Capsules bibliques au cours des saisons

Ces capsules bibliques vont suivre le rythme des saisons de l'Église : Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Pâques, Pentecôte... Elles sont offertes à votre réflexion en votre chemin de foi.

Elles vous sont offertes par plusieurs auteurs, pasteurs, prêtres, théologiennes, écrivains... 

Elles se présentent en trois parties : un texte biblique, un commentaire et une prière de circonstances; à l'origine utilisées pour l'émission radiophonique Les Chemins protestants, elles ont compilées et retranscrites par David Fines.


Maternité et sainteté

Il y avait un homme de Ramataïm-Çofim, de la montagne d’Éphraïm. Il s’appelait Elqana, fils de Yeroham, fils d’Élihou, fils de Tohou, fils de Çouf, un Éphratéen. Il avait deux femmes : l’une s’appelait Anne et la seconde Peninna. Peninna avait des enfants, Anne n’en avait pas. Tous les ans, cet homme montait de sa ville pour se prosterner devant le Seigneur de l’univers et pour lui sacrifier à Silo. Il y avait là, comme prêtres du Seigneur, les deux fils d’Eli, Hofni et Pinhas.

Vint le jour où Elqana offrait le sacrifice. Il avait coutume d’en donner des parts à sa femme Peninna et à tous les fils et filles de Peninna. Mais à Anne, il donnait une part d’honneur, car c’est Anne qu’il aimait, bien que le Seigneur l’eût rendue stérile. De surcroît, sa rivale ne cessait de lui faire des affronts pour l’humilier, parce que le SEIGNEUR l’avait rendue stérile. Ainsi agissait Elqana tous les ans, chaque fois qu’elle montait à la Maison du Seigneur; ainsi Peninna lui faisait-elle affront. Anne se mit à pleurer et refusa de manger. Son mari Elqana lui dit : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi as-tu le cœur triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne se leva après qu’on eut mangé et bu à Silo. Le prêtre Eli était assis sur son siège à l’entrée du temple du Seigneur. Pleine d’amertume, elle adressa une prière au Seigneur en pleurant à chaudes larmes. Elle fit le vœu que voici : « Seigneur de l’univers, si tu daignes regarder la misère de ta servante, te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante et donner à ta servante un garçon, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »

Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n’entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre.  Éli lui dit : « Seras-tu longtemps ivre ? Va cuver ton vin ! » Anne lui répondit : « Je ne suis pas, mon seigneur, une femme entêtée, mais je n’ai bu ni vin ni rien d’enivrant. Je m’épanchais seulement devant le Seigneur. Ne traite pas ta servante comme une fille de rien, car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. » Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé ! » Elle dit : « Que ta servante trouve grâce à tes yeux ! » La femme s’en alla, elle mangea et n’eut plus le même visage. Ils se levèrent de bon matin et se prosternèrent devant le Seigneur; puis ils rentrèrent chez eux à Rama. Elqana connut sa femme Anne, et le Seigneur se souvint d’elle.

Or donc, aux jours révolus, Anne, qui était enceinte, enfanta un fils. Elle l’appela Samuel « car, dit-elle, c’est au Seigneur que je l’ai demandé »

I Samuel 1,1-20

 

Dans bien des églises, on souligne la fête des mères, et on a bien raison de le faire. Il est si important de dire merci à nos mères et aux mères de nos communautés, de leur dire qu’on les aime et combien on les aime. Bien sûr, c’est tous les jours de l’année qu’il faut dire à sa maman qu’on l’aime et qu’il faut lui dire merci; 365 fois par année. Mais à la Fête de mères on le fait de façon toute spéciale. Nous retrouvons plusieurs personnages de mères dans mères dans la Bible, et on en connaît plusieurs.

Sarah, qui ne parvient pas à avoir d’enfant et qui demandera à sa servante Hagar (une autre mère elle aussi) de donner un fils à Abraham… et qui finira par enfanter à son tour dans son vieil âge alors qu’elle avait perdu tout espoir.

Rebecca, la femme d’Isaac, mère des deux jumeaux, Jacob et Ésaü.

Les deux sœurs Rachel et Léa qui vont donner plusieurs enfants, des fils et de filles à Jacob.

Ruth, l’immigrée, qui deviendra l’arrière-grand-mère du roi David.

Et bien sûr Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste et Marie, qui a humblement porté en son sein celui qui deviendra le Sauveur du monde.

On retrouve dans la Bible aussi plusieurs mères qui n’ont pas de nom et qui pourtant détiennent des rôles importants dans l’histoire du salut : la mère de Moïse qui a su protéger son petit garçon, la mère de Samson à qui un ange est apparu, les deux femmes qui se disputaient le même enfant devant le roi Salomon; la femme syro-phénicienne qui vient supplier Jésus de guérir sa fille qui est malade…

Cette histoire d’Anne nous est bien connue. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle plusieurs points communs avec l’histoire de Marie : il s’agit de deux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant (la première parce qu’elle se croit stérile et la deuxième parce qu’elle n’a pas encore connu d’homme), deux femmes qui ont deux enfants après une intervention miraculeuse, ce sont deux histoires qui ont un épisode dans le Temple, et les enfants auront tous deux un destin exceptionnel.

On voit ici que le désir d’avoir des enfants a toujours été présent chez les femmes, dans tous les peuples. Et il semble que tous les moyens sont bons pour accomplir ce profond désir : la prière, le jeûne, les interventions divines. Ne pas avoir d’enfants a été pour les femmes une véritable souffrance… et ce l’est toujours pour beaucoup de femmes et de couples d’aujourd’hui. Beaucoup de femmes d’aujourd’hui pourraient certainement s’identifier à Anne dans son désir ardent d’avoir des enfants, dans ce besoin d’enfanter, plus fort que tout. Et tous les moyens qu’offre la médecine moderne semblent bons pour y arriver.

