Capsules bibliques au cours des saisons

Ces capsules bibliques vont suivre le rythme des saisons de l'Église : Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Pâques, Pentecôte... Elles sont offertes à votre réflexion en votre chemin de foi.

Elles vous sont offertes par plusieurs auteurs, pasteurs, prêtres, théologiennes, écrivains... 

Elles se présentent en trois parties : un texte biblique, un commentaire et une prière de circonstances; à l'origine utilisées pour l'émission radiophonique Les Chemins protestants, elles ont compilées et retranscrites par David Fines.


Réconciliation

Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée. Puis, abandonnant Nazara, il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Esaïe :

Terre de Zabulon, terre de Nephtali, route de la mer,
pays au-delà du Jourdain, Galilée des Nations !
Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière ;
pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée.

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché. »

(…) Puis, parcourant toute la Galilée, il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Règne et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. 

Matthieu 4,12-17 et 23

 

Comment puis-je être une ministre de la réconciliation en ce temps de profonde division ?

C’est la question à laquelle l’ancienne modératrice de l’Église unie Jordan Cantwell nous invitait à répondre dans son message intitulé : J’aime Donald Trump.

Connaissant les propos et les frasques de celui qui était devenu le président des États-Unis, et connaissant les valeurs et positions mises de l’avant par l’Église Unie du Canada portées avec intelligence par notre modératrice, une telle affirmation semble pour le moins surprenante à prime abord. Et la modératrice de poursuivre ainsi : Il m’est difficile de prononcer ces mots, mais je tente de les dire avec cœur et sincérité. Malgré le fait que j’ai de sérieuses réserves quant à ses politiques et ses prises de position, M. Trump est un enfant de Dieu, tout comme moi. Je dois donc lui témoigner dignité, respect et amour.

Je salue l’audace de notre sœur modératrice qui, de par son mandat, a eu pour tâche de nous inciter tous et toutes à vivre selon l’Évangile, c’est-à-dire à sortir de nos sécurités et de nos réactions premières pour oser nous ouvrir radicalement à autrui à l’instar de Jésus de Nazareth.

En janvier, durant la Semaine de prière pour l’unité chrétienne, nous avons souligné le projet jamais accompli de vivre selon l’unité qui nous est donnée en Christ, en nous efforçant avec toujours plus de cœur et de sincérité (pour citer Jordan Cantwell) d’accueillir nos différences comme chrétiens et de refuser de nous isoler dans nos divisions et nos préjugés. Et il en va de même dans notre vie sociale et citoyenne.

La pasteure Cantwell déclarait aussi du même souffle : Faire le choix d’aimer les personnes dont les paroles et les gestes sèment la haine et la division ne signifie pas cautionner leurs comportements ni tolérer l’injustice. L’amour ne ferme pas les yeux sur l’injustice ni ne fait la sourde oreille aux plaintes des opprimés. L’amour que nous sommes appelés à incarner en tant que disciples du Christ exige que nous défendions la dignité, la valeur, le bien-être et l’intégrité de toute personne, y compris des oppresseurs.

Il incombe à chacun et chacune de nous d’être des ministres de réconciliation, de faire l’apprentissage de ce regard autre à porter sur toute personne et toute réalité. En 2017 où nous évoquions avec reconnaissance l’angle protestant de notre foi chrétienne, le 500e anniversaire de la Réforme, cette citation du pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer, mort en camp de concentration nazi, nous rappelait la base inébranlable de notre espérance : Je suis frère d’une autre personne grâce à ce que Jésus Christ a fait pour moi et à moi : l’autre personne est devenue un frère [une sœur] pour moi grâce à ce que Dieu a fait pour elle.

Nous ne pouvons souhaiter moins que Dieu pour notre monde. Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée. Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur?...  L’amour des ennemis n’est pas optionnel selon Jésus. À nouveau la parole à notre ex-modératrice : En tant que gens de foi et de bonne volonté, nous devons urgemment nous unir et rassembler nos ressources spirituelles collectives afin de résister au climat de peur et de division croissant qui nous envahit. Œuvrons ensemble pour protéger les personnes vulnérables et controns la haine, partout où elle se manifeste, y compris en nous-mêmes. Oui, nous résisterons avec force aux efforts visant à priver les gens de leur dignité et de leurs droits, mais la force que nous utiliserons sera celle de l’amour.

Chaque jour que Dieu nous donne est l’occasion de laisser la lumière de la grâce éclairer nos cœurs et guider nos paroles et nos actes envers notre prochain qui, par l’œuvre du Christ à son égard, est mon frère, ma sœur. Tous et toutes nous sommes redevables de l’amour inconditionnel de Dieu envers nous. Il nous incombe en conséquence d’apprendre à aimer de la même manière. C’est là que nous faisons l’expérience dès maintenant de la qualité du Règne à venir qui est notre destinée comme notre destination.

Denis Fortin, pasteur

 

Québec

Prière

                Ouverture

 

Dieu de bonté,

ouvre mes oreilles que je perçoive ta Parole,

que j’entende avec mon cœur

et que je m’en laisse transformer.

 

Ouvre ma bouche,

afin que je puisse te louer

et chanter tout ce que tu as fait.

 

Par ton Esprit-Saint,

rends-moi capable de redresser et d’encourager :

que mes paroles soient des paroles créatrices de relation,

des paroles de guérison et de consolation,

de libération et de réconciliation,

des paroles capables de révéler des horizons neufs,

de faire s’entrouvrir le ciel et de permettre à tous de saisir

combien leur vie est précieuse.

Amen

 


Gratitude et humilité

                 Un jour, alors qu’il était en route vers Jérusalem, il décida de traverser la frontière entre la Samarie et la Galilée et tandis qu’il entrait dans une vague bourgade, vinrent à sa rencontre dix hommes, des lépreux. Ils se tinrent à distance et de là ils osèrent élever la voix et dire : Jésus, toi qui sais, aie pitié de nous. Et il les vit… il leur dit : En route et montrez-vous aux prêtres ! Et à ce moment, pendant le trajet, ils furent purifiés. Alors l’un deux, voyant qu’il était guéri, fit demi-tour et d’une voix forte il se mit à glorifier Dieu. Il tomba à ses pieds, face contre terre, et lui offrait la grâce de son bonheur. Or cet homme était Samaritain. Alors Jésus réagit en disant : Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’en est pas trouvé pour faire demi-tour et rendre gloire à Dieu ? Il n’y a que celui-là, l’étranger ?

                Quant à lui, il lui dit : Lève-toi ! En route ! Ta confiance t’a acquis le salut.

Luc 17,11-19

(Traduction de Jacqueline Assaël)

 

                Voici une belle illustration du sens du mot grec eucharistia souvent traduit par « action de grâce ».

                Dix hommes rongés par la lèpre, de leur pourriture intérieure et de tous les cancers de la vie, rencontrent un guérisseur, Jésus, qui n’exige aucun paiement.

                De fait, quand ils s’éloignent, les résultats ne sont pas prouvés. Mais très rapidement, els croûtes tombent ! Neuf d’entre eux courent obtenir auprès des prêtres un certificat pour leur réinsertion religieuse et sociale. Ils s’estiment quittes de leurs obligations envers Dieu.

                L’un d’eux effectue un demi-tour, un retournement, une conversion. Il ne se sent pas seulement purifié de manière circonstancielle, mais au fond de ses fibres, il accède à la confiance, en plénitude, car il lui est désormais révélé que Dieu est là, qui veille sur lui et qui délivre. Rien d’autres n’a autant d’importance.

                Dans cette conscience vive de la souveraineté de Dieu, il est donc sauvé de lui-même et capable de transcender les atteintes de tour mal. En tant que Samaritain, il ne fréquente pas le Temple et quand il éprouve brusquement la manifestation de cette puissance bienfaisante, la forme d’adoration qui s’impose à lui n’est réglé par aucun rituel. Spontanément, il rend grâce, très humblement. Une fois passée l’exaltation de la surprise, l’intensité de sa joie se dit dans la sobriété fervente des mots, sans gesticulation, dans une immobilité qui le relie à la sérénité du Christ.

                L’ancien lépreux qui rend grâce à cet autre homme qui l’a regardé et qui a exercé envers lui la force de sa compassion, désignée en grec par le mot Éléos, suggérant aux Hébreux la vertu de Dieu. Entre les lignes, sans doute, faut-il deviner que Jésus avait posé sa main sur lui, avant de le quitter, car il faut bien un geste inouï pour opérer la purification. Geste qu’aucun prophète n’a jamais accompli, par crainte de la contamination.

                Alors le Samaritain confesse sa foi et il dépose toute la gloire aux pieds de Jésus, d’autant qu’il le sait un peu las, et inlassablement en recherche encore de 90% de l’humanité. Il ne lui dit pas « merci » par devoir moral; il ne liquide pas à bon compte une dette. Il lui offre toute sa gratitude, une brindille de grâce, comme s’il avait compris que Dieu ne pouvait vivre que de son bonheur d’homme insignifiant, face à des océans de lèpre.

                En l’occurrence, ce serait cela l’eucharistie : rendre une infime grâce à Jésus-Christ, pour une guérison, se présenter devant lui, comme une trace de bonheur qu’il a inscrite dans le monde.

Jacqueline Assaël

poète et helléniste luthérienne

Prière

                Quand vient l’épreuve du es là

 

Seigneur

quand je suis blessé, écrasé,

quand je n’ai plus de courage

pour continuer,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand vient l’épreuve,

quand le coup fait très mal,

et quand je pleure

dans le silence de ma chambre,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand il n’y a plus de soleil,
quand ma vie est automne, et que le jour tarde à se lever,

 

Quand tout est nuit,

quand l’espérance

s’est enfuie dans le vent,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand gronde la révolte,
quand vient la tentation de crier,

de me battre, d’accuser,

quand je rage contre tout et tous,
quand je me déteste,

 d’être là

et de me tendre la main.

 

Quand je prie

et que tu ne réponds pas,

quand je ne sais plus te louer, te bénir,

quand je doute de toi,

quand mon cœur s’est refroidi,
qand c’est nuit dans mon jardin,

merci d’être là

et de me tendre la main.

 

Merci de me garder ton amour
Quand je reprends le mien.

