Spiritualité Saint-Jean 2017

Proposition de  retour aux sources  et de force intérieure


De mieux en mieux dans le monde…?

Le chroniqueur d’information internationale à Ici Radio Canada nous informe que le monde va de mieux en mieux malgré l’interminable guerre de Syrie, les bombardements saoudiens au Yémen, le chaos à la Maison Blanche, les craintes de changement climatiques, les paradis fiscaux et l’écart insupportable entre riches et pauvres, la dénonciation des femmes violentés, de la condition autochtone… Mais jamais la planète n’a été si bien : éducation, santé générale avec moins d’épidémies, durée de vie, mondialisation économique. Du jamais vu, preuve à l’appui. Fermez les nouvelles !

 

Nous avons peine à voir au large, plus loin, plus profondément. Jésus nous invite ici à une double attitude : lui faire plus confiance et notre propre vie. Ne pas tout miser sur le malheur et surtout faire de nous-mêmes des artisans de paix, de la paix par la justice. Miser sur les groupes qui se prennent en main, ceux qui croient au partage équitable, qui œuvrent pour la sauvegarde de la planète : un bon programme qui permet de ne pas se laisser enchaîner dans nos peurs. 

Jésus apaise une tempête (Lire Marc 5,35-41)

Au soir d’une journée bien remplie, avec ses disciples, Jésus cherche une autre rive apaisante. Mais au milieu de la traversée, un violent orage éclate et menace l’embarcation devenue tout à coup trop fragile au point que le voyage risque de tourner en désastre.

Sur les rives de ce lac aux humeurs changeantes, la vie se passe plutôt bien. Les environs sont fertiles, avec une agriculture riche et de beaux jardins familiaux; les habitants sont bien chez eux… sauf que les coups de vent, bien connus mais imprévisibles, peuvent tout faire chavirer. Ce qui arrive un jour reviendra-t-il toujours ! Les extrêmes que nous vivons cet hiver rappellent que la vie est fragile et menacée. Mais Jésus dort sur un coussin, nous avertit Marc. Il connait ça, lui !

Puis il y a le plus compliqué. La tempête arrive certes, mais nous sommes bien équipés voire suréquipés ici en Occident, pensons-nous. Nous avons tout pour être heureux. Tout ne tourne pas parfaitement bien, et ça peut déraper pour pas grand-chose. Un « beau » matin commencent des cycles de malheurs qui s’additionnent les uns les autres, comme pour Job et ses épreuves légendaires.

Notre humble confiance entend au plus profond de nous cette voix, celle de Jésus, qui nous dit une autre parole que celles déjà entendue set nous rend confus, qui nous étourdit.  Il dit simplement : « Me voici; je suis là ». Oui, il est parfois difficile de conjuguer ce que nous voyons et entendons dans le monde avec notre vie personnelle. Et parfois impossible. Mais un coussin d’écoute inconditionnel est là comme dans la barque !

Ainsi la vie de celui qui nous éveille invite à prendre notre vie en main, comme le paralytique, et à marcher à sa suite, si nous le voulons.

1-Comment êtes-vous dans la barque de la vie ? Vous sentez-vous seul-e, bien embarqué-e ou cherchez-vous une autre rive plus apaisante ?

2-Arrivez-vous à conjuguer ce que vous voyez et entendez autour de vous. et prenez-vous des initiatives pour être avec d’autres dans le même bateau que vous ?

 

3-Prenez-vous des moments favorables pour faire silence, voire prier et méditer ? Et quand ?

Prière : Pourquoi avez-vous si peur ?

« Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? »

Ainsi la peur serait un pas-encore

Un pas encore de confiance

Un pas encore d’assurance

Un pas encore de consistance

Ainsi regardée, elle perd de sa noirceur

Et devient une invite à sortir

De la stupeur ou nous jette parfois la frayeur

Pour chercher plus avant

L’annonce d’une autre lueur

Le prélude d’une autre couleur

Parier qu’à travers la souffrance

En dépit des apparences

La terreur peut devenir

Le terreau d’une nouvelle vaillance  

 

Francine Carillo 


Sur quel pied commencer la nouvelle année ?

La veille de notre départ de Noël pour New-York chez nos enfants et petits-enfants, je choisis le psaume 23 qui fait le lien entre l’ancien le nouvel an qui s’annonçait. Le psalmiste dit merci à Dieu, « oui tous les jours de ma vie ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas ». Oui, dire merci pour une année bien (trop) chargée, mais passée. En vie malgré tout.

