Communion mondiale des Églises réformées

La Covid 19 et au-delà      

9 décembre 2020

Partage

Bisan Mitri : Voix de Palestine

 

Bon après-midi,

Je vous parle aujourd’hui d’une petite ville près de Bethléem, appelée Beit Sahour en Palestine. Je vous remercie de me donner l’occasion de prendre la parole lors de cette importante réunion inaugurale.

Alors que le monde entier souffre de la pandémie du COVID-19 et de ses conséquences dévastatrices à plusieurs niveaux, nous sommes confrontés à des difficultés dans une double perspective. Actuellement, le peuple palestinien est littéralement pris entre le marteau et l’enclume, ce qui ajoute à notre marginalisation et augmente le niveau de détresse auquel nous sommes tous confrontés collectivement et individuellement.

Je voudrais commencer par souligner que nous, Palestiniens, connaissons la différence entre l’apartheid et un confinement ! Bien que les efforts pour contrer la propagation du virus COVID-19 se matérialisent dans la restriction des déplacements et l’imposition de mesures de distanciation sociale et de fermeture, nous avons été soumis à de tels traitements par l’occupation israélienne depuis des décennies. Et tandis que le monde s’active à essayer de trouver une solution à cette catastrophe mondiale à laquelle nous sommes tous confrontés, Israël poursuit ses activités d’occupation comme d’habitude. Israël continue de construire et d’étendre ses colonies, la confiscation des terres restantes dans la vallée du Jourdain continue son cours et les démolitions de maisons se poursuivent, laissant des familles composées de personnes âgées, de jeunes et d’enfants sans abri du jour au lendemain. Le fait qu’Israël contrôle notre vie depuis le moment où nous nous réveillons jusqu’au moment où nous nous endormons n’a été ni remis en question ni ébranlé pendant la pandémie. Les points de contrôle sont toujours intacts, nous continuons d’avoir encore besoin d’autorisation pour passer d’une zone à une autre. Bien que cette pratique ait été appliqué dans d’autres régions du monde afin d’enrayer la propagation du virus, ici, cela nous est imposé pour augmenter l’étendue de notre humiliation et nous dépouiller de notre humanité. Et bien que de telles mesures de confinement cesseront d’exister de par le monde une fois que la pandémie sera arrêtée, ces mesures continueront par la suite de faire partie de notre vie quotidienne. Le blocus de plus d’une décennie sur Gaza est destiné à détruire cette partie de la Palestine avec tout son peuple, et maintenant, pendant la pandémie COVID-19, le blocus accélère le rythme de notre détérioration. Les fournitures médicales sont rares et le transfert des cas médicaux urgents vers les hôpitaux palestiniens de Cisjordanie est constamment retardé. Hier même, l’alerte à Gaza indique que les laboratoires et les installations pour dépister la COVID-19 ont été arrêtés en raison du manque d’équipements et de trousses de test. C’est un autre résultat du blocus. Pendant tout ce temps, l’armée israélienne continue de mener des raids sur les zones palestiniennes et, il y a à peine trois jours, l’armée israélienne a abattu Ali Aliyya, un garçon de treize ans d’une ville voisine de Ramallah.

D’autre part, la pandémie COVID-19 a aussi frappé les Palestiniens sur le plan économique. Les verrouillages et les fermetures affectent les opérations quotidiennes de la population et beaucoup ont été forcés de fermer boutique. Les personnes non protégées travaillant dans le secteur privé ont perdu leur emploi, et celles travaillant dans les organismes liés aux l’Autorités palestinienne ne reçoivent pas l’intégralité de leur salaire. La Palestine dépend de l’aide et son économie est très instable. Les grandes entreprises contrôlent une grande partie du marché et incarnent l’approche capitaliste dans leurs décisions et leurs pratiques quotidiennes. C’est pourquoi de nombreuses personnes travaillant dans le secteur du tourisme, notamment à Bethléem et ses environs, ont été licenciées sous prétexte que le secteur est actuellement appauvri et qu’il ne peut donc pas faire vivre ses salariés. Il n’y a pas d’assurance sociale nationale en Palestine, ce qui signifie que ces personnes sont désormais sans aucune source de revenu. Inutile de dire que les gens se serrent toujours proches les uns les autres et qu’il y a un très haut niveau de solidarité sociale, mais ce n’est ni suffisant ni durable à long terme. L’Autorité palestinienne a donné un seul versement équivalent à 120 dollars US aux familles dont la source de revenus a été diminuée. Ce n’est même pas suffisant pour acheter du pain couvrant la période pendant laquelle ces familles ont perdu leur revenu. Si nous prenons l’exemple de ma ville natale, la majorité de ses revenus proviennent du travail lié au tourisme. Soit les hôtels, les auberges qui accueillent des visiteurs, les sites religieux et historiques qui accueillent au total un million de pèlerins par an, ou encore les boutiques de souvenirs qui commercialisent des objets d’artisanat palestiniens destinés aux touristes en visite. Tous ont été contraints de fermer depuis mars 2020 sans aucune compensation. Ajoutant l’insulte à la blessure, ce qui était autrefois un secteur de production en bois d’olivier, avant en plein essor, qui occupait 45% des travailleurs de ma ville natale, produisant pour les boutiques de souvenirs ainsi que pour l’exportation, est complètement paralysé. Les ateliers ne sont pas en mesure de commercialiser leurs produits fabriqués et leur matière première, le bois d’olivier, est endommagée, faute de traitement. Les travailleurs de ce secteur sont au chômage, sans argent et sans espoir de changement. Cela se produit pendant que les banques continuent de faire pression sur les gens pour rembourser leurs prêts alors qu’ils s’enfoncent dans leurs dettes. La population est en détresse, et ne fait pas confiance aux décisions et mesures prises par l’Autorité palestinienne pour lutter contre le virus.