Merci de me tendre la main

quand je retire la mienne.

Merci d’être là

Toujours. Amen

Évariste Leblanc


Les exclus de la table de l’avoir, du savoir et du pouvoir au temps d’Ésaïe et d’Amos

Le manifeste du premier Isaïe

Une interpellation d’actualité :

Apprenez à faire le bien,

Recherchez la justice,

Mettez au pas l’exacteur,

Faites droit à l’orphelin,

Prenez la défense de la veuve (1,17)

 

Comme une personne malade laisse sans soin :

De la plante des pieds à la tête, rien d’intact :
blessures, plaies, meurtrissures récentes,
ni nettoyées, ni bandées,
ni adoucies avec de l’huile. (1,6)

 

Les sans justice et sans droit :

Ton argent est devenu de l’écume

Ton meilleur vin est coupé d’eau

Tes chefs sont des rebelles

Complices des voleurs

Tous, ils aiment les présents

Ils courent après les gratifications.

Ils ne rendent pas justice à l’orphelin

Et la cause de la veuve n’arrive pas jusqu’à eux. (1,22-23)

 

Les sans pouvoir économique devant le dieu de l’économie :

Le pays est rempli d’argent et d’or :
pas de limite à ses trésors.
Le pays est rempli de chevaux :
pas de limite au nombre de ses chars.
Le pays est rempli d’idoles :
ils se prosternent devant l’ouvrage de leurs mains,
devant ce que leurs doigts ont fabriqué.
(2,7-8)

 

Les pauvres exploités :

Le Seigneur a traduit en jugement les anciens de son peuple et ses chefs : C’est vous qui avez dévoré la vigne et la dépouille des pauvres est dans vos maisons. 

Qu’avez-vous à écraser mon peuple et à fouler au pied la dignité des pauvres ? (3, 14-15)

 

Des pauvres crient leur malheur

La vigne du Seigneur le tout-puissant, c’est la maison d’Israël

Et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. 

Il en attendait le droit, et c’est l’injustice

Il en attendait la justice

Et il ne trouve que les cris des malheureux. (5, 7)

 

Exclus de tout pouvoir à cause de ceux qui accumulent dans l’injustice

Malheur!  Ceux-ci joignent maison à maison,

champ à champ, jusqu’à prendre toute la place

et à demeurer seuls au milieu du pays. (5, 8)

 

Des innocents trompés et incapables de faire entendre leurs voix

Malheur !  Ils déclarent bien le mal et mal le bien. 

Ils font de l’obscurité la lumière et de la lumière l’obscurité. 

Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui amer.

Malheur ! A leurs propres yeux, ils sont sages,

de leur point de vue, ils sont intelligents.

Ils justifient le coupable pour un présent

et refusent à l’innocent sa justification. (5,20-21.23)

 

La rapacité des acteurs économiques

Écoutez ceci, vous qui vous acharnez sur le pauvre

Pour anéantir les humbles du pays

Vous qui dites :

Quand donc la nouvelle lune sera-t-elle finie,

Que nous puissions vendre du grain

Et le sabbat, que nous puissions ouvrir les sacs de blé, l’épha, augmentant le sicle,

Faussant des balances menteuses,

Achetant des indigents pour de l’argent

Et un pauvre pour une paire de sandales ?

Nous vendrons même la criblure du blé. (Amos 8, 4-5)

 

Un monde finit….

Vous serez déçus des térébinthes que vous aimiez tant,

Vous aurez honte de vos jardins d’élections,

Car vous serez alors comme le térébinthe au feuillage flétri,

Comme un jardin d’où l’eau s’est retirée. (Isaïe 1,29-30)

 

De nombreuses maisons, grandes et belles,

Seront vouées à la désolation faute d’habitants

Dix arpents de vigne ne donneront qu’une quarantaine de litres,

Dix mesures de semence n’en produiront qu’une seule. (5,9-10)

 

Mais ce jour-là, il y aura un grondement contre elle,

semblable au grondement de la mer. 

On regardera vers la terre et voici : ténèbres et détresse

Et la lumière sera obscurcie par un épais brouillard. (5,30)

 

Devant cette situation, Yahvé réagit en refusant tout culte

Que me fait la multitude de vos sacrifices, dit le Seigneur ?

Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié.

Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’en veux plus.

Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de fouler mes parvis ?

Cessez d’apporter de vaines offrandes : la fumée, je l’ai en horreur !

Néoménie, sabbat, convocation d’assemblée… je n’en puis plus de forfaits et des fêtes.

Vos néoménies et vos solennités, je les déteste, elles me sont un fardeau, je suis las de les supporter.

Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux,

Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang.

Lavez-vous, purifiez-vous. 

Ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.   Apprenez à faire le bien, recherchez la justice,

Mettez au pas l’exacteur, 

Faites droit à l’orphelin,

Prenez la défense de la veuve. (Ésaïe 1,10-17(


 

Les appels du troisième Ésaïe

Dieu invite les sans rien : 

Ô vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux,

même celui qui n'a pas d'argent, venez !

Demandez du grain, et mangez ; venez et buvez !

- sans argent, sans paiement –

du vin et du lait.

À quoi bon dépenser

votre argent pour ce qui ne nourrit pas,

votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ?

Écoutez donc, écoutez-moi, et mangez ce qui est bon ;

que vous trouviez votre jouissance dans des mets savoureux : tendez l'oreille, venez vers moi,

écoutez et vous vivrez. (55,1-3)

 

Le pouvoir économique revient aux pauvres :

Tu suceras le lait des nations,

tu dévoreras la richesse des rois,

et tu sauras que ton Sauveur, c'est moi, le SEIGNEUR,

que celui qui te rachète, c'est l'Indomptable de Jacob.

Au lieu de bronze, je ferai venir de l'or,

au lieu de fer, je ferai venir de l'argent,

au lieu de bois, du bronze, et au lieu de pierre, du fer.

J'instituerai pour toi, en guise d'inspection, la Paix,

en guise de dictature, la Justice.

Désormais ne se feront plus entendre

ni la violence, dans ton pays,

ni, dans tes frontières, les dégâts et les brisements.

Tu appelleras tes murailles « Salut », et tes portes « Louange » . (60,16-17)

 

Les humiliés sont relevés :

Et l'on dira : Remblayez la chaussée, dégagez le chemin,

faites sauter tout obstacle du chemin de mon peuple.

Car ainsi parle celui qui est haut et élevé,

qui demeure en perpétuité et dont le nom est saint :

Haut placé et saint je demeure,

 tout en étant avec celui qui est broyé

et qui en son esprit se sent rabaissé,

pour rendre vie à l'esprit des gens rabaissés,

pour rendre vie au cœur des gens broyés. (57,14-15)

 

La consolation des pauvres :

Cieux, poussez des acclamations ; terre, exulte,

montagnes, explosez en acclamations,

car le SEIGNEUR réconforte son peuple,

et à ses humiliés il montre sa tendresse.

Sion disait : «  Le SEIGNEUR m'a abandonnée,

mon Seigneur m'a oubliée ! »

La femme oublie-t-elle son nourrisson,

oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair ?

Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas ! (49,13-15)

 

Le pouvoir revient aux petits :

Voici que mon Serviteur réussira,

il sera haut placé, élevé, exalté à l'extrême.

De même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close,

car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté,

et ils observent ce qu'ils n'avaient pas entendu dire. (52,13.15)

 

La puissance des sans voix :

L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi.

Le Seigneur, en effet, a fait de moi un messie,

il m'a envoyé porter joyeux message aux humiliés,

panser ceux qui ont le cœur brisé,

proclamer aux captifs l'évasion,

aux prisonniers l'éblouissement,

proclamer l'année de la faveur du SEIGNEUR,

le jour de la vengeance de notre Dieu,

réconforter tous les endeuillés,

mettre aux endeuillés de Sion un diadème,

oui, leur donner ce diadème et non pas de la cendre,

un onguent marquant l'enthousiasme, et non pas le deuil,

un costume accordé à la louange, et non pas à la langueur.

On les appellera « Térébinthes de la justice,

plantation du Seigneur, destinés à manifester sa splendeur ».

Ils rebâtiront les dévastations du passé,

les désolations infligées aux ancêtres, ils les relèveront,

ils rénoveront les villes dévastées,

les désolations traînant de génération en génération. (61,1-4)

 

Un monde finit :

Ainsi parle le SEIGNEUR :

À cause des trois et à cause de tes quatre rébellions,

je ne révoquerai pas mon arrêt :

parce qu'ils ont vendu le juste pour de l'argent

et le pauvre pour une paire de sandales ;

parce qu'ils sont avides de voir la poussière du sol sur la tête des indigents

et qu'ils détournent les ressources des humbles ;

après quoi le fils et le père vont vers la même fille,

profanant ainsi mon saint Nom.

                       

Me voici donc pour vous écraser sur place,

comme écrase un char qui est tout plein de paille :

le refuge se dérobera devant l'agile,

le courageux ne rassemblera pas ses forces,

le héros ne s'échappera pas,

l'archer ne tiendra plus debout,

le coureur agile n'en réchappera pas,

le cavalier ne s'échappera pas,

le plus vaillant de ces héros s'enfuira, tout nu,

ce jour-là - oracle du SEIGNEUR. (Amos 2,6-16)

 

Aujourd’hui Dieu demande un nouveau jeûne :

Doit-il être comme cela, le jeûne que je préfère,

le jour où l'homme s'humilie ?

S'agit-il de courber la tête comme un jonc,

d'étaler en litière sac et cendre ?

Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne,

un jour en faveur auprès du Seigneur ?

Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci :

dénouer les liens provenant de la méchanceté,

détacher les courroies du joug,

renvoyer libres ceux qui ployaient,

bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !

N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ?

Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,

si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras :

devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.

Alors ta lumière poindra comme l'aurore,

et ton rétablissement s'opérera très vite.

Ta justice marchera devant toi

et la gloire du Seigneur sera ton arrière-garde. (Isaïe 58,5-8)

 

 

Compilation : Renaude Grégoire; rédaction finale : David Fines


Quand t’avons-nous vu affamé, malade, prisonnier ?

À la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Et, prenant la parole, il les enseignait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux les doux : ils auront la terre en partage.