L’année a été rude avec la maladie quasi fatale de mon épouse. Puis une maison de campagne bâtie de nos mains, plus précieuse et riche de souvenirs familiaux, dont la vente échoue en toute fin. Et au retour de cet échec, une méga-inondation nous prive pour plusieurs mois de notre maison en ville.  Enfin la veille de Noël, mon frère m’annonce la très mauvaise nouvelle que notre petite-nièce de 23 ans   est à nouveau atteinte d’un cancer au cerveau...

 

Sur quel pied danser quand le monde tourne mal ?  Ô Souverain des cieux et de nos vies qui es-tu alors ?  Mon ami Job aurait dit : une année d’épreuve à passer veux, veux pas. Et la révolte fait partie de notre légitime défense que même Dieu sait écouter patiemment j’en suis convaincu. Elle ne suffit pas pourtant. Ouvrir l’an nouveau nous laisse avec la mémoire encore pleine de souvenirs. À chacun, chacune son passage. Vous lecteurs et lectrices serez, vous êtes peut-être ailleurs. Mais je sais qu’une autre année il y aura des fleurs, des roses de Noël. Un doux printemps après un dur hiver.

Méditation   poétique 

La page tournée au livre du temps incite à vivre un commencement. On rêve à du neuf et même à se tester dans les défis, à restaurer l’innocence perdue dans les excès de la fête ou de la solitude.

Mais l’aube arrive autrement, par la parole qui a dit « Lumière ! », pour offrir une terre à nos pas, puis s’est déposée de nuit sur un visage d’enfant, comme un appel à naitre sous ses lettres de braise.

 

Francine Carillo, 1ere semaine 1-7 janvier, Vers l’inépuisable,

Petite bibliothèque spiritualité, Labor et Fides

Cantique      

 

En toi je me confie 

Ô Souverain des cieux,

Te remettant ma vie,

Mes craintes et mes vœux.

Que ta bonté descende

Sur nous sur nos enfants,

Toi qui commande

Au monde comme au vent.

 

Quand j’ai l’âme angoissée,

J’espère en mon Sauveur :

Il sonde les pensées,

Il voit le fond des cœurs.

Il est mon espérance,

Aux bons aux mauvais jours

Au fond de la souffrance,

Lui seul est mon secours  

 

                                      P. Gerhardt, 1666; No 347 de Nos voix Unies

À méditer

Comment vivrons-nous notre nouvelle année avec nos priorités ? Lui chercher un sens peut faire du bon sens. Il y a toujours un je et un autre, je ne suis pas seul. Est-ce que me confier à Dieu me porte et sur quoi fonder mon espérance ? Dans les petits bouts de vie comme les grands.   

 

Jean Porret


« Naître sous une bonne étoile »

                Ainsi parlait les anciens quand ils nommaient une vie qui a bien réussi à leurs yeux. Mais voilà, tous ne le diront pas, bien au contraire, car il y a tant d’accumulations de malheurs et d’épreuves que nos arithmétiques ne s’y retrouvent pas. Alors que se dire quand l’étoile monte dans la nuit de la naissance ? Que verrons-nous au cœur de nos vies ?

 

           Les plus beaux visages et les plus yeux s’éveillent cette nuit à qui peut le voir et l’entendre. Chemin de naissance, racine de lumière dit notre poétesse un peu plus loin. Les temps changent dit, mais l’enfant dans notre enfant est plus fort et vif que tout. La dignité, la personne humiliée et blessée n’est plus seul quand des mains et un cœur donnent un autre visage à notre terre fragile pour nos enfants et petits-enfants. Rendons-la plus humaines et possible dans la génération des emplois précaire et des partages injustes. Crier est aussi juste !

Oui, je crois, et je chanterai encore ce vieil air venu de moyen-âge : « d’un arbre séculaire du vieux tronc d’Isaïe, durant l’hiver austère, un frais rameau jaillit; et sur le sol durci dans la nuit calme et claire, une rose a jailli. » (Cologne, 1599). Du neuf naitra encore cette année. Le fils de l’homme a encore un visage : Emmanuel, Dieu avec nous.  

Jean Porret

 

 

Ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, c’est le Seigneur qui sera la lumière de toujours. (Isaïe 60,9)

Voici que se lève sur la paille du monde

            Une lumière première et dernière

Comme une coulée d’étoiles 

Un voile de douceur dans la nuit des cœurs

 

Pour annoncer un commencement, il fallait bien en enfant !

    Un visage de tout-petit qui porte l’inouï :

Dieu s’entre-dit dans notre histoire,

 

Il est à nos côtés pèlerin d’humanité.