Sans doute pouvons-nous retenir deux choses de ce récit :

1-une naissance est toujours un sujet de réjouissances; pensons à toutes ces femmes qui ont fait la fête de se savoir enceinte : Sarah qui en a ri, Rebecca, Rachel, Ruth et sa belle-mère Noémie, Élisabeth, Marie. Et les pères se réjouissent avec elles, n’est-ce pas ?

2-La Bible contient plusieurs images qui décrivent Dieu comme une mère : les psaumes, dans les prophètes jusqu’à Jésus qui se compare à une poule protégeant sa couvée. Les auteurs bibliques avaient compris qu’il n’a avait rien de plus beau, de plus fort, de plus précieux que l’amour d’une maman pour ces enfants, que rien sur terre ne se rapproche plus de l’amour de Dieu.

David Fines

 

Prières pour les mères

Nous prions :

                -pour nos propres mères que nous ont donné la vie et que nous te présentons avec reconnaissance pour tous les dons qu’elles nous ont faits

-pour les mères dans les points chauds du monde et pour que leurs prières et leurs protestations soient efficaces contre les conflits et la guerre

                -pour les jeunes mères qui se sentent souvent surchargées dans leur nouveau rôle et pour qu'elles trouvent le soutien dont elles ont besoin 

                -pour toutes les mères que personne ne remercie jamais et qui néanmoins transmettent la joie de vivre 

                -pour nos mères défuntes pour qu'elles trouvent la plénitude de la vie chez Dieu.

                -pour les mères qui élèvent seules leurs enfants pour qu'elles reçoivent aide et appui autour d’elles

                -pour les mères qui ont perdu un enfant pour qu'elles puissent trouver à leur côté des personnes affectueuses qui portent avec elles leur affliction

                -pour les belles-mères pour qu’elles aient des relations bonnes et amicales avec leurs belles-filles fondées sur un profond respect mutuel

 

                -pour les mères dans qui retournent sur le marché du travail pour que leur nouvelle situation de vie soit vue comme une occasion d’enrichissement.


Est-ce que mon Dieu est notre Dieu ?

Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau. 

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas. Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit. C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut. En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux.

Jean 20,1-10

 

L’importance de Pâques c’est de réfléchir sur la nécessité de rencontrer aujourd’hui le Dieu de Jésus le ressuscité. Il n’y pas de preuves de l’inexistence de Dieu. On ne peut pas non plus démontrer l’existence de Dieu. Même si on peut apporter plusieurs arguments d’un côté ou d’un autre, la certitude n’existe pas. Tout le monde croit : on croit que oui ou on croit que non.

Nous savons que tous les êtres humains ont une expérience de vie. Et cette expérience vitale leur procure des arguments qui deviendront des certitudes pour croire ou pour ne pas croire en Dieu.

La foi est un don, mais aussi une expérience de Dieu qui donne la certitude de son existence. Mais nous ne devons pas oublier que les premiers chrétiens étaient considérés comme des athées.

Parce que, en fait, une personne qui dirait croire en Dieu et une autre qui dirait ne pas croire en Dieu, peuvent, tous les deux, être athées d’un même Dieu.

« Monsieur Einstein, croyez-vous en Dieu ?

-Dites-moi quel Dieu et je vous dirai si j’y crois. » (1)

Un humaniste qui lutte pour un autre monde possible pourra se dire athée. Et cette situation peut souvent se reproduire car lui, et d’autres, auront connu des groupes, personnes croyantes ou Églises ayant présenté un Dieu qui n’est pas Dieu.

L’athéisme peut être une dénonciation de diverses représentations des dieux, des croyances ou des institutions religieuses, qui sont aliénantes et qui produisent des structures d’injustice, de misère, d’exploitation, d’exclusion ou d’oppression.

Engels, ami de Marx, a étudié les guerres des paysans et il admirait Müntzer et les réformateurs radicaux. Il est co-auteur de la phrase « la religion est le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’une époque sans esprit, elle est l’opium du peuple ». Il parle de son expérience, de la religion de son époque.

Nietzsche a annoncé la mort de Dieu, mais de quel Dieu parlait-il ? Le théologien Bonhoeffer a annoncé la naissance d’un christianisme sans religion. Le théologien européen Moltmann disait que Dieu est mort religieusement, mais qu’il existe.

Aujourd’hui nous rencontrons une indifférence généralisée. Le néolibéralisme capitaliste a fait naître cette indifférence. L’être humain arrête d’être humaniste et devient consommateur compulsif. La question est alors : est-ce que Dieu est rentable ?

La science peut aussi devenir un dieu. Mais, parmi les scientifiques, il y a différentes positions sur l’existence de Dieu : nier Dieu ou affirmer que Dieu est nécessaire.

Selon Albert Einstein : « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d’un hasard aveugle est aussi peu crédible que si, après l’explosion d’une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire. » (2)

Mais comme l’être humain a besoin de Dieu pour donner un sens à sa vie, même en l’absence de Dieu, il se fabrique des dieux. Comme les humains ont besoin de Dieu, ils cherchent à mettre leur confiance dans les dieux. Ainsi, ils se fabriquent leurs propres théologies et leurs propres dieux. Des théologiens de la libération ont écrit sur ce sujet un livre intitulé La lutte des Dieux. Le problème n’est pas entre ceux qui disent croire en Dieu et ceux qui disent être athées; le conflit se situe entre les dieux. La question est : « Avec quel Dieu me suis-je engagé ? »

Dieu qui a créé et continue à créer, (selon le Credo de l’Église unie) va agir encore, mais de façon différente car, comme disait Calvin, Dieu, toujours présent dans l’histoire humaine, s’accommode, c’est-à-dire s’adapte, s’incarne, dans les diverses situations de l’histoire et les expériences humaines, exactement comme un éducateur, un excellent pédagogue, pour nous libérer et nous faire avancer en découvrant la vérité.