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.

Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 

Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Matthieu 5,1-11

 

« À la vue des foules », c’est ainsi que commence le récit des béatitudes, et ceci n’est pas banal. Les foules suivent Jésus partout et il les voit. Quand Moïse rencontra Dieu pour la première fois au désert, Dieu lui révéla son identité en proclamant : « J’ai vu… j’ai vu l’humiliation de mon peuple en Égypte. » Le message central de Jésus qui gravit la montagne pour nous donner les nouvelles paroles divines, ce message nait de l’humiliation de cette foule que Jésus voit : foule composée de déments, d’épileptiques, de galeux, d’aveugles et de paralytiques, de femmes marginalisées, impures pour la bonne société; foule de pécheurs et de pécheresses, de compatriotes et de d’étrangers; foules nombreuses affamées et sans travail. Jésus est pris aux tripes pour ces pauvres et c’est à propos de ces foules que les disciples reçoivent la nouvelle alliance. C’est en pensant à ces mêmes foules contemporaines que nous devons aborder la suite.

« En marche ! » L’exégète juif André Chouraqui traduit ainsi le « Heureux ! » ou « Bienheureux » de Matthieu. Le mot hébreu ashréi, écrit Chouraqui, évoque la rectitude de l’humain en marche sur une route qui va droit vers YHVH. Être bienheureux, c’est se mettre en marche sur la route qui conduit au Royaume de Dieu. Et ce sont justement ces pauvres qui le suivent que Jésus désigne dans les trois premières paroles : « les humiliés du souffle », les gens qui sont à bout de souffle, qui n’en peuvent plus, en marche ! (Non pas les pauvres en esprit, traduction tendancieuse qui pourrait nous faire croire que l’on peut être riche matériellement et tout en étant pauvre spirituellement. Ce serait tellement rassurant pour les riches de ce monde ouatiné auquel nous appartenons.) Ne voyons-nous pas ces humiliés du souffle autour de nous ? Oui, le royaume de cieux est à eux !

En marche, les personnes endeuillées de la guerre, du sida, de la faim, des séismes, de l’intimidation, du rejet, de la perte d’emploi, du chômage chronique : elles seront réconfortées. En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! Ces femmes qui luttent en plantant des arbres pour faire reculer le désert, ces jeunes qui bâtissent une économie solidaire, ces groupes qui s’impliquent pour sauver la planète de la destruction, qui s’élèvent contre les prédations des compagnies minières ou agricoles, ils sont des myriades de petits, de sans noms, de paysannes et paysans qui croient qu’un autre monde est possible et qui travaillent d’arrache-pied pour qu’il advienne. La grande marche des réfugiés en Europe en est une illustration criante !

Avec ces foules innombrables qui marchent vers la lumière, Jésus rallie tous les gens capables de compassion. Revenons à Chouraqui; il a inventé un mot pour désigner ces personnes : les matriciels, du mot matrice, exprimant le sentiment maternel et viscéral que Dieu ressent devant la souffrance de ses enfants. En marche, les matriciels ! Oui, ils seront matriciés ! Ce sont des personnes au cœur pur, un cœur droit qui ne cherche pas son intérêt. Dans le Royaume de Dieu, qui est déjà là, on ne court pas après l’argent, on ne recherche pas son intérêt individuel. On a un cœur pur. On ne cherche pas à gagner à tout prix, à avoir toujours le gros bout du bâton. On réconcilie. En marche, les faiseurs de paix ! Et dans cette longue marche de l’humanité vers son accomplissement, il y a plein de défaites, de persécutions, d’incompréhension. Marcher avec les pauvres de ce monde est une folie pour ceux et celles qui servent le dieu argent. La persécution à cause de la justice est le pain quotidien des disciples qui marchent sur la route vers le Royaume. En marche ! Exultez et jubilez !

Nous avons là l’essentiel du message de Jésus. Tout le reste n’est que tradition humaine.

Claude Lacaille

PMÉ, bibliste

Prière

Je cherche le visage

 

 

Je cherche le visage, le visage du Seigneur
Je cherche son image, tout au fond de vos cœurs.

1 - Vous êtes le corps du Christ
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes l'amour du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

2 - Vous êtes le corps du Christ, 
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes la Paix du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

3 - Vous êtes le corps du Christ
Vous êtes le sang du Christ,
Vous êtes la Joie du Christ.
Alors ? ... Qu'avez-vous fait de lui ? 

Paroles et musique : Odette Vercruysse

Habiter avec lui

« Je suis la vigne, la vraie, mon père est le vigneron. Les sarments qui ne portent pas de fruits en moi, il les enlève, les sarments qui portent du fruit, il les allège, pour qu’ils fructifient davantage. Cette parole que je vous ai dite vous a déjà rendus plus légers. Restez en moi, je suis en vous. Le sarment ne donne pas de fruit s’il est séparé de la vigne, comme vous si vous vous séparez de moi. Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui est en moi et en qui je suis donne beaucoup de fruits. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un habite hors de moi, dehors, comme un sarment, on le jette, il se dessèche, on en fait un tas qu’on jette au feu et qui brûle. Si vous habitez en moi, habités par mes paroles, demandez ce que vous voudrez, vous l’aurez. Que vous portiez beaucoup de fruits, que vous deveniez mes disciples, telle est la gloire de mon Père. »

Jean 15, 1-8

selon la traduction de la Bible de Bayard

 

Depuis la nuit des temps, les humains se sont sentis impuissants devant la mort, la maladie, les catastrophes naturelles. La grêle et la foudre qui détruisaient les récoltes et les forêts, les ouragans violents, les inondations, la plupart de ces calamités venaient du ciel. On a pensé que là, en haut, dans le ciel, il y avait un maître puissant qui contrôlait nos vies et nous dictait quoi faire. Il fallait lui plaire, lui faire des offrandes, le supplier de nous épargner, enfin le garder de notre bord. On priait Dieu pour la pluie et pour le beau temps. Tout cette piété est loin derrière nous. Aujourd’hui, on a recours aux agronomes. Nous sommes devenus autonomes et l’alimentation est devenue une bonne affaire.

               Jésus est venu nous dire que Dieu ne vivait pas au deuxième étage. Toute notre conception religieuse décrit l’univers comme un monde à deux étages : celui du ciel et celui de la terre, le monde surnaturel et le monde naturel. Le Symbole des Apôtres évoque une succession de va-et-vient entre le haut et le bas : l’ascenseur descend et monte continuellement entre les deux niveaux : « descendu aux enfers, monté au ciel, d’où il viendra… ». Jusqu’en 1980, à l’ouverture de séance de la Chambre des Communes à Ottawa, on lisait cette prière : « Ô Seigneur ! notre Père Céleste, Haut et Puissant, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, le seul Souverain des princes, qui contemplez de Votre trône tous les habitants de la terre… » Cette représentation fait problème à un monde moderne qui a acquis son autonomie et n’attend rien d’un hypothétique monde d’en-haut dont l’existence n’a jamais été prouvée.

Le Jésus de l’évangile de Jean au chapitre 15 ramène l’image de Dieu à une dimension terrestre (et cela est caractéristique des paraboles en général). L’image de la vigne est très inspirante, car elle situe Dieu comme un vigneron dont la fierté est de faire produire chaque sarment de sa vigne. Dieu est une Source, une Inspiration, un Souffle intérieur. Dieu n’est pas en haut, mais en-dedans, au plus intime de notre intimité. Dieu habite notre monde, Dieu est l’âme du cosmos, Dieu est le Souffle qui anime la vie sur terre, bien plus Dieu anime toute l’humanité dans son évolution, Dieu est présent dans son histoire. Jésus est le plant de vigne auquel nous sommes greffés par la confiance, par la foi. Nous demeurons en lui et lui en nous. « Me faire confiance, ce n’est pas me faire confiance à moi, mais bien à celui qui m’a délégué. » Jésus est l’incarnation de Dieu dans notre monde. C’est la vigne qui surgit de l’être divin; elle s’enracine dans la divinité et pousse ses branches dans l’humanité. Dieu est la sève qui donne vie au plant, il est cette poussée de la vie qui crée le monde incessamment depuis toujours. Il agit au plus intime de notre monde. 

C’est par notre attachement à Jésus, par notre confiance en lui que nous vivons pleinement. « Si quelqu’un m’aime, il observera mes paroles, il sera aimé de mon Père et nous irons habiter en lui. » (Jean 14,23) Dans la mesure où nous sommes branchés sur la personne de Jésus, sur sa bonne nouvelle, nous devenons de plus en plus l’être que Dieu a projeté de faire advenir, nous nous épanouissons, nous devenons ce que nous sommes vraiment. Dieu est la source de notre liberté humaine. Il ne nous parachute pas des ordres d’en haut, écrits il y a des milliers d’années dans un livre sacré et interprété par ses prétendus représentants d’ici-bas. La loi de Dieu, elle est inscrite dans nos cœurs. Notre recherche du bien, nos discernements sur des sujets difficiles comme l’exercice de la sexualité et l’amour, l’égalité des hommes et des femmes, l’aide à bien mourir pour ne donner que ces trois exemples actuels, nos discernements sont inspirés par la loi de l’amour qui est en nous. À tâtons et alimentés par la sève divine de la Vie, nous cherchons ensemble et nous avançons avec espoir vers le Royaume de Dieu sur terre.

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Actes 1,11) C’est le message que Jésus nous a laissé en nous quittant. Cessons donc de regarder vers le ciel pour chercher solutions à nos problèmes. Nous sommes des êtres autonomes. Retournons vers nos Galilées, à notre quotidien et c’est là que nous le trouverons au milieu des femmes et des hommes de nos sociétés modernes, quelles que soient leurs croyances ou leur incroyance. Dieu est intimement lié à l’humanité et il l’inspire pour l’amener à la perfection. Nous sommes sa vigne et il l’émonde et en prend soin pour que chaque rameau, chaque sarment donne de belles grosses grappes juteuses et savoureuses. « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit. » Ce changement de regard sur un Dieu très bas et très intime nous aidera à mieux vivre dans une société plurielle et laïque sans nous entourlouper dans des raidissements dévots, sources de divisions et de disputes stériles. L’humanité doit survivre sur une planète qui doit demeurer bleue et vivante. Pour réaliser cette tâche colossale et urgente, nous avons besoin du Souffle de Vie qui anime notre monde par l’intérieur et il faut annoncer la Bonne nouvelle d’un autre monde possible à toute langue, peuple et nation.