C’est vrai que nous sommes tous au désespoir en ce moment. Mais nous savons que les efforts conjoints de la communauté internationale nous aideront à surmonter la pandémie. Malheureusement, l’occupation d’Israël de nos terres et pays survivra elle aussi à la pandémie.

Traduction de Pierre Goldberger

 

 

 

Communion mondiale des Églises réformées

La Covid 19 et au-delà 

9 décembre 2020

Partage  et réaction à la Déclaration

Dimitri Boukis, Église Évangélique de Grèce  

 

Chers frères et sœurs, chaleureuses salutations fraternelles d’Athènes, en Grèce. 

Je m’appelle Dimitris Boukis et je suis pasteur et secrétaire du Comité exécutif de l’Église Évangélique de Grèce.  Je vous adresse également les salutations chaleureuses pour un Noël béni et une bonne année de la part de toutes les sœurs et frères de mon Église.

Comme notre thème aujourd’hui est les défis que la nouvelle pandémie de COVID-19 a apportés à la vie et au ministère de l’Église dans nos pays, je voudrais déclarer que pour nous tous, dans l’Église Évangélique de Grèce, cela est devenu une période de réexamen de notre identité théologique et de nos priorités ministérielles, d’autant plus que la Grèce, ainsi que de nombreux autres pays du monde entier « est fermée » avec de graves confinements.

En raison de la pandémie, l’économie grecque a été durement touchée car de nombreuses personnes travaillent dans le secteur du tourisme et de l’alimentation ou sont propriétaires de petites entreprises avec un accès limité ou inexistant au commerce par les moyens électroniques. Dans l’ensemble, le climat financier des pays a rendu les gens mélancoliques et pessimistes, d’autant plus qu’un grand nombre de personnes essaient de survivre avec la petite aide gouvernementale de 350 à 550 euros. En plus de cela, les restrictions de verrouillage de la mobilité limitée sont devenues un défi majeur pour les organismes de bienfaisance et leurs bénévoles qui tentent de répondre aux besoins permanents des personnes les plus vulnérables, les sans-abri, les immigrants, les personnes travaillant dans la rue, les réfugiés adolescents non accompagnés.

En raison de la pandémie, la situation économique en Grèce a également porté un coup dur à la vie de l’Église. Pour l’Église, la manifestation la plus forte de l’amour, de la koinonia/fraternité et de la diaconia/service du Christ semblent maintenant avoir disparues. Auparavant, notre fréquentation de l’Église était proche de 65 à 70% et maintenant est presque nulle depuis neuf mois. Notre peuple regrette de ne pouvoir adorer ensemble, prier ensemble, et de faire de la diaconie ensemble pour servir et prendre soin des besoins à la fois des frères et sœurs et de notre société locale.

Enfin, mais non le moindre à cause de la pandémie, comme dans d’autres Églises je suppose, les finances de notre Église ont baissé de plus de 70%, ce qui affecte les services que nous avons fournis pour les « soupes populaires », les bains et le lavage des vêtements pour les sans-abris et les réfugiés, moins de moyens et de fournitures pour répondre aux besoins des services d’accueil fournis aux immigrants et aux adolescents réfugiés non accompagnés, pour n’en nommer que quelques-uns. Les restrictions de mobilité et le couvre-feu ont rendu les choses encore pires et ont rendu presque impossible pour nos volontaires d’offrir des services de soutien aux personnes ayant besoin d’encouragement émotionnel et psychologique, membres d’église inclus.