Il arrivera certainement qu’un jour, le jour d’une nouvelle Pâque, que le projet de Jésus, le Règne de Dieu sans exclusion, adviendra pour tous et toutes; alors il n’y aura plus d’exclusion mutuelle entre la foi et la science !

 

(1) Jacques Languirand et Jean Proulx, À la recherche du Dieu d’Einstein; Édit. Le Jour, Québec 2008; page 121.

(2) ibidem, page 137.

Gonzalo Cruz

pasteur retraité

 

Prière

L’art des petits pas

 

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.

Je ne demande pas de miracles ni de visions,

mais je demande la force pour le quotidien !

 

Rends-moi attentif et inventif pour saisir au bon moment

les connaissances et expériences

qui me touchent particulièrement.

Affermis mes choix dans la répartition de mon temps.

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire.

 

Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure,

que je ne me laisse pas emporter par la vie,

mais que j’organise avec sagesse le déroulement de la journée.

Aide-moi à faire face aussi bien que possible à l’immédiat

et à reconnaître l’heure présente comme la plus importante.

 

Donne-moi de reconnaître avec lucidité

que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs,

qui sont occasions de croître et de mûrir.

Fais de moi un homme capable de rejoindre

ceux et celles qui gisent au fond.

 

Donne-moi non pas ce que je souhaite,

mais ce dont j’ai besoin.

Apprends-moi l’art des petits pas !

Ainsi soit-il. 

Antoine de Saint-Exupéry 

 

(1900-1944)

La tristesse changée en joie

Jésus se rendit compte que ses disciples désiraient l’interroger. Il leur dit donc : « Je vous ai déclaré : D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » Est-ce à ce sujet que vous vous posez des questions entre vous ? Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. De même, vous êtes dans la peine, vous aussi, maintenant; mais je vous reverrai, alors votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne peut vous l’enlever ».

Jean 16,19-22

 

Pour les amis de Jésus, le temps passé avec lui était une fête. Jésus lui-même le voulait ainsi, il leur avait dit dès le début : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! » Dans les villes et villages de Galilée, avec Jésus, c’était une fête de lieu en lieu.

Dès le début aussi, Jésus avait dit des paroles énigmatiques que personne ne pouvait encore comprendre : « Le temps viendra où le marié sera enlevé ». La fête sera finie. La veille de sa mort, Jésus le dit ouvertement : « D’ici peu vous ne me verrez plus ». Jésus sait qu’il va mourir. Et il sait combien ce sera dur pour ses amis. « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez ».

Mais il y a un au-delà de cette tristesse. « D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » En mourant, Jésus s’en est allé. Mais il est revenu de la mort, et ses amis l’ont vu. La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas détruite par la souffrance et la mort, par l’absence de l’Aimé, l’absence de Dieu. Jésus l’a dit : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ».

La joie chrétienne n’est pas le contraire de la tristesse. La joie pascale habite nos peines et nos tristesses, et elle les transforme comme de l’intérieur. « Votre peine se changera en joie. » La peine et la tristesse ne cèdent pas à la joie, mais elles sont changées en joie. Même pas toujours changées en joie, mais visitées et éclairées d’une joie.

La tristesse et la joie peuvent être là en même temps, comme, un matin d’automne, le brouillard et la lumière se mêlent sur la colline de Taizé.

Paul nous dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent ». Comment faire quand nous sommes en même temps avec ceux qui sont dans la joie et avec ceux qui pleurent ? Nous ne pouvons mettre en pratique cette parole qu’en chantant et pleurant en même temps. Il existe ce qu’on a appelé une tristesse joyeuse. Il y a une manière triomphante de se réjouir qui ne peut que rendre plus tristes encore ceux qui pleurent. La joie pascale est assez ample pour contenir tristesse et peine. Elle pleure et se réjouit en même temps. Elle fait revenir le sourire sur les visages des malheureux.

Dans la Règle de Taizé, frère Roger a écrit voici bien longtemps : « Ne crains pas de communier aux épreuves d’autrui, n’aie pas peur de la souffrance, car c’est bien souvent au fond de l’abîme qu’est donné la perfection de joie dans la communion du Christ Jésus. »

Communauté de Taizé

 

Prière d’intercession

Jésus Christ, tu viens nous transfigurer pour nous renouveler à l’image de Dieu : illumine nos ténèbres.

Jésus-Christ, lumière du cœur, tu connais notre soif : conduis-nous vers la source de ton Évangile.

Jésus-Christ, lumière du monde, tu éclaires chaque être humain : donne-nous de discerner ta présence en chacun.

Jésus-Christ, ami des pauvres : ouvre en nous les portes de la simplicité pour t’accueillir.

Jésus-Christ, doux et humble de cœur : renouvelle en nous l’esprit d’enfance.

Jésus-Christ, tu donnes à l’Église de préparer ton chemin dans le monde : ouvre pour tous les portes de ton Royaume.

Jésus notre joie, quand nous comprenons que tu nous aimes, quelque chose de notre vie est apaisé et même transformé. Nous te demandons : qu’attends-tu de moi ? Et, par l’Esprit Saint, tu réponds : que rien ne te trouble, je prie en toi, ose le don de ta vie.

 

Jésus le Christ, sans t’avoir vu nous t’aimons. Sans te voir encore, nous te donnons notre confiance. Bénis-nous, nous qui nous reposons en ta paix.


Guérison, irritation

Un lépreux s’approche de lui; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 

Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.