Claude Lacaille

 

Prière

Exauce-nous

 

 

Dieu de tendresse, exauce-nous. 
- Prions pour les personnes qui souffrent dans leur corps; qu’elles trouvent réconfort et espérance dans l’amour du Christ. 
- Prions pour les persécutés à cause de la justice; qu’ils trouvent dans la passion du Christ un exemple de courage et de liberté. 
- Prions pour nos Églises; qu’elles soient fidèles à suivre leur Seigneur chevauchant un ânon. 
- Prions pour notre société; qu’elle sache reconnaître et promouvoir tout ce qui concourt à la croissance d’un monde meilleur. 
Dieu de tendresse et de compassion, écoute la prière de ton peuple. Toi qui étais avec ton Fils quand il est entré dans la ville sainte au milieu des acclamations, accorde-nous le même soutien et la même grâce. Nous te le demandons par ce même Jésus, ton Fils, notre Seigneur.  Amen. 


Dimanche de la Pentecôte : Défenseur, Pédagogue et Maître intérieur

« Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

(…)

J’ai encore bien des choses à vous dire mais vous ne pouvez les porter maintenant; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi, et il vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi.

Jean 15, 26-27; 16,12-15

 

1. Le Défenseur

« Quand viendra le Défenseur… » Le terme original traduit par Défenseur est « Para-kléo » qui signifie « appeler auprès de… ». En latin, on dirait : « Ad-vocatus » et, en français, « a-vocat ». On comprend que la liturgie hésite à utiliser le terme « avocat ».

Mais c’est bien l’idée que Jésus évoque. Il parle du procès qui lui est fait : ses accusations, ses témoins, son jugement… Or, dit-il, l’Esprit Saint prendra sa défense et témoignera en sa faveur.

Le même « avocat » prendra aussi la défense de ses disciples. Quand vous serez traînés devant les tribunaux, dit-il, n’ayez crainte, vous aurez un Défenseur.

Croyons que, dans les inévitables combats de notre vie, le même « avocat » prend notre défense.

2. Le pédagogue

« J’aurais encore beaucoup à dire mais vous ne pouvez le porter maintenant… »

Pourquoi ? Avant que Jésus meure et ressuscite, qui pouvait comprendre la portée des paroles de Jésus ? Qui avait une juste intuition de la nouveauté radicale qu’Il apportait ? C’est sa résurrection qui éclaire tout.

Mais nous avons aussi besoin d’un guide : « Quand viendra l’Esprit de vérité, Il vous guidera vers la vérité tout entière ». Qu’est-ce que la vérité tout entière sinon la personne et le message de Jésus : « Je suis la voie, la vérité et la vie » ? L’Esprit Saint ne centre pas l’attention sur Lui-même. Il la dirige vers Jésus qui est « le terme de l’histoire humaine…la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations ».

Comment l’Esprit procède-t-il ? « Il redira ce qu’Il aura entendu… Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ». Il se fait pédagogue voire répétiteur. On peut s’étonner que l’Esprit n’ait rien de personnel à nous communiquer. Mais puisque Jésus nous a tout dit ce qui importait…. L’Esprit, en bon pédagogue, sait qu’Il doit nous répéter les paroles de Jésus.

Nous n’avons jamais fini d’en découvrir la nouveauté.

3. Le Maître intérieur

Mais l’Esprit n’est pas le répétiteur d’un enseignement abstrait et sans lien avec la vie. Il murmure les paroles de Jésus au creux de notre être, en ce lieu privilégié qu’est le cœur. Seul le cœur peut ajuster sa longueur d’onde à celle des paroles de Jésus. Seul le cœur peut vibrer au diapason de la grande histoire d’amour racontée dans les Écritures.

L’Esprit désire aussi nous mener à notre propre vérité. Je devine qu’il reprend, pour chacun de nous, le dialogue de Jésus avec les disciples d’Emmaüs. « De quoi parlais-tu en chemin ? Tu es tout triste… » Et Il nous indique, à partir des Écritures, le sens des évènements de notre vie. Il invite à écouter les mouvements profonds de notre cœur. Marie de l’Incarnation disait : « Écoutez les mouvements de votre cœur, c’est la Parole de Dieu ».

Ignace d’Antioche compare l’Esprit à une source d’eau vive qui murmure : « Viens vers le Père ». Grâce à Lui, en effet, nous deviendrons peu à peu qui nous sommes : des enfants de Dieu.

Mgr Bertrand Blanchet

biologiste et archevêque émérite de Rimouski

 

Prière

                Viens, souffle de Dieu

 

Viens, Saint-Esprit,
toi que je ne vois pas
et qui dessilles les yeux,
que je n’entends pas
et qui déplies les oreilles;
toi dont j’ignore les chemins,
et qui ouvres nos routes;
toi que je ne sens pas et qui es source de tout amour;
toi dont je ne connais pas encore le visage
et qui, pour chaque être, offres son nom :
ô viens, Saint-Esprit,
souffle de Dieu, grand vent de liberté.

 

Toi qui arrives
chargé de l’effluve des prophètes
ou des senteurs des psaumes,
imprégné des béatitudes,
vivifié de la prière des pauvres;
toi qui t’es posé sur le Messie
et que le Fils expirant sur la croix
a transmis aux hommes :
ô viens, Saint-Esprit,
sur toute la face du monde.

Michel Bouttier

 

Église évangélique réforme du Canton de Vaud

Maternité et sainteté

Il y avait un homme de Ramataïm-Çofim, de la montagne d’Éphraïm. Il s’appelait Elqana, fils de Yeroham, fils d’Élihou, fils de Tohou, fils de Çouf, un Éphratéen. Il avait deux femmes : l’une s’appelait Anne et la seconde Peninna. Peninna avait des enfants, Anne n’en avait pas. Tous les ans, cet homme montait de sa ville pour se prosterner devant le Seigneur de l’univers et pour lui sacrifier à Silo. Il y avait là, comme prêtres du Seigneur, les deux fils d’Eli, Hofni et Pinhas.

Vint le jour où Elqana offrait le sacrifice. Il avait coutume d’en donner des parts à sa femme Peninna et à tous les fils et filles de Peninna. Mais à Anne, il donnait une part d’honneur, car c’est Anne qu’il aimait, bien que le Seigneur l’eût rendue stérile. De surcroît, sa rivale ne cessait de lui faire des affronts pour l’humilier, parce que le SEIGNEUR l’avait rendue stérile. Ainsi agissait Elqana tous les ans, chaque fois qu’elle montait à la Maison du Seigneur; ainsi Peninna lui faisait-elle affront. Anne se mit à pleurer et refusa de manger. Son mari Elqana lui dit : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi as-tu le cœur triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? »

Anne se leva après qu’on eut mangé et bu à Silo. Le prêtre Eli était assis sur son siège à l’entrée du temple du Seigneur. Pleine d’amertume, elle adressa une prière au Seigneur en pleurant à chaudes larmes. Elle fit le vœu que voici : « Seigneur de l’univers, si tu daignes regarder la misère de ta servante, te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante et donner à ta servante un garçon, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »

Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n’entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre.  Éli lui dit : « Seras-tu longtemps ivre ? Va cuver ton vin ! » Anne lui répondit : « Je ne suis pas, mon seigneur, une femme entêtée, mais je n’ai bu ni vin ni rien d’enivrant. Je m’épanchais seulement devant le Seigneur. Ne traite pas ta servante comme une fille de rien, car c’est l’excès de mes soucis et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’ici. » Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé ! » Elle dit : « Que ta servante trouve grâce à tes yeux ! » La femme s’en alla, elle mangea et n’eut plus le même visage. Ils se levèrent de bon matin et se prosternèrent devant le Seigneur; puis ils rentrèrent chez eux à Rama. Elqana connut sa femme Anne, et le Seigneur se souvint d’elle.

Or donc, aux jours révolus, Anne, qui était enceinte, enfanta un fils. Elle l’appela Samuel « car, dit-elle, c’est au Seigneur que je l’ai demandé »

I Samuel 1,1-20

 

Dans bien des églises, on souligne la fête des mères, et on a bien raison de le faire. Il est si important de dire merci à nos mères et aux mères de nos communautés, de leur dire qu’on les aime et combien on les aime. Bien sûr, c’est tous les jours de l’année qu’il faut dire à sa maman qu’on l’aime et qu’il faut lui dire merci; 365 fois par année. Mais à la Fête de mères on le fait de façon toute spéciale. Nous retrouvons plusieurs personnages de mères dans mères dans la Bible, et on en connaît plusieurs.

Sarah, qui ne parvient pas à avoir d’enfant et qui demandera à sa servante Hagar (une autre mère elle aussi) de donner un fils à Abraham… et qui finira par enfanter à son tour dans son vieil âge alors qu’elle avait perdu tout espoir.

Rebecca, la femme d’Isaac, mère des deux jumeaux, Jacob et Ésaü.

Les deux sœurs Rachel et Léa qui vont donner plusieurs enfants, des fils et de filles à Jacob.

Ruth, l’immigrée, qui deviendra l’arrière-grand-mère du roi David.

Et bien sûr Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste et Marie, qui a humblement porté en son sein celui qui deviendra le Sauveur du monde.

On retrouve dans la Bible aussi plusieurs mères qui n’ont pas de nom et qui pourtant détiennent des rôles importants dans l’histoire du salut : la mère de Moïse qui a su protéger son petit garçon, la mère de Samson à qui un ange est apparu, les deux femmes qui se disputaient le même enfant devant le roi Salomon; la femme syro-phénicienne qui vient supplier Jésus de guérir sa fille qui est malade…

Cette histoire d’Anne nous est bien connue. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle plusieurs points communs avec l’histoire de Marie : il s’agit de deux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant (la première parce qu’elle se croit stérile et la deuxième parce qu’elle n’a pas encore connu d’homme), deux femmes qui ont deux enfants après une intervention miraculeuse, ce sont deux histoires qui ont un épisode dans le Temple, et les enfants auront tous deux un destin exceptionnel.

