Capsules bibliques au cours des saisons

Ces capsules bibliques vont suivre le rythme des saisons de l'Église : Avent, Noël, Épiphanie, Carême, Pâques, Pentecôte... Elles sont offertes à votre réflexion en votre chemin de foi.

Elles vous sont offertes par plusieurs auteurs, pasteurs, prêtres, théologiennes, écrivains... 

Elles se présentent en trois parties : un texte biblique, un commentaire et une prière de circonstances; à l'origine utilisées pour l'émission radiophonique Les Chemins protestants, elles ont compilées et retranscrites par David Fines.


L'enterrement

Il y avait un homme malade, Lazare. Il était de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. Marie était celle qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et qui les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. Les deux sœurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » 

Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne conduit pas à la mort; elle servira la gloire de Dieu afin que la gloire du Fils de Dieu soit manifestée par elle. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » 

(…) Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » 

En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » 

Thomas, celui qu’on appelle « le jumeau », dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

(…) Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort! Mais je sais que, maintenant encore, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » 

Jésus déclara : « Ton frère ressuscitera. » Marthe répondit : « Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. »

Jésus ajouta : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, déclara-t-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Après avoir dit cela, Marthe s’en alla appeler sa sœur Marie et lui dit en privé : « Le maître est là et il te demande. » 

(…) Marie arriva là où se trouvait Jésus; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. Il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. 

Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. C’était une grotte, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre.  « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la sœur du mort, répliqua : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 

On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Moi je sais que tu m’écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » 

Après ces mots, il cria d’une voix très forte : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Jean 11,1-45,

 

Qu’il est étrange, ce récit ! On pourrait le raconter comme un conte de fées : « Il y avait une fois un homme qui était malade, et il avait deux sœurs. » D’ailleurs, il se termine bien, d’une façon qui met des étoiles dans les yeux : Lazare sort du tombeau, encore tout encombré de son linceul – aujourd’hui, il sortirait de sa tombe, en secouant la terre de ses cheveux. Et pourtant, entre ce début et cette fin heureuse, il y a ce que nous avons tous et toutes connu à la mort de quelqu’un qu’on aime. La famille se réunit, les amis viennent soutenir. On ne sait pas quoi dire : on pleure ensemble, et c’est déjà ça. Même nommer ce qui se passe, c’est difficile. Il est si dur, si définitif, le mot « mort ». Alors on dit qu’il est parti, qu’il n’est plus, ou, comme Jésus le dit ici : « Lazare, notre ami, s’est endormi. » Pourtant la réalité est là, et c’est vers elle que le récit se dirige, avec un regard de plus en plus direct, cru : Jésus « leur dit ouvertement : "Lazare est mort" ». Puis, avec lui, nous nous approchons de la tombe, où il y a la réalité biologique, la pire : « Seigneur, il sent déjà ». Dans l’église, autour du cercueil, on a entendu le prêtre parler du « seuil de la maison du Père » et de la résurrection au dernier jour. Mais, surtout pour une mort prématurée, une mort d’accident, une mort de maladie, cela ne suffit pas à nous consoler. Ce qu’on voudrait, du fond du cœur, c’est que rien ne soit arrivé, que notre frère sorte du cercueil, là, maintenant, qu’on puisse le serrer dans nos bras et que tout soit comme avant.

Dans ce récit de l’évangile de Jean, Jésus fait le chemin bouleversant de nous rejoindre jusque dans cette tristesse inconsolable et jusque dans ce rêve impossible. Au début du récit, il est si confiant en Dieu qu’il nous paraît presque sévère. Mais, quand Marie vient près de lui, entouré de tous ses amis en deuil, c’est comme si leur tristesse débordait en lui : « Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». « Alors », avec eux « Jésus se mit à pleurer. » Et, au milieu de ses larmes, il ressent ce désir secret qui est le nôtre, et il le réalise : alors que Jésus lui-même avait annoncé une résurrection au dernier jour, au chapitre 6 du même Évangile selon Jean, soudain, Lazare sort du tombeau, dès maintenant; de nouveau, il est là. 