(Marc 1,40-45)

               

Cette guérison spectaculaire d’un lépreux, qui a dû survenir très tôt dans le ministère de Jésus, sera reprise tant par Matthieu que par Luc. Dans les trois récits, la séquence est toujours la même : le lépreux s’approche de Jésus, le supplie à genoux de le guérir, Jésus le touche et le guérit en lui recommandant bien de ne rien dire à personne mais d’aller offrir le sacrifice requis pour authentifier sa guérison et pour sa réintégration dans la communauté religieuse, recommandation que le miraculé ne tiendra pas. Notons que Marc le place après « La journée à Capharnaüm », une journée bien remplie qui a commencé avec la guérison d’un homme à l’esprit impur dans la synagogue, et qui s’est poursuivie avec la guérison de la belle-mère de Pierre, ensuite par d’autres guérisons « après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et démoniaques ». Au petit jour, le lendemain, alors qu’il fait encore nuit, Jésus s’éloigne dans un lieu désert, pour prier. Les disciples, à force de le chercher, finissent par le trouver. C’est alors que ce lépreux s’approche de lui. Marc veut nous montrer, par le récit de cette « journée » et de son lendemain, l’étendue des actions incessantes de Jésus en Galilée, une région défavorisée.

                La guérison de la lèpre pouvait être considérée comme un acte comparable à la résurrection des morts et attribuée à Dieu seul. Signe de l’approche du Règne de Dieu, elle accompagne la résurrection des morts et est comptée parmi les bienfaits des temps du Messie. De ce fait, la consigne du silence avec laquelle se termine le récit (et qui ne sera aucunement respectée) se justifie parfaitement.

La différence majeure entre Marc et les deux autres évangiles tient en ce mot décrivant l’attitude de Jésus : « S’irritant contre lui… » (v.43) Ni Matthieu ni Luc n’ont pu se résoudre à reprendre la crudité prégnante, le réalisme dérangeant de Marc. Les deux suppriment le mot sans vergogne en mettant, pour le premier : « Et Jésus lui dit… » et pour le second : « Alors il lui ordonna de n’en parler à personne. »

Pourtant « irrité » est certainement plus proche de l’événement original. D’autant plus que le verset entier se lit ainsi : « S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. »

Ce n’est certes pas la dernière fois que Jésus s’enflammera contre quelqu’un. La colère de Jésus peut s’expliquer de diverses façons. En s’approchant de lui, le lépreux a enfreint la loi. Impurs et cause d’impuretés, les lépreux se trouvaient sous le coup d’un châtiment divin et mis en ban de la société; ils se devaient de rester à distance des gens normaux et crier « Impur ! Impur ! » à haute voix à l’approche de toute habitation; cependant, Jésus aussi enfreint la loi en touchant l’impur.

Autre possibilité, l’intervention abrupte du lépreux contrarie la volonté de Jésus de prêcher en évitant les attroupements (voir au verset 38 précédent où Jésus s’éloigne dans les bourgs voisins pour fuir les foules « qui le cherchent »).

Soit encore cet impromptu contrarie son désir de ne pas être déclaré (immédiatement) comme Messie et Fils de Dieu.

Les exemples de consigne de garder le silence au sujet des miracles (ou encore sur l’identité de Jésus) sont particulièrement fréquents dans l’évangile de Marc. Mais ce qui frappe c’est que cette consigne est rarement respectée; est-ce cela qui soulève l’ire de Jésus. Pouvait-il croire, espérer, que le rayonnement et les témoignages de la puissance du Messie pouvaient être freinés ?

David Fines

 

Prière

L’important c’est d’aimer

 

Donne-moi,

de consoler ceux et celles qui sont dans la peine.

De sécher les larmes de ceux et celles qui pleurent.

De soulager ceux et celles qui souffrent.

 

                Donne-moi,

                d’espérer avec celles et ceux qui désespèrent.

                De croire avec celles et ceux qui doutent.

                D’apaiser celles et ceux qui ont peur.

 

Donne-moi,

de veiller ceux et celles qui vont vers toi.             

D’être tes bras pour ceux et celles qui sont mal aimées.

D’être la tendresse pour ceux et celles qui sont abandonnées.

               

                Donne-moi d’aimer de ton amour.

                Donne-moi que transparaisse à travers moi ton regard.

Michel Hubault

 


Vivre en vrai pain de vie... comme des sages

« Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c'est ma chair. »

Là-dessus, les Juifs se disputaient vivement entre eux : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » demandaient-ils. 

Jésus reprit : « Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure uni à moi et moi à lui. Tout comme le Père qui m’a envoyé est vivant et comme je vis par lui, de même, celui qui me mange vivra par moi. Voici donc le pain qui est descendu des cieux. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé vos ancêtres, qui sont morts. Mais celui qui mange ce pain vivra pour toujours. » 

Jean 6, 51-58

 

Quelle est la différence entre un repas et un banquet ? Pour prendre part à un banquet, il faut être invité. Un repas n’exige pas d’invitation spéciale. Le dimanche, Jésus nous invite à un banquet, préparé spécialement pour nous. L’audace de Jésus, revendiquant d’être lui-même Sagesse de Dieu, a suscité de vives réactions. Cet homme-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons son père, sa mère. Comment peut-il dire : Je suis descendu du ciel ? L’étonnement des gens, dans la synagogue, va friser le scandale quand Jésus affirmera dans son homélie : Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.

Toute invitation à un banquet nous fait sentir important, habituellement. Nous donne de la dignité. On n’invite pas n’importe qui. Y participer engendre une grande joie. Cela nous fait sortir de la routine et revitalise notre intérieur. Ça fait du bien de se sentir des invités. Et ce matin, nous sentons-nous privilégiés de nous voir offrir une telle table ? Oui, nous nous savons assis à une table qui revitalise, énergise notre monde intérieur.

