nous dépassons la vie présente et nous anticipons aujourd’hui la vie de l’unité en Dieu.

Si quelqu’un mange de ce pain, cette personne vivra éternellement.

Plusieurs personnes de nos communautés semblent oublier la différence entre la prière et la communion. D’une part, la prière est un acte de relation qui me met en contact avec Dieu. Je fais silence, je chante, je remercie, je demande, etc. Ces actions personnelles ou communautaires me tournent et me rapprochent de Dieu.

D’autre part, la prière eucharistique est :

1- La réception de la parole du Christ proposée par notre Église. Le Christ nous donne son enseignement, la Parole. Nous l’accueillons en communauté, nous en parlons et nous essayons de la comprendre de plus en plus selon le plan liturgique.

2- L’offrande du pain et du vin, fruit de la terre et du travail des femmes et des hommes. Cette démarche de nos offrandes matérielles et spirituelles rappelle aussi celle de Jésus avec ses disciples.

3- L’action sacrée du Christ qui consiste à nous remémorer son amour et à accueillir sa personne. C’est le don consacré, la nouvelle et éternelle alliance.

4- La communion.

Dieu nous prend, nous héberge dans sa vie et nous rend encore plus humains.

Assise dans son salon, la personne peut prier certes, mais elle ne peut s’unir en assemblée et cheminer dans l’enseignement proposé par la liturgie et la célébration.

Assise dans son salon, la personne peut prier certes, mais elle ne peut offrir en assemblée le pain et le vin, et en rendre grâces à Dieu.

Assise dans son salon, la personne peut prier, mais elle ne peut communier au pain de vie, le corps du Christ.

À vous et à moi, notre Seigneur nous dit : prenez et mangez et vous aurez la vie en vous.

André Sansfaçon, prêtre

 

Prière

Un grand désir

 

Mon Dieu,

qui êtes en moi et en qui je suis,

daignez me donner ce sentiment continuel

de votre présence,

de votre présence en moi et autour de moi,

et, en même temps,

cet amour craintif qu’on éprouve en présence des gens qu’on aime passionnément

et qui fait qu’on se tient devant la personne aimée,

sans pouvoir détacher d’elle ses yeux,

avec un grand désir et une pleine volonté

de faire tout ce qui lui plaît,

tout ce qui est bon pour elle. En vous, par vous et pour vous.

 

Charles de Foucauld


La tristesse changée en joie

Jésus se rendit compte que ses disciples désiraient l’interroger. Il leur dit donc : « Je vous ai déclaré : D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. Est-ce à ce sujet que vous vous posez des questions entre vous ? Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. De même, vous êtes dans la peine, vous aussi, maintenant; mais je vous reverrai, alors votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne peut vous l’enlever ».

Jean 16, 19-22

 

Pour les amis de Jésus, le temps passé avec lui était une fête. Jésus lui-même le voulait ainsi, il leur avait dit dès le début : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! » (Matthieu 9,15). Dans les villes et villages de Galilée, avec Jésus, c’était une fête de lieu en lieu.

Dès le début aussi, Jésus avait dit des paroles énigmatiques que personne ne pouvait encore comprendre : « Le temps viendra où le marié sera enlevé ». La fête sera alors finie. La veille de sa mort, Jésus le dit ouvertement : « D’ici peu vous ne me verrez plus ». C’est ce passage de l’Évangile que nous avons lu. Jésus sent qu’il va mourir. Et il sait combien ce sera dur pour ses amis, et cela l’attriste. « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez ».

Mais il y a un au-delà de cette tristesse, celle de Jésus et celle des disciples. « D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » En mourant, Jésus s’en est allé. Mais il est revenu de la mort, et ses amis l’ont vu, Marie de Magdala la première, puis Pierre et Jean et beaucoup d’autres.

La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas détruite par la souffrance et la mort, par l’absence de l’Aimé, l’absence de Dieu. Jésus l’a dit : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ».

La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas le contraire de la tristesse. La joie pascale habite et nos peines et nos tristesses, et elle les transforme comme de l’intérieur. « Votre peine se changera en joie. » La peine et la tristesse ne cèdent pas à la joie, mais elles sont changées en joie. Même pas toujours changées en joie, mais visitées et éclairées d’une joie.

La tristesse et la joie peuvent être là en même temps, comme, un matin d’automne, le brouillard et la lumière se mêlent sur la colline de Taizé; comme les larmes et le rire se mêlent parfois dans nos vies; comme la douleur d’un enfantement et l’éblouissement d’une nouvelle vie.

L’apôtre Paul nous dit avec beaucoup de sagesse : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent » (Romains 12,15). Comment faire quand nous sommes en même temps avec ceux qui sont dans la joie et avec ceux qui pleurent ? Nous ne pouvons mettre en pratique cette parole qu’en chantant et pleurant en même temps.

Il existe ce qu’on a appelé une tristesse joyeuse. Il y a une manière triomphante de se réjouir qui ne peut que rendre plus tristes encore ceux qui pleurent. La joie pascale est assez ample pour contenir tristesse et peine. Elle pleure et se réjouit en même temps. Elle fait revenir le sourire sur les visages des malheureux.

Comme un bébé, la joie pascale naît dans les douleurs. Jésus dit : « Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. » C’est de la joie née dans la peine que Jésus dit : « Votre joie, personne ne peut vous l’enlever. »

Dans la Règle de Taizé, frère Roger a écrit voici bien longtemps : « Ne crains pas de communier aux épreuves d’autrui, n’aie pas peur de la souffrance, car c’est bien souvent au fond de l’abîme qu’est donné la perfection de joie dans la communion du Christ Jésus. »

En quoi la joie peut contribuer à une nouvelle solidarité ? Comment nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie et pleurer avec ceux qui pleurent ?

Comment pouvons-nous nous aider les uns les autres à laisser toujours renaître la joie même au cœur de nos peines ?

Frère Aloïs de Taizé

 

Prière d’intercession

Dieu Père et Mère, tu nous rassembles dans la communion de ton Église : fais-nous vivre par ton amour.

Dieu Père et Mère, ton appel et tes dons sont irrévocables : fais-nous vivre par ton amour.

Fils du Dieu vivant, ta fidélité nous donne de te rester toujours fidèles : fais-nous vivre par ton amour.

Fils du Dieu vivant, tu connais nos épreuves et notre pauvreté : fais-nous vivre par ton amour.

Fils du Dieu vivant, qui as ri avec les gens qui riaient et partager les larmes de ceux qui pleuraient, fais-nous vivre de même par ton amour.

Esprit Saint, dans nos vies tu répands un désir de paix et de justice : fais-nous vivre par ton amour.

Esprit Saint, ton chemin nous mène vers tous ceux qui souffrent dans notre société : fais-les vivre par ton amour.

Esprit Saint, tu as déposé dans notre cœur des dons pour être créateurs de communion et de joie : fais-nous vivre par ton amour.

 

Amen.


Que reste-t-il ? Qu’y a-t-il encore à offrir ?

Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. 

Simon-Pierre, Thomas qu’on appelle Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous allons avec toi. » Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien. 

C’était déjà le matin; Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Il leur dit : « Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? » – « Non », lui répondirent-ils. 

Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. » Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu’ils ne pouvaient plus le ramener. Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon-Pierre ceignit un vêtement, car il était nu, et il se jeta à la mer. 

Les autres disciples revinrent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n’étaient pas bien loin de la rive, à deux cents coudées environ. Une fois descendus à terre, ils virent un feu de braise sur lequel on avait disposé du poisson et du pain. 

Jésus leur dit : « Apportez donc ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta donc dans la barque et il tira à terre le filet que remplissaient cent cinquante-trois gros poissons, et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. 

Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui poser la question : « Qui es-tu ? » : ils savaient bien que c’était le Seigneur. 

Alors Jésus vient; il prend le pain et le leur donne; il fit de même avec le poisson. 

Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu’il s’était relevé d’entre les morts.

Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. » 

Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. » 

Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas. » 

Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu ; et après cette parole, il lui dit : « Suis-moi. »

Jean 21,1-19

 

Que pouvait-il bien leur rester, eux qui l’avaient vu mourir sur la croix et pour qui ces derniers jours avaient signé « sa » fin… leur fin aussi bien. Règne de l’absence, totalement vide de lui comme d’eux-mêmes. Sans espoir; à peine des souvenirs. Car ils n’étaient déjà plus, d’aucune façon, « ses disciples ». Vite, ils étaient redevenus des pécheurs, étaient retournés à leurs filets… en pleine nuit mais ô combien nuit de leur existence.

 Même leur activité professionnelle – la seule chose qui leur restait peut-être encore – n’était plus qu’échec lamentable. Toutes ces heures, noires et vides, sans rien prendre; il n’y aurait donc rien à donner, rien à offrir au bout celles-ci. Et que Pierre soit là, à la tête des opérations, y change quoi ? Il arrive, en effet, que la tête ne trouve plus trop sa raison et ne puisse plus y mettre de cœur. Ah ! Nudité de l’être et de l’existence !

Et voici qu’au matin, lui aussi survenu sans avertir, une voix lointaine, étrangement familière : « les enfants… » et un appel plus étrange encore : « …avez-vous de quoi manger ? » Comment supporter d’entendre cela (avoir de quoi à offrir pour quelque repas) quand justement on n’a rien et qu’on est réduit à rien ? Cette interrogation-là leur était donc lancée, en plein cœur et en plein dénuement, alors même que leurs activités humaines et leurs préoccupations sonnent l’impasse.

Ils rejoindront finalement leur Seigneur sur le rivage, lui qui a tant à offrir : et le pain et le poisson, ceci paré sur le feu, tout cela fin prêt pour un repas auquel prendre effectivement part. Lui se donne là… à voir ?… non; il se présente, il s’offre en nourriture partagée. C’est donc leur regard à eux qui est déplacé, leur désir qui se trouve transmuté, leur posture qui se voit transformée, leur volonté d’agir qui se montre redéfinissable. Ils n’auraient jamais su imaginer possible cet avènement; leurs activités quotidiennes n’y pouvaient aboutir ni y faire aboutir.

Surprenant surgissement du réel qui les rattrape !

Sortis de leur impasse, ils accèdent à sa présence et quelle présence ! Rencontre qui les transforme que celle-là. C’est donation vivante, où la réalité de la trop petite existence (boulot, besoins, rôles sociaux) fait place au réel : en cette capacité même de [se] donner et de [se] nourrir.

« C’est le Seigneur », peut dire presque naturellement le disciple que Jésus aimait. Mais à qui il reste encore à dire son amour envers lui, impossible de s’en tenir aux convictions répétées, présumées faire foi de tout; pas davantage possible de s’arrêter à « l’amour de son propre amour », à cet amour ferme et convaincu qui se prendrait lui-même pour objet et terme. C’est pourquoi, encore, il s’agit « en vérité » de se retrouver au-delà de l’au-dedans de ses amours, comme de son existence, comme de ses rôles et tâches… Il reste, pour celui qui veut aimer, à entrer dans le projet de l’Autre, jusqu’au bout, afin de devenir à son tour don vivant. Mais alors, les responsabilités qui nous incombent – « paître les brebis » – ne sauraient compter plus que la responsabilisation : dans et par laquelle on est porté au-delà de soi.

Pour le reste, dans ce récit, combien d’incongruités pour nous avertir de sortir de nos nuits et pareillement de l’impasse de nos préoccupations !

S’agit-il, dans cette pêche miraculeuse, d’un « truc technique » ? Jésus ressuscité ferait la preuve indubitable qu’il sait tout et qu’il sait quoi faire ? Sa parole fonctionnerait – sans vouloir nous l’avouer – comme un pouvoir magique ? N’est-elle pas plutôt, fondamentalement, convocation à reprendre autrement nos activités quotidiennes : précisément pour changer de rapport au réel ?

S’agit-il, avec cette pêche miraculeuse, de combler nos besoins ? S’agit-il, du coup, de compenser nos échecs ? Ce serait alors y river tout, et nous y enfermer ! Mais Jésus ressuscité n’a nul besoin de nos succès ou de notre poisson puisque sur le rivage où il se trouve, il y a déjà non seulement du poisson en train de cuire mais en outre du pain à manger ? N’est-ce donc pas sa parole qui nous tire par-delà nos occupations ? N’est-ce pas sa présence qui nous soutire en-deçà de nos préoccupations… sans pour autant nous faire sortir du monde ou le quitter ?

S’agit-il, lors de cette pêche miraculeuse, de remplir notre barque humaine de poissons, s’il le faut avec force et conviction et malgré tout ? S’agit-il, aussi bien, de réaliser nos projets à nous, « comme il se doit » ? Mais aucun poisson ne se retrouvera dans la barque de ces pêcheurs; tout ce qui reste dans le filet appartient à ce filet qui tient bon, qui résiste, sans jamais se rompre; c’est finalement vers la terre – notre humaine terre – que Pierre tirera le filet, à lui seul et à la demande expresse de Jésus : ce Pierre d’emblée dépourvu, nu comme un ver et qui invraisemblablement se vêt après coup pour sauter à l’eau. N’est-ce donc plutôt pas qu’il revêt, ce Pierre, le projet d’un Autre, s’habillant en vertu de son appel et non de lui-même pour joindre le rivage où rencontrer celui-qui-nourrit ? N’est-ce donc pas une expérience altérée de nos projets et de notre imaginaire que configurent petit à petit la parole et la présence du Ressuscité ?

La vie-qui-nourrit s’offre au travers de « la petite vie ordinaire » de nos besoins et préoccupations. Le Ressuscité en est l’attestation qui nous renouvelle nous-mêmes, d’abord et avant tout.

Étienne Pouliot

théologien, professeur à l’Université Laval

 

Prière

M’aimes-tu ?

 

Toi le Ressuscité
comme un pauvre
qui ne veut pas s'imposer,
Tu accompagnes chacun
sans forcer l’entrée de notre cœur.
Tu es là, tu offres ta confiance,
Tu ne délaisses personne,
même quand les profondeurs
crient de solitude.
Pour t’accueillir
nous avons besoin de guérison.
Pour te reconnaître, il importe
que nous prenions le risque de refaire
à tout moment le choix de te suivre.

Sans ce choix,
à chaque fois radical, nous nous traînons.

Te choisir, c’est t’entendre nous dire :
« Toi, m'aimes-tu plus que tout autre ? »

Frère Roger

 

de Taizé


Semaine sainte

1-Jeudi : Me laver les pieds !

 

Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême. (…) Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint. Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! »

Jean 13, 1-6

 

                « Tu ne me laveras pas les pieds; non, jamais ! » Pierre ne comprend pas le geste de Jésus qui est là, à genoux devant lui, dans la position de l’esclave. Il ne saisit pas que le Christ n’a qu’une manière d’aimer : jusqu’au bout ! Jusqu’au bout du service, jusqu’au bout du don de soi, jusqu’à la croix. « Qu’il est difficile d’aimer. » Surtout lorsque celui qui aime ne mesure pas, va à l’extrême, jusqu’à verser sa dernière goutte de sang…

                Ce soir, Jésus ne noue demande qu’une chose : avoir part avec lui, c’est-à-dire entrer dans cet amour, l’accueillir comme une grâce inattendue, imméritée…

                Mais il ira plus loin aussi. Étrangement, il ne dira pas : « Aimez-moi comme je vous ai aimés », mais plutôt : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 15,12) Il n’y a qu’une manière d’aimer les autres. Les aimer en les servant avec son cœur, bien sûr, mais aussi avec son corps, ses mains, ses pieds, avec tout ce qu’on est.

                Ce soir, Seigneur, apprends-moi à me laisser aimer par toi, jusqu’au bout. Et donne-moi d’aimer les autres, comme toi tu m’as aimé : jusqu’au bout.

Georges Madore

               

2-Vendredi : Une souffrance qui change tout

 

Ayant payé de sa personne, il verra une descendance, il sera comblé de jours;

sitôt connu, juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules,

du fait que lui-même supporte leurs perversités.

Ésaïe 53,11

 

Dans le récit du dernier repas de Jésus, lorsqu’il prend la coupe dans ses mains, ses paroles pourraient très bien être : « Ceci est mon sang versé par vous ! Ceci est mon sang versé par votre violence, par vos coups de fouets, par votre croix, par votre trahison, par vos refus, par votre indifférence ! » Mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Il a plutôt affirmé : « Ceci est mon sang versé pour vous. » C’est le même sang, la même souffrance, mais c’est devenu tout autre chose : le sang versé par nous devient le sang versé pour nous. Ce qui est le plus laid dans la condition humaine – la souffrance – se transforme dans le cœur du Christ en ce qu’il y a de plus beau : l’amour.

