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1 Corinthiens 13 : L’Hymne à l’amour

 

                On peut donc à juste titre penser que Paul a reproduit cet « hymne à l’amour » d’ailleurs ou qu’il l’a repris d’un autre auteur en le remaniant à sa guise pour qu’il s’agence parfaitement dans son propos sur les dons de l’Esprit des chapitres 12 à 14 de sa Première Lettre aux Corinthiens, tant les caractéristiques poétiques sont nombreuses et manifestes : refrains, composition par strophe, rythmique des phrases ; et dans la langue grecque de composition : assonances et allitération interne, sans oublier la puissance des images qui se répondent en un effet-miroir éblouissant…

Ce qui nous importe est que l’auteur de cet hymne, quel qu’il soit, était certes un poète de grand talent. Il n’est donc pas étonnant que l’apôtre ait été impressionné par les qualités de ce texte et s’en soit inspiré afin de l’inclure dans son épître. Il est à remarquer, ce qu’on a tendance à ignorer, que les envolées poétiques sont plus nombreuses qu’on le croit dans les Lettres de Paul, et l’apôtre y a recours en plusieurs occasions au même procédé d’utiliser ou de s’inspirer d’un texte poétique ou d’un hymne déjà écrit ; par exemple dans son Cantique au Christ, chef de l’Univers dans l’Épître aux Colossiens (1,15-20), ou encore son Hymne à l’abaissement et à l’élévation du Christ dans la Lettre aux Philippiens (2,6-11), et probablement aussi dans la profession de foi de I Corinthiens 15,4-5.

Il n’est donc pas étonnant non plus que les paroles de cet « hymne à l’amour » aient inspirés tant de poètes et d’écrivains au cours des âges et que les paroles de ce chapitre aient été si souvent mises en musique par les Églises. Elles sont si belles et elle se récitent ou se chantent si bien.

                Mais le thème en lui-même est également inspirant, un thème dès plus simples et des plus universels, celui l’amour. Il est question ici surtout de l’amour fraternel, ce sentiment profond et ineffable, entre les frères et les sœurs d’une communauté renouvelée, unie, transformée et appelée à transformer le monde par le témoignage même de l’amour qui s’y vit selon le commandement de Jésus lui-même : « Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » (Jn 13,35) Cependant même si le saint amour de Dieu pour les humains n’est pas spécifiquement mentionné dans cet « hymne à l’amour », il y est implicitement inclus; ceci est le plus éloquemment évident dans la finale.

                Donc, un texte poétique d’une beauté intrinsèque et un thème, celui de l’amour offert généreusement et gratuitement, qui rejoint beaucoup la sensibilité de nos contemporains; il n’est donc pas étonnant que ce texte ait acquis, on pourrait dire, est une vie par lui-même en ayant trouvé sa place si facilement sa place dans nos liturgies, nos célébrations, nos méditations. Déjà, au IXe siècle, deux moines, les frères Cyrille et Méthode l’ont utilisé abondamment dans tout au long de leurs élans missionnaires. Mais il n’est pas étonnant non plus qu’il ait trouvé et trouve écoute auprès de la population en général, croyante comme non-croyante. Et peut-être justement parce que le nom de Dieu ne soit pas mentionné fait que ce texte résonne encore plus aux oreilles des personnes qui ont pris leurs distances avec la religion institutionnalisée, étant moins « menaçant », par exemple, que le cependant tout aussi vrai, « Dieu est amour » de Jean (I Jean 4,16).

J’ai souvent chanté cet « hymne à l’amour » de Paul, et certainement plusieurs d’entre vous, dans l’une ou l’autre de ses versions modernes, autour d’un feu de camp avec un simple accompagnement à la guitare, avec un refrain aisément repris par un groupe de jeunes campeurs en oraison.

Mais de plus, c’est sans contredit l’un des textes, bibliques ou profanes, les plus souvent utilisé lors des célébrations de mariage (à côté de passages puisés du Cantique des Cantiques ou de l’œuvre de Paulo Coelho).

 

L’amour est certes est certes l’un des forces intérieures fondamentales de l’être humain : qu’il est beau de s’aimer, qu’il est beau de manifester, de vivre un amour sans borne les uns pour les autres, un amour vivant, dynamique, qui bouge et fait bouger, qui respire, et qu’il est beau, bien sûr, et incomparable, d’aimer l’homme ou la femme de sa vie. Comme le dit la chanson, justement souvent choisie pour être chantée lors des mariages : La plus belle chose au monde, c’est l’amour (Luis Mariano). Quelque chose dans laquelle la personne entière est engagée, pour laquelle nous engageons toute notre vie, tant individuellement que collectivement, tout autant hier qu’aujourd’hui.