Le grand défi de ce petit morceau de pain, c’est de le laisser transformer nos vies. La communion n’est pas une parenthèse qui ne change rien à notre communauté, à nos vies. On peut connaître parfaitement le déroulement d’une célébration, on peut encore se souvenir de notre catéchisme et citer par cœur des passages, on peut avoir une grande connaissance de Jésus, savoir d’où il vient, connaître ses parents comme les gens de Nazareth (Marc 6,1-6), mais si Jésus n’influence pas nos vies, ce geste de tendre la main ne sera qu’un geste pieux, sans plus.

Dire oui à cette formule millénaire voici le corps du Christ, c’est affirmer que Jésus est plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes. Dire oui, c’est s’engager à ne pas gaspiller la Parole, ne pas gaspiller ce pain en le gardant pour soi tout seul. Une loi est présentement devant le parlement de France et de l’Union européenne pour obliger les supermarchés à donner leurs surplus invendus aux pauvres. Plus du tiers de la nourriture est gaspillé. L’ONU demande que d’ici 2030, on se fixe l’objectif de donner aux pauvres la moitié de la nourriture présentement jetée. Notre oui à ce pain nous pousse à devenir nourriture dans tous les sens du terme, spirituelle et matérielle.

Quand nous participons à un banquet succulent, nous nous exprimons abondamment sur ce que nous avons mangé et sur les personnes rencontrées. Il devrait en être ainsi avec notre repas d’action de grâces. Si vous manquez de Sagesse, de vie intérieure, si vous manquez d’enthousiasme à partager votre foi, votre table, venez à moi, dit Jésus. Venez manger mon pain et boire le vin que j’ai préparé.

Pouvons-nous nous avouer, sans nous mentir, que ce pain change vraiment nos vies ? Pouvons-nous identifier comment ce pain nous fait grandir, nous fait vivre comme des sages et non comme des fous ? Pas facile de répondre. Pourtant ces sont nos réponses personnelles à ces questions qui nous font comprendre que Jésus est l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré.

Nous mangeons ce pain parce que nous sommes des humains en mode croissance. Non-achevés. Il faut qu’il grandisse en moi, dit Jean-Baptiste. Dire oui à ce pain, c’est reconnaître que nous sommes toujours à naître à Jésus. On entend beaucoup de discours sur l’importance de la croissance économique mais peu sur la croissance que ce pain nous offre. Nous, ici, ce jour, sommes ensemble autour de la table-banquet de Jésus. Nous sommes ce pain qui indique un bel horizon, qui offre à notre monde un banquet désirable.

Gérald Chaput, prêtre

diocèse de Valleyfield

Prière

                Donne ton pain, Seigneur

 

Donne ton pain, Seigneur à ceux et celles qui ont faim,

et donne faim de toi à ceux et celles qui ont du pain,

car toi seul, Seigneur, peut rassasier notre désir.

 

Donne ta force à ceux et celles qui sont faibles

et donne l'humilité à celles et ceux qui se croient forts,

car toi seul, Seigneur, es notre force.

 

Donne la foi à ceux et celles qui doutent,

et donne le doute à ceux et celles qui croient te posséder,

car toi seul, Seigneur, es la vérité.

 

Donne confiance à ceux et celles qui ont peur,

et donne ta crainte à celles et ceux qui ont trop confiance en eux,

car toi seul, Seigneur, soutiens notre espérance.

 

Donne la lumière à ceux et celles qui te cherchent,

et garde dans ton amour ceux et celles qui t’ont trouvé,

pour te chercher encore,
car toi seul, Seigneur, peut combler notre amour.

 

Liturgie de l’Église Protestante Unie de France

L'enterrement

Il y avait un homme malade, Lazare. Il était de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. Marie était celle qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et qui les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. Les deux sœurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » 

Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort; elle servira la gloire de Dieu afin que la gloire du Fils de Dieu soit manifestée par elle. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » 

(…) Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » 

En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » 

Thomas, celui qu’on appelle « le jumeau », dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

(…) Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort! Mais je sais que, maintenant encore, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 

Jésus déclara : « Ton frère ressuscitera. » Marthe répondit : « Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. »

Jésus ajouta : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, déclara-t-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Après avoir dit cela, Marthe s’en alla appeler sa sœur Marie et lui dit en privé : « Le maître est là et il te demande. » 

(…) Marie arriva là où se trouvait Jésus; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. Il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. 

Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. C’était une grotte, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre.  « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la sœur du mort, répliqua : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 

On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Moi je sais que tu m’écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » 

Après ces mots, il cria d’une voix très forte : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Jean 11,1-45,

 

Qu’il est étrange, ce récit ! On pourrait le raconter comme un conte de fées : « Il y avait une fois un homme qui était malade, et il avait deux sœurs. » D’ailleurs, il se termine bien, d’une façon qui met des étoiles dans les yeux : Lazare sort du tombeau, encore tout encombré de son linceul – aujourd’hui, il sortirait de sa tombe, en secouant la terre de ses cheveux. Et pourtant, entre ce début et cette fin heureuse, il y a ce que nous avons tous et toutes connu à la mort de quelqu’un qu’on aime. La famille se réunit, les amis viennent soutenir. On ne sait pas quoi dire : on pleure ensemble, et c’est déjà ça. Même nommer ce qui se passe, c’est difficile. Il est si dur, si définitif, le mot « mort ». Alors on dit qu’il est parti, qu’il n’est plus, ou, comme Jésus le dit ici : « Lazare, notre ami, s’est endormi. » Pourtant la réalité est là, et c’est vers elle que le récit se dirige, avec un regard de plus en plus direct, cru : Jésus « leur dit ouvertement : "Lazare est mort" ». Puis, avec lui, nous nous approchons de la tombe, où il y a la réalité biologique, la pire : « Seigneur, il sent déjà ». Dans l’église, autour du cercueil, on a entendu le prêtre parler du « seuil de la maison du Père » et de la résurrection au dernier jour. Mais, surtout pour une mort prématurée, une mort d’accident, une mort de maladie, cela ne suffit pas à nous consoler. Ce qu’on voudrait, du fond du cœur, c’est que rien ne soit arrivé, que notre frère sorte du cercueil, là, maintenant, qu’on puisse le serrer dans nos bras et que tout soit comme avant.