On voit ici que le désir d’avoir des enfants a toujours été présent chez les femmes, dans tous les peuples. Et il semble que tous les moyens sont bons pour accomplir ce profond désir : la prière, le jeûne, les interventions divines. Ne pas avoir d’enfants a été pour les femmes une véritable souffrance… et ce l’est toujours pour beaucoup de femmes et de couples d’aujourd’hui. Beaucoup de femmes d’aujourd’hui pourraient certainement s’identifier à Anne dans son désir ardent d’avoir des enfants, dans ce besoin d’enfanter, plus fort que tout. Et tous les moyens qu’offre la médecine moderne semblent bons pour y arriver.

Sans doute pouvons-nous retenir deux choses de ce récit :

1-une naissance est toujours un sujet de réjouissances; pensons à toutes ces femmes qui ont fait la fête de se savoir enceinte : Sarah qui en a ri, Rebecca, Rachel, Ruth et sa belle-mère Noémie, Élisabeth, Marie. Et les pères se réjouissent avec elles, n’est-ce pas ?

2-La Bible contient plusieurs images qui décrivent Dieu comme une mère : les psaumes, dans les prophètes jusqu’à Jésus qui se compare à une poule protégeant sa couvée. Les auteurs bibliques avaient compris qu’il n’a avait rien de plus beau, de plus fort, de plus précieux que l’amour d’une maman pour ces enfants, que rien sur terre ne se rapproche plus de l’amour de Dieu.

David Fines

 

Prières pour les mères

Nous prions :

                -pour nos propres mères que nous ont donné la vie et que nous te présentons avec reconnaissance pour tous les dons qu’elles nous ont faits

-pour les mères dans les points chauds du monde et pour que leurs prières et leurs protestations soient efficaces contre les conflits et la guerre

                -pour les jeunes mères qui se sentent souvent surchargées dans leur nouveau rôle et pour qu'elles trouvent le soutien dont elles ont besoin 

                -pour toutes les mères que personne ne remercie jamais et qui néanmoins transmettent la joie de vivre 

                -pour nos mères défuntes pour qu'elles trouvent la plénitude de la vie chez Dieu.

                -pour les mères qui élèvent seules leurs enfants pour qu'elles reçoivent aide et appui autour d’elles

                -pour les mères qui ont perdu un enfant pour qu'elles puissent trouver à leur côté des personnes affectueuses qui portent avec elles leur affliction

                -pour les belles-mères pour qu’elles aient des relations bonnes et amicales avec leurs belles-filles fondées sur un profond respect mutuel

 

                -pour les mères dans qui retournent sur le marché du travail pour que leur nouvelle situation de vie soit vue comme une occasion d’enrichissement.


Est-ce que mon Dieu est notre Dieu ?

Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court, rejoint Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Alors Pierre sortit, ainsi que l’autre disciple, et ils allèrent au tombeau. 

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n’entra pas. Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n’avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit. C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut. En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. Après quoi, les disciples s’en retournèrent chez eux.

Jean 20,1-10

 

L’importance de Pâques c’est de réfléchir sur la nécessité de rencontrer aujourd’hui le Dieu de Jésus le ressuscité. Il n’y pas de preuves de l’inexistence de Dieu. On ne peut pas non plus démontrer l’existence de Dieu. Même si on peut apporter plusieurs arguments d’un côté ou d’un autre, la certitude n’existe pas. Tout le monde croit : on croit que oui ou on croit que non.

Nous savons que tous les êtres humains ont une expérience de vie. Et cette expérience vitale leur procure des arguments qui deviendront des certitudes pour croire ou pour ne pas croire en Dieu.

La foi est un don, mais aussi une expérience de Dieu qui donne la certitude de son existence. Mais nous ne devons pas oublier que les premiers chrétiens étaient considérés comme des athées.

Parce que, en fait, une personne qui dirait croire en Dieu et une autre qui dirait ne pas croire en Dieu, peuvent, tous les deux, être athées d’un même Dieu.

« Monsieur Einstein, croyez-vous en Dieu ?

-Dites-moi quel Dieu et je vous dirai si j’y crois. » (1)

Un humaniste qui lutte pour un autre monde possible pourra se dire athée. Et cette situation peut souvent se reproduire car lui, et d’autres, auront connu des groupes, personnes croyantes ou Églises ayant présenté un Dieu qui n’est pas Dieu.

L’athéisme peut être une dénonciation de diverses représentations des dieux, des croyances ou des institutions religieuses, qui sont aliénantes et qui produisent des structures d’injustice, de misère, d’exploitation, d’exclusion ou d’oppression.

Engels, ami de Marx, a étudié les guerres des paysans et il admirait Müntzer et les réformateurs radicaux. Il est co-auteur de la phrase « la religion est le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’une époque sans esprit, elle est l’opium du peuple ». Il parle de son expérience, de la religion de son époque.

Nietzsche a annoncé la mort de Dieu, mais de quel Dieu parlait-il ? Le théologien Bonhoeffer a annoncé la naissance d’un christianisme sans religion. Le théologien européen Moltmann disait que Dieu est mort religieusement, mais qu’il existe.

Aujourd’hui nous rencontrons une indifférence généralisée. Le néolibéralisme capitaliste a fait naître cette indifférence. L’être humain arrête d’être humaniste et devient consommateur compulsif. La question est alors : est-ce que Dieu est rentable ?

La science peut aussi devenir un dieu. Mais, parmi les scientifiques, il y a différentes positions sur l’existence de Dieu : nier Dieu ou affirmer que Dieu est nécessaire.

Selon Albert Einstein : « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d’un hasard aveugle est aussi peu crédible que si, après l’explosion d’une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire. » (2)

Mais comme l’être humain a besoin de Dieu pour donner un sens à sa vie, même en l’absence de Dieu, il se fabrique des dieux. Comme les humains ont besoin de Dieu, ils cherchent à mettre leur confiance dans les dieux. Ainsi, ils se fabriquent leurs propres théologies et leurs propres dieux. Des théologiens de la libération ont écrit sur ce sujet un livre intitulé La lutte des Dieux. Le problème n’est pas entre ceux qui disent croire en Dieu et ceux qui disent être athées; le conflit se situe entre les dieux. La question est : « Avec quel Dieu me suis-je engagé ? »

Dieu qui a créé et continue à créer, (selon le Credo de l’Église unie) va agir encore, mais de façon différente car, comme disait Calvin, Dieu, toujours présent dans l’histoire humaine, s’accommode, c’est-à-dire s’adapte, s’incarne, dans les diverses situations de l’histoire et les expériences humaines, exactement comme un éducateur, un excellent pédagogue, pour nous libérer et nous faire avancer en découvrant la vérité.

Il arrivera certainement qu’un jour, le jour d’une nouvelle Pâque, que le projet de Jésus, le Règne de Dieu sans exclusion, adviendra pour tous et toutes; alors il n’y aura plus d’exclusion mutuelle entre la foi et la science !

 

(1) Jacques Languirand et Jean Proulx, À la recherche du Dieu d’Einstein; Édit. Le Jour, Québec 2008; page 121.

(2) ibidem, page 137.

Gonzalo Cruz

pasteur retraité

 

Prière

L’art des petits pas

 

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.

Je ne demande pas de miracles ni de visions,

mais je demande la force pour le quotidien !

 

Rends-moi attentif et inventif pour saisir au bon moment

les connaissances et expériences

qui me touchent particulièrement.

Affermis mes choix dans la répartition de mon temps.

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire.

 

Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure,

que je ne me laisse pas emporter par la vie,

mais que j’organise avec sagesse le déroulement de la journée.

Aide-moi à faire face aussi bien que possible à l’immédiat

et à reconnaître l’heure présente comme la plus importante.

 

Donne-moi de reconnaître avec lucidité

que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs,

qui sont occasions de croître et de mûrir.

Fais de moi un homme capable de rejoindre

ceux et celles qui gisent au fond.

 

Donne-moi non pas ce que je souhaite,

mais ce dont j’ai besoin.

Apprends-moi l’art des petits pas !

Ainsi soit-il. 

Antoine de Saint-Exupéry 

 

(1900-1944)

La tristesse changée en joie

Jésus se rendit compte que ses disciples désiraient l’interroger. Il leur dit donc : « Je vous ai déclaré : D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » Est-ce à ce sujet que vous vous posez des questions entre vous ? Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. Quand une femme va mettre un enfant au monde, elle est en peine parce que le moment de souffrir est arrivé pour elle; mais quand le bébé est né, elle oublie ses souffrances tant elle a de joie qu’un être humain soit venu au monde. De même, vous êtes dans la peine, vous aussi, maintenant; mais je vous reverrai, alors votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne peut vous l’enlever ».

Jean 16,19-22

 

Pour les amis de Jésus, le temps passé avec lui était une fête. Jésus lui-même le voulait ainsi, il leur avait dit dès le début : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! » Dans les villes et villages de Galilée, avec Jésus, c’était une fête de lieu en lieu.

Dès le début aussi, Jésus avait dit des paroles énigmatiques que personne ne pouvait encore comprendre : « Le temps viendra où le marié sera enlevé ». La fête sera finie. La veille de sa mort, Jésus le dit ouvertement : « D’ici peu vous ne me verrez plus ». Jésus sait qu’il va mourir. Et il sait combien ce sera dur pour ses amis. « Oui, je vous le déclare, dit Jésus, c’est la vérité : vous pleurerez et vous vous lamenterez ».

Mais il y a un au-delà de cette tristesse. « D’ici peu vous ne me verrez plus, puis peu de temps après vous me reverrez. » En mourant, Jésus s’en est allé. Mais il est revenu de la mort, et ses amis l’ont vu. La joie chrétienne est une joie pascale. Elle n’est pas détruite par la souffrance et la mort, par l’absence de l’Aimé, l’absence de Dieu. Jésus l’a dit : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie ».

La joie chrétienne n’est pas le contraire de la tristesse. La joie pascale habite nos peines et nos tristesses, et elle les transforme comme de l’intérieur. « Votre peine se changera en joie. » La peine et la tristesse ne cèdent pas à la joie, mais elles sont changées en joie. Même pas toujours changées en joie, mais visitées et éclairées d’une joie.