                Cette souffrance transformée au plus profond du cœur du Christ devient une souffrance qui change tout : vécue en communion avec la sienne, elle prend une tout autre valeur. Cela ne veut pas dire qu’il faille la rechercher : Jésus lui-même ne l’a pas fait. Mais cela veut dire que même la souffrance est « sauvée » : on peut la transformer, et j’oserais dire, la recycler…

                Puissante croix, puissante souffrance, puissant amour…

                En ce jour de la mort du Seigneur, prenons sur nous l’immense souffrance du monde, la nôtre et celle des autres et versons-la dans la coupe du Christ qui a le pouvoir de la transformer.

Georges Madore

 

3-DImanche : Un tombeau ouvert, un monde nouveau

 

Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent à la tombe en portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau. Étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.

Luc 24,1-2

 

                Le matin de la résurrection du Christ, on aurait pu s’attendre à des événements grandioses qui auraient suscité la foi de centaines de personnes et qui auraient converti toutes celles qui avaient condamné Jésus. Mais il n’y a que la pierre roulée et quelques linges à l’intérieur d’un tombeau. Il n’y a que trois femmes apeurées qui reçoivent la mission d’annoncer aux disciples et à Pierre que le Crucifié est vivant et qu’il les attend en Galilée. Voilà les traces de la victoire de Dieu sur la mort. Le premier jour du monde nouveau commence discrètement. N’est-ce pas souvent la façon d’agir de notre Dieu puissant ?

                À l’heure où la haine et la mort semblaient l’emporter sur notre terre. Dieu accomplit une œuvre encore plus grandiose que celle de la création, victoire sur le néant, une œuvre plus extraordinaire que l’exode, victoire sur l’esclavage et l’oppression d’un peuple. Cette nuit-là, Dieu fait passer Jésus, d’une mort injuste et honteuse, à la vie, la vie toute nouvelle, libre et éternelle.

                De ce tombeau à jamais ouvert, le monde nouveau a surgi. Notre avenir n’est plus menaçant et sans issue, car nous croyons que Dieu continue toujours à faire la Pâque pour nous. Regardons attentivement autour de nous. De petites fleurs, encore bien fragiles, poussent sur nos tombeaux. Ne les écrasons pas. Ce sont les fleurs du monde nouveau.

Normand Provencher.

 

4-Lundi : Vous êtes ressuscités avec le Christ

 

Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

Colossiens 3,1

                Pâque est une première. Peu de temps avant sa mort, Jésus ressuscite Lazare qui reprendra sa condition d’être humain, limité et mortel. Il serait donc plus exact de parler de réanimation plutôt que de résurrection. Après Pâque, les disciples constatent que Jésus, le crucifié, reprend contact avec eux. Il leur parle et il transforme toute leur existence. Dieu le Père n’a pas laissé Jésus prisonnier du tombeau. Toujours un homme, le fils de Marie de Nazareth vit dorénavant dans tout son être de la vie même de Dieu. Avec Pâques, la nouvelle création surgit pour de bon dans notre histoire.

                Pâques est un événement qui concerne d’abord Jésus, puis tous ceux et celles qui adhérent à lui par la foi et le baptême. Saint Paul a l’audace d’écrire aux Colossiens : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » (3,1) La victoire de Dieu sur la mort de Jésus est donc aussi notre victoire.

                Dans le gris du quotidien, il n’est pas toujours facile de discerner les effets du mystère de Pâques. Regardons en nous et autour de nous pour les percevoir. Notre terre de péché et de mort n’est-elle pas en train de craquer pour laisser place à « un nouveau ciel et à une nouvelle terre » (1 Pi 3.13) ? En ce jour, laissons éclater nos alléluias, le cri de naissance de notre avenir commencé dans la résurrection de Jésus.

Normand Provencher

 

Prière

                Chemin vers la vie

 

Merci pour Jésus Christ.

Par son passage à travers la mort,

il a orienté le voyage des humains,

définitivement vers la vie.

 

Nous t’en prions,

Père de Jésus Christ et notre Père :

que la joyeuse nouvelle de la résurrection

demeure brûlante en nous.

Qu’elle nous accompagne

comme une parole et une musique obstinée,

afin qu’en transfigurant notre vie,

elle parvienne à tous nos frères et sœurs

et les réjouisse

dans leur patient pèlerinage de chaque jour.

 

Charles Singer


Le grand paradoxe de la foi : perdre sa vie pour la sauver

Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme ? » 

                   Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » 

                   Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » 

                   Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » 

                   Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la Puissance de la mort n’aura pas de force contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. » 

Alors il commanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Matthieu 16,13-20

                  

                   Quelle perception les contemporains qui croisaient Jésus sur les routes avaient-ils de lui ? Quand Jésus pose la question à ses disciples, les uns répondent qu’il leur semblait rencontrer Jean-Baptiste, ce courageux prophète vivant dans un profond dépouillement matériel, qui avait consacré sa vie à appeler à la conversion, à proclamer un baptême de repentir pour la rémission des péchés, à annoncer la venue d’un envoyé de Dieu plus grand que lui et qui baptiserait dans l’Esprit-Saint; et il avait payé de sa vie sa franchise envers Hérode. 

                   D’autres disaient que voir et entendre Jésus, c’était comme se trouver devant le grand prophète Élie, le plus grand des prophètes, par qui Dieu avait opéré des prodiges extraordinaires et à qui il s’était révélé de la façon la plus inattendue dans la brise légère après l’ouragan, le feu et le tremblement de terre. D’autres encore, sans mettre de nom, croyaient qu’en Jésus, on retrouvait un de ces prophètes envoyés de Dieu au long des siècles.

                   Puis vient la question très personnelle : Et vous, qui vivez près de moi, qui dites-vous que je suis ?  Apparemment sans hésitation, Pierre prend la parole et proclame : Tu es le Messie, c’est-à-dire : tu es celui que nous attendons depuis des siècles; tu réalises la Promesse de Dieu qui nous a sans cesse été redite à travers tant de messagers.

                   Quel sommet dans l’Évangile, que cette confession de foi !  Et si, aujourd’hui, le Christ ressuscité me posait la question : Pour toi, qui suis-je ? Et si, aujourd’hui, n’importe quel de mes frères ou de mes sœurs me demandait : Pour toi, qui est Jésus-Christ ?  Ou encore, si on me demandait : Parmi les personnes que tu as rencontrées au cours de ta vie jusqu’à ce jour, lesquelles, par leur vie, par leurs paroles, par leurs attitudes, ont reflété pour toi quelque chose de Jésus-Christ, quelque chose du mystère de notre Père ?

                   La confession de Pierre est un incomparable sommet de tout l’Évangile; un formidable OUI ! Mais sitôt après, abruptement, Jésus fait sa première annonce de sa passion, et là, le même Pierre est complètement pris au dépourvu. Il est incapable d’entendre ce langage et Jésus le surprend et nous surprend par la véhémence de sa réaction : appeler Satan ce même Pierre qui l’a reconnu Messie… On peut donc aller d’un sommet d’expression de foi à ce qui semble un gouffre sans fond, une totale incompréhension du dessein de Dieu ? Ce mystère de Mort-Résurrection est donc si difficile à accueillir ?

                   Jésus appelle alors la foule et ses disciples pour leur formuler les conditions pour le suivre, lui et l’Évangile : accepter, sans condition, de perdre sa vie pour la sauver. Oui, qui perd, gagne… Où en sommes-nous dans l’accueil de ce langage ? Pas facile de répondre.

 

Lorraine Caza, CND

Prière

Quelqu’un

 

J’ai besoin de quelqu’un à qui m’agripper quand je vais tomber :

quelqu’un qui m’ouvre les bras et me soutienne.

J’ai besoin de quelqu’un à qui poser des questions :

quelqu’un qui m’assure que les réponses existent.

J’ai besoin de quelqu’un qui reconnaisse ma souffrance :

quelqu’un qui lui donne sens.

J’ai besoin de quelqu’un à qui confier mes larmes :

quelqu’un qui sache les comprendre et me console.

Mais j’ai aussi besoin de quelqu’un qui accueille ma joie :

quelqu’un à qui je puisse dire : « Merci ! »

J’ai besoin, surtout, de quelqu’un qui désire mon bonheur

et m’indique la voie de l’innocence, la seule qui y conduise.

 

Ô, Seigneur, tu es ce quelqu’un.

En toi je me réfugie,

de toi je tire mes forces.

 

Lore Dardanello Losi


« Il étendit la main et le toucha… »

Comme il descendait de la montagne, de grandes foules le suivirent. Voici qu’un lépreux s’approcha et, prosterné devant lui, disait : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Il étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié ! » À l’instant, il fut purifié de sa lèpre. Et Jésus lui dit : « Garde-toi d’en dire mot à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite : ils auront là un témoignage. »

Matthieu 8,1-4

 

                Jésus a fait toutes sortes de prodiges et de miracles : marcher sur les eaux, calmer la tempête, provoquer une pêche extraordinaire, nourrir 5 000 personnes avec quelques pains et quelques poissons, ramener à vie Lazare, ou le fils d’une veuve ou une petite fille de douze ans… Ainsi que de nombreuses guérisons : un homme à la main sèche, une femme souffrant de pertes de sang, la belle-mère de Pierre atteinte de graves fièvres, un possédé en pays païen, la fille de la femme syro-phénicienne, un paralytique sur un grabat, une femme toute courbée, des aveugles, des personnes sourdes, d’autres muettes. « Les gens de l’endroit le reconnurent et on lui amena tous les malades. » (Matthieu 14,35))           

À cette époque, on avait peur des maladies et les malades n’étaient pas beaux à voir : membres atrophiés, mains sèches, pieds bots, peaux galeuses, corps difformes ou estropiés, émaciés ou efflanqués, gesticulations incontrôlables, visages grimaçants, yeux révulsés, écume à la bouche.

                La pire des maladies était la lèpre. La lèpre commence souvent par une boursouflure, une croûte, des taches, sur la peau, rougeurs qui s’étendent en blanchissant les poils des parties malades; parfois s’ajoutent des nodules ulcérant la peau et les muqueuses. Puis le centres des macules blanchit. Sur les coudes et les genoux apparaissent des exfoliations écailleuses, d’un gris-blanc argenté. Par endroit, la chair est mise à vif. La maladie attaque le cuir chevelu, le pourtour des lèvres, les sourcils, le menton, le sommet du crâne, le front, les ongles, les articulations, les phalanges, les yeux, la langue, le palais, les gencives; tranquillement les dents vont disparaitre tout comme le nez. Les phalanges des doigts et des orteils se détachent peu à peu. Les personnes atteintes souffrent d’une grande lassitude qui les garde amorphes. La lèpre les enlaidit, elle les rend difformes, elle les mutile. Pour mendier, elles levaient des bras dépourvus de mains; leurs bouches privées de palais émettaient des sons qui n’avaient plus rien d’humain.

Même si elle n’est pas transmissible, même si certaines formes de lèpre étaient guérissables (il pouvait s’agir alors de psoriasis), il s’agissait d’un mal insidieux, grave, terrifiant qui atteignait toute la personne et la communauté. La lèpre rend impur, interrompt toute communion avec le sanctuaire et le peuple de Dieu et produit une véritable mort civile (Lévitique 13,45-46) et religieuse. On prenait toutes les mesures pour possibles pour parer à la redoutable contagion du mal. Les lépreux devaient avoir une sonnette et crier : « Impur ! Impur! » Ils étaient bannis premièrement du camp lors de transhumances du camp, puis du sanctuaire, et de la société. C’était une malédiction de Dieu. Ils devaient porter un vêtement déchiré, signe de deuil. Ils étaient tenus pour morts (Nombres 12,12).

                C’est de ces avortons, de ces personnes mortes-nées, de ces personnes non humaines, ces cadavres ambulants à l’allure de terrifiants zombis, ces lémures répugnants, vils, abjects, que Jésus s’est approché. Il ne les a pas fuis, bien au contraire : il leur a parlé, il les a écoutés, il est entré en contact avec eux, il les a touchés leur corps (et leurs âmes), il les a traités comme des semblables, comme des humains. Il les a aimés et leur a montré son amour. En leur rendant leur dignité, il les a ramenés à la vie. En les guérissant, il leur a permis de retrouver leur place dans la collectivité.

Un jour qu’il marche à travers la Samarie et la Galilée, dix lépreux viennent à sa rencontre et l’interpellent de loin (Luc 17,12-19). Auparavant, aux alentours de Capharnaüm, « un homme couvert de lèpre se trouvait là » (Luc 5,12) Cet homme se jette à ses pieds « face contre terre » et le supplie de le guérir. Alors, à la stupeur générale, au terrible effroi de son entourage paralysé par la peur, « Jésus étendit la main et le toucha ». La description rencontre et de ce geste se retrouve également tant dans l’évangile de Marc (1,40-45) que dans celui de Matthieu (8,1-4), et les trois synoptiques, pour bien marquer le coup, place l’épisode au début du ministère de Jésus : du début à la fin de sa mission Jésus aura été rendu impur de ce contact.

Et pire (!) encore : dans l’évangile de Matthieu il s’agit du tout premier miracle de Jésus immédiatement après le sermon sur la montagne, avant la belle-mère de Pierre, avant les exorcismes. Une fois son « programme » élaboré, sa vision de la nouvelle communauté exposée, voilà comment Jésus le met en pratique.

Mais ce n’est pas tout. En réponse aux questions des disciples de Jean Baptiste sur son rôle véritable, Jésus répond de rapporter à Jean ce qu’ils voient : « Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés… » (Matthieu 11,5) Des signes qui ne trompent pas.

Enfin, « guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux… » fait partie des instructions les plus précises, des recommandations les plus impérieuses, que Jésus donne à ses disciples quand il les envoie en mission (Matthieu 10,6).

Soigner les lépreux d’aujourd’hui, les personnes qui souffrent du mal le plus avilissant, les toucher, les accueillir, leur redonner vie en leur rendant leur dignité et les réintégrant à la communauté de foi, fait partie du cœur même de la mission des Églises.

David Fines

 

Prière

                Chaque qu’une personne

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme par le monde a crié justice,

justice pour son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a porté l’angoisse,

l’angoisse de son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a brisé les chaînes,

les chaînes de son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

 

Chaque fois qu’un homme, qu’une femme, par le monde a donné sa vie,

sa vie pour son frère ou sa sœur,

près de lui, chaque fois, le Seigneur est là.

D’après Jean Servel

 

Vienne ta justice


Passer de la peur à la joie... Pasteure Najla Kassab Présidente de la CMÉR

Cette année, nous célébrons un Noël comme jamais auparavant. Nous sommes confrontés à d’étranges conseils, car on nous demande de limiter le nombre de convives lors de nos réunions familiales, de nous limiter au virtuel, de modifier nos anciennes façons d’exprimer l’amour et de fêter Noël, et de faire preuve d’amour en gardant nos distances. Un conseil intéressant que j’ai lu dernièrement dit : « essayez de sauver le Noël de l’année prochaine en vous assurant de prendre des mesures de sécurité pour que tous soient autour de la table ». Nous célébrons avec une préparation vigilante, et avec la crainte dans l’air – même la crainte de nos voisins, de l’avenir, ou du vaccin à venir et de ses conséquences. Comment faire pour fêter avec toutes ces craintes ? La peur nous volera-t-elle notre joie à Noël ?

Si nous regardons de près l’histoire de Noël, nous nous rendons compte que bien des gens ont aussi eu peur. Nous nous souvenons de Zacharie, qui était inquiet lorsque l’ange Gabriel lui est apparu et lui a dit : « Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. » (Luc 1,13). Ou bien Marie qui était troublée lorsque l’ange Gabriel lui a dit : « Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. » (Luc 1,30). Ou bien Joseph, son mari, quand un ange du Seigneur lui apparut en songe, lui disant : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint Esprit » (Matthieu 1,20). Ou encore « Il y avait dans la même région des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour y garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit: « N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une source de grande joie pour tout le peuple » (Luc 2,8-10).