Nous n’avons jamais vu quelqu’un sortir de son cercueil : dans notre monde, les journées continuent à faire douze heures, la nuit reste la nuit et le deuil une douleur. Où est Jésus à nos enterrements ? Eh bien, il pleure avec nous; il est avec notre amour blessé, avec notre amour qui tremble d’un désir impossible. La voilà, l’étrange « gloire de Dieu » par laquelle « le Fils de Dieu est glorifié ».

Antoine Paris

étudiant (Université de Montréal/Université Paris-Sorbonne)

 

Prière

                Tu veilleras

Quand je dormirai du sommeil qu’on appelle la mort,
c’est dans ton sein que je reposerai.
Tes bras me tiendront comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.

 

Et tu veilleras.
Sur ceux que j'aime et que j’aurai laissés,
sur ceux qui me chercheraient en ne me trouveront plus,
sur les champs que j’aurai labourés,
tu veilleras.

 

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés,
tu mettras ta paix sur les jours évanouis, passés dans l’angoisse.
Tu purifieras ce qui est impur.
Et de ce que j'aurais été, moi,
pauvre apparence,
ignorée de moi-même et réelle en toi seul,
tu feras ce que tu voudras.

 

Ta volonté est mon espérance,
mon lendemain, mon au-delà,
mon repos et ma sécurité,
car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers.
Les soleils n’en sont qu’un pâle reflet,
et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image.

En toi, je me confie.
À toi, je remets tout.

Charles Wagner

 

EPUdF

Le baptême : tout un plongeon !

L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 

Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées;

les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;

et tous verront le salut de Dieu.

Jean disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ; et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons pour père Abraham.” Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 

Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. 

Les foules demandaient à Jean : « Que nous faut-il donc faire ? » Il leur répondait : « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Des collecteurs d’impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. »

Des militaires lui demandaient : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. 

Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : « Moi, c’est d’eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle

Mais Hérode le tétrarque, qu’il blâmait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu’il avait commis, ajouta encore ceci à tout le reste : il enferma Jean en prison

Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait ; alors le ciel s’ouvrit; l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré

Luc 3,1-22

 

Luc commence d’abord par nous dire dans quel contexte politique Jean baptise dans le Jourdain autour de l’an 28. C’est la quinzième année de la dictature de Tibère César à Rome; l’occupation de la Palestine dure depuis 91 ans et semble vouloir durer éternellement; Ponce Pilate gouverne la colonie dans le sang (Luc 13,1), le tyran Hérode, allié de Rome, règne en Galilée (Luc 13,31). La population est opprimée par les lourds impôts et la violence des militaires. Les paysans ont vu leurs terres expropriées par les grands propriétaires terriens. Les chefs religieux fourbes et ambitieux, nommés par l’occupant, Caïphe et Hanne, ainsi que leur parti des Saducéens, élèvent le bétail destiné au temple et laissent les paysans sans terres et des conditions de grande précarité. On a fait du sanctuaire juif une caverne de bandits. Il faut que ça change !

On ne peut relire ce récit sans nous situer aujourd’hui dans le contexte politique international. L’empire étasunien qui mène le monde avec ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, font la guerre en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie; des situations abondamment analysées et condamnées au récent FSM. La Chine devient la manufacture de toute la planète et conquiert de plus en plus de marchés dans les plates-bandes de ses rivaux européens et américains; l’Afrique voit ses richesses immenses convoitées et se trouve secouée par la violence. Les multinationales, comme des rapaces, sèment l’injustice, l’inégalité et la corruption pour accaparer les ressources partout. La mondialisation capitaliste triomphe et impose la religion du marché. La pauvreté est galopante et les réfugiés s’enfuient par millions sur les routes et sur la mer. Le terrorisme menace la sécurité des nations. Il faut que ça change !