Ceux qui goûtent cette présence   sont en chemin vers leur naissance

 

Ils abritent en eux une racine de lumière incomparable et inaltérable.

 

Francine Carrillo

 

Il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés…proclamer aux prisonniers l’éblouissement. (Isaïe 61,1)

 

Il y aurait donc une tendresse déposée sur l’humiliation et l’aliénation,

     Comme une autre version de la déshérence de la désespérance.

 

Ce qui est né n’et plus à naitre, mais demande à vivre

Dans les yeux de ceux qui se savent enfants de l’éblouissement.

 

Entrer dans le pèlerinage qui emmène de visage en visage

      Vers l’aurore à réveiller en tout être sur toute terre.

 

Francine Carrillo


« Là où Dieu est pris au sérieux, l’humanité est bien prise en charge. » Jean Calvin (1509-1564)

Jean Calvin, humaniste, fin lettré, juriste et théologien, il est l’un des pères de la Réforme protestante. Venu après Luther, c’est dans une langue admirable qu’il développe et systématise les principes de la foi évangélique libérée des superstitions et des carcans issus du Moyen-Âge. Travailleur forcené, malgré une santé défaillante, réfugié à Genève où il tente d’organiser une république nouvelle, il éblouit par ses ardeurs intellectuelles mais ne suscite pas moins polémiques et haines inexpugnables. Caricaturé et largement ignoré, Calvin mérite beaucoup plus que la réputation de rigueur qui lui est fait. Être complexe, à la fois rationnel et passionné, il est bien ce « prophète » jeté dans le monde moderne, chargé de ramener ses contemporains, lettrés et illettrés à la pureté de l’Évangile.  

 

(Introduction à Calvin de Jean-Luc Mouton; Folio, 2009)

Arrimés à l’Écriture, les protestants réformés avaient la certitude d’être gardés dans la main souveraine de Dieu

Une parabole de l’Évangile peut illustrer la vie de Jean Calvin. Avec le récit de l’enfant prodigue illustré par Rembrandt nous sommes dans un choix très prisé des protestants.

Lire Luc 9.,11-32 : Les deux fils ou la joie du père

À la première lecture, un faisceau intarissable de relations se tisse au fur et à mesure de sa lecture comme un tableau du peintre Rembrandt à méditer à sa vue. Retenons l’image du père, figure de Dieu qui passe par des étapes décisives pour le narrateur.  Il accepte sans murmure la révolte du fils qui veut régler ses comptes en ayant tout l’héritage familial. Il respecte intégralement la liberté de décision du fils. Son non conformisme est étranger à tout légalisme. Il explose de joie en accueillant inconditionnellement le retour du fils et remet le fils à sa juste place d’héritier non déchu.

Un second degré de lecture apparait avec le fils dit prodigue qui a toute liberté de faire ses choix même extrêmes qui le conduit à repenser toute sa vie et faire l’aveu de son cul-de-sac. La notion de péché si lourdement moralisée est en fait une rupture de relation avec le donateur de vie. Le pays étranger et la vie avec les des porcs lui indique qu’il a fait fausse route.

La conversion est donc le fruit de sa prise de conscience et du retournement à prendre pour vivre une vraie vie. Le repas de fête dans la maison familiale est comme une résurrection anticipée déjà par le repas du Seigneur autour de la table de communion.

 

Le fils ainé rouspéteur, mal dans sa peau, donne le contraste que la vraie vie est possible quand nous faisons un retour à l’origine de la vie. « Ton fils » pour l’aîné signale au père qu’il s’est lui-même coupé de ses racines, mais le père ne le condamne.

Regardons bien l’œuvre de Rembrandt illustrant la parabole de l’enfant prodigue

1-Le père attend le fils depuis longtemps mais il laisse venir le fils comme il est. Le père est de face et regarde le fils dans une regard infiniment compatissant.  Où en êtes-vous personnellement dans cette relation ? Prenez le temps de regarder l’image à plusieurs reprises et notez ce qui monte en vous, quelles émotions, quelle image de votre vie...

2-Le fils est à genou, tête baissée, une relation intense se crée. Que cherchons-nous en regardant en avant de nous. Il y a une grande intensité silencieuse. Est-ce que cette image vous « parle » et que vous dit-elle de vous-même et de jésus ?

3-Prenez une minute pour regarder la main gauche puis la main droite du père : la main du cœur est disproportionnée par rapport à celle de droite. Que diriez-vous de la grande main gauche du père et de sa plus petite main droite ? Entourer quelqu’un de ses deux bras parle beaucoup. Quel souvenir avez-vous d’une étreinte de ce genre ?