L’histoire de Noël réunit la peur et la joie. C’est l’histoire de doutes et de questions insolites, ainsi que l’expérience de la certitude d’un amour éternel. C’est la lutte entre l’attente d’un sauveur et sa découverte dans des endroits inattendus et dans des circonstances étranges.

C’est l’histoire où nous découvrons la force au milieu de notre faiblesse, dans une crèche loin des châteaux. C’est l’histoire où la peur n’a pas le dernier mot, mais la joie un nouveau début : un sauveur est né. C’est l’histoire où nos yeux se détournent de nos peurs pour s’assurer que nous ne sommes pas seuls, en entendant les mots que l’Ange a adressés à Marie : « N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » (Luc 1,30)

Jésus est l’assurance que le Seigneur est avec nous – l’Emmanuel est avec nous – ce qui transforme nos peurs en confiance et nous fait comprendre que notre force vient d’en haut ; personne ne peut nous voler notre joie. La pandémie de Covid-19 a mis le monde à l’épreuve et c’est là que réside la force du monde.

Alors que nous luttons aujourd’hui contre l’injustice partout dans le monde et voudrions être capables de changer le monde, nous risquons de nous sentir impuissants et de ressentir la peur. Mais nous reconnaissons que Dieu a pris la décision d’être avec nous, « le Verbe s’est fait chair et a planté sa tente parmi nous ». Comme le dit Eugene Peterson : « Le Verbe s’est fait chair et sang, et s’est installé dans le voisinage. » Alors nous nous demandons, pourquoi avons-nous peur ? Dieu a dressé sa tente avec les Israélites dans le désert, et en Christ, Dieu dresse sa tente parmi nous. Dieu est avec nous. C’est notre espoir, notre joie, notre réalité, et le centre de notre lutte et de notre force.

Ce qui se passe dans le monde peut nous faire peur, qu’il s’agisse de la réalité des pauvres, des problèmes de santé, de l’injustice raciale et sexuelle, de la domination autoritaire, de la marginalisation, de l’injustice économique stratégique ou des guerres destructrices. Oui, tout cela nous préoccupe, mais ce n’est qu’en découvrant notre voisin qui a planté sa tente parmi nous que nous reprenons des forces pour poursuivre le chemin de la justice. Le nouveau voisin est en sécurité et pourrait même nous apporter la joie, la paix et changer le monde. Nous entendons même résonner ses paroles : « Toi qui as peu de foi, pourquoi as-tu si peur » (Matthieu 8:26) ?

En tant que Communion, nous vivons dans l’espérance au-delà de COVID-19 et nous faisons confiance au Seigneur qu’il continuera à nous envoyer en tant que communauté prête à planter sa tente partout où il y a de la souffrance, où la dignité du peuple de Dieu est foulée aux pieds, et où les gens sont très éloignés de la plénitude de la vie.

Oui, ce Noël pourrait être comme jamais auparavant, si seulement nous reconnaissions à nouveau que Dieu est avec nous.

 

Passez un joyeux Noël.


Visions prophétiques                                              Un message de l’Avent et de Noël

Puis un rameau poussera de la souche d’Isaïe, un rejeton de ses racines portera du fruit. L’Esprit de l’Éternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel. Il prendra plaisir dans la crainte de l’Éternel. Il ne jugera pas sur l’apparence, n’adressera pas de reproches sur la base d’un ouï-dire. Au contraire, il jugera les faibles avec justice et corrigera les malheureux de la terre avec droiture. Il frappera la terre par sa parole comme par un coup de bâton, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera comme une ceinture autour de sa taille, et la fidélité comme une ceinture sur ses hanches. Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau; le veau, le jeune lion et le bétail qu’on engraisse vivront ensemble, et un jeune garçon les conduira. (Ésaïe 11,1-6)

 

Mais les chefs des prêtres et les spécialistes de la loi furent indignés à la vue des choses merveilleuses qu’il avait faites et des enfants qui criaient dans le temple : « Hosanna au Fils de David ! » Ils lui dirent : « Entends-tu ce qu’ils disent ? » « Oui, leur répondit Jésus. N’avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et des nourrissons ? » (Matthieu 21,15-16)

 

Cette année, partout dans le monde, nous sommes tous saisis par le vrai sens biblique de l’Avent. Ce n’est pas une attente douce, pleine d’espoir et préparée d’une bonne nouvelle inévitable à laquelle nous devons faire de la place dans nos vies surchargées, mais plutôt un sentiment désespéré d’être accablés par le poids du poids du monde. Pour la plupart des gens et pour la planète elle-même, les réalités sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses sont au mieux inquiétantes et même douloureuses.

Le fait de la guerre, de la violence, des troubles sociaux, de l’urgence environnementale, du racisme, de l’autoritarisme croissant et de l’oppression justifiée par la religion est mis en évidence pour nous tous dans nos vies quotidiennes. Cela nous rend très réceptifs pour recevoir le monde du prophète Isaïe, car l’ampleur des souffrances insupportables et de l’injustice domine la vie du peuple d’Israël. La pandémie mondiale actuelle nous ouvre à ressentir le désespoir de vivre dans un monde où tous les indicateurs pointent vers une situation d’inégalité, de peur et de violence qui s’aggrave. Le désir ardent de voir la situation s’inverser. L’effort envers un soulagement. Le moment de l’Avent n’est pas l’attente de la venue prochaine de l’aide, mais le doute toujours croissant qu’elle ne viendra probablement pas.

Le confinement général, les morts par milliers, l’urgence climatique, les déplacements massifs de population et l’aggravation de la pauvreté et de l’inégalité ne semblent franchement pas près d’une fin heureuse dans le proche avenir. La montée de dirigeants qui attisent les divisions et la domination indique une lutte polarisée et prolongée pour la justice et la dignité. Les dirigeants et les majorités adoptent des positions intolérantes qui auraient semblé impensables, et pourtant ils reçoivent un soutien populaire apparemment considérable.

Le moment d’Isaïe n’est pas du tout l’occasion de s’assurer que tout cela aura une fin heureuse. Ou le faux espoir de faire semblant que cela n’a pas d’importance comment nous souffrons maintenant parce que nous serons récompensés plus tard au ciel.

L’imagination prophétique est enflammée non pas par des promesses de grâce bon marché et de résultats garantis, mais par un appel à chercher ailleurs l’espoir. Une invitation à voir le présent non pas comme une situation toute faite, meilleure, mais comme une occasion de voir que Dieu offre des possibilités exactement à l’opposé de celles des règles puissantes.

Ésaïe ne prédit pas seulement ce que nous savons déjà de Jésus, mais aussi comment Dieu agit dans notre époque actuelle. La prophétie est autant le discernement des actions de Dieu dans le présent que dans l’avenir.

Dieu n’est pas à l’œuvre dans les lieux forts, puissants et dominants. Le bourgeon vert de l’espoir provient d’une souche sèche infertile, pas d’un arbre robuste. Elle vient de vies déjà brisées et écrasées. Un rameau pousse d’une souche. Regardez autour de vous. Discernez, détectez. Où et qui a été décimé et desséché et attendez-vous à une surprise. Formé non pas par ce que nous voyons ou entendons comme des possibilités, mais par une justice irrépressible.

Des créatures hostiles et opposées trouvent l’harmonie et unissent leurs forces, non pas domestiquées par les puissants, mais dirigées par un jeune enfant. Il est difficile de ne pas absorber la vision prophétique d’Ésaïe quand on voit tous les ravages de l’oppression, de la souffrance et de la destruction, et pourtant, depuis des endroits très inattendus, des forces d’opposition sont menées par des enfants. À notre époque et là où nous sommes, de lieux où il y a peu d’espoir, apparaissent des pousses de vie nouvelle.

Sur le front de l’environnement dans le monde entier, il ne fait aucun doute d’où vient le véritable leadership pour le changement. Imaginez, il y a à peine deux ans que Greta Thunberg a entamé une grève scolaire en solo. Aujourd’hui, les écoliers sont littéralement à la tête du mouvement environnemental mondial. Et ce moment de l’Avent du leadership n’est pas une source d’inspiration douce et édifiante. Ce sont les voix urgentes des enfants qui disent : « Je ne veux pas que tu aies de l’espoir. Je veux que tu paniques. » La vision prophétique nous aide à voir que parfois, par exemple pour résister à la violence armée ou faire face à une catastrophe écologique, les enfants sont les seuls adultes dans la salle.

De Hong Kong à Beyrouth en passant par le Chili, une dizaine de manifestations populaires sont menées par des jeunes qui rejettent la classe politique actuelle en faveur de la politique de la vie et de la justice.

Ésaïe nous dit où se trouve l’Esprit, l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus dans un temps désespéré. Parmi les maltraités et les ignorés. Les enfants font partie de ceux qui sont remplis de l’Esprit de sagesse et de compréhension. L’Esprit de la crainte et de la connaissance du Dieu de la Vie.

Dans l’évangile de Matthieu après l’entrée de Jésus à Jérusalem, la cour du temple est remplie d’enfants des rues qui crient : « Hosanna ! » Sauve-nous. Sauve-nous, fils de David. Maintenant. Et les grands prêtres et les docteurs de la loi s’indignèrent et dirent : « Entends-tu ce que disent ces enfants ? » La réponse est oui.

Dans le temps de l’Avent des voix attendues des enfants, nous entendons l’appel à rejoindre le mouvement de Jésus. Sauver, secourir la vie là où elle est en danger. L’Avent aide à se souvenir où regarder pour voir Dieu à l’œuvre.

Car un enfant les conduira.

Chris Ferguson
secrétaire général de la CMÉR (Communion mondiale des Églises réformées)

 

 

Ton amour sans frontière

            Notre Père.

aide-nous à faire grandir notre foi,

 ouvrir nos cœurs à ton amour sans frontière,

à nous libérer des prisons rassurantes de nos habitudes et de nos égoïsmes,

à faire de notre vie une terre d’accueil, un chemin d’aventure.

 

            Que tous les murs qui ferment et coupent les autres

soient traversés de ton espérance,

que nous puissions croire que toute vie peut changer,

toute porte s’ouvrir.

 

Paix et joie sont à portée d’espoir.

Jacques Juillard

 

 

Nature informatique de l’univers

Les cieux racontent la gloire de Dieu,
le firmament proclame l’œuvre de ses mains.

Le jour en prodigue au jour le récit,
La nuit en donne connaissance à la nuit.

Ce n’est pas un récit, il n’y a pas de mots,
leur voix ne s’entend pas.

Leur harmonie éclate sur toute la terre
et leur langage jusqu’au bout du monde.
Là-bas, Dieu a dressé une tente pour le soleil :

c’est un jeune époux sortant de la chambre,
un champion joyeux de prendre sa course.

D’un bout du ciel il surgit,
il vire à l’autre bout,
et rien n’échappe à sa chaleur.

La loi du SEIGNEUR est parfaite,
elle rend la vie;
la charte du SEIGNEUR est sûre,
elle rend sage le simple.

Les préceptes du SEIGNEUR sont droits,
ils rendent joyeux le cœur ;
le commandement du SEIGNEUR est limpide,
il rend clairvoyant.

La crainte du SEIGNEUR est chose claire,
elle subsiste toujours;
les décisions du SEIGNEUR sont la vérité,
toutes, elles sont justes.

Plus désirables que l’or

et quantité d’or fin;
plus savoureuses que le miel,
que le miel nouveau !

Ton serviteur lui-même en est éclairé;
il trouve grand profit à les garder.

Qui s’aperçoit des erreurs ?
Acquitte-moi des fautes cachées !

Éloigne aussi ton serviteur des orgueilleux :
qu’ils n’aient pas d’emprise sur moi,
alors je serai parfait
et innocent d’un grand péché.

Que les paroles de ma bouche
et le murmure de mon cœur
soient agréés en ta présence,
SEIGNEUR, mon roc et mon défenseur !

Psaume 19

 

Jusqu’à récemment, j’estimais la nature comme le stade le plus bas de l’être. Je me plaisais à insister sur la faible qualité de l’être dans la matière. La matière n’était qu’un pâle reflet des lumières successivement plus brillantes qui nous sont accordées à mesure de notre évolution spirituelle.

Ainsi, comme l’illustre l’Ancien Testament avec l’échelle de Jacob, nous accédons au paradis par des degrés – barreaux d’échelle – vers la Maison du Père. Saint Paul parle de voiles que la grâce de Dieu nous permet d’enlever un par un, pour nous retrouver ultimement dans la joie de la Lumière divine.

Ce n’est pas faux. Mais pas tout à fait vrai. Un article de Crisis Magazine (1) m’a éclairé sur la valeur toute positive de la matière « Physicist John Archibald Wheeler put it this way, “Every physical quantity derives its ultimate significance from bits, binary yes-or-no indications.” » (« Le physicien John Archibald Wheeler l’explique de cette façon : "Chaque entité physique trouve son sens ultime dans les bits, les indications binaires oui-ou-non." »

C’est donc que la substance dont est faite la matière n’est pas matérielle. Elle est structurée très exactement comme le langage informatique de bits 0-1, oui-non. L’intime matière diffère de la matière en tant que nous la percevons.

Il en va de même de notre corps. Nos cellules sont remplacées plusieurs fois au cours de notre vie. Pourtant, cette multiple activité n’a pas d’effet mesurable sur les instructions qui gouvernent notre activité cellulaire ni sur le stockage mnémonique, ni sur nos convictions ni sur nos aspirations. Bref, il existe un ordre supérieur à la matière et ses divers agissements. L’idée de la Gestalt nous éclaire sur ces niveaux multiples : le tout est plus grand que la somme de ses parties. Entendons : de nature différente. D’un niveau d’existence supérieur à la réalité qu’elle organise.

L’évangéliste Jean rejoint la même intuition. Les premiers mots de son Évangile l’impliquent : « Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était Dieu. »

Traduisons dans le présent contexte : Au commencement était l’Organisateur de l’univers. Cet Organisateur est pur langage. Le Psaume 19, verset 2, le traduit en termes de louanges : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l'œuvre de ses mains. » Dieu est langage. C’est pour cette raison que, créés à l’image de Dieu, c’est le niveau de langage qui nous distingue des animaux. Nous pouvons ainsi accéder à un élément qui transcende le monde qui nous entoure : la vérité.

 

(1) 18 novembre 2016. Disponible sur internet.

Michel Frankland, auteur, chroniqueur

Auvidec Média

  

Prière

                Le cosmos est son sanctuaire

 

Louez le Seigneur dans le cosmos,

son sanctuaire d’un rayon de 100 000 millions d’années lumières.

 

Louez-le par les étoiles et les espaces interstellaires.

Louez le par les galaxie et les espaces intergalactiques.

Louez-le par les atomes et les vides intra-atomiques.

 

Louez le avec le violon et la flûte et avec le saxophone.

Louez-le avec les clarinettes et le cor,

avec des clairons et des trombones.

Louez-le avec des violes et des violoncelles.

avec des pianos et des synthétiseurs.

 

Louez-le avec le blues et le jazz, le rock et le rap,

et avec des orchestres symphoniques,

avec des slams et la 5° de Beethoven,

avec des guitares et des percussions.

Louez-le avec des CD et des enregistrements numériques.

 

Que tout ce qui respire loue le Seigneur,

toute cellule vivante

Alléluia.

 

D’après Ernesto Cardenal

Même dans l'abondance, la vie d'une personne ne dépend pas de ses biens

Du milieu de la foule, quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » 

Jésus lui dit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Et il leur dit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens. »

Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. Et il se demandait : “Que vais-je faire ? car je n’ai pas où rassembler ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens.” Et je me dirai à moi-même : “Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance.” Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu. »

Luc 12,13-21

 

Cette parabole, je la lis alors que les récoltes d’été abondent. Mes ruches, comme celles de ma famille depuis cinq générations, sont à leur meilleur. La vie de la nature est au rendez-vous ce dimanche du mois d’août. Mais les années se suivent sans jamais se ressembler. Nous sommes plus que fragiles et rien ne dit que demain ressemblera à aujourd’hui puisque tout peut arriver souvent le pire des mains des hommes comme les empoisonnements chimiques dans la nature.

Pourtant mes petits-enfants et amis ne manquant jamais le rendez-vous de ce monde mielleux. Et la première gorgée de miel est comme une vie nouvelle qui revient. Attendu comme un cadeau, le miel n’a jamais le même goût, il est très personnalisé !