Jean est fils de Zacharie, prêtre du temple à Jérusalem et par sa mère descendant d’Aaron; il est donc lui-même de la tribu sacerdotale et devrait exercer son office au sanctuaire. Mais Jean a fui Jérusalem et est retourné prêcher au Jourdain, là où jadis, le peuple avait pénétré dans la Terre Promise, cette terre où coulaient le lait et le miel. Pour Jean, il faut recommencer à neuf; il invite tout le peuple à retraverser le Jourdain. Il faut rebâtir une société nouvelle sur la justice. « Changez de mentalité, virez-vous de bord, sinon vous allez tous périr. Il est temps d’un revirement de situation. Redressez les chemins, aplanissez les obstacles, détruisez vos frontières et vos murs de séparation, laissez passer mes peuples. La terre est pour tous et toutes. Bande de croches, de serpents, de sournois, vous dites : "Nous sommes des fils et filles d’Abraham, des juifs, des chrétiens, des musulmans…" Ça ne veut absolument rien dire, ça ne change rien du tout. La hache est prête à abattre le grand arbre de votre civilisation. » C’est le message de Jean et ce sera celui de Jésus. Un message subversif.

Que faut-il faire ? Que faut-il faire ? Jean nous dirait aujourd’hui : Partagez vos biens, cessez d’accumuler, sortez de vos centres d’achat, arrêtez votre course à la consommation, cessez de détruire la terre, l’air et l’eau, changez vos comportements suicidaires. Aux fonctionnaires, le prophète rappelle : Exigez des impôts de façon juste et mettez fin à la collusion et la corruption. Cessez de voler le bien commun. À ceux qui font la guerre, il dit : Ne tuez pas, défendez la paix. Cessez le commerce des armes, cessez de vous enrichir en produisant des engins pour tuer.

Le mot baptême nous rappelle inévitablement le rituel chrétien. Mais dans la bouche de Jean, il signifie plus exactement « plongeon ». Il veut relancer le peuple opprimé qui attend le messie de Dieu pour changer la situation. Mais Jean aura bientôt la tête coupée par Hérode, comme c’est encore la mode en Arabie saoudite et chez autres fanatiques. Alors Jésus vient se plonger devant tout le monde et avec tout le peuple dans le Jourdain. C’est ça l’incarnation; s’identifier avec les opprimés. Jésus – il porte le même nom que son ancêtre Josué – mènera le peuple vers les eaux du repos. Il faudra le suivre, mais il nous plongera dans le feu et le Souffle sacré. Demandez aux pompiers ce que font le feu et le vent quand ils se combinent. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et combien je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse pour moi jusqu'à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère. » (Luc 12,49-53)

Être disciple de Jésus, c’est être plongé dans le feu de l’action sociale, de l’engagement pour la justice, pour changer de bout en bout ce monde dominé par Mammon. C’est d’être plongé dans le Souffle créateur divin, Souffle qui plane sur le chaos de notre monde. Tant que nous prétendrons être des chrétiens et chrétiennes bien confortables avec leurs petites cérémonies pieuses, sans risquer notre vie et notre réputation pour défendre les plus petits, les plus pauvres, les exclues de nos sociétés, nous ne serons pas plongés dans le feu et le Souffle sacré. Cette religion est vaine. Changer le monde, le rendre habitable pour tous et toutes sans exception, faire de la terre un grand jardin où il fait bon vivre, c’est pour ça qu’on plonge, qu’on reçoit un Souffle divin; pas pour faire se faire baptiser et aller à l’église le dimanche.

Claude Lacaille, bibliste

 

Prières

                Sur les paumes de tes mains

 

Ton baptême, Seigneur,

est sceau d’alliance :

qu’il nous rende libres !

 

Ton baptême, Seigneur,

est don du souffle :

qu’il nous fasse naître !

 

Ton baptême, Seigneur,

est flamme de feu :

qu’il nous brûle d’amour !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vêtement d’eau :

qu’il nous purifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est nouvelle naissance :

qu’il ouvre nos cœurs !

 

Ton baptême, Seigneur,

est vie d’un peuple :

qu’il nous unifie !

 

Ton baptême, Seigneur,

est source de pardon :

qu’il nous ressuscite !

 

Sur les paumes de tes mains,

nos vies sont gravées,

et ton nom

contient tous nos noms.

 

Pasteur Marc Faessler


Épiphanie : Comment voir le visage de Dieu ?