Dans ce récit de l’évangile de Jean, Jésus fait le chemin bouleversant de nous rejoindre jusque dans cette tristesse inconsolable et jusque dans ce rêve impossible. Au début du récit, il est si confiant en Dieu qu’il nous paraît presque sévère. Mais, quand Marie vient près de lui, entouré de tous ses amis en deuil, c’est comme si leur tristesse débordait en lui : « Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». « Alors », avec eux « Jésus se mit à pleurer. » Et, au milieu de ses larmes, il ressent ce désir secret qui est le nôtre, et il le réalise : alors que Jésus lui-même avait annoncé une résurrection au dernier jour, au chapitre 6 du même Évangile selon Jean, soudain, Lazare sort du tombeau, dès maintenant; de nouveau, il est là. 

Nous n’avons jamais vu quelqu’un sortir de son cercueil : dans notre monde, les journées continuent à faire douze heures, la nuit reste la nuit et le deuil une douleur. Où est Jésus à nos enterrements ? Eh bien, il pleure avec nous; il est avec notre amour blessé, avec notre amour qui tremble d’un désir impossible. La voilà, l’étrange « gloire de Dieu » par laquelle « le Fils de Dieu est glorifié ».

Antoine Paris

étudiant (Université de Montréal/Université Paris-Sorbonne)

 

Prière

                Tu veilleras

Quand je dormirai du sommeil qu’on appelle la mort,
c’est dans ton sein que je reposerai.
Tes bras me tiendront comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.

 

Et tu veilleras.
Sur ceux que j'aime et que j’aurai laissés,
sur ceux qui me chercheraient en ne me trouveront plus,
sur les champs que j’aurai labourés,
tu veilleras.

 

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés,
tu mettras ta paix sur les jours évanouis, passés dans l’angoisse.
Tu purifieras ce qui est impur.
Et de ce que j'aurais été, moi,
pauvre apparence,
ignorée de moi-même et réelle en toi seul,
tu feras ce que tu voudras.

 

Ta volonté est mon espérance,
mon lendemain, mon au-delà,
mon repos et ma sécurité,
car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers.
Les soleils n’en sont qu’un pâle reflet,
et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image.

En toi, je me confie.
À toi, je remets tout.

Charles Wagner

 

EPUdF

Le baptême : tout un plongeon !

L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées;

les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;

et tous verront le salut de Dieu.

Jean disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ; et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 

Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. 

Les foules demandaient à Jean : « Que nous faut-il donc faire ? » Il leur répondait : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Des collecteurs d’impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. »

Des militaires lui demandaient : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. 

Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : « Moi, c’est d’eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle

Mais Hérode le tétrarque, qu’il blâmait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu’il avait commis, ajouta encore ceci à tout le reste : il enferma Jean en prison

Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait ; alors le ciel s’ouvrit; l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré

Luc 3,1-22

 

Luc commence d’abord par nous dire dans quel contexte politique Jean baptise dans le Jourdain autour de l’an 28. C’est la quinzième année de la dictature de Tibère César à Rome; l’occupation de la Palestine dure depuis 91 ans et semble vouloir durer éternellement; Ponce Pilate gouverne la colonie dans le sang (Luc 13,1), le tyran Hérode, allié de Rome, règne en Galilée (Luc 13,31). La population est opprimée par les lourds impôts et la violence des militaires. Les paysans ont vu leurs terres expropriées par les grands propriétaires terriens. Les chefs religieux fourbes et ambitieux, nommés par l’occupant, Caïphe et Hanne, ainsi que leur parti des Saducéens, élèvent le bétail destiné au temple et laissent les paysans sans terres et des conditions de grande précarité. On a fait du sanctuaire juif une caverne de bandits. Il faut que ça change !

On ne peut relire ce récit sans nous situer aujourd’hui dans le contexte politique international. L’empire étasunien qui mène le monde avec ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, font la guerre en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie; des situations abondamment analysées et condamnées au récent FSM. La Chine devient la manufacture de toute la planète et conquiert de plus en plus de marchés dans les plates-bandes de ses rivaux européens et américains; l’Afrique voit ses richesses immenses convoitées et se trouve secouée par la violence. Les multinationales, comme des rapaces, sèment l’injustice, l’inégalité et la corruption pour accaparer les ressources partout. La mondialisation capitaliste triomphe et impose la religion du marché. La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient par millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change !

Jean est fils de Zacharie, prêtre du temple à Jérusalem et par sa mère descendant d’Aaron; il est donc lui-même de la tribu sacerdotale et devrait exercer son office au sanctuaire. Mais Jean a fui Jérusalem et est retourné prêcher au Jourdain, là où jadis, le peuple avait pénétré dans la Terre Promise, cette terre où coulaient le lait et le miel. Pour Jean, il faut recommencer à neuf; il invite tout le peuple à retraverser le Jourdain. Il faut rebâtir une société nouvelle sur la justice. « Changez de mentalité, virez-vous de bord, sinon vous allez tous périr. Il est temps d’un revirement de situation. Redressez les chemins, aplanissez les obstacles, détruisez vos frontières et vos murs de séparation, laissez passer mes peuples. La terre est pour tous et toutes. Bande de croches, de serpents, de sournois, vous dites : "Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans…" Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. La hache est prête à abattre le grand arbre de votre civilisation. » C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif.