Prière du matin Jean Calvin

Mon Dieu, mon Père, mon Sauveur,

Je te rends grâce, par Jésus-Christ ton fils bien-aimé, de m’avoir gardé de tout mal pendant la nui qui vient de finir pour m’amener à ce jour qui commence.

Fais que j’emploie cette journée à ton service, et que je ne pense, ne dise et ne fasse rien qui ne soit pour te plaire et obéir à ta sainte volonté. Que toutes mes actions concourent à ta gloire et à l’édification concourent à ta gloire et à l’édification de mes frères et sœurs. De même que tu fais luire ton soleil sur le monde, veuille aussi illuminer mon intelligence et mon cœur par la clarté de ton Esprit afin qu’il me dirige dans la voie de ta justice.

Et parce que ce n’est rien de commencer sans persévérer, veuille me recevoir dans ta crainte et dans ta sainteté non seulement pour aujourd’hui mais pour toute ma vie.

Continue et augmente journellement l’œuvre de te grâce en moi, jusqu’à ce tu m’aies amené à la plénitude de l’union avec ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est le vrai soleil de mon âme, luisant jour et nuit sans fin et à perpétuité.

Exauce-moi, Père de miséricorde, par notre Seigneur Jésus-Christ.  Amen.

 

 

Lectures possibles

Calvin, par Jean Luc Mouton; Folio, 2009. Facile à lire.

Prier 15 jours avec Calvin; Gill, 2009. Spiritualité intériorité.

 

Calvin sans trop se fatiguer, Christopher Elwood; Labor et Fides, 2008. Bonne vulgarisation pleine d’humour.


Les 500 ans de la Réformation - Martin Luther                         (Octobre 2017)

Devant Dieu,  Luther est un chanteur et un mendiant

Par où commencer avec Martin Luther ? Il nous ressemble tellement dans nos zones grises de la vie et nos enthousiasmes « irréfléchis ». Dans toute sa vie il y a eu chez lui une tension très visible entre sa peur de vivre et ses angoisses personnelles qui lui faisaient graver au couteau sur sa table de travail dans les jours d’orage : « Je suis baptisé ». Il ne dénonçait les actes religieux pieux comme les pèlerinages, la pratique religieuse sans fondement, les autorités religieuses pape en tête ! Cette tension allait d’un Dieu loin, inatteignable et pourtant tout proche, à portée de main ! Il lui faudra toute une vie après une expérience de Dieu qui passe du rouge au vert pour laisser la lumière intérieure grandir et lui donner la force et vigueur que seul un nourrisson peut trouver au sein de sa mère; géniales et pleines d’actualité étaient ses réflexions.

Il ne cherchait pas à être un saint et ne le sera donc jamais au sens ou la tradition le voit. Apprendre à croire et à vivre devant Dieu comme un enfant, pauvre pêcheur perdu mais totalement et pleinement aimé de son Père. Sa formule restera : pour toujours pêcheur mais toujours gracié.

Il y a chez lui une liberté et un courage de vivre qui nous le rend si proche et sympathique même et surtout contagieux.

Le journal français Le Monde des Religions a publié en mai 2017 un numéro spécial au titre provocateur : Luther l’homme qui a changé le monde.

 

Aux yeux de l’histoire et de son premier milieu de vie, il sera un tourbillon. Mais placera tout et toujours en premier le Christ révélé dès les premiers mots de la Parole de Dieu et un principe toujours en vie « Sola gracia, Sola fide, Sola scriptura » la grâce est toute suffisante comme la foi et l’écriture. Tout pleinement en lui. Même le premier et le seul pape allemand Benoit XVI dira récemment de lui : « Martin Luther, un maître spirituel ». Ses écrits, ses actions et sa foi sont encore bien présents dans ses cantiques toujours chantés dans nos célébrations avec 16 cantiques reproduits dans la dernière édition française et 37 dans l’allemande. Avec Michelet l’historien français du 19e, « oui il est chanteur et mendiant ». Un homme tout épris de liberté, et son parcours tant personnel que spirituel le marque très profondément au risque des abîmes du sens introuvable sinon dans une confiance donnée en avant de lui, totale pas toujours vérifiée.

Rose de Luther emblème personnel utilisé par authentifier tous ses écrits 

Conjuguer prière et Bible avec Luther

Le réformateur du 16e siècle trouva son chemin en conjuguant Bible et prière comme deux rails de train menant au but, une proximité à toujours rechercher.