Ce matin, un homme un peu beaucoup présomptueux, sort de la foule et vient à Jésus. Il lui demande de venir faire le partage son héritage. Jésus lui répond par une histoire de la vie et de la nature humaine. Un cultivateur propriétaire est riche et l’année a bien rapporté de plus. Alors rien ne s’arrête dans sa tête. Il commence à élaborer les stratégies les plus ambitieuses. Que faire pour être encore plus riche ? Son désir passe alors par un plan de développement infini pour avoir la paix de l’esprit, pense-t-il. Tout dans sa tête est dans le je. Tout passe par lui.

Mais Dieu intervient pour lui parler directement. Rien ne nous dit qu’il n’était pas déjà enfermé et prisonnier de son petit monde. La richesse et l’habileté sont bonnes si nous ne confondons pas les moyens et le but. Souvent Dieu est caché ou attend en sourire que nous ouvrions les portes. Pas de repos sur terre pourtant tant espéré pour notre cultivateur. Après une vie si remplie ! Bien faire sa vie et même être riche n’est pas en cause. Le diagnostic est qu’il en est insensé et déraisonnable.

Souvent nous passons à côté de notre propre vie. Nous ne voyons pas ce qu’elle est vraiment. Alors quelques questions dans notre été. Où en est notre récolte ? Dieu nous aide-t-il par son tutoiement à lever les yeux pour faire autrement. Selon les mots de Bertrand Picard, le grand voyageur en avion solaire, la solution est de changer d’altitude.

Dieu a dit un jour à Moise : « Je te mènerai dans un pays où coulent le lait et le miel ». Il arrive que les bonnes questions nous aident. Jésus termine en effet par cette ultime question : ce que tu as préparé, à qui cela servira-t-il ?

Jean Porret

pasteur de l’Église presbytérienne au Canada

 

 

Prière

Devenir relation

 

Je suis un mortel convié à la Vie, une libération;

de ma naissance à ma mort, la vraie richesse est relation;

je fuis la faim des biens, un monde empli de divinités;

la soif d’échange m’ouvre à l’universel, à l’éternité.

L’amour fraternel ou l’argent impie;

nier Dieu, mon prochain c’est devenir cet homme insensé,

une vie fondée sur l’argent, ou d’inutiles biens te harcèlent;

notre Cité est une faiseuse d’envies futiles, encensées.

Le Christ m’ouvre à être riche d’amour, un agir universel.

 

Franck Widro, Paris


Réconciliation

Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée. Puis, abandonnant Nazara, il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Esaïe :

Terre de Zabulon, terre de Nephtali, route de la mer,
pays au-delà du Jourdain, Galilée des Nations !
Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière ;
pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée.

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché. »

(…) Puis, parcourant toute la Galilée, il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Règne et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. 

Matthieu 4,12-17 et 23

 

Comment puis-je être une ministre de la réconciliation en ce temps de profonde division ?

C’est la question à laquelle l’ancienne modératrice de l’Église unie Jordan Cantwell nous invitait à répondre dans son message intitulé : J’aime Donald Trump.

Connaissant les propos et les frasques de celui qui était devenu le président des États-Unis, et connaissant les valeurs et positions mises de l’avant par l’Église Unie du Canada portées avec intelligence par notre modératrice, une telle affirmation semble pour le moins surprenante à prime abord. Et la modératrice de poursuivre ainsi : Il m’est difficile de prononcer ces mots, mais je tente de les dire avec cœur et sincérité. Malgré le fait que j’ai de sérieuses réserves quant à ses politiques et ses prises de position, M. Trump est un enfant de Dieu, tout comme moi. Je dois donc lui témoigner dignité, respect et amour.

Je salue l’audace de notre sœur modératrice qui, de par son mandat, a eu pour tâche de nous inciter tous et toutes à vivre selon l’Évangile, c’est-à-dire à sortir de nos sécurités et de nos réactions premières pour oser nous ouvrir radicalement à autrui à l’instar de Jésus de Nazareth.

En janvier, durant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne, nous avons souligné le projet jamais accompli de vivre selon l’unité qui nous est donnée en Christ, en nous efforçant avec toujours plus de cœur et de sincérité (pour citer Jordan Cantwell) d’accueillir nos différences comme chrétiens et de refuser de nous isoler dans nos divisions et nos préjugés. Et il en va de même dans notre vie sociale et citoyenne.

La pasteure Cantwell déclarait aussi du même souffle : Faire le choix d’aimer les personnes dont les paroles et les gestes sèment la haine et la division ne signifie pas cautionner leurs comportements ni tolérer l’injustice. L’amour ne ferme pas les yeux sur l’injustice ni ne fait la sourde oreille aux plaintes des opprimés. L’amour que nous sommes appelés à incarner en tant que disciples du Christ exige que nous défendions la dignité, la valeur, le bien-être et l’intégrité de toute personne, y compris des oppresseurs.

Il incombe à chacun et chacune de nous d’être des ministres de réconciliation, de faire l’apprentissage de ce regard autre à porter sur toute personne et toute réalité. En 2017 où nous évoquions avec reconnaissance l’angle protestant de notre foi chrétienne, le 500e anniversaire de la Réforme, cette citation du pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer, mort en camp de concentration nazi, nous rappelait la base inébranlable de notre espérance : Je suis frère d’une autre personne grâce à ce que Jésus Christ a fait pour moi et à moi : l’autre personne est devenue un frère [une sœur] pour moi grâce à ce que Dieu a fait pour elle.

Nous ne pouvons souhaiter moins que Dieu pour notre monde. Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée. Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur?...  L’amour des ennemis n’est pas optionnel selon Jésus. À nouveau la parole à notre ex-modératrice : En tant que gens de foi et de bonne volonté, nous devons urgemment nous unir et rassembler nos ressources spirituelles collectives afin de résister au climat de peur et de division croissant qui nous envahit. Œuvrons ensemble pour protéger les personnes vulnérables et controns la haine, partout où elle se manifeste, y compris en nous-mêmes. Oui, nous résisterons avec force aux efforts visant à priver les gens de leur dignité et de leurs droits, mais la force que nous utiliserons sera celle de l’amour.

Chaque jour que Dieu nous donne est l’occasion de laisser la lumière de la grâce éclairer nos cœurs et guider nos paroles et nos actes envers notre prochain qui, par l’œuvre du Christ à son égard, est mon frère, ma sœur. Tous et toutes nous sommes redevables de l’amour inconditionnel de Dieu envers nous. Il nous incombe en conséquence d’apprendre à aimer de la même manière. C’est là que nous faisons l’expérience dès maintenant de la qualité du Règne à venir qui est notre destinée comme notre destination.

Denis Fortin, pasteur

 

Québec

Prière

                Ouverture

 

Dieu de bonté,

ouvre mes oreilles que je perçoive ta Parole,

que j’entende avec mon cœur

et que je m’en laisse transformer.

 

Ouvre ma bouche,

afin que je puisse te louer

et chanter tout ce que tu as fait.

 

Par ton Esprit-Saint,

rends-moi capable de redresser et d’encourager :

que mes paroles soient des paroles créatrices de relation,

des paroles de guérison et de consolation,

de libération et de réconciliation,

des paroles capables de révéler des horizons neufs,

de faire s’entrouvrir le ciel et de permettre à tous de saisir

combien leur vie est précieuse.

Amen

 


Gratitude et humilité

                 Un jour, alors qu’il était en route vers Jérusalem, il décida de traverser la frontière entre la Samarie et la Galilée et tandis qu’il entrait dans une vague bourgade, vinrent à sa rencontre dix hommes, des lépreux. Ils se tinrent à distance et de là ils osèrent élever la voix et dire : Jésus, toi qui sais, aie pitié de nous. Et il les vit… il leur dit : En route et montrez-vous aux prêtres ! Et à ce moment, pendant le trajet, ils furent purifiés. Alors l’un deux, voyant qu’il était guéri, fit demi-tour et d’une voix forte il se mit à glorifier Dieu. Il tomba à ses pieds, face contre terre, et lui offrait la grâce de son bonheur. Or cet homme était Samaritain. Alors Jésus réagit en disant : Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’en est pas trouvé pour faire demi-tour et rendre gloire à Dieu ? Il n’y a que celui-là, l’étranger ?

                Quant à lui, il lui dit : Lève-toi ! En route ! Ta confiance t’a acquis le salut.

Luc 17,11-19

(Traduction de Jacqueline Assaël)

 

                Voici une belle illustration du sens du mot grec eucharistia souvent traduit par « action de grâce ».

                Dix hommes rongés par la lèpre, de leur pourriture intérieure et de tous les cancers de la vie, rencontrent un guérisseur, Jésus, qui n’exige aucun paiement.

                De fait, quand ils s’éloignent, les résultats ne sont pas prouvés. Mais très rapidement, els croûtes tombent ! Neuf d’entre eux courent obtenir auprès des prêtres un certificat pour leur réinsertion religieuse et sociale. Ils s’estiment quittes de leurs obligations envers Dieu.

                L’un d’eux effectue un demi-tour, un retournement, une conversion. Il ne se sent pas seulement purifié de manière circonstancielle, mais au fond de ses fibres, il accède à la confiance, en plénitude, car il lui est désormais révélé que Dieu est là, qui veille sur lui et qui délivre. Rien d’autres n’a autant d’importance.

                Dans cette conscience vive de la souveraineté de Dieu, il est donc sauvé de lui-même et capable de transcender les atteintes de tour mal. En tant que Samaritain, il ne fréquente pas le Temple et quand il éprouve brusquement la manifestation de cette puissance bienfaisante, la forme d’adoration qui s’impose à lui n’est réglé par aucun rituel. Spontanément, il rend grâce, très humblement. Une fois passée l’exaltation de la surprise, l’intensité de sa joie se dit dans la sobriété fervente des mots, sans gesticulation, dans une immobilité qui le relie à la sérénité du Christ.

                L’ancien lépreux qui rend grâce à cet autre homme qui l’a regardé et qui a exercé envers lui la force de sa compassion, désignée en grec par le mot Éléos, suggérant aux Hébreux la vertu de Dieu. Entre les lignes, sans doute, faut-il deviner que Jésus avait posé sa main sur lui, avant de le quitter, car il faut bien un geste inouï pour opérer la purification. Geste qu’aucun prophète n’a jamais accompli, par crainte de la contamination.

                Alors le Samaritain confesse sa foi et il dépose toute la gloire aux pieds de Jésus, d’autant qu’il le sait un peu las, et inlassablement en recherche encore de 90% de l’humanité. Il ne lui dit pas « merci » par devoir moral; il ne liquide pas à bon compte une dette. Il lui offre toute sa gratitude, une brindille de grâce, comme s’il avait compris que Dieu ne pouvait vivre que de son bonheur d’homme insignifiant, face à des océans de lèpre.

                En l’occurrence, ce serait cela l’eucharistie : rendre une infime grâce à Jésus-Christ, pour une guérison, se présenter devant lui, comme une trace de bonheur qu’il a inscrite dans le monde.

Jacqueline Assaël

poète et helléniste luthérienne

Prière

                Quand vient l’épreuve du es là

 

Seigneur

quand je suis blessé, écrasé,

quand je n’ai plus de courage

pour continuer,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand vient l’épreuve,

quand le coup fait très mal,

et quand je pleure

dans le silence de ma chambre,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand il n’y a plus de soleil,
quand ma vie est automne, et que le jour tarde à se lever,

 

Quand tout est nuit,

quand l’espérance

s’est enfuie dans le vent,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand gronde la révolte,
quand vient la tentation de crier,

de me battre, d’accuser,

quand je rage contre tout et tous,
quand je me déteste,

 d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand je prie

et que tu ne réponds pas,

quand je ne sais plus te louer, te bénir,

quand je doute de toi,

quand mon cœur s’est refroidi,
qand c’est nuit dans mon jardin,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Merci de me garder ton amour
Quand je reprends le mien.

Merci de me tendre la main

quand je retire la mienne.

Merci d’être là

Toujours. Amen

Évariste Leblanc


Les exclus de la table de l’avoir, du savoir et du pouvoir au temps d’Ésaïe et d’Amos

Le manifeste du premier Isaïe

Une interpellation d’actualité :

Apprenez à faire le bien,

Recherchez la justice,

Mettez au pas l’exacteur,

Faites droit à l’orphelin,

Prenez la défense de la veuve (1,17)

 

Comme une personne malade laisse sans soin :

De la plante des pieds à la tête, rien d’intact :
blessures, plaies, meurtrissures récentes,
ni nettoyées, ni bandées,
ni adoucies avec de l’huile. (1,6)

 

Les sans justice et sans droit :

Ton argent est devenu de l’écume

Ton meilleur vin est coupé d’eau

Tes chefs sont des rebelles

Complices des voleurs

Tous, ils aiment les présents

Ils courent après les gratifications.

Ils ne rendent pas justice à l’orphelin

Et la cause de la veuve n’arrive pas jusqu’à eux. (1,22-23)

 

Les sans pouvoir économique devant le dieu de l’économie :

Le pays est rempli d’argent et d’or :
pas de limite à ses trésors.
Le pays est rempli de chevaux :
pas de limite au nombre de ses chars.
Le pays est rempli d’idoles :
ils se prosternent devant l’ouvrage de leurs mains,
devant ce que leurs doigts ont fabriqué.
(2,7-8)

 

Les pauvres exploités :

Le Seigneur a traduit en jugement les anciens de son peuple et ses chefs : C’est vous qui avez dévoré la vigne et la dépouille des pauvres est dans vos maisons. 

Qu’avez-vous à écraser mon peuple et à fouler au pied la dignité des pauvres ? (3, 14-15)

 

Des pauvres crient leur malheur

La vigne du Seigneur le tout-puissant, c’est la maison d’Israël

Et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. 

Il en attendait le droit, et c’est l’injustice

Il en attendait la justice

Et il ne trouve que les cris des malheureux. (5, 7)

 

Exclus de tout pouvoir à cause de ceux qui accumulent dans l’injustice

Malheur!  Ceux-ci joignent maison à maison,

champ à champ, jusqu’à prendre toute la place

et à demeurer seuls au milieu du pays. (5, 8)

 

Des innocents trompés et incapables de faire entendre leurs voix

Malheur !  Ils déclarent bien le mal et mal le bien. 

Ils font de l’obscurité la lumière et de la lumière l’obscurité. 

Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui amer.

Malheur ! A leurs propres yeux, ils sont sages,

de leur point de vue, ils sont intelligents.

Ils justifient le coupable pour un présent

et refusent à l’innocent sa justification. (5,20-21.23)

 

La rapacité des acteurs économiques

Écoutez ceci, vous qui vous acharnez sur le pauvre

Pour anéantir les humbles du pays

Vous qui dites :

Quand donc la nouvelle lune sera-t-elle finie,

Que nous puissions vendre du grain

Et le sabbat, que nous puissions ouvrir les sacs de blé, l’épha, augmentant le sicle,

Faussant des balances menteuses,

Achetant des indigents pour de l’argent

Et un pauvre pour une paire de sandales ?

Nous vendrons même la criblure du blé. (Amos 8, 4-5)

 

Un monde finit….

Vous serez déçus des térébinthes que vous aimiez tant,

Vous aurez honte de vos jardins d’élections,

Car vous serez alors comme le térébinthe au feuillage flétri,

Comme un jardin d’où l’eau s’est retirée. (Isaïe 1,29-30)

 

De nombreuses maisons, grandes et belles,

Seront vouées à la désolation faute d’habitants

Dix arpents de vigne ne donneront qu’une quarantaine de litres,

Dix mesures de semence n’en produiront qu’une seule. (5,9-10)

 

Mais ce jour-là, il y aura un grondement contre elle,

semblable au grondement de la mer. 

On regardera vers la terre et voici : ténèbres et détresse

Et la lumière sera obscurcie par un épais brouillard. (5,30)

 

Devant cette situation, Yahvé réagit en refusant tout culte

Que me fait la multitude de vos sacrifices, dit le Seigneur ?

Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié.

Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’en veux plus.

Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de fouler mes parvis ?

Cessez d’apporter de vaines offrandes : la fumée, je l’ai en horreur !

Néoménie, sabbat, convocation d’assemblée… je n’en puis plus de forfaits et des fêtes.

Vos néoménies et vos solennités, je les déteste, elles me sont un fardeau, je suis las de les supporter.

Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux,

Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang.

Lavez-vous, purifiez-vous. 

Ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.   Apprenez à faire le bien, recherchez la justice,

Mettez au pas l’exacteur, 

Faites droit à l’orphelin,

Prenez la défense de la veuve. (Ésaïe 1,10-17(


 

Les appels du troisième Ésaïe

Dieu invite les sans rien : 

Ô vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux,

même celui qui n'a pas d'argent, venez !

Demandez du grain, et mangez ; venez et buvez !

- sans argent, sans paiement –

du vin et du lait.

À quoi bon dépenser

votre argent pour ce qui ne nourrit pas,

votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ?

Écoutez donc, écoutez-moi, et mangez ce qui est bon ;

que vous trouviez votre jouissance dans des mets savoureux : tendez l'oreille, venez vers moi,

écoutez et vous vivrez. (55,1-3)

 

Le pouvoir économique revient aux pauvres :

Tu suceras le lait des nations,

tu dévoreras la richesse des rois,

et tu sauras que ton Sauveur, c'est moi, le SEIGNEUR,

que celui qui te rachète, c'est l'Indomptable de Jacob.

Au lieu de bronze, je ferai venir de l'or,

au lieu de fer, je ferai venir de l'argent,

au lieu de bois, du bronze, et au lieu de pierre, du fer.

J'instituerai pour toi, en guise d'inspection, la Paix,

en guise de dictature, la Justice.

Désormais ne se feront plus entendre

ni la violence, dans ton pays,

ni, dans tes frontières, les dégâts et les brisements.

Tu appelleras tes murailles « Salut », et tes portes « Louange » . (60,16-17)

 

Les humiliés sont relevés :

Et l'on dira : Remblayez la chaussée, dégagez le chemin,

faites sauter tout obstacle du chemin de mon peuple.

Car ainsi parle celui qui est haut et élevé,

qui demeure en perpétuité et dont le nom est saint :

Haut placé et saint je demeure,

 tout en étant avec celui qui est broyé

et qui en son esprit se sent rabaissé,

pour rendre vie à l'esprit des gens rabaissés,

pour rendre vie au cœur des gens broyés. (57,14-15)

 

La consolation des pauvres :

Cieux, poussez des acclamations ; terre, exulte,

montagnes, explosez en acclamations,

car le SEIGNEUR réconforte son peuple,

et à ses humiliés il montre sa tendresse.

Sion disait : «  Le SEIGNEUR m'a abandonnée,

mon Seigneur m'a oubliée ! »

La femme oublie-t-elle son nourrisson,

oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair ?

Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas ! (49,13-15)

 

Le pouvoir revient aux petits :

Voici que mon Serviteur réussira,

il sera haut placé, élevé, exalté à l'extrême.

De même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close,

car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté,

et ils observent ce qu'ils n'avaient pas entendu dire. (52,13.15)

 

La puissance des sans voix :

L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi.

Le Seigneur, en effet, a fait de moi un messie,

il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés,

panser ceux qui ont le cœur brisé,

proclamer aux captifs l'évasion,

aux prisonniers l'éblouissement,

proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR,

le jour de la vengeance de notre Dieu,

réconforter tous les endeuillés,

mettre aux endeuillés de Sion un diadème,

oui, leur donner ce diadème et non pas de la cendre,

un onguent marquant l'enthousiasme, et non pas le deuil,

un costume accordé à la louange, et non pas à la langueur.

On les appellera « Térébinthes de la justice,

plantation du Seigneur, destinés à manifester sa splendeur ».

Ils rebâtiront les dévastations du passé,

les désolations infligées aux ancêtres, ils les relèveront,

ils rénoveront les villes dévastées,

les désolations traînant de génération en génération. (61,1-4)

 

Un monde finit :

Ainsi parle le SEIGNEUR :

À cause des trois et à cause de tes quatre rébellions,

je ne révoquerai pas mon arrêt :

parce qu'ils ont vendu le juste pour de l'argent

et le pauvre pour une paire de sandales ;

parce qu'ils sont avides de voir la poussière du sol sur la tête des indigents

et qu'ils détournent les ressources des humbles ;

après quoi le fils et le père vont vers la même fille,

profanant ainsi mon saint Nom.

                       

Me voici donc pour vous écraser sur place,

comme écrase un char qui est tout plein de paille :

le refuge se dérobera devant l'agile,

le courageux ne rassemblera pas ses forces,

le héros ne s'échappera pas,

l'archer ne tiendra plus debout,

le coureur agile n'en réchappera pas,

le cavalier ne s'échappera pas,

le plus vaillant de ces héros s'enfuira, tout nu,

ce jour-là - oracle du SEIGNEUR. (Amos 2,6-16)

 

Aujourd’hui Dieu demande un nouveau jeûne :

Doit-il être comme cela, le jeûne que je préfère,

le jour où l'homme s'humilie ?

S'agit-il de courber la tête comme un jonc,

d'étaler en litière sac et cendre ?

Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne,

un jour en faveur auprès du Seigneur ?

Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci :

dénouer les liens provenant de la méchanceté,

détacher les courroies du joug,

renvoyer libres ceux qui ployaient,

bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !

N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ?

Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,

si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras :

devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.

Alors ta lumière poindra comme l'aurore,

et ton rétablissement s'opérera très vite.

Ta justice marchera devant toi

et la gloire du Seigneur sera ton arrière-garde. (Isaïe 58,5-8)

 

 

Compilation : Renaude Grégoire; rédaction finale : David Fines


Quand t’avons-nous vu affamé, malade, prisonnier ?

À la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Et, prenant la parole, il les enseignait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux les doux : ils auront la terre en partage.

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.

Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 

Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Matthieu 5,1-11

 

« À la vue des foules », c’est ainsi que commence le récit des béatitudes, et ceci n’est pas banal. Les foules suivent Jésus partout et il les voit. Quand Moïse rencontra Dieu pour la première fois au désert, Dieu lui révéla son identité en proclamant : « J’ai vu… j’ai vu l’humiliation de mon peuple en Égypte. » Le message central de Jésus qui gravit la montagne pour nous donner les nouvelles paroles divines, ce message nait de l’humiliation de cette foule que Jésus voit : foule composée de déments, d’épileptiques, de galeux, d’aveugles et de paralytiques, de femmes marginalisées, impures pour la bonne société; foule de pécheurs et de pécheresses, de compatriotes et de d’étrangers; foules nombreuses affamées et sans travail. Jésus est pris aux tripes pour ces pauvres et c’est à propos de ces foules que les disciples reçoivent la nouvelle alliance. C’est en pensant à ces mêmes foules contemporaines que nous devons aborder la suite.

« En marche ! » L’exégète juif André Chouraqui traduit ainsi le « Heureux ! » ou « Bienheureux » de Matthieu. Le mot hébreu ashréi, écrit Chouraqui, évoque la rectitude de l’humain en marche sur une route qui va droit vers YHVH. Être bienheureux, c’est se mettre en marche sur la route qui conduit au Royaume de Dieu. Et ce sont justement ces pauvres qui le suivent que Jésus désigne dans les trois premières paroles : « les humiliés du souffle », les gens qui sont à bout de souffle, qui n’en peuvent plus, en marche ! (Non pas les pauvres en esprit, traduction tendancieuse qui pourrait nous faire croire que l’on peut être riche matériellement et tout en étant pauvre spirituellement. Ce serait tellement rassurant pour les riches de ce monde ouatiné auquel nous appartenons.) Ne voyons-nous pas ces humiliés du souffle autour de nous ? Oui, le royaume de cieux est à eux !

En marche, les personnes endeuillées de la guerre, du sida, de la faim, des séismes, de l’intimidation, du rejet, de la perte d’emploi, du chômage chronique : elles seront réconfortées. En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! Ces femmes qui luttent en plantant des arbres pour faire reculer le désert, ces jeunes qui bâtissent une économie solidaire, ces groupes qui s’impliquent pour sauver la planète de la destruction, qui s’élèvent contre les prédations des compagnies minières ou agricoles, ils sont des myriades de petits, de sans noms, de paysannes et paysans qui croient qu’un autre monde est possible et qui travaillent d’arrache-pied pour qu’il advienne. La grande marche des réfugiés en Europe en est une illustration criante !

Avec ces foules innombrables qui marchent vers la lumière, Jésus rallie tous les gens capables de compassion. Revenons à Chouraqui; il a inventé un mot pour désigner ces personnes : les matriciels, du mot matrice, exprimant le sentiment maternel et viscéral que Dieu ressent devant la souffrance de ses enfants. En marche, les matriciels ! Oui, ils seront matriciés ! Ce sont des personnes au cœur pur, un cœur droit qui ne cherche pas son intérêt. Dans le Royaume de Dieu, qui est déjà là, on ne court pas après l’argent, on ne recherche pas son intérêt individuel. On a un cœur pur. On ne cherche pas à gagner à tout prix, à avoir toujours le gros bout du bâton. On réconcilie. En marche, les faiseurs de paix ! Et dans cette longue marche de l’humanité vers son accomplissement, il y a plein de défaites, de persécutions, d’incompréhension. Marcher avec les pauvres de ce monde est une folie pour ceux et celles qui servent le dieu argent. La persécution à cause de la justice est le pain quotidien des disciples qui marchent sur la route vers le Royaume. En marche ! Exultez et jubilez !

Nous avons là l’essentiel du message de Jésus. Tout le reste n’est que tradition humaine.

Claude Lacaille

PMÉ, bibliste

Prière

Je cherche le visage

 

 

Je cherche le visage, le visage du Seigneur
Je cherche son image, tout au fond de vos cœurs.

1 - Vous êtes le corps du Christ
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes l'amour du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

2 - Vous êtes le corps du Christ, 
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes la Paix du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

3 - Vous êtes le corps du Christ
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes la Joie du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

Paroles et musique : Odette Vercruysse

Habiter avec lui

« Je suis la vigne, la vraie, mon père est le vigneron. Les sarments qui ne portent pas de fruits en moi, il les enlève, les sarments qui portent du fruit, il les allège, pour qu’ils fructifient davantage. Cette parole que je vous ai dite vous a déjà rendus plus légers. Restez en moi, je suis en vous. Le sarment ne donne pas de fruit s’il est séparé de la vigne, comme vous si vous vous séparez de moi. Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui est en moi et en qui je suis donne beaucoup de fruits. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un habite hors de moi, dehors, comme un sarment, on le jette, il se dessèche, on en fait un tas qu’on jette au feu et qui brûle. Si vous habitez en moi, habités par mes paroles, demandez ce que vous voudrez, vous l’aurez. Que vous portiez beaucoup de fruits, que vous deveniez mes disciples, telle est la gloire de mon Père. »

Jean 15, 1-8

selon la traduction de la Bible de Bayard

 

Depuis la nuit des temps, les humains se sont sentis impuissants devant la mort, la maladie, les catastrophes naturelles. La grêle et la foudre qui détruisaient les récoltes et les forêts, les ouragans violents, les inondations, la plupart de ces calamités venaient du ciel. On a pensé que là, en haut, dans le ciel, il y avait un maître puissant qui contrôlait nos vies et nous dictait quoi faire. Il fallait lui plaire, lui faire des offrandes, le supplier de nous épargner, enfin le garder de notre bord. On priait Dieu pour la pluie et pour le beau temps. Tout cette piété est loin derrière nous. Aujourd’hui, on a recours aux agronomes. Nous sommes devenus autonomes et l’alimentation est devenue une bonne affaire.

               Jésus est venu nous dire que Dieu ne vivait pas au deuxième étage. Toute notre conception religieuse décrit l’univers comme un monde à deux étages : celui du ciel et celui de la terre, le monde surnaturel et le monde naturel. Le Symbole des Apôtres évoque une succession de va-et-vient entre le haut et le bas : l’ascenseur descend et monte continuellement entre les deux niveaux : « descendu aux enfers, monté au ciel, d’où il viendra… ». Jusqu’en 1980, à l’ouverture de séance de la Chambre des Communes à Ottawa, on lisait cette prière : « Ô Seigneur ! notre Père Céleste, Haut et Puissant, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, le seul Souverain des princes, qui contemplez de Votre trône tous les habitants de la terre… » Cette représentation fait problème à un monde moderne qui a acquis son autonomie et n’attend rien d’un hypothétique monde d’en-haut dont l’existence n’a jamais été prouvée.

Le Jésus de l’évangile de Jean au chapitre 15 ramène l’image de Dieu à une dimension terrestre (et cela est caractéristique des paraboles en général). L’image de la vigne est très inspirante, car elle situe Dieu comme un vigneron dont la fierté est de faire produire chaque sarment de sa vigne. Dieu est une Source, une Inspiration, un Souffle intérieur. Dieu n’est pas en haut, mais en-dedans, au plus intime de notre intimité. Dieu habite notre monde, Dieu est l’âme du cosmos, Dieu est le Souffle qui anime la vie sur terre, bien plus Dieu anime toute l’humanité dans son évolution, Dieu est présent dans son histoire. Jésus est le plant de vigne auquel nous sommes greffés par la confiance, par la foi. Nous demeurons en lui et lui en nous. « Me faire confiance, ce n’est pas me faire confiance à moi, mais bien à celui qui m’a délégué. » Jésus est l’incarnation de Dieu dans notre monde. C’est la vigne qui surgit de l’être divin; elle s’enracine dans la divinité et pousse ses branches dans l’humanité. Dieu est la sève qui donne vie au plant, il est cette poussée de la vie qui crée le monde incessamment depuis toujours. Il agit au plus intime de notre monde. 

C’est par notre attachement à Jésus, par notre confiance en lui que nous vivons pleinement. « Si quelqu’un m’aime, il observera mes paroles, il sera aimé de mon Père et nous irons habiter en lui. » (Jean 14,23) Dans la mesure où nous sommes branchés sur la personne de Jésus, sur sa bonne nouvelle, nous devenons de plus en plus l’être que Dieu a projeté de faire advenir, nous nous épanouissons, nous devenons ce que nous sommes vraiment. Dieu est la source de notre liberté humaine. Il ne nous parachute pas des ordres d’en haut, écrits il y a des milliers d’années dans un livre sacré et interprété par ses prétendus représentants d’ici-bas. La loi de Dieu, elle est inscrite dans nos cœurs. Notre recherche du bien, nos discernements sur des sujets difficiles comme l’exercice de la sexualité et l’amour, l’égalité des hommes et des femmes, l’aide à bien mourir pour ne donner que ces trois exemples actuels, nos discernements sont inspirés par la loi de l’amour qui est en nous. À tâtons et alimentés par la sève divine de la Vie, nous cherchons ensemble et nous avançons avec espoir vers le Royaume de Dieu sur terre.

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Actes 1,11) C’est le message que Jésus nous a laissé en nous quittant. Cessons donc de regarder vers le ciel pour chercher solutions à nos problèmes. Nous sommes des êtres autonomes. Retournons vers nos Galilées, à notre quotidien et c’est là que nous le trouverons au milieu des femmes et des hommes de nos sociétés modernes, quelles que soient leurs croyances ou leur incroyance. Dieu est intimement lié à l’humanité et il l’inspire pour l’amener à la perfection. Nous sommes sa vigne et il l’émonde et en prend soin pour que chaque rameau, chaque sarment donne de belles grosses grappes juteuses et savoureuses. « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit. » Ce changement de regard sur un Dieu très bas et très intime nous aidera à mieux vivre dans une société plurielle et laïque sans nous entourlouper dans des raidissements dévots, sources de divisions et de disputes stériles. L’humanité doit survivre sur une planète qui doit demeurer bleue et vivante. Pour réaliser cette tâche colossale et urgente, nous avons besoin du Souffle de Vie qui anime notre monde par l’intérieur et il faut annoncer la Bonne nouvelle d’un autre monde possible à toute langue, peuple et nation.

Claude Lacaille

 

Prière

Exauce-nous

 

 

Dieu de tendresse, exauce-nous. 
- Prions pour les personnes qui souffrent dans leur corps; qu’elles trouvent réconfort et espérance dans l’amour du Christ. 
- Prions pour les persécutés à cause de la justice; qu’ils trouvent dans la passion du Christ un exemple de courage et de liberté. 
- Prions pour nos Églises; qu’elles soient fidèles à suivre leur Seigneur chevauchant un ânon. 
- Prions pour notre société; qu’elle sache reconnaître et promouvoir tout ce qui concourt à la croissance d’un monde meilleur. 
Dieu de tendresse et de compassion, écoute la prière de ton peuple. Toi qui étais avec ton Fils quand il est entré dans la ville sainte au milieu des acclamations, accorde-nous le même soutien et la même grâce. Nous te le demandons par ce même Jésus, ton Fils, notre Seigneur.  Amen. 