Que faut-il faire ? Que faut-il faire ? Jean nous dirait aujourd’hui : Partagez vos biens, cessez d’accumuler, sortez de vos centres d’achat, arrêtez votre course à la consommation, cessez de détruire la terre, l’air et l’eau, changez vos comportements suicidaires. Aux fonctionnaires, le prophète rappelle : Exigez des impôts de façon juste et mettez fin à la collusion et la corruption. Cessez de voler le bien commun. À ceux qui font la guerre, il dit : Ne tuez pas, défendez la paix. Cessez le commerce des armes, cessez de vous enrichir en produisant des engins pour tuer.

Le mot baptême nous rappelle inévitablement le rituel chrétien. Mais dans la bouche de Jean, il signifie plus exactement « plongeon ». Il veut relancer le peuple opprimé qui attend le messie de Dieu pour changer la situation. Mais Jean aura bientôt la tête coupée par Hérode, comme c’est encore la mode en Arabie saoudite et chez autres fanatiques. Alors Jésus vient se plonger devant tout le monde et avec tout le peuple dans le Jourdain. C’est ça l’incarnation; s’identifier avec les opprimés. Jésus – il porte le même nom que son ancêtre Josué – mènera le peuple vers les eaux du repos. Il faudra le suivre, mais il nous plongera dans le feu et le Souffle sacré. Demandez aux pompiers ce que font le feu et le vent quand ils se combinent. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse pour moi jusqu'à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère. » (Luc 12,49-53)

Être disciple de Jésus, c’est être plongé dans le feu de l’action sociale, de l’engagement pour la justice, pour changer de bout en bout ce monde dominé par Mammon. C’est d’être plongé dans le Souffle créateur divin, Souffle qui plane sur le chaos de notre monde. Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclues de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin; pas pour faire se faire baptiser et aller à l’église le dimanche.

Claude Lacaille, bibliste

 

Prières

                Sur les paumes de tes mains

 

Ton baptême, Seigneur,

est sceau d’alliance :

qu’il nous rende libres !

 

Ton baptême, Seigneur,

est don du souffle :

qu’il nous fasse naître !

 

Ton baptême, Seigneur,

est flamme de feu :

qu’il nous brûle d’amour !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vêtement d’eau :

qu’il nous purifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est nouvelle naissance :

qu’il ouvre nos cœurs !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vie d’un peuple :

qu’il nous unifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est source de pardon :

qu’il nous ressuscite !

 

Sur les paumes de tes mains,

nos vies sont gravées,

et ton nom

contient tous nos noms.

 

Pasteur Marc Faessler


Épiphanie : Comment voir le visage de Dieu ?

Moïse dit au Seigneur : « Vois ! Tu me dis toi-même : “Fais monter ce peuple”, mais tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi. Pourtant, c’est toi qui avais dit : “Je te connais par ton nom”, et aussi : “Tu as trouvé grâce à mes yeux”. Et maintenant, si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai; ainsi, de fait, j’aurai trouvé grâce à tes yeux. Et puis, considère que cette nation, c’est ton peuple ! » 

Il dit : « Irai-je en personne t’accorder le repos ? » 

Il lui dit : « Si tu ne viens pas en personne, ne nous fais pas monter d’ici. Et à quoi donc reconnaîtra-t-on que, moi et ton peuple, nous avons trouvé grâce à tes yeux ? N’est-ce pas quand tu marcheras avec nous, et que nous serons différents, moi et ton peuple, de tout peuple qui est sur la surface de la terre ? » 

Le Seigneur dit à Moïse : « Ce que tu viens de dire, je le ferai aussi, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. »

Il dit : « Fais-moi donc voir ta gloire ! » 

Il dit : « Je ferai passer sur toi tous mes bienfaits et je proclamerai devant toi le nom de “Seigneur”; j’accorde ma bienveillance à qui je l’accorde, je fais miséricorde à qui je fais miséricorde. » 

Il dit : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre. » 

Le Seigneur dit : « Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors, quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t’abriterai tant que je passerai. Puis j’écarterai ma main, et tu me verras de dos; mais ma face, on ne peut la voir. 

Exode 33,12-23

 

Si l’on avait à échanger avec un étranger dans l’autobus ou dans une salle d’attente, on parlerait peut-être de nos enfants ou de nos proches. On sortirait de notre portefeuille – ou peut-être d’avantage de nos jours, de notre téléphone cellulaire – de précieuses photos affichant des visages qui nous sont familiers mais qui sont nouveaux pour l’autre personne. Souvent ces photos passées de mains en mains sont usées d’avoir été maintes fois touchées. 

L’histoire tirée du chapitre 33 de l’Exode se situe vers la fin de la vie de Moïse. On a l’impression que la conversation est empreinte de familiarité. C’est une relation intime que vivent Moïse et Dieu, assez intime pour que Moïse ose demander : « Montre-moi ton visage. » La loi était pourtant claire à ce sujet, personne ne pouvait voir Dieu et vivre ! Mais Moïse qui a capté l’attention de Dieu pousse la familiarité encore plus loin pour tenter de vivre une expérience que personne d’autre n’a jamais vécue. (En fait, la demande de Moïse est plutôt : Fais-moi de contempler ta gloire ! Ce qui revient à demander de « voir » l’identité même de Dieu.)