Comme exégète de formation, le moine Luther se passionna pour la traduction de la Bible à partir des originaux hébreu et grec même en fréquentant des rabbins, attitude rare en son temps. Il commença aussi une traduction en allemand populaire qui devait marquer la langue allemande.

Il commença son enseignement par les psaumes qu’il aimait particulièrement. Excellent carrefour de rencontre Dieu- homme. C’est le psaume 118 qui devint son psaume toute sa vie. Il en parle avec une familiarité rare  Ce Psaume m’a sauvé de mainte grande nécessité d’où ni empereur, ni rois, ni sages, ni saints n’eussent pu me tirer. C’est mon ami qui m’est plus cher que tous les honneurs, toute la puissance de la terre.

Cette intimité avec une parole va marquer le protestantisme naissant jusqu’à nos jours. Un compagnonnage qui nous ouvre au possible de retrouver ou réinventer notre chemin.

S’ouvrir à une parole en prenant le temps de l’écouter, la réentendre et retrouver des chemins inédits ou Dieu dit encore oui ou c’est possible, ou non la route est trop risquée; un dialogue devant Dieu. Le passage obligé sera bien sûr 1,17 de la Lettre de Paul aux Romains  : Dieu rend les hommes justes, devant lui, et c’est par la foi du commencement à la fin comme l’affirme l’Écriture. 

Elle se développera tant dans la prière publique que personnelle. Ainsi dans le service en communauté le dimanche, avant de lire les textes bibliques, une prière est prononcée. Elle s’appelle prière d’illumination du cœur. Comme si notre vie a besoin de se préparer à un changement d’écoute. Et en fin de prédication, il y avait aussi une prière qui se reliait et réorientait nos agirs. Quant à la prière dite personnelle, elle aura une grande dimension. 

Psaume 118

Vivre pour raconter ce que le Seigneur a fait

Du fond de la détresse j’ai appelé le Seigneur au secours,

Et il m’a répondu, il m’a rendu la liberté. (V.5)

Lire tout le psaume

1 - Cherchez vous une proximité avec la Bible, avec qui, avec quoi ? Nommez vos réponses par ordre de priorité

2 - Y a-t-il un texte biblique qui vous parle personnellement ? Notez-le

 

3. En quoi est-il en lien avec une situation personnelle ?

 

Des mots pour nos prières

Pour le matin                (Martin Luther)

Je te rends grâce ô mon père céleste

Par Jésus-Christ, ton fils bien-aimé de ce que tu m’as gardé de tout accident

Et de tout danger pendant cette nuit

Je te prie de me préserver encore, pendant cette journée, du péché et de tout mal

Afin que toutes mes actions et ma vie entière te soient agréables.

Je remets, mon corps, mon âme et toutes choses entre tes mains.

Que ton saint ange m’assiste afin que Satan n’est aucun pouvoir sur moi

Amen

 

C’est un rempart que notre Dieu

Cantique chanté régulièrement à la Fête de la Réformation le dernier dimanche d’octobre et qui servira de thème à la Symphonie dite de la Réformation de Mendelssohn.

C’est un rempart que notre Dieu,

Une invincible armure,

Un défenseur victorieux

Une aide prompte et sûre.

L’Ennemi contre nous

Redouble de courroux

Vaine colère ! Que pourrait l’adversaire ?

L’Éternel détourne ses coups.

 

Dis-le ce mot victorieux

Dans toutes nos détresses.

Répands sur nous du haut des cieux

Ta force et ta sagesse.

Qu’on nous ôte nos biens,

Qu’on serre nos liens :

Que nous importe ! Ta grâce est la plus forte

 

Et ton royaume est pour les tiens.


Au commencement, Dieu et nous

Genèse 1,1

Au commencement Dieu créa, dit le Genèse.  Passer ses vacances au bord du Saint-Laurent, est comme prendre du temps de la vie qui s’écoule avec nous et malgré nous parfois. Le récit de la Genèse est un événement que nous ne pourrons jamais saisir dans son infiniment petit ou son infiniment grand. Il reste à voir et à regarder et un peu comprendre. Utiliser au mieux et apprivoiser un petit peu. « Créer », pour les Hébreux, est un verbe exclusif à Dieu. Les humains peuvent découvrir et explorer, aménager, mais pas « créer ». À nous tout un travail du cœur et des bras avec intelligence. Aussi le premier verbe du grand Livre précise qu’ « au commencement Dieu créa ». Dieu fait un événement en trois parties. Il commence par un cadre de vie et de séparation en partant du chaos et finissant à la terre ferme et la végétation. Puis il place les habitants en plaçant soleil