Moïse dit au Seigneur : « Vois ! Tu me dis toi-même : “Fais monter ce peuple”, mais tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi. Pourtant, c’est toi qui avais dit : “Je te connais par ton nom”, et aussi : “Tu as trouvé grâce à mes yeux”. Et maintenant, si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître ton chemin, et je te connaîtrai; ainsi, de fait, j’aurai trouvé grâce à tes yeux. Et puis, considère que cette nation, c’est ton peuple ! » 

Il dit : « Irai-je en personne t’accorder le repos ? » 

Il lui dit : « Si tu ne viens pas en personne, ne nous fais pas monter d’ici. Et à quoi donc reconnaîtra-t-on que, moi et ton peuple, nous avons trouvé grâce à tes yeux ? N’est-ce pas quand tu marcheras avec nous, et que nous serons différents, moi et ton peuple, de tout peuple qui est sur la surface de la terre ? » 

Le Seigneur dit à Moïse : « Ce que tu viens de dire, je le ferai aussi, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. »

Il dit : « Fais-moi donc voir ta gloire ! » 

Il dit : « Je ferai passer sur toi tous mes bienfaits et je proclamerai devant toi le nom de “Seigneur”; j’accorde ma bienveillance à qui je l’accorde, je fais miséricorde à qui je fais miséricorde. » 

Il dit : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre. » 

Le Seigneur dit : « Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors, quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t’abriterai tant que je passerai. Puis j’écarterai ma main, et tu me verras de dos; mais ma face, on ne peut la voir. 

Exode 33,12-23

 

Si l’on avait à échanger avec un étranger dans l’autobus ou dans une salle d’attente, on parlerait peut-être de nos enfants ou de nos proches. On sortirait de notre portefeuille – ou peut-être d’avantage de nos jours, de notre téléphone cellulaire – de précieuses photos affichant des visages qui nous sont familiers mais qui sont nouveaux pour l’autre personne. Souvent ces photos passées de mains en mains sont usées d’avoir été maintes fois touchées. 

L’histoire tirée du chapitre 33 de l’Exode se situe vers la fin de la vie de Moïse. On a l’impression que la conversation est empreinte de familiarité. C’est une relation intime que vivent Moïse et Dieu, assez intime pour que Moïse ose demander : « Montre-moi ton visage. » La loi était pourtant claire à ce sujet, personne ne pouvait voir Dieu et vivre ! Mais Moïse qui a capté l’attention de Dieu pousse la familiarité encore plus loin pour tenter de vivre une expérience que personne d’autre n’a jamais vécue. (En fait, la demande de Moïse est plutôt : Fais-moi de contempler ta gloire ! Ce qui revient à demander de « voir » l’identité même de Dieu.)

Dans ce texte, Dieu s’entretient avec Moïse sur un ton familier. C’est que Moïse est habitué à la rencontre de Dieu : dans le désert, devant le buisson ardent, dans l’appel à aller vers Pharaon, devant la Mer Rouge et sur le Mont Sinaï. Ces récits parlent de moments de « face à face » ! Mais jamais Moïse n’a demandé quoi que ce soit avec autant d’audace : « Puisque j’ai ta faveur, fais-moi connaître tes intentions… Permet-moi de voir ta gloire (ou ta face/ton visage) ».

Réponse à cette déjà assez étonnante : « Le Seigneur dit alors : Je vais passer devant toi en te montrant toute ma bonté en proclamant mon nom "Le Seigneur"… Cependant, tu ne pourras pas me contempler de face, car aucun être humain ne peut me voir de face et rester en vie ». La requête de Moise est en partie exaucée. Il va vivre ce que peu auront le privilège de vivre et expérimenter une profonde intimité spirituelle avec Dieu. Certains textes suggèrent que Dieu se montre de dos, comme si Dieu avait un corps. Au fil des siècles, ce dilemme a persisté pour les fidèles : comment adorer et vivre une relation d’intimité avec Dieu sans pouvoir contempler sa face ? Comment attester la réalité de Dieu sans preuve concrète de son existence ? Et bien, au-delà de ce récit qui parle de la « face » de Dieu ou d’une rencontre « face à face » sortant de l’ordinaire, toute personne croyante doit accepter que, par la foi, la réalité de Dieu n’a pas besoin de preuve corporelle pour être vraie. Dieu est Esprit et nous devons l’adorer en esprit et en vérité.