Dimanche de la Pentecôte : Défenseur, Pédagogue et Maître intérieur

« Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

(…)

J’ai encore bien des choses à vous dire mais vous ne pouvez les porter maintenant; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi, et il vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi.

Jean 15, 26-27; 16,12-15

 

1. Le Défenseur

« Quand viendra le Défenseur… » Le terme original traduit par Défenseur est « Para-kléo » qui signifie « appeler auprès de… ». En latin, on dirait : « Ad-vocatus » et, en français, « a-vocat ». On comprend que la liturgie hésite à utiliser le terme « avocat ».

Mais c’est bien l’idée que Jésus évoque. Il parle du procès qui lui est fait : ses accusations, ses témoins, son jugement… Or, dit-il, l’Esprit Saint prendra sa défense et témoignera en sa faveur.

Le même « avocat » prendra aussi la défense de ses disciples. Quand vous serez traînés devant les tribunaux, dit-il, n’ayez crainte, vous aurez un Défenseur.

Croyons que, dans les inévitables combats de notre vie, le même « avocat » prend notre défense.

2. Le pédagogue

« J’aurais encore beaucoup à dire mais vous ne pouvez le porter maintenant… »

Pourquoi ? Avant que Jésus meure et ressuscite, qui pouvait comprendre la portée des paroles de Jésus ? Qui avait une juste intuition de la nouveauté radicale qu’Il apportait ? C’est sa résurrection qui éclaire tout.

Mais nous avons aussi besoin d’un guide : « Quand viendra l’Esprit de vérité, Il vous guidera vers la vérité tout entière ». Qu’est-ce que la vérité tout entière sinon la personne et le message de Jésus : « Je suis la voie, la vérité et la vie » ? L’Esprit Saint ne centre pas l’attention sur Lui-même. Il la dirige vers Jésus qui est « le terme de l’histoire humaine…la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations ».

Comment l’Esprit procède-t-il ? « Il redira ce qu’Il aura entendu… Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ». Il se fait pédagogue voire répétiteur. On peut s’étonner que l’Esprit n’ait rien de personnel à nous communiquer. Mais puisque Jésus nous a tout dit ce qui importait…. L’Esprit, en bon pédagogue, sait qu’Il doit nous répéter les paroles de Jésus.

Nous n’avons jamais fini d’en découvrir la nouveauté.

3. Le Maître intérieur

Mais l’Esprit n’est pas le répétiteur d’un enseignement abstrait et sans lien avec la vie. Il murmure les paroles de Jésus au creux de notre être, en ce lieu privilégié qu’est le cœur. Seul le cœur peut ajuster sa longueur d’onde à celle des paroles de Jésus. Seul le cœur peut vibrer au diapason de la grande histoire d’amour racontée dans les Écritures.

L’Esprit désire aussi nous mener à notre propre vérité. Je devine qu’il reprend, pour chacun de nous, le dialogue de Jésus avec les disciples d’Emmaüs. « De quoi parlais-tu en chemin ? Tu es tout triste… » Et Il nous indique, à partir des Écritures, le sens des évènements de notre vie. Il invite à écouter les mouvements profonds de notre cœur. Marie de l’Incarnation disait : « Écoutez les mouvements de votre cœur, c’est la Parole de Dieu ».

Ignace d’Antioche compare l’Esprit à une source d’eau vive qui murmure : « Viens vers le Père ». Grâce à Lui, en effet, nous deviendrons peu à peu qui nous sommes : des enfants de Dieu.

Mgr Bertrand Blanchet

biologiste et archevêque émérite de Rimouski

 

Prière

                Viens, souffle de Dieu

 

Viens, Saint-Esprit,
toi que je ne vois pas
et qui dessilles les yeux,
que je n’entends pas
et qui déplies les oreilles;
toi dont j’ignore les chemins,
et qui ouvres nos routes;
toi que je ne sens pas et qui es source de tout amour;
toi dont je ne connais pas encore le visage
et qui, pour chaque être, offres son nom :
ô viens, Saint-Esprit,
souffle de Dieu, grand vent de liberté.

 

Toi qui arrives
chargé de l’effluve des prophètes
ou des senteurs des psaumes,
imprégné des béatitudes,
vivifié de la prière des pauvres;
toi qui t’es posé sur le Messie
et que le Fils expirant sur la croix
a transmis aux hommes :
ô viens, Saint-Esprit,
sur toute la face du monde.

Michel Bouttier

 

Église évangélique réforme du Canton de Vaud

Maternité et sainteté

Il y avait un homme de Ramataïm-Çofim, de la montagne d’Éphraïm. Il s’appelait Elqana, fils de Yeroham, fils d’Élihou, fils de Tohou, fils de Çouf, un Éphratéen. Il avait deux femmes : l’une s’appelait Anne et la seconde Peninna. Peninna avait des enfants, Anne n’en avait pas. Tous les ans, cet homme montait de sa ville pour se prosterner devant le Seigneur de l’univers et pour lui sacrifier à Silo. Il y avait là, comme prêtres du Seigneur, les deux fils d’Eli, Hofni et Pinhas.

Vint le jour où Elqana offrait le sacrifice. Il avait coutume d’en donner des parts à sa femme Peninna et à tous les fils et filles de Peninna. Mais à Anne, il donnait une part d’honneur, car c’est Anne qu’il aimait, bien que le Seigneur l’eût rendue stérile. De surcroît, sa rivale ne cessait de lui faire des affronts pour l’humilier, parce que le SEIGNEUR l’avait rendue stérile. Ainsi agissait Elqana tous les ans, chaque fois qu’elle montait à la Maison du Seigneur; ainsi Peninna lui faisait-elle affront. Anne se mit à pleurer et refusa de manger. Son mari Elqana lui dit : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi as-tu le cœur triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne se leva après qu’on eut mangé et bu à Silo. Le prêtre Eli était assis sur son siège à l’entrée du temple du Seigneur. Pleine d’amertume, elle adressa une prière au Seigneur en pleurant à chaudes larmes. Elle fit le vœu que voici : « Seigneur de l’univers, si tu daignes regarder la misère de ta servante, te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante et donner à ta servante un garçon, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »

Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n’entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre.  Éli lui dit : « Seras-tu longtemps ivre ? Va cuver ton vin ! » Anne lui répondit : « Je ne suis pas, mon seigneur, une femme entêtée, mais je n’ai bu ni vin ni rien d’enivrant. Je m’épanchais seulement devant le Seigneur. Ne traite pas ta servante comme une fille de rien, car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. » Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé ! » Elle dit : « Que ta servante trouve grâce à tes yeux ! » La femme s’en alla, elle mangea et n’eut plus le même visage. Ils se levèrent de bon matin et se prosternèrent devant le Seigneur; puis ils rentrèrent chez eux à Rama. Elqana connut sa femme Anne, et le Seigneur se souvint d’elle.

Or donc, aux jours révolus, Anne, qui était enceinte, enfanta un fils. Elle l’appela Samuel « car, dit-elle, c’est au Seigneur que je l’ai demandé »

I Samuel 1,1-20

 

Dans bien des églises, on souligne la fête des mères, et on a bien raison de le faire. Il est si important de dire merci à nos mères et aux mères de nos communautés, de leur dire qu’on les aime et combien on les aime. Bien sûr, c’est tous les jours de l’année qu’il faut dire à sa maman qu’on l’aime et qu’il faut lui dire merci; 365 fois par année. Mais à la Fête de mères on le fait de façon toute spéciale. Nous retrouvons plusieurs personnages de mères dans mères dans la Bible, et on en connaît plusieurs.

Sarah, qui ne parvient pas à avoir d’enfant et qui demandera à sa servante Hagar (une autre mère elle aussi) de donner un fils à Abraham… et qui finira par enfanter à son tour dans son vieil âge alors qu’elle avait perdu tout espoir.

Rebecca, la femme d’Isaac, mère des deux jumeaux, Jacob et Ésaü.

Les deux sœurs Rachel et Léa qui vont donner plusieurs enfants, des fils et de filles à Jacob.

Ruth, l’immigrée, qui deviendra l’arrière-grand-mère du roi David.

Et bien sûr Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste et Marie, qui a humblement porté en son sein celui qui deviendra le Sauveur du monde.

On retrouve dans la Bible aussi plusieurs mères qui n’ont pas de nom et qui pourtant détiennent des rôles importants dans l’histoire du salut : la mère de Moïse qui a su protéger son petit garçon, la mère de Samson à qui un ange est apparu, les deux femmes qui se disputaient le même enfant devant le roi Salomon; la femme syro-phénicienne qui vient supplier Jésus de guérir sa fille qui est malade…

Cette histoire d’Anne nous est bien connue. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle plusieurs points communs avec l’histoire de Marie : il s’agit de deux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant (la première parce qu’elle se croit stérile et la deuxième parce qu’elle n’a pas encore connu d’homme), deux femmes qui ont deux enfants après une intervention miraculeuse, ce sont deux histoires qui ont un épisode dans le Temple, et les enfants auront tous deux un destin exceptionnel.

On voit ici que le désir d’avoir des enfants a toujours été présent chez les femmes, dans tous les peuples. Et il semble que tous les moyens sont bons pour accomplir ce profond désir : la prière, le jeûne, les interventions divines. Ne pas avoir d’enfants a été pour les femmes une véritable souffrance… et ce l’est toujours pour beaucoup de femmes et de couples d’aujourd’hui. Beaucoup de femmes d’aujourd’hui pourraient certainement s’identifier à Anne dans son désir ardent d’avoir des enfants, dans ce besoin d’enfanter, plus fort que tout. Et tous les moyens qu’offre la médecine moderne semblent bons pour y arriver.

Sans doute pouvons-nous retenir deux choses de ce récit :

1-une naissance est toujours un sujet de réjouissances; pensons à toutes ces femmes qui ont fait la fête de se savoir enceinte : Sarah qui en a ri, Rebecca, Rachel, Ruth et sa belle-mère Noémie, Élisabeth, Marie. Et les pères se réjouissent avec elles, n’est-ce pas ?

2-La Bible contient plusieurs images qui décrivent Dieu comme une mère : les psaumes, dans les prophètes jusqu’à Jésus qui se compare à une poule protégeant sa couvée. Les auteurs bibliques avaient compris qu’il n’a avait rien de plus beau, de plus fort, de plus précieux que l’amour d’une maman pour ces enfants, que rien sur terre ne se rapproche plus de l’amour de Dieu.

David Fines

 

Prières pour les mères

Nous prions :

                -pour nos propres mères que nous ont donné la vie et que nous te présentons avec reconnaissance pour tous les dons qu’elles nous ont faits

-pour les mères dans les points chauds du monde et pour que leurs prières et leurs protestations soient efficaces contre les conflits et la guerre

                -pour les jeunes mères qui se sentent souvent surchargées dans leur nouveau rôle et pour qu'elles trouvent le soutien dont elles ont besoin 

                -pour toutes les mères que personne ne remercie jamais et qui néanmoins transmettent la joie de vivre 

                -pour nos mères défuntes pour qu'elles trouvent la plénitude de la vie chez Dieu.

                -pour les mères qui élèvent seules leurs enfants pour qu'elles reçoivent aide et appui autour d’elles

                -pour les mères qui ont perdu un enfant pour qu'elles puissent trouver à leur côté des personnes affectueuses qui portent avec elles leur affliction

                -pour les belles-mères pour qu’elles aient des relations bonnes et amicales avec leurs belles-filles fondées sur un profond respect mutuel

 

                -pour les mères dans qui retournent sur le marché du travail pour que leur nouvelle situation de vie soit vue comme une occasion d’enrichissement.


Est-ce que mon Dieu est notre Dieu ?

Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau. 

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas. Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit. C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut. En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux.

Jean 20,1-10

 

L’importance de Pâques c’est de réfléchir sur la nécessité de rencontrer aujourd’hui le Dieu de Jésus le ressuscité. Il n’y pas de preuves de l’inexistence de Dieu. On ne peut pas non plus démontrer l’existence de Dieu. Même si on peut apporter plusieurs arguments d’un côté ou d’un autre, la certitude n’existe pas. Tout le monde croit : on croit que oui ou on croit que non.

Nous savons que tous les êtres humains ont une expérience de vie. Et cette expérience vitale leur procure des arguments qui deviendront des certitudes pour croire ou pour ne pas croire en Dieu.

La foi est un don, mais aussi une expérience de Dieu qui donne la certitude de son existence. Mais nous ne devons pas oublier que les premiers chrétiens étaient considérés comme des athées.

Parce que, en fait, une personne qui dirait croire en Dieu et une autre qui dirait ne pas croire en Dieu, peuvent, tous les deux, être athées d’un même Dieu.

« Monsieur Einstein, croyez-vous en Dieu ?

-Dites-moi quel Dieu et je vous dirai si j’y crois. » (1)

Un humaniste qui lutte pour un autre monde possible pourra se dire athée. Et cette situation peut souvent se reproduire car lui, et d’autres, auront connu des groupes, personnes croyantes ou Églises ayant présenté un Dieu qui n’est pas Dieu.

L’athéisme peut être une dénonciation de diverses représentations des dieux, des croyances ou des institutions religieuses, qui sont aliénantes et qui produisent des structures d’injustice, de misère, d’exploitation, d’exclusion ou d’oppression.

Engels, ami de Marx, a étudié les guerres des paysans et il admirait Müntzer et les réformateurs radicaux. Il est co-auteur de la phrase « la religion est le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’une époque sans esprit, elle est l’opium du peuple ». Il parle de son expérience, de la religion de son époque.

Nietzsche a annoncé la mort de Dieu, mais de quel Dieu parlait-il ? Le théologien Bonhoeffer a annoncé la naissance d’un christianisme sans religion. Le théologien européen Moltmann disait que Dieu est mort religieusement, mais qu’il existe.

Aujourd’hui nous rencontrons une indifférence généralisée. Le néolibéralisme capitaliste a fait naître cette indifférence. L’être humain arrête d’être humaniste et devient consommateur compulsif. La question est alors : est-ce que Dieu est rentable ?

La science peut aussi devenir un dieu. Mais, parmi les scientifiques, il y a différentes positions sur l’existence de Dieu : nier Dieu ou affirmer que Dieu est nécessaire.

Selon Albert Einstein : « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d’un hasard aveugle est aussi peu crédible que si, après l’explosion d’une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire. » (2)

Mais comme l’être humain a besoin de Dieu pour donner un sens à sa vie, même en l’absence de Dieu, il se fabrique des dieux. Comme les humains ont besoin de Dieu, ils cherchent à mettre leur confiance dans les dieux. Ainsi, ils se fabriquent leurs propres théologies et leurs propres dieux. Des théologiens de la libération ont écrit sur ce sujet un livre intitulé La lutte des Dieux. Le problème n’est pas entre ceux qui disent croire en Dieu et ceux qui disent être athées; le conflit se situe entre les dieux. La question est : « Avec quel Dieu me suis-je engagé ? »

Dieu qui a créé et continue à créer, (selon le Credo de l’Église unie) va agir encore, mais de façon différente car, comme disait Calvin, Dieu, toujours présent dans l’histoire humaine, s’accommode, c’est-à-dire s’adapte, s’incarne, dans les diverses situations de l’histoire et les expériences humaines, exactement comme un éducateur, un excellent pédagogue, pour nous libérer et nous faire avancer en découvrant la vérité.

Il arrivera certainement qu’un jour, le jour d’une nouvelle Pâque, que le projet de Jésus, le Règne de Dieu sans exclusion, adviendra pour tous et toutes; alors il n’y aura plus d’exclusion mutuelle entre la foi et la science !

 

(1) Jacques Languirand et Jean Proulx, À la recherche du Dieu d’Einstein; Édit. Le Jour, Québec 2008; page 121.

(2) ibidem, page 137.

Gonzalo Cruz

pasteur retraité

 

Prière

L’art des petits pas

 

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.

Je ne demande pas de miracles ni de visions,

mais je demande la force pour le quotidien !

 

Rends-moi attentif et inventif pour saisir au bon moment

les connaissances et expériences

qui me touchent particulièrement.