La tristesse et la joie peuvent être là en même temps, comme, un matin d’automne, le brouillard et la lumière se mêlent sur la colline de Taizé.

Paul nous dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent ». Comment faire quand nous sommes en même temps avec ceux qui sont dans la joie et avec ceux qui pleurent ? Nous ne pouvons mettre en pratique cette parole qu’en chantant et pleurant en même temps. Il existe ce qu’on a appelé une tristesse joyeuse. Il y a une manière triomphante de se réjouir qui ne peut que rendre plus tristes encore ceux qui pleurent. La joie pascale est assez ample pour contenir tristesse et peine. Elle pleure et se réjouit en même temps. Elle fait revenir le sourire sur les visages des malheureux.

Dans la Règle de Taizé, frère Roger a écrit voici bien longtemps : « Ne crains pas de communier aux épreuves d’autrui, n’aie pas peur de la souffrance, car c’est bien souvent au fond de l’abîme qu’est donné la perfection de joie dans la communion du Christ Jésus. »

Communauté de Taizé

 

Prière d’intercession

Jésus Christ, tu viens nous transfigurer pour nous renouveler à l’image de Dieu : illumine nos ténèbres.

Jésus-Christ, lumière du cœur, tu connais notre soif : conduis-nous vers la source de ton Évangile.

Jésus-Christ, lumière du monde, tu éclaires chaque être humain : donne-nous de discerner ta présence en chacun.

Jésus-Christ, ami des pauvres : ouvre en nous les portes de la simplicité pour t’accueillir.

Jésus-Christ, doux et humble de cœur : renouvelle en nous l’esprit d’enfance.

Jésus-Christ, tu donnes à l’Église de préparer ton chemin dans le monde : ouvre pour tous les portes de ton Royaume.

Jésus notre joie, quand nous comprenons que tu nous aimes, quelque chose de notre vie est apaisé et même transformé. Nous te demandons : qu’attends-tu de moi ? Et, par l’Esprit Saint, tu réponds : que rien ne te trouble, je prie en toi, ose le don de ta vie.

 

Jésus le Christ, sans t’avoir vu nous t’aimons. Sans te voir encore, nous te donnons notre confiance. Bénis-nous, nous qui nous reposons en ta paix.


Guérison, irritation

Un lépreux s’approche de lui; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 

Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.

(Marc 1,40-45)

               

Cette guérison spectaculaire d’un lépreux, qui a dû survenir très tôt dans le ministère de Jésus, sera reprise tant par Matthieu que par Luc. Dans les trois récits, la séquence est toujours la même : le lépreux s’approche de Jésus, le supplie à genoux de le guérir, Jésus le touche et le guérit en lui recommandant bien de ne rien dire à personne mais d’aller offrir le sacrifice requis pour authentifier sa guérison et pour sa réintégration dans la communauté religieuse, recommandation que le miraculé ne tiendra pas. Notons que Marc le place après « La journée à Capharnaüm », une journée bien remplie qui a commencé avec la guérison d’un homme à l’esprit impur dans la synagogue, et qui s’est poursuivie avec la guérison de la belle-mère de Pierre, ensuite par d’autres guérisons « après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et démoniaques ». Au petit jour, le lendemain, alors qu’il fait encore nuit, Jésus s’éloigne dans un lieu désert, pour prier. Les disciples, à force de le chercher, finissent par le trouver. C’est alors que ce lépreux s’approche de lui. Marc veut nous montrer, par le récit de cette « journée » et de son lendemain, l’étendue des actions incessantes de Jésus en Galilée, une région défavorisée.

                La guérison de la lèpre pouvait être considérée comme un acte comparable à la résurrection des morts et attribuée à Dieu seul. Signe de l’approche du Règne de Dieu, elle accompagne la résurrection des morts et est comptée parmi les bienfaits des temps du Messie. De ce fait, la consigne du silence avec laquelle se termine le récit (et qui ne sera aucunement respectée) se justifie parfaitement.

La différence majeure entre Marc et les deux autres évangiles tient en ce mot décrivant l’attitude de Jésus : « S’irritant contre lui… » (v.43) Ni Matthieu ni Luc n’ont pu se résoudre à reprendre la crudité prégnante, le réalisme dérangeant de Marc. Les deux suppriment le mot sans vergogne en mettant, pour le premier : « Et Jésus lui dit… » et pour le second : « Alors il lui ordonna de n’en parler à personne. »

Pourtant « irrité » est certainement plus proche de l’événement original. D’autant plus que le verset entier se lit ainsi : « S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. »

Ce n’est certes pas la dernière fois que Jésus s’enflammera contre quelqu’un. La colère de Jésus peut s’expliquer de diverses façons. En s’approchant de lui, le lépreux a enfreint la loi. Impurs et cause d’impuretés, les lépreux se trouvaient sous le coup d’un châtiment divin et mis en ban de la société; ils se devaient de rester à distance des gens normaux et crier « Impur ! Impur ! » à haute voix à l’approche de toute habitation; cependant, Jésus aussi enfreint la loi en touchant l’impur.

Autre possibilité, l’intervention abrupte du lépreux contrarie la volonté de Jésus de prêcher en évitant les attroupements (voir au verset 38 précédent où Jésus s’éloigne dans les bourgs voisins pour fuir les foules « qui le cherchent »).

Soit encore cet impromptu contrarie son désir de ne pas être déclaré (immédiatement) comme Messie et Fils de Dieu.

Les exemples de consigne de garder le silence au sujet des miracles (ou encore sur l’identité de Jésus) sont particulièrement fréquents dans l’évangile de Marc. Mais ce qui frappe c’est que cette consigne est rarement respectée; est-ce cela qui soulève l’ire de Jésus. Pouvait-il croire, espérer, que le rayonnement et les témoignages de la puissance du Messie pouvaient être freinés ?

David Fines

 

Prière

L’important c’est d’aimer

 

Donne-moi,

de consoler ceux et celles qui sont dans la peine.

De sécher les larmes de ceux et celles qui pleurent.

De soulager ceux et celles qui souffrent.

 

                Donne-moi,

                d’espérer avec celles et ceux qui désespèrent.

                De croire avec celles et ceux qui doutent.

                D’apaiser celles et ceux qui ont peur.

 

Donne-moi,

de veiller ceux et celles qui vont vers toi.             

D’être tes bras pour ceux et celles qui sont mal aimées.

D’être la tendresse pour ceux et celles qui sont abandonnées.

               

                Donne-moi d’aimer de ton amour.

                Donne-moi que transparaisse à travers moi ton regard.

Michel Hubault

 


Vivre en vrai pain de vie... comme des sages

« Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c'est ma chair. »

Là-dessus, les Juifs se disputaient vivement entre eux : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » demandaient-ils. 

Jésus reprit : « Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure uni à moi et moi à lui. Tout comme le Père qui m’a envoyé est vivant et comme je vis par lui, de même, celui qui me mange vivra par moi. Voici donc le pain qui est descendu des cieux. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé vos ancêtres, qui sont morts. Mais celui qui mange ce pain vivra pour toujours. » 

Jean 6, 51-58

 

Quelle est la différence entre un repas et un banquet ? Pour prendre part à un banquet, il faut être invité. Un repas n’exige pas d’invitation spéciale. Le dimanche, Jésus nous invite à un banquet, préparé spécialement pour nous. L’audace de Jésus, revendiquant d’être lui-même Sagesse de Dieu, a suscité de vives réactions. Cet homme-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons son père, sa mère. Comment peut-il dire : Je suis descendu du ciel ? L’étonnement des gens, dans la synagogue, va friser le scandale quand Jésus affirmera dans son homélie : Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.

Toute invitation à un banquet nous fait sentir important, habituellement. Nous donne de la dignité. On n’invite pas n’importe qui. Y participer engendre une grande joie. Cela nous fait sortir de la routine et revitalise notre intérieur. Ça fait du bien de se sentir des invités. Et ce matin, nous sentons-nous privilégiés de nous voir offrir une telle table ? Oui, nous nous savons assis à une table qui revitalise, énergise notre monde intérieur.

Le grand défi de ce petit morceau de pain, c’est de le laisser transformer nos vies. La communion n’est pas une parenthèse qui ne change rien à notre communauté, à nos vies. On peut connaître parfaitement le déroulement d’une célébration, on peut encore se souvenir de notre catéchisme et citer par cœur des passages, on peut avoir une grande connaissance de Jésus, savoir d’où il vient, connaître ses parents comme les gens de Nazareth (Marc 6,1-6), mais si Jésus n’influence pas nos vies, ce geste de tendre la main ne sera qu’un geste pieux, sans plus.

Dire oui à cette formule millénaire voici le corps du Christ, c’est affirmer que Jésus est plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes. Dire oui, c’est s’engager à ne pas gaspiller la Parole, ne pas gaspiller ce pain en le gardant pour soi tout seul. Une loi est présentement devant le parlement de France et de l’Union européenne pour obliger les supermarchés à donner leurs surplus invendus aux pauvres. Plus du tiers de la nourriture est gaspillé. L’ONU demande que d’ici 2030, on se fixe l’objectif de donner aux pauvres la moitié de la nourriture présentement jetée. Notre oui à ce pain nous pousse à devenir nourriture dans tous les sens du terme, spirituelle et matérielle.

Quand nous participons à un banquet succulent, nous nous exprimons abondamment sur ce que nous avons mangé et sur les personnes rencontrées. Il devrait en être ainsi avec notre repas d’action de grâces. Si vous manquez de Sagesse, de vie intérieure, si vous manquez d’enthousiasme à partager votre foi, votre table, venez à moi, dit Jésus. Venez manger mon pain et boire le vin que j’ai préparé.

Pouvons-nous nous avouer, sans nous mentir, que ce pain change vraiment nos vies ? Pouvons-nous identifier comment ce pain nous fait grandir, nous fait vivre comme des sages et non comme des fous ? Pas facile de répondre. Pourtant ces sont nos réponses personnelles à ces questions qui nous font comprendre que Jésus est l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré.