 

L’image de Dieu

Dans l’un des deux récits de la Création, on peut lire : « Faisons l’être humain à notre image ». Le souffle de Dieu est porteur de vie. L’image de Dieu se trouve en chaque être humain. Les chrétiens grecs avaient une expression qui traduit cela : « Le visage de Dieu se voit dans chaque enfant nouveau-né ». À la naissance de mes enfants, j’ai compris leur premier cri non seulement comme un cri de vie mais également comme un cri de louange. Si j’avais nié l’existence de Dieu jusque-là, cette expérience si émouvante et si profonde m’aurait certainement converti à la Vie. Dieu était bel et bien présent dans cette salle de naissance, avec sa petite tête rousse si vulnérable. En nous, se trouve l’image du Créateur. Le psaume 124 lance un cri de foi : « Les cieux déclarent la gloire (le visage) de Dieu! » Sans pouvoir prouver l’existence de Dieu, mon esprit ne se lasse pas de contempler sa présence quand je suis devant la Création ou devant un(e) enfant si merveilleusement vivant(e).

Je n’ai pas de photo à montrer pour partager ma foi en Dieu. Je n’ai pas de preuve à offrir, de visage à présenter… de quelque forme que ce soit. Et pourtant je sens une présence, je fais l’expérience du Divin quand je contemple les merveilles de la Création qui prend aussi la forme d’un bébé vulnérable. Je ne suis pas surpris que le visage de Dieu que je contemple dans la prière est celui qui se manifeste à Noël et à l’Épiphanie : celui d’un Enfant né dans la réalité de l’existence humaine que l’on vient adorer. Et je pense aux paroles de l’évangile de Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire que le Fils de Dieu unique reçoit du Père. » (1,14) Paroles qui sont en harmonie presque parfaite avec celles des mages parlant du « roi des Juifs qui vient de naître » : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » (Matthieu 2,2) La gloire, le visage, la face de Dieu parmi nous en Jésus, l’enfant de la crèche et de la solidarité humaine au-delà de toutes frontières.

Quand je prie Dieu, quand j’adore Dieu, je n’ai pas de visage à contempler à part de celui de Jésus, Parole faite chair. La face de Dieu est bien celle de cet Humain qui a vécu comme nous toutes les fragilités, les défis et les joies des humains sur la terre. Même Jésus affirme que celui qui le voit a vu Dieu le Père. Voir l’un c’est voir l’autre.

Comme chrétien j’affirme une foi qui ne dépend pas de quelconques preuves. Quand je suis en communion avec la Vie, peu importe où elle se trouve, je suis en présence de la Vie, du Créateur. Si je lutte pour les plus vulnérables dans ce monde, c’est parce que je vois en eux le visage de Dieu. Je vois la Vie de Dieu dans leur regard. Pas seulement celle de nos enfants, mais de tous les enfants, pas seulement celle de nos personnes fragiles mais de toute personne vulnérable où qu’elle soit. L’image de Dieu est là, le visage du Christ est là, et mes prières et actions pour le règne de Dieu sont là !

David Lefneski, pasteur

Tiré de La vie chrétienne

Prière

                Te chercher et te trouver

 

Les fêtes sont achevées, Seigneur,

et notre vie, à nouveau, s’ouvre sur le temps ordinaire.

Mais en nous, pareil à une couronne d’étoiles accrochée aux voûtes de la nuit,

brille le mystère de ta naissance qu’une fois encore nous avons contemplé.

 

Aussi, venant de Noël et de l’Épiphanie,

partons-nous, remplis de confiance, sur les routes ordinaires

car les fêtes sont pour nous des sommets de lumière

d’où nous descendons transfigurés

afin de traverser avec courage

les terres banales où se joue notre existence

et où s’épanouit notre baptême;

remplis de foi et d’espérance nous partons sur les routes ordinaires.

 

Allant de paix en joie,

de vérité en justice et en humilité,

nous avancerons de signe en signe le long des jalons

qui conduisent à ta présence.

 

Avant de partir, Seigneur sur les routes ordinaires,

voici notre prière unique :

fais-nous la grâce d’être à notre tour,

à notre place ordinaire de chaque jour,

des signes discrets et clairs de ta fidèle proximité,

afin que nos frères et sœurs de la terre puissent

te chercher et te trouver

toi Dieu qui as choisi la terre pour demeure d’éternité.

Charles Singer