Sur une note plus positive, toute la question de la pandémie nous a incités à nous engager dans de nouvelles manières de partager l’Évangile en « paroles et en actes ». Toutes les Églises offrent maintenant des services en ligne le dimanche et en milieu de semaine et des sessions de prière avec un très bon taux de participation proche de 55% et nos programmes pour enfants et jeunes font également preuve d`une participation élevée en ligne. Ce nouveau défi a créé un catalyseur pour atteindre ceux qui sont curieux des questions spirituelles mais qui hésitaient à s’engager dans une expérience d’église traditionnelle. Nos sessions en ligne ont pu rejoindre des personnes auxquelles nous n’aurions pas eu accès autrement. Les gens sont plus attentifs à l’enseignement biblique et il semble qu’il y ait une grande anticipation pour le jour où tous et toutes pourront de nouveau nous rassembler pour profiter de la présence des autres.

 

Jusqu’à ce jour, les sœurs et les frères en Grèce font de leur mieux pour continuer financièrement à soutenir leurs pasteurs et trouver des moyens créatifs d’offrir leurs services bénévoles pour maintenir en vie les programmes pour les sans-abri, les immigrants et les réfugiés, les personnes qui travaillent dans la rue, les programmes d’accueil pour les adolescents réfugiés non accompagnés et les programmes pour les personnes ayant des problèmes de toxicomanie. Les paroisses locales ont créé de nouvelles voies pour soutenir les personnes dans le besoin en fournissant de la nourriture, des frais de logement et un soutien émotionnel aux personnes vulnérables et isolées de leurs communautés. Nous faisons cela parce qu’en tant qu’Église du Christ, nous savons que par le Saint-Esprit, nous tous, les gens de cette terre, nous sommes l’œuvre de ses mains et sommes sous sa souveraineté toute-puissante. La vérité de sa Parole réchauffe nos cœurs et apaise nos émotions et nos pensées troublées, fortifiant nos mains et nos pieds fatigués au service des autres : « Car je suis l’Éternel, votre Dieu, qui saisit votre main droite et vous dit : N’ayez pas peur; je vais vous aider ». (Esaïe 41,13)

 

Communion mondiale des Églises réformées            

M. Tshaka                                                                                                                                                                   Confesser Jésus Christ dans l’Église réformée 

9 décembre 2020                         

La confession « Jésus est Seigneur » est un principe central dans la vie de l’Église réformée. C’est pour cette raison que l’Église réformée à travers les âges, a cru nécessaire de documenter comment elle croyait et ce qu’elle croyait. Ces confessions naissent ainsi de contextes particuliers (politiques, sociaux et autres) et sont informées par l’incontournable nécessité de la part de cette Église, de déclarer sa croyance sans faille en la Seigneurie du Christ au sein des divers défis auxquels son identité-même est confrontée. En d’autres termes, dire que le Christ est Seigneur et Sauveur dans un contexte qui prétendrait dire que cette communauté devrait cesser de se concentrer sur ce Christ-là, placerait cette Église dans le monde, comme une Église qui tout en étant le dos au mur, continuerait cependant de tenir à confesser ce Christ comme Seigneur.

Que ce soit Jean Calvin qui a présenté son Institutition de la religion chrétienne au roi François 1er de France, ou Karl Barth en Allemagne nazie qui a proclamé que ce nationalisme allemand lorsque mélangé au christianisme était devenu une concoction toxique, ou la Confession de Belhar en Afrique du Sud, qui a affirmé que l’apartheid était un péché et une hérésie, ou encore la Confession d’Accra qui soutient que les injustices économiques et écologiques de l’économie mondiale requièrent que cette Communion fasse  face à cette injustice. La communauté réformée a toujours soutenu qu’une position de neutralité face au mal n’est pas une option possible pour l’Église. La Communion mondiale des Églises réformées (CMER) continue dans cette tradition. C’est reconnaître que la pandémie de la Covid-19 constitue une menace tangible pour l’existence de l’Église. C’est voir que la réalité de cette pandémie a mis à nu l’étendue des niveaux d’injustices dans le monde, rendant ceux qui sont les plus mal pris et vulnérables, complètement à la merci d’empires dont l’existence est subordonnée à l’exploitation des faibles dans la société.