Nous mangeons ce pain parce que nous sommes des humains en mode croissance. Non-achevés. Il faut qu’il grandisse en moi, dit Jean-Baptiste. Dire oui à ce pain, c’est reconnaître que nous sommes toujours à naître à Jésus. On entend beaucoup de discours sur l’importance de la croissance économique mais peu sur la croissance que ce pain nous offre. Nous, ici, ce jour, sommes ensemble autour de la table-banquet de Jésus. Nous sommes ce pain qui indique un bel horizon, qui offre à notre monde un banquet désirable.

Gérald Chaput, prêtre

diocèse de Valleyfield

Prière

                Donne ton pain, Seigneur

 

Donne ton pain, Seigneur à ceux et celles qui ont faim,

et donne faim de toi à ceux et celles qui ont du pain,

car toi seul, Seigneur, peut rassasier notre désir.

 

Donne ta force à ceux et celles qui sont faibles

et donne l'humilité à celles et ceux qui se croient forts,

car toi seul, Seigneur, es notre force.

 

Donne la foi à ceux et celles qui doutent,

et donne le doute à ceux et celles qui croient te posséder,

car toi seul, Seigneur, es la vérité.

 

Donne confiance à ceux et celles qui ont peur,

et donne ta crainte à celles et ceux qui ont trop confiance en eux,

car toi seul, Seigneur, soutiens notre espérance.

 

Donne la lumière à ceux et celles qui te cherchent,

et garde dans ton amour ceux et celles qui t’ont trouvé,

pour te chercher encore,
car toi seul, Seigneur, peut combler notre amour.

 

Liturgie de l’Église Protestante Unie de France

L'enterrement

Il y avait un homme malade, Lazare. Il était de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. Marie était celle qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et qui les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. Les deux sœurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » 

Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort; elle servira la gloire de Dieu afin que la gloire du Fils de Dieu soit manifestée par elle. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » 

(…) Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » 

En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » 

Thomas, celui qu’on appelle « le jumeau », dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

(…) Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort! Mais je sais que, maintenant encore, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 

Jésus déclara : « Ton frère ressuscitera. » Marthe répondit : « Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. »

Jésus ajouta : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, déclara-t-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Après avoir dit cela, Marthe s’en alla appeler sa sœur Marie et lui dit en privé : « Le maître est là et il te demande. » 

(…) Marie arriva là où se trouvait Jésus; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. Il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. 

Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. C’était une grotte, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre.  « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la sœur du mort, répliqua : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 

On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Moi je sais que tu m’écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » 

Après ces mots, il cria d’une voix très forte : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Jean 11,1-45,

 

Qu’il est étrange, ce récit ! On pourrait le raconter comme un conte de fées : « Il y avait une fois un homme qui était malade, et il avait deux sœurs. » D’ailleurs, il se termine bien, d’une façon qui met des étoiles dans les yeux : Lazare sort du tombeau, encore tout encombré de son linceul – aujourd’hui, il sortirait de sa tombe, en secouant la terre de ses cheveux. Et pourtant, entre ce début et cette fin heureuse, il y a ce que nous avons tous et toutes connu à la mort de quelqu’un qu’on aime. La famille se réunit, les amis viennent soutenir. On ne sait pas quoi dire : on pleure ensemble, et c’est déjà ça. Même nommer ce qui se passe, c’est difficile. Il est si dur, si définitif, le mot « mort ». Alors on dit qu’il est parti, qu’il n’est plus, ou, comme Jésus le dit ici : « Lazare, notre ami, s’est endormi. » Pourtant la réalité est là, et c’est vers elle que le récit se dirige, avec un regard de plus en plus direct, cru : Jésus « leur dit ouvertement : "Lazare est mort" ». Puis, avec lui, nous nous approchons de la tombe, où il y a la réalité biologique, la pire : « Seigneur, il sent déjà ». Dans l’église, autour du cercueil, on a entendu le prêtre parler du « seuil de la maison du Père » et de la résurrection au dernier jour. Mais, surtout pour une mort prématurée, une mort d’accident, une mort de maladie, cela ne suffit pas à nous consoler. Ce qu’on voudrait, du fond du cœur, c’est que rien ne soit arrivé, que notre frère sorte du cercueil, là, maintenant, qu’on puisse le serrer dans nos bras et que tout soit comme avant.

Dans ce récit de l’évangile de Jean, Jésus fait le chemin bouleversant de nous rejoindre jusque dans cette tristesse inconsolable et jusque dans ce rêve impossible. Au début du récit, il est si confiant en Dieu qu’il nous paraît presque sévère. Mais, quand Marie vient près de lui, entouré de tous ses amis en deuil, c’est comme si leur tristesse débordait en lui : « Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». « Alors », avec eux « Jésus se mit à pleurer. » Et, au milieu de ses larmes, il ressent ce désir secret qui est le nôtre, et il le réalise : alors que Jésus lui-même avait annoncé une résurrection au dernier jour, au chapitre 6 du même Évangile selon Jean, soudain, Lazare sort du tombeau, dès maintenant; de nouveau, il est là. 

Nous n’avons jamais vu quelqu’un sortir de son cercueil : dans notre monde, les journées continuent à faire douze heures, la nuit reste la nuit et le deuil une douleur. Où est Jésus à nos enterrements ? Eh bien, il pleure avec nous; il est avec notre amour blessé, avec notre amour qui tremble d’un désir impossible. La voilà, l’étrange « gloire de Dieu » par laquelle « le Fils de Dieu est glorifié ».

Antoine Paris

étudiant (Université de Montréal/Université Paris-Sorbonne)

 

Prière

                Tu veilleras

Quand je dormirai du sommeil qu’on appelle la mort,
c’est dans ton sein que je reposerai.
Tes bras me tiendront comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.

 

Et tu veilleras.
Sur ceux que j'aime et que j’aurai laissés,
sur ceux qui me chercheraient en ne me trouveront plus,
sur les champs que j’aurai labourés,
tu veilleras.

 

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés,
tu mettras ta paix sur les jours évanouis, passés dans l’angoisse.
Tu purifieras ce qui est impur.
Et de ce que j'aurais été, moi,
pauvre apparence,
ignorée de moi-même et réelle en toi seul,
tu feras ce que tu voudras.

 

Ta volonté est mon espérance,
mon lendemain, mon au-delà,
mon repos et ma sécurité,
car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers.
Les soleils n’en sont qu’un pâle reflet,
et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image.

En toi, je me confie.
À toi, je remets tout.

Charles Wagner

 

EPUdF

Le baptême : tout un plongeon !

L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées;

les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;

et tous verront le salut de Dieu.

Jean disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ; et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 

Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. 

Les foules demandaient à Jean : « Que nous faut-il donc faire ? » Il leur répondait : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Des collecteurs d’impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. »

Des militaires lui demandaient : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. 

Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : « Moi, c’est d’eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle

Mais Hérode le tétrarque, qu’il blâmait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu’il avait commis, ajouta encore ceci à tout le reste : il enferma Jean en prison

Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait ; alors le ciel s’ouvrit; l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré

Luc 3,1-22

 

Luc commence d’abord par nous dire dans quel contexte politique Jean baptise dans le Jourdain autour de l’an 28. C’est la quinzième année de la dictature de Tibère César à Rome; l’occupation de la Palestine dure depuis 91 ans et semble vouloir durer éternellement; Ponce Pilate gouverne la colonie dans le sang (Luc 13,1), le tyran Hérode, allié de Rome, règne en Galilée (Luc 13,31). La population est opprimée par les lourds impôts et la violence des militaires. Les paysans ont vu leurs terres expropriées par les grands propriétaires terriens. Les chefs religieux fourbes et ambitieux, nommés par l’occupant, Caïphe et Hanne, ainsi que leur parti des Saducéens, élèvent le bétail destiné au temple et laissent les paysans sans terres et des conditions de grande précarité. On a fait du sanctuaire juif une caverne de bandits. Il faut que ça change !

On ne peut relire ce récit sans nous situer aujourd’hui dans le contexte politique international. L’empire étasunien qui mène le monde avec ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, font la guerre en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie; des situations abondamment analysées et condamnées au récent FSM. La Chine devient la manufacture de toute la planète et conquiert de plus en plus de marchés dans les plates-bandes de ses rivaux européens et américains; l’Afrique voit ses richesses immenses convoitées et se trouve secouée par la violence. Les multinationales, comme des rapaces, sèment l’injustice, l’inégalité et la corruption pour accaparer les ressources partout. La mondialisation capitaliste triomphe et impose la religion du marché. La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient par millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change !

Jean est fils de Zacharie, prêtre du temple à Jérusalem et par sa mère descendant d’Aaron; il est donc lui-même de la tribu sacerdotale et devrait exercer son office au sanctuaire. Mais Jean a fui Jérusalem et est retourné prêcher au Jourdain, là où jadis, le peuple avait pénétré dans la Terre Promise, cette terre où coulaient le lait et le miel. Pour Jean, il faut recommencer à neuf; il invite tout le peuple à retraverser le Jourdain. Il faut rebâtir une société nouvelle sur la justice. « Changez de mentalité, virez-vous de bord, sinon vous allez tous périr. Il est temps d’un revirement de situation. Redressez les chemins, aplanissez les obstacles, détruisez vos frontières et vos murs de séparation, laissez passer mes peuples. La terre est pour tous et toutes. Bande de croches, de serpents, de sournois, vous dites : "Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans…" Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. La hache est prête à abattre le grand arbre de votre civilisation. » C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif.

Que faut-il faire ? Que faut-il faire ? Jean nous dirait aujourd’hui : Partagez vos biens, cessez d’accumuler, sortez de vos centres d’achat, arrêtez votre course à la consommation, cessez de détruire la terre, l’air et l’eau, changez vos comportements suicidaires. Aux fonctionnaires, le prophète rappelle : Exigez des impôts de façon juste et mettez fin à la collusion et la corruption. Cessez de voler le bien commun. À ceux qui font la guerre, il dit : Ne tuez pas, défendez la paix. Cessez le commerce des armes, cessez de vous enrichir en produisant des engins pour tuer.