Affermis mes choix dans la répartition de mon temps.

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire.

 

Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure,

que je ne me laisse pas emporter par la vie,

mais que j’organise avec sagesse le déroulement de la journée.

Aide-moi à faire face aussi bien que possible à l’immédiat

et à reconnaître l’heure présente comme la plus importante.

 

Donne-moi de reconnaître avec lucidité

que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs,

qui sont occasions de croître et de mûrir.

Fais de moi un homme capable de rejoindre

ceux et celles qui gisent au fond.

 

Donne-moi non pas ce que je souhaite,

mais ce dont j’ai besoin.

Apprends-moi l’art des petits pas !

Ainsi soit-il. 

Antoine de Saint-Exupéry 

 

(1900-1944)

La tristesse changée en joie

Jésus se rendit compte que ses disciples désiraient l’interroger. Il leur dit donc : « Je vous ai déclaré : D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » Est-ce à ce sujet que vous vous posez des questions entre vous ? Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. De même, vous êtes dans la peine, vous aussi, maintenant; mais je vous reverrai, alors votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne peut vous l’enlever ».

Jean 16,19-22

 

Pour les amis de Jésus, le temps passé avec lui était une fête. Jésus lui-même le voulait ainsi, il leur avait dit dès le début : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! » Dans les villes et villages de Galilée, avec Jésus, c’était une fête de lieu en lieu.

Dès le début aussi, Jésus avait dit des paroles énigmatiques que personne ne pouvait encore comprendre : « Le temps viendra où le marié sera enlevé ». La fête sera finie. La veille de sa mort, Jésus le dit ouvertement : « D’ici peu vous ne me verrez plus ». Jésus sait qu’il va mourir. Et il sait combien ce sera dur pour ses amis. « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez ».

Mais il y a un au-delà de cette tristesse. « D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » En mourant, Jésus s’en est allé. Mais il est revenu de la mort, et ses amis l’ont vu. La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas détruite par la souffrance et la mort, par l’absence de l’Aimé, l’absence de Dieu. Jésus l’a dit : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ».

La joie chrétienne n’est pas le contraire de la tristesse. La joie pascale habite nos peines et nos tristesses, et elle les transforme comme de l’intérieur. « Votre peine se changera en joie. » La peine et la tristesse ne cèdent pas à la joie, mais elles sont changées en joie. Même pas toujours changées en joie, mais visitées et éclairées d’une joie.

La tristesse et la joie peuvent être là en même temps, comme, un matin d’automne, le brouillard et la lumière se mêlent sur la colline de Taizé.

Paul nous dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent ». Comment faire quand nous sommes en même temps avec ceux qui sont dans la joie et avec ceux qui pleurent ? Nous ne pouvons mettre en pratique cette parole qu’en chantant et pleurant en même temps. Il existe ce qu’on a appelé une tristesse joyeuse. Il y a une manière triomphante de se réjouir qui ne peut que rendre plus tristes encore ceux qui pleurent. La joie pascale est assez ample pour contenir tristesse et peine. Elle pleure et se réjouit en même temps. Elle fait revenir le sourire sur les visages des malheureux.

Dans la Règle de Taizé, frère Roger a écrit voici bien longtemps : « Ne crains pas de communier aux épreuves d’autrui, n’aie pas peur de la souffrance, car c’est bien souvent au fond de l’abîme qu’est donné la perfection de joie dans la communion du Christ Jésus. »

Communauté de Taizé

 

Prière d’intercession

Jésus Christ, tu viens nous transfigurer pour nous renouveler à l’image de Dieu : illumine nos ténèbres.

Jésus-Christ, lumière du cœur, tu connais notre soif : conduis-nous vers la source de ton Évangile.

Jésus-Christ, lumière du monde, tu éclaires chaque être humain : donne-nous de discerner ta présence en chacun.

Jésus-Christ, ami des pauvres : ouvre en nous les portes de la simplicité pour t’accueillir.

Jésus-Christ, doux et humble de cœur : renouvelle en nous l’esprit d’enfance.

Jésus-Christ, tu donnes à l’Église de préparer ton chemin dans le monde : ouvre pour tous les portes de ton Royaume.

Jésus notre joie, quand nous comprenons que tu nous aimes, quelque chose de notre vie est apaisé et même transformé. Nous te demandons : qu’attends-tu de moi ? Et, par l’Esprit Saint, tu réponds : que rien ne te trouble, je prie en toi, ose le don de ta vie.

 

Jésus le Christ, sans t’avoir vu nous t’aimons. Sans te voir encore, nous te donnons notre confiance. Bénis-nous, nous qui nous reposons en ta paix.


Guérison, irritation

Un lépreux s’approche de lui; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 

Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.

(Marc 1,40-45)

               

Cette guérison spectaculaire d’un lépreux, qui a dû survenir très tôt dans le ministère de Jésus, sera reprise tant par Matthieu que par Luc. Dans les trois récits, la séquence est toujours la même : le lépreux s’approche de Jésus, le supplie à genoux de le guérir, Jésus le touche et le guérit en lui recommandant bien de ne rien dire à personne mais d’aller offrir le sacrifice requis pour authentifier sa guérison et pour sa réintégration dans la communauté religieuse, recommandation que le miraculé ne tiendra pas. Notons que Marc le place après « La journée à Capharnaüm », une journée bien remplie qui a commencé avec la guérison d’un homme à l’esprit impur dans la synagogue, et qui s’est poursuivie avec la guérison de la belle-mère de Pierre, ensuite par d’autres guérisons « après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et démoniaques ». Au petit jour, le lendemain, alors qu’il fait encore nuit, Jésus s’éloigne dans un lieu désert, pour prier. Les disciples, à force de le chercher, finissent par le trouver. C’est alors que ce lépreux s’approche de lui. Marc veut nous montrer, par le récit de cette « journée » et de son lendemain, l’étendue des actions incessantes de Jésus en Galilée, une région défavorisée.

                La guérison de la lèpre pouvait être considérée comme un acte comparable à la résurrection des morts et attribuée à Dieu seul. Signe de l’approche du Règne de Dieu, elle accompagne la résurrection des morts et est comptée parmi les bienfaits des temps du Messie. De ce fait, la consigne du silence avec laquelle se termine le récit (et qui ne sera aucunement respectée) se justifie parfaitement.

La différence majeure entre Marc et les deux autres évangiles tient en ce mot décrivant l’attitude de Jésus : « S’irritant contre lui… » (v.43) Ni Matthieu ni Luc n’ont pu se résoudre à reprendre la crudité prégnante, le réalisme dérangeant de Marc. Les deux suppriment le mot sans vergogne en mettant, pour le premier : « Et Jésus lui dit… » et pour le second : « Alors il lui ordonna de n’en parler à personne. »

Pourtant « irrité » est certainement plus proche de l’événement original. D’autant plus que le verset entier se lit ainsi : « S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. »

Ce n’est certes pas la dernière fois que Jésus s’enflammera contre quelqu’un. La colère de Jésus peut s’expliquer de diverses façons. En s’approchant de lui, le lépreux a enfreint la loi. Impurs et cause d’impuretés, les lépreux se trouvaient sous le coup d’un châtiment divin et mis en ban de la société; ils se devaient de rester à distance des gens normaux et crier « Impur ! Impur ! » à haute voix à l’approche de toute habitation; cependant, Jésus aussi enfreint la loi en touchant l’impur.

Autre possibilité, l’intervention abrupte du lépreux contrarie la volonté de Jésus de prêcher en évitant les attroupements (voir au verset 38 précédent où Jésus s’éloigne dans les bourgs voisins pour fuir les foules « qui le cherchent »).

Soit encore cet impromptu contrarie son désir de ne pas être déclaré (immédiatement) comme Messie et Fils de Dieu.

Les exemples de consigne de garder le silence au sujet des miracles (ou encore sur l’identité de Jésus) sont particulièrement fréquents dans l’évangile de Marc. Mais ce qui frappe c’est que cette consigne est rarement respectée; est-ce cela qui soulève l’ire de Jésus. Pouvait-il croire, espérer, que le rayonnement et les témoignages de la puissance du Messie pouvaient être freinés ?

David Fines

 

Prière

L’important c’est d’aimer

 

Donne-moi,

de consoler ceux et celles qui sont dans la peine.

De sécher les larmes de ceux et celles qui pleurent.

De soulager ceux et celles qui souffrent.

 

                Donne-moi,

                d’espérer avec celles et ceux qui désespèrent.

                De croire avec celles et ceux qui doutent.

                D’apaiser celles et ceux qui ont peur.

 

Donne-moi,

de veiller ceux et celles qui vont vers toi.             

D’être tes bras pour ceux et celles qui sont mal aimées.

D’être la tendresse pour ceux et celles qui sont abandonnées.

               

                Donne-moi d’aimer de ton amour.

                Donne-moi que transparaisse à travers moi ton regard.

Michel Hubault

 


Vivre en vrai pain de vie... comme des sages

« Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c'est ma chair. »

Là-dessus, les Juifs se disputaient vivement entre eux : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » demandaient-ils. 

Jésus reprit : « Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure uni à moi et moi à lui. Tout comme le Père qui m’a envoyé est vivant et comme je vis par lui, de même, celui qui me mange vivra par moi. Voici donc le pain qui est descendu des cieux. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé vos ancêtres, qui sont morts. Mais celui qui mange ce pain vivra pour toujours. » 

Jean 6, 51-58

 

Quelle est la différence entre un repas et un banquet ? Pour prendre part à un banquet, il faut être invité. Un repas n’exige pas d’invitation spéciale. Le dimanche, Jésus nous invite à un banquet, préparé spécialement pour nous. L’audace de Jésus, revendiquant d’être lui-même Sagesse de Dieu, a suscité de vives réactions. Cet homme-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons son père, sa mère. Comment peut-il dire : Je suis descendu du ciel ? L’étonnement des gens, dans la synagogue, va friser le scandale quand Jésus affirmera dans son homélie : Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.

Toute invitation à un banquet nous fait sentir important, habituellement. Nous donne de la dignité. On n’invite pas n’importe qui. Y participer engendre une grande joie. Cela nous fait sortir de la routine et revitalise notre intérieur. Ça fait du bien de se sentir des invités. Et ce matin, nous sentons-nous privilégiés de nous voir offrir une telle table ? Oui, nous nous savons assis à une table qui revitalise, énergise notre monde intérieur.

Le grand défi de ce petit morceau de pain, c’est de le laisser transformer nos vies. La communion n’est pas une parenthèse qui ne change rien à notre communauté, à nos vies. On peut connaître parfaitement le déroulement d’une célébration, on peut encore se souvenir de notre catéchisme et citer par cœur des passages, on peut avoir une grande connaissance de Jésus, savoir d’où il vient, connaître ses parents comme les gens de Nazareth (Marc 6,1-6), mais si Jésus n’influence pas nos vies, ce geste de tendre la main ne sera qu’un geste pieux, sans plus.

Dire oui à cette formule millénaire voici le corps du Christ, c’est affirmer que Jésus est plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes. Dire oui, c’est s’engager à ne pas gaspiller la Parole, ne pas gaspiller ce pain en le gardant pour soi tout seul. Une loi est présentement devant le parlement de France et de l’Union européenne pour obliger les supermarchés à donner leurs surplus invendus aux pauvres. Plus du tiers de la nourriture est gaspillé. L’ONU demande que d’ici 2030, on se fixe l’objectif de donner aux pauvres la moitié de la nourriture présentement jetée. Notre oui à ce pain nous pousse à devenir nourriture dans tous les sens du terme, spirituelle et matérielle.

Quand nous participons à un banquet succulent, nous nous exprimons abondamment sur ce que nous avons mangé et sur les personnes rencontrées. Il devrait en être ainsi avec notre repas d’action de grâces. Si vous manquez de Sagesse, de vie intérieure, si vous manquez d’enthousiasme à partager votre foi, votre table, venez à moi, dit Jésus. Venez manger mon pain et boire le vin que j’ai préparé.

Pouvons-nous nous avouer, sans nous mentir, que ce pain change vraiment nos vies ? Pouvons-nous identifier comment ce pain nous fait grandir, nous fait vivre comme des sages et non comme des fous ? Pas facile de répondre. Pourtant ces sont nos réponses personnelles à ces questions qui nous font comprendre que Jésus est l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré.

Nous mangeons ce pain parce que nous sommes des humains en mode croissance. Non-achevés. Il faut qu’il grandisse en moi, dit Jean-Baptiste. Dire oui à ce pain, c’est reconnaître que nous sommes toujours à naître à Jésus. On entend beaucoup de discours sur l’importance de la croissance économique mais peu sur la croissance que ce pain nous offre. Nous, ici, ce jour, sommes ensemble autour de la table-banquet de Jésus. Nous sommes ce pain qui indique un bel horizon, qui offre à notre monde un banquet désirable.

Gérald Chaput, prêtre

diocèse de Valleyfield

Prière

                Donne ton pain, Seigneur

 

Donne ton pain, Seigneur à ceux et celles qui ont faim,

et donne faim de toi à ceux et celles qui ont du pain,

car toi seul, Seigneur, peut rassasier notre désir.

 

Donne ta force à ceux et celles qui sont faibles

et donne l'humilité à celles et ceux qui se croient forts,

car toi seul, Seigneur, es notre force.

 

Donne la foi à ceux et celles qui doutent,

et donne le doute à ceux et celles qui croient te posséder,

car toi seul, Seigneur, es la vérité.

 

Donne confiance à ceux et celles qui ont peur,

et donne ta crainte à celles et ceux qui ont trop confiance en eux,

car toi seul, Seigneur, soutiens notre espérance.

 

Donne la lumière à ceux et celles qui te cherchent,

et garde dans ton amour ceux et celles qui t’ont trouvé,

pour te chercher encore,
car toi seul, Seigneur, peut combler notre amour.

 

Liturgie de l’Église Protestante Unie de France

L'enterrement

Il y avait un homme malade, Lazare. Il était de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. Marie était celle qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et qui les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. Les deux sœurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » 

Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort; elle servira la gloire de Dieu afin que la gloire du Fils de Dieu soit manifestée par elle. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » 

(…) Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » 

En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » 

Thomas, celui qu’on appelle « le jumeau », dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

(…) Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort! Mais je sais que, maintenant encore, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 

Jésus déclara : « Ton frère ressuscitera. » Marthe répondit : « Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. »

Jésus ajouta : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, déclara-t-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Après avoir dit cela, Marthe s’en alla appeler sa sœur Marie et lui dit en privé : « Le maître est là et il te demande. » 

(…) Marie arriva là où se trouvait Jésus; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. Il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. 

Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. C’était une grotte, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre.  « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la sœur du mort, répliqua : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 

On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Moi je sais que tu m’écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » 

Après ces mots, il cria d’une voix très forte : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Jean 11,1-45,

 

Qu’il est étrange, ce récit ! On pourrait le raconter comme un conte de fées : « Il y avait une fois un homme qui était malade, et il avait deux sœurs. » D’ailleurs, il se termine bien, d’une façon qui met des étoiles dans les yeux : Lazare sort du tombeau, encore tout encombré de son linceul – aujourd’hui, il sortirait de sa tombe, en secouant la terre de ses cheveux. Et pourtant, entre ce début et cette fin heureuse, il y a ce que nous avons tous et toutes connu à la mort de quelqu’un qu’on aime. La famille se réunit, les amis viennent soutenir. On ne sait pas quoi dire : on pleure ensemble, et c’est déjà ça. Même nommer ce qui se passe, c’est difficile. Il est si dur, si définitif, le mot « mort ». Alors on dit qu’il est parti, qu’il n’est plus, ou, comme Jésus le dit ici : « Lazare, notre ami, s’est endormi. » Pourtant la réalité est là, et c’est vers elle que le récit se dirige, avec un regard de plus en plus direct, cru : Jésus « leur dit ouvertement : "Lazare est mort" ». Puis, avec lui, nous nous approchons de la tombe, où il y a la réalité biologique, la pire : « Seigneur, il sent déjà ». Dans l’église, autour du cercueil, on a entendu le prêtre parler du « seuil de la maison du Père » et de la résurrection au dernier jour. Mais, surtout pour une mort prématurée, une mort d’accident, une mort de maladie, cela ne suffit pas à nous consoler. Ce qu’on voudrait, du fond du cœur, c’est que rien ne soit arrivé, que notre frère sorte du cercueil, là, maintenant, qu’on puisse le serrer dans nos bras et que tout soit comme avant.