Nous proposons un « Processus confessionis », qui est un processus en mouvement constant d’enseignement et de confession, au sein de la CMER reconnaissant l’impact dévastateur de la COVID19 sur les communautés civiles et chrétiennes du monde entier. Les statistiques indiquent que les États-Unis d’Amérique sont les plus durement touchés par cette pandémie. En même temps, on craint également que les communautés noires et latino-américaines ne souffrent de manière disproportionnée plus que les communautés caucasiennes. De plus, il a été établi que le taux de décès des Noirs de New -York est le double de ceux de la population blanche. Le développement en cours de vaccins aux États-Unis et en Europe, fait naître la préoccupation additionnelle  que les pays riches ne veuillent s’auto-protéger en stockant le vaccin et, ainsi, empêcher la distribution équitable de ces vaccins aux pays en difficulté. La recherche montre que les personnes atteintes de problèmes de santé préexistants sont plus sensibles à la Covid-19. Cela indique que l’une des raisons pour lesquelles les communautés mentionnées succombent à cette pandémie à un tel niveau alarmant, c`est que celle-ci est reliée, entre autres, à des raisons de carences économiques. Sur le continent africain, et en Afrique du Sud en particulier, le pillage des fonds destinés à améliorer les conditions matérielles des plus vulnérables de la société, par ceux qui occupent les positions de pouvoir, révèle l’érosion éthique du leadership. Un tel pillage ne peut que se traduire par la privation continue des plus vulnérables de tout accès aux soins de santé de base ainsi que l’impossibilité de maintenir une existence digne.

Confesser le Christ dans un tel contexte, requiert l’incarnation, la mise en pratique même, de la confession que nous faisons. C’est pour cette raison que, contrairement au proverbe, nous n’enfouirons pas nos têtes dans le sable, mais nous nous ferons visibles en nous identifiant à ceux et celles qui sont dans les marges de la société, à travers le monde.

 

Traduction de Pierre Goldberger

 

Communion mondiale des églises réformées

La covid 19 et au-delà   

9 décembre 2020

Réaction suite à la déclaration

Victoria Turner

 

Je salue cette puissante déclaration. J’apprécie la direction, l’accent et la passion qui mènent à une quête d’une justice sans compromis.

J’ai récemment participé aux webinaires du KIFE et de la WCRC/CMER sur la transformation de l’œcuménisme et ce qui m’a frappé, c’est à quel point bon nombre de nos instruments œcuméniques se sont égarés. Le mouvement œcuménique, dans de nombreux endroits, est devenu un club pour les dirigeants de puissantes institutions pour discuter confortablement des questions au sein de leur bulle chrétienne exclusiviste. Mais le monde n’est pas confortable, il est scandaleux, et notre rôle n’est pas de se livrer à l’introspection alors que notre monde est construit sur des fondations d’injustice.

Je suis heureuse de voir les questions environnementales au sommet des questions débattues, c’est souvent une telle tragédie qu’elle devient presque incompréhensible à imaginer mais c’est tellement nécessaire. De plus, le puissant appel à discerner Dieu dans le monde à travers les mouvements vers la justice économique et raciale est impératif. Dans un monde où l’exploitation est célébrée sans vergogne produisant des produits bon marché pour les riches, c’est notre rôle de déconstruire les diverses strates de l’Empire. Au cours de ma présente recherche j’ai exploré la pensée du fondateur de la communauté de Iona, George MacLeod, qui a appelé avec passion à la justice économique mondiale dès 1950 et je suis convaincue que d’autres l’ont aussi réclamée avant lui.

Aujourd’hui, en 2020, l’apartheid mondial n’a fait qu’empirer de manière inimaginable. À tel point qu’il est devenu difficile d’appréhender l’énormité de l’injustice et qu’elle parait normalisée et même pour beaucoup, inévitable.

Le traitement honteux des Palestiniens est négligé en raison de la menace de la puissance d’Israël et aux États-Unis; l’accumulation énorme des richesses est considérée comme motif de célébration plutôt que comme méritant le dégoût.

Notre monde est devenu un lieu de combat aveugle pour Mammon et si vous êtes au sommet de la pyramide, vous n’avez aucune considération pour ceux et celles qui sont en dessous.

L’œcuménisme a souvent été préoccupé par la façon dont nous nous maintenons les uns les autres à l’intérieur du cercle, mais je suis heureuse que cette déclaration concerne davantage ceux qui ont toujours été laissés à l’extérieur et comment nous pouvons nous joindre à leur scandaleuse vision nouvelle de notre monde.

 

Traduction : Pierre Goldberger