Le mot baptême nous rappelle inévitablement le rituel chrétien. Mais dans la bouche de Jean, il signifie plus exactement « plongeon ». Il veut relancer le peuple opprimé qui attend le messie de Dieu pour changer la situation. Mais Jean aura bientôt la tête coupée par Hérode, comme c’est encore la mode en Arabie saoudite et chez autres fanatiques. Alors Jésus vient se plonger devant tout le monde et avec tout le peuple dans le Jourdain. C’est ça l’incarnation; s’identifier avec les opprimés. Jésus – il porte le même nom que son ancêtre Josué – mènera le peuple vers les eaux du repos. Il faudra le suivre, mais il nous plongera dans le feu et le Souffle sacré. Demandez aux pompiers ce que font le feu et le vent quand ils se combinent. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse pour moi jusqu'à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère. » (Luc 12,49-53)

Être disciple de Jésus, c’est être plongé dans le feu de l’action sociale, de l’engagement pour la justice, pour changer de bout en bout ce monde dominé par Mammon. C’est d’être plongé dans le Souffle créateur divin, Souffle qui plane sur le chaos de notre monde. Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclues de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin; pas pour faire se faire baptiser et aller à l’église le dimanche.

Claude Lacaille, bibliste

 

Prières

                Sur les paumes de tes mains

 

Ton baptême, Seigneur,

est sceau d’alliance :

qu’il nous rende libres !

 

Ton baptême, Seigneur,

est don du souffle :

qu’il nous fasse naître !

 

Ton baptême, Seigneur,

est flamme de feu :

qu’il nous brûle d’amour !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vêtement d’eau :

qu’il nous purifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est nouvelle naissance :

qu’il ouvre nos cœurs !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vie d’un peuple :

qu’il nous unifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est source de pardon :

qu’il nous ressuscite !

 

Sur les paumes de tes mains,

nos vies sont gravées,

et ton nom

contient tous nos noms.

 

Pasteur Marc Faessler


Épiphanie : Comment voir le visage de Dieu ?

Moïse dit au Seigneur : « Vois ! Tu me dis toi-même : “Fais monter ce peuple”, mais tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi. Pourtant, c’est toi qui avais dit : “Je te connais par ton nom”, et aussi : “Tu as trouvé grâce à mes yeux”. Et maintenant, si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai; ainsi, de fait, j’aurai trouvé grâce à tes yeux. Et puis, considère que cette nation, c’est ton peuple ! » 

Il dit : « Irai-je en personne t’accorder le repos ? » 

Il lui dit : « Si tu ne viens pas en personne, ne nous fais pas monter d’ici. Et à quoi donc reconnaîtra-t-on que, moi et ton peuple, nous avons trouvé grâce à tes yeux ? N’est-ce pas quand tu marcheras avec nous, et que nous serons différents, moi et ton peuple, de tout peuple qui est sur la surface de la terre ? » 

Le Seigneur dit à Moïse : « Ce que tu viens de dire, je le ferai aussi, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. »

Il dit : « Fais-moi donc voir ta gloire ! » 

Il dit : « Je ferai passer sur toi tous mes bienfaits et je proclamerai devant toi le nom de “Seigneur”; j’accorde ma bienveillance à qui je l’accorde, je fais miséricorde à qui je fais miséricorde. » 

Il dit : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre. » 

Le Seigneur dit : « Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors, quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t’abriterai tant que je passerai. Puis j’écarterai ma main, et tu me verras de dos; mais ma face, on ne peut la voir. 

Exode 33,12-23

 

Si l’on avait à échanger avec un étranger dans l’autobus ou dans une salle d’attente, on parlerait peut-être de nos enfants ou de nos proches. On sortirait de notre portefeuille – ou peut-être d’avantage de nos jours, de notre téléphone cellulaire – de précieuses photos affichant des visages qui nous sont familiers mais qui sont nouveaux pour l’autre personne. Souvent ces photos passées de mains en mains sont usées d’avoir été maintes fois touchées. 

L’histoire tirée du chapitre 33 de l’Exode se situe vers la fin de la vie de Moïse. On a l’impression que la conversation est empreinte de familiarité. C’est une relation intime que vivent Moïse et Dieu, assez intime pour que Moïse ose demander : « Montre-moi ton visage. » La loi était pourtant claire à ce sujet, personne ne pouvait voir Dieu et vivre ! Mais Moïse qui a capté l’attention de Dieu pousse la familiarité encore plus loin pour tenter de vivre une expérience que personne d’autre n’a jamais vécue. (En fait, la demande de Moïse est plutôt : Fais-moi de contempler ta gloire ! Ce qui revient à demander de « voir » l’identité même de Dieu.)

Dans ce texte, Dieu s’entretient avec Moïse sur un ton familier. C’est que Moïse est habitué à la rencontre de Dieu : dans le désert, devant le buisson ardent, dans l’appel à aller vers Pharaon, devant la Mer Rouge et sur le Mont Sinaï. Ces récits parlent de moments de « face à face » ! Mais jamais Moïse n’a demandé quoi que ce soit avec autant d’audace : « Puisque j’ai ta faveur, fais-moi connaître tes intentions… Permet-moi de voir ta gloire (ou ta face/ton visage) ».

Réponse à cette déjà assez étonnante : « Le Seigneur dit alors : Je vais passer devant toi en te montrant toute ma bonté en proclamant mon nom "Le Seigneur"… Cependant, tu ne pourras pas me contempler de face, car aucun être humain ne peut me voir de face et rester en vie ». La requête de Moise est en partie exaucée. Il va vivre ce que peu auront le privilège de vivre et expérimenter une profonde intimité spirituelle avec Dieu. Certains textes suggèrent que Dieu se montre de dos, comme si Dieu avait un corps. Au fil des siècles, ce dilemme a persisté pour les fidèles : comment adorer et vivre une relation d’intimité avec Dieu sans pouvoir contempler sa face ? Comment attester la réalité de Dieu sans preuve concrète de son existence ? Et bien, au-delà de ce récit qui parle de la « face » de Dieu ou d’une rencontre « face à face » sortant de l’ordinaire, toute personne croyante doit accepter que, par la foi, la réalité de Dieu n’a pas besoin de preuve corporelle pour être vraie. Dieu est Esprit et nous devons l’adorer en esprit et en vérité.

 

L’image de Dieu

Dans l’un des deux récits de la Création, on peut lire : « Faisons l’être humain à notre image ». Le souffle de Dieu est porteur de vie. L’image de Dieu se trouve en chaque être humain. Les chrétiens grecs avaient une expression qui traduit cela : « Le visage de Dieu se voit dans chaque enfant nouveau-né ». À la naissance de mes enfants, j’ai compris leur premier cri non seulement comme un cri de vie mais également comme un cri de louange. Si j’avais nié l’existence de Dieu jusque-là, cette expérience si émouvante et si profonde m’aurait certainement converti à la Vie. Dieu était bel et bien présent dans cette salle de naissance, avec sa petite tête rousse si vulnérable. En nous, se trouve l’image du Créateur. Le psaume 124 lance un cri de foi : « Les cieux déclarent la gloire (le visage) de Dieu! » Sans pouvoir prouver l’existence de Dieu, mon esprit ne se lasse pas de contempler sa présence quand je suis devant la Création ou devant un(e) enfant si merveilleusement vivant(e).

Je n’ai pas de photo à montrer pour partager ma foi en Dieu. Je n’ai pas de preuve à offrir, de visage à présenter… de quelque forme que ce soit. Et pourtant je sens une présence, je fais l’expérience du Divin quand je contemple les merveilles de la Création qui prend aussi la forme d’un bébé vulnérable. Je ne suis pas surpris que le visage de Dieu que je contemple dans la prière est celui qui se manifeste à Noël et à l’Épiphanie : celui d’un Enfant né dans la réalité de l’existence humaine que l’on vient adorer. Et je pense aux paroles de l’évangile de Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire que le Fils de Dieu unique reçoit du Père. » (1,14) Paroles qui sont en harmonie presque parfaite avec celles des mages parlant du « roi des Juifs qui vient de naître » : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » (Matthieu 2,2) La gloire, le visage, la face de Dieu parmi nous en Jésus, l’enfant de la crèche et de la solidarité humaine au-delà de toutes frontières.

Quand je prie Dieu, quand j’adore Dieu, je n’ai pas de visage à contempler à part de celui de Jésus, Parole faite chair. La face de Dieu est bien celle de cet Humain qui a vécu comme nous toutes les fragilités, les défis et les joies des humains sur la terre. Même Jésus affirme que celui qui le voit a vu Dieu le Père. Voir l’un c’est voir l’autre.

Comme chrétien j’affirme une foi qui ne dépend pas de quelconques preuves. Quand je suis en communion avec la Vie, peu importe où elle se trouve, je suis en présence de la Vie, du Créateur. Si je lutte pour les plus vulnérables dans ce monde, c’est parce que je vois en eux le visage de Dieu. Je vois la Vie de Dieu dans leur regard. Pas seulement celle de nos enfants, mais de tous les enfants, pas seulement celle de nos personnes fragiles mais de toute personne vulnérable où qu’elle soit. L’image de Dieu est là, le visage du Christ est là, et mes prières et actions pour le règne de Dieu sont là !

David Lefneski, pasteur

Tiré de La vie chrétienne

Prière

                Te chercher et te trouver

 

Les fêtes sont achevées, Seigneur,

et notre vie, à nouveau, s’ouvre sur le temps ordinaire.

Mais en nous, pareil à une couronne d’étoiles accrochée aux voûtes de la nuit,

brille le mystère de ta naissance qu’une fois encore nous avons contemplé.

 

Aussi, venant de Noël et de l’Épiphanie,

partons-nous, remplis de confiance, sur les routes ordinaires

car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière

d’où nous descendons transfigurés

afin de traverser avec courage

les terres banales où se joue notre existence

et où s’épanouit notre baptême;

remplis de foi et d’espérance nous partons sur les routes ordinaires.

 

Allant de paix en joie,

de vérité en justice et en humilité,

nous avancerons de signe en signe le long des jalons

qui conduisent à ta présence.

 

Avant de partir, Seigneur sur les routes ordinaires,

voici notre prière unique :

fais-nous la grâce d’être à notre tour,

à notre place ordinaire de chaque jour,

des signes discrets et clairs de ta fidèle proximité,

afin que nos frères et sœurs de la terre puissent

te chercher et te trouver

toi Dieu qui as choisi la terre pour demeure d’éternité.

Charles Singer