Dans ce récit de l’évangile de Jean, Jésus fait le chemin bouleversant de nous rejoindre jusque dans cette tristesse inconsolable et jusque dans ce rêve impossible. Au début du récit, il est si confiant en Dieu qu’il nous paraît presque sévère. Mais, quand Marie vient près de lui, entouré de tous ses amis en deuil, c’est comme si leur tristesse débordait en lui : « Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». « Alors », avec eux « Jésus se mit à pleurer. » Et, au milieu de ses larmes, il ressent ce désir secret qui est le nôtre, et il le réalise : alors que Jésus lui-même avait annoncé une résurrection au dernier jour, au chapitre 6 du même Évangile selon Jean, soudain, Lazare sort du tombeau, dès maintenant; de nouveau, il est là. 

Nous n’avons jamais vu quelqu’un sortir de son cercueil : dans notre monde, les journées continuent à faire douze heures, la nuit reste la nuit et le deuil une douleur. Où est Jésus à nos enterrements ? Eh bien, il pleure avec nous; il est avec notre amour blessé, avec notre amour qui tremble d’un désir impossible. La voilà, l’étrange « gloire de Dieu » par laquelle « le Fils de Dieu est glorifié ».

Antoine Paris

étudiant (Université de Montréal/Université Paris-Sorbonne)

 

Prière

                Tu veilleras

Quand je dormirai du sommeil qu’on appelle la mort,
c’est dans ton sein que je reposerai.
Tes bras me tiendront comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.

 

Et tu veilleras.
Sur ceux que j'aime et que j’aurai laissés,
sur ceux qui me chercheraient en ne me trouveront plus,
sur les champs que j’aurai labourés,
tu veilleras.

 

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés,
tu mettras ta paix sur les jours évanouis, passés dans l’angoisse.
Tu purifieras ce qui est impur.
Et de ce que j'aurais été, moi,
pauvre apparence,
ignorée de moi-même et réelle en toi seul,
tu feras ce que tu voudras.

 

Ta volonté est mon espérance,
mon lendemain, mon au-delà,
mon repos et ma sécurité,
car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers.
Les soleils n’en sont qu’un pâle reflet,
et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image.

En toi, je me confie.
À toi, je remets tout.

Charles Wagner

 

EPUdF

Le baptême : tout un plongeon !

L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées;

les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;

et tous verront le salut de Dieu.

Jean disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ; et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 

Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. 

Les foules demandaient à Jean : « Que nous faut-il donc faire ? » Il leur répondait : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Des collecteurs d’impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. »

Des militaires lui demandaient : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. 

Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : « Moi, c’est d’eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle

Mais Hérode le tétrarque, qu’il blâmait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu’il avait commis, ajouta encore ceci à tout le reste : il enferma Jean en prison

Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait ; alors le ciel s’ouvrit; l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré

Luc 3,1-22

 

Luc commence d’abord par nous dire dans quel contexte politique Jean baptise dans le Jourdain autour de l’an 28. C’est la quinzième année de la dictature de Tibère César à Rome; l’occupation de la Palestine dure depuis 91 ans et semble vouloir durer éternellement; Ponce Pilate gouverne la colonie dans le sang (Luc 13,1), le tyran Hérode, allié de Rome, règne en Galilée (Luc 13,31). La population est opprimée par les lourds impôts et la violence des militaires. Les paysans ont vu leurs terres expropriées par les grands propriétaires terriens. Les chefs religieux fourbes et ambitieux, nommés par l’occupant, Caïphe et Hanne, ainsi que leur parti des Saducéens, élèvent le bétail destiné au temple et laissent les paysans sans terres et des conditions de grande précarité. On a fait du sanctuaire juif une caverne de bandits. Il faut que ça change !

On ne peut relire ce récit sans nous situer aujourd’hui dans le contexte politique international. L’empire étasunien qui mène le monde avec ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, font la guerre en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie; des situations abondamment analysées et condamnées au récent FSM. La Chine devient la manufacture de toute la planète et conquiert de plus en plus de marchés dans les plates-bandes de ses rivaux européens et américains; l’Afrique voit ses richesses immenses convoitées et se trouve secouée par la violence. Les multinationales, comme des rapaces, sèment l’injustice, l’inégalité et la corruption pour accaparer les ressources partout. La mondialisation capitaliste triomphe et impose la religion du marché. La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient par millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change !

Jean est fils de Zacharie, prêtre du temple à Jérusalem et par sa mère descendant d’Aaron; il est donc lui-même de la tribu sacerdotale et devrait exercer son office au sanctuaire. Mais Jean a fui Jérusalem et est retourné prêcher au Jourdain, là où jadis, le peuple avait pénétré dans la Terre Promise, cette terre où coulaient le lait et le miel. Pour Jean, il faut recommencer à neuf; il invite tout le peuple à retraverser le Jourdain. Il faut rebâtir une société nouvelle sur la justice. « Changez de mentalité, virez-vous de bord, sinon vous allez tous périr. Il est temps d’un revirement de situation. Redressez les chemins, aplanissez les obstacles, détruisez vos frontières et vos murs de séparation, laissez passer mes peuples. La terre est pour tous et toutes. Bande de croches, de serpents, de sournois, vous dites : "Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans…" Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. La hache est prête à abattre le grand arbre de votre civilisation. » C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif.

Que faut-il faire ? Que faut-il faire ? Jean nous dirait aujourd’hui : Partagez vos biens, cessez d’accumuler, sortez de vos centres d’achat, arrêtez votre course à la consommation, cessez de détruire la terre, l’air et l’eau, changez vos comportements suicidaires. Aux fonctionnaires, le prophète rappelle : Exigez des impôts de façon juste et mettez fin à la collusion et la corruption. Cessez de voler le bien commun. À ceux qui font la guerre, il dit : Ne tuez pas, défendez la paix. Cessez le commerce des armes, cessez de vous enrichir en produisant des engins pour tuer.

Le mot baptême nous rappelle inévitablement le rituel chrétien. Mais dans la bouche de Jean, il signifie plus exactement « plongeon ». Il veut relancer le peuple opprimé qui attend le messie de Dieu pour changer la situation. Mais Jean aura bientôt la tête coupée par Hérode, comme c’est encore la mode en Arabie saoudite et chez autres fanatiques. Alors Jésus vient se plonger devant tout le monde et avec tout le peuple dans le Jourdain. C’est ça l’incarnation; s’identifier avec les opprimés. Jésus – il porte le même nom que son ancêtre Josué – mènera le peuple vers les eaux du repos. Il faudra le suivre, mais il nous plongera dans le feu et le Souffle sacré. Demandez aux pompiers ce que font le feu et le vent quand ils se combinent. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse pour moi jusqu'à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère. » (Luc 12,49-53)

Être disciple de Jésus, c’est être plongé dans le feu de l’action sociale, de l’engagement pour la justice, pour changer de bout en bout ce monde dominé par Mammon. C’est d’être plongé dans le Souffle créateur divin, Souffle qui plane sur le chaos de notre monde. Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclues de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin; pas pour faire se faire baptiser et aller à l’église le dimanche.

Claude Lacaille, bibliste

 

Prières

                Sur les paumes de tes mains

 

Ton baptême, Seigneur,

est sceau d’alliance :

qu’il nous rende libres !

 

Ton baptême, Seigneur,

est don du souffle :

qu’il nous fasse naître !

 

Ton baptême, Seigneur,

est flamme de feu :

qu’il nous brûle d’amour !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vêtement d’eau :

qu’il nous purifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est nouvelle naissance :

qu’il ouvre nos cœurs !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vie d’un peuple :

qu’il nous unifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est source de pardon :

qu’il nous ressuscite !

 

Sur les paumes de tes mains,

nos vies sont gravées,

et ton nom

contient tous nos noms.

 

Pasteur Marc Faessler


Épiphanie : Comment voir le visage de Dieu ?

Moïse dit au Seigneur : « Vois ! Tu me dis toi-même : “Fais monter ce peuple”, mais tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi. Pourtant, c’est toi qui avais dit : “Je te connais par ton nom”, et aussi : “Tu as trouvé grâce à mes yeux”. Et maintenant, si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai; ainsi, de fait, j’aurai trouvé grâce à tes yeux. Et puis, considère que cette nation, c’est ton peuple ! » 

Il dit : « Irai-je en personne t’accorder le repos ? » 

Il lui dit : « Si tu ne viens pas en personne, ne nous fais pas monter d’ici. Et à quoi donc reconnaîtra-t-on que, moi et ton peuple, nous avons trouvé grâce à tes yeux ? N’est-ce pas quand tu marcheras avec nous, et que nous serons différents, moi et ton peuple, de tout peuple qui est sur la surface de la terre ? » 

Le Seigneur dit à Moïse : « Ce que tu viens de dire, je le ferai aussi, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. »

Il dit : « Fais-moi donc voir ta gloire ! » 

Il dit : « Je ferai passer sur toi tous mes bienfaits et je proclamerai devant toi le nom de “Seigneur”; j’accorde ma bienveillance à qui je l’accorde, je fais miséricorde à qui je fais miséricorde. » 

Il dit : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre. » 

Le Seigneur dit : « Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors, quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t’abriterai tant que je passerai. Puis j’écarterai ma main, et tu me verras de dos; mais ma face, on ne peut la voir. 

Exode 33,12-23

 

Si l’on avait à échanger avec un étranger dans l’autobus ou dans une salle d’attente, on parlerait peut-être de nos enfants ou de nos proches. On sortirait de notre portefeuille – ou peut-être d’avantage de nos jours, de notre téléphone cellulaire – de précieuses photos affichant des visages qui nous sont familiers mais qui sont nouveaux pour l’autre personne. Souvent ces photos passées de mains en mains sont usées d’avoir été maintes fois touchées. 

L’histoire tirée du chapitre 33 de l’Exode se situe vers la fin de la vie de Moïse. On a l’impression que la conversation est empreinte de familiarité. C’est une relation intime que vivent Moïse et Dieu, assez intime pour que Moïse ose demander : « Montre-moi ton visage. » La loi était pourtant claire à ce sujet, personne ne pouvait voir Dieu et vivre ! Mais Moïse qui a capté l’attention de Dieu pousse la familiarité encore plus loin pour tenter de vivre une expérience que personne d’autre n’a jamais vécue. (En fait, la demande de Moïse est plutôt : Fais-moi de contempler ta gloire ! Ce qui revient à demander de « voir » l’identité même de Dieu.)

Dans ce texte, Dieu s’entretient avec Moïse sur un ton familier. C’est que Moïse est habitué à la rencontre de Dieu : dans le désert, devant le buisson ardent, dans l’appel à aller vers Pharaon, devant la Mer Rouge et sur le Mont Sinaï. Ces récits parlent de moments de « face à face » ! Mais jamais Moïse n’a demandé quoi que ce soit avec autant d’audace : « Puisque j’ai ta faveur, fais-moi connaître tes intentions… Permet-moi de voir ta gloire (ou ta face/ton visage) ».

Réponse à cette déjà assez étonnante : « Le Seigneur dit alors : Je vais passer devant toi en te montrant toute ma bonté en proclamant mon nom "Le Seigneur"… Cependant, tu ne pourras pas me contempler de face, car aucun être humain ne peut me voir de face et rester en vie ». La requête de Moise est en partie exaucée. Il va vivre ce que peu auront le privilège de vivre et expérimenter une profonde intimité spirituelle avec Dieu. Certains textes suggèrent que Dieu se montre de dos, comme si Dieu avait un corps. Au fil des siècles, ce dilemme a persisté pour les fidèles : comment adorer et vivre une relation d’intimité avec Dieu sans pouvoir contempler sa face ? Comment attester la réalité de Dieu sans preuve concrète de son existence ? Et bien, au-delà de ce récit qui parle de la « face » de Dieu ou d’une rencontre « face à face » sortant de l’ordinaire, toute personne croyante doit accepter que, par la foi, la réalité de Dieu n’a pas besoin de preuve corporelle pour être vraie. Dieu est Esprit et nous devons l’adorer en esprit et en vérité.

 

L’image de Dieu

Dans l’un des deux récits de la Création, on peut lire : « Faisons l’être humain à notre image ». Le souffle de Dieu est porteur de vie. L’image de Dieu se trouve en chaque être humain. Les chrétiens grecs avaient une expression qui traduit cela : « Le visage de Dieu se voit dans chaque enfant nouveau-né ». À la naissance de mes enfants, j’ai compris leur premier cri non seulement comme un cri de vie mais également comme un cri de louange. Si j’avais nié l’existence de Dieu jusque-là, cette expérience si émouvante et si profonde m’aurait certainement converti à la Vie. Dieu était bel et bien présent dans cette salle de naissance, avec sa petite tête rousse si vulnérable. En nous, se trouve l’image du Créateur. Le psaume 124 lance un cri de foi : « Les cieux déclarent la gloire (le visage) de Dieu! » Sans pouvoir prouver l’existence de Dieu, mon esprit ne se lasse pas de contempler sa présence quand je suis devant la Création ou devant un(e) enfant si merveilleusement vivant(e).

Je n’ai pas de photo à montrer pour partager ma foi en Dieu. Je n’ai pas de preuve à offrir, de visage à présenter… de quelque forme que ce soit. Et pourtant je sens une présence, je fais l’expérience du Divin quand je contemple les merveilles de la Création qui prend aussi la forme d’un bébé vulnérable. Je ne suis pas surpris que le visage de Dieu que je contemple dans la prière est celui qui se manifeste à Noël et à l’Épiphanie : celui d’un Enfant né dans la réalité de l’existence humaine que l’on vient adorer. Et je pense aux paroles de l’évangile de Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire que le Fils de Dieu unique reçoit du Père. » (1,14) Paroles qui sont en harmonie presque parfaite avec celles des mages parlant du « roi des Juifs qui vient de naître » : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » (Matthieu 2,2) La gloire, le visage, la face de Dieu parmi nous en Jésus, l’enfant de la crèche et de la solidarité humaine au-delà de toutes frontières.

Quand je prie Dieu, quand j’adore Dieu, je n’ai pas de visage à contempler à part de celui de Jésus, Parole faite chair. La face de Dieu est bien celle de cet Humain qui a vécu comme nous toutes les fragilités, les défis et les joies des humains sur la terre. Même Jésus affirme que celui qui le voit a vu Dieu le Père. Voir l’un c’est voir l’autre.

Comme chrétien j’affirme une foi qui ne dépend pas de quelconques preuves. Quand je suis en communion avec la Vie, peu importe où elle se trouve, je suis en présence de la Vie, du Créateur. Si je lutte pour les plus vulnérables dans ce monde, c’est parce que je vois en eux le visage de Dieu. Je vois la Vie de Dieu dans leur regard. Pas seulement celle de nos enfants, mais de tous les enfants, pas seulement celle de nos personnes fragiles mais de toute personne vulnérable où qu’elle soit. L’image de Dieu est là, le visage du Christ est là, et mes prières et actions pour le règne de Dieu sont là !

David Lefneski, pasteur

Tiré de La vie chrétienne

Prière

                Te chercher et te trouver

 

Les fêtes sont achevées, Seigneur,

et notre vie, à nouveau, s’ouvre sur le temps ordinaire.

Mais en nous, pareil à une couronne d’étoiles accrochée aux voûtes de la nuit,

brille le mystère de ta naissance qu’une fois encore nous avons contemplé.

 

Aussi, venant de Noël et de l’Épiphanie,

partons-nous, remplis de confiance, sur les routes ordinaires

car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière

d’où nous descendons transfigurés

afin de traverser avec courage

les terres banales où se joue notre existence

et où s’épanouit notre baptême;

remplis de foi et d’espérance nous partons sur les routes ordinaires.

 

Allant de paix en joie,

de vérité en justice et en humilité,

nous avancerons de signe en signe le long des jalons

qui conduisent à ta présence.

 

Avant de partir, Seigneur sur les routes ordinaires,

voici notre prière unique :

fais-nous la grâce d’être à notre tour,

à notre place ordinaire de chaque jour,

des signes discrets et clairs de ta fidèle proximité,

afin que nos frères et sœurs de la terre puissent

te chercher et te trouver

toi Dieu qui as choisi la terre pour demeure d’éternité.

Charles Singer