Dans ce texte, Dieu s’entretient avec Moïse sur un ton familier. C’est que Moïse est habitué à la rencontre de Dieu : dans le désert, devant le buisson ardent, dans l’appel à aller vers Pharaon, devant la Mer Rouge et sur le Mont Sinaï. Ces récits parlent de moments de « face à face » ! Mais jamais Moïse n’a demandé quoi que ce soit avec autant d’audace : « Puisque j’ai ta faveur, fais-moi connaître tes intentions… Permet-moi de voir ta gloire (ou ta face/ton visage) ».

Réponse à cette déjà assez étonnante : « Le Seigneur dit alors : Je vais passer devant toi en te montrant toute ma bonté en proclamant mon nom "Le Seigneur"… Cependant, tu ne pourras pas me contempler de face, car aucun être humain ne peut me voir de face et rester en vie ». La requête de Moise est en partie exaucée. Il va vivre ce que peu auront le privilège de vivre et expérimenter une profonde intimité spirituelle avec Dieu. Certains textes suggèrent que Dieu se montre de dos, comme si Dieu avait un corps. Au fil des siècles, ce dilemme a persisté pour les fidèles : comment adorer et vivre une relation d’intimité avec Dieu sans pouvoir contempler sa face ? Comment attester la réalité de Dieu sans preuve concrète de son existence ? Et bien, au-delà de ce récit qui parle de la « face » de Dieu ou d’une rencontre « face à face » sortant de l’ordinaire, toute personne croyante doit accepter que, par la foi, la réalité de Dieu n’a pas besoin de preuve corporelle pour être vraie. Dieu est Esprit et nous devons l’adorer en esprit et en vérité.

 

L’image de Dieu

Dans l’un des deux récits de la Création, on peut lire : « Faisons l’être humain à notre image ». Le souffle de Dieu est porteur de vie. L’image de Dieu se trouve en chaque être humain. Les chrétiens grecs avaient une expression qui traduit cela : « Le visage de Dieu se voit dans chaque enfant nouveau-né ». À la naissance de mes enfants, j’ai compris leur premier cri non seulement comme un cri de vie mais également comme un cri de louange. Si j’avais nié l’existence de Dieu jusque-là, cette expérience si émouvante et si profonde m’aurait certainement converti à la Vie. Dieu était bel et bien présent dans cette salle de naissance, avec sa petite tête rousse si vulnérable. En nous, se trouve l’image du Créateur. Le psaume 124 lance un cri de foi : « Les cieux déclarent la gloire (le visage) de Dieu! » Sans pouvoir prouver l’existence de Dieu, mon esprit ne se lasse pas de contempler sa présence quand je suis devant la Création ou devant un(e) enfant si merveilleusement vivant(e).

Je n’ai pas de photo à montrer pour partager ma foi en Dieu. Je n’ai pas de preuve à offrir, de visage à présenter… de quelque forme que ce soit. Et pourtant je sens une présence, je fais l’expérience du Divin quand je contemple les merveilles de la Création qui prend aussi la forme d’un bébé vulnérable. Je ne suis pas surpris que le visage de Dieu que je contemple dans la prière est celui qui se manifeste à Noël et à l’Épiphanie : celui d’un Enfant né dans la réalité de l’existence humaine que l’on vient adorer. Et je pense aux paroles de l’évangile de Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire que le Fils de Dieu unique reçoit du Père. » (1,14) Paroles qui sont en harmonie presque parfaite avec celles des mages parlant du « roi des Juifs qui vient de naître » : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » (Matthieu 2,2) La gloire, le visage, la face de Dieu parmi nous en Jésus, l’enfant de la crèche et de la solidarité humaine au-delà de toutes frontières.

Quand je prie Dieu, quand j’adore Dieu, je n’ai pas de visage à contempler à part de celui de Jésus, Parole faite chair. La face de Dieu est bien celle de cet Humain qui a vécu comme nous toutes les fragilités, les défis et les joies des humains sur la terre. Même Jésus affirme que celui qui le voit a vu Dieu le Père. Voir l’un c’est voir l’autre.

Comme chrétien j’affirme une foi qui ne dépend pas de quelconques preuves. Quand je suis en communion avec la Vie, peu importe où elle se trouve, je suis en présence de la Vie, du Créateur. Si je lutte pour les plus vulnérables dans ce monde, c’est parce que je vois en eux le visage de Dieu. Je vois la Vie de Dieu dans leur regard. Pas seulement celle de nos enfants, mais de tous les enfants, pas seulement celle de nos personnes fragiles mais de toute personne vulnérable où qu’elle soit. L’image de Dieu est là, le visage du Christ est là, et mes prières et actions pour le règne de Dieu sont là !

David Lefneski, pasteur

Tiré de La vie chrétienne

Prière

                Te chercher et te trouver

 

Les fêtes sont achevées, Seigneur,

et notre vie, à nouveau, s’ouvre sur le temps ordinaire.

Mais en nous, pareil à une couronne d’étoiles accrochée aux voûtes de la nuit,

brille le mystère de ta naissance qu’une fois encore nous avons contemplé.

 

Aussi, venant de Noël et de l’Épiphanie,

partons-nous, remplis de confiance, sur les routes ordinaires

car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière

d’où nous descendons transfigurés

afin de traverser avec courage

les terres banales où se joue notre existence

et où s’épanouit notre baptême;

remplis de foi et d’espérance nous partons sur les routes ordinaires.

 

Allant de paix en joie,

de vérité en justice et en humilité,

nous avancerons de signe en signe le long des jalons

qui conduisent à ta présence.

 

Avant de partir, Seigneur sur les routes ordinaires,

voici notre prière unique :

fais-nous la grâce d’être à notre tour,

à notre place ordinaire de chaque jour,

des signes discrets et clairs de ta fidèle proximité,

afin que nos frères et sœurs de la terre puissent

te chercher et te trouver

toi Dieu qui as choisi la terre pour demeure d’éternité.

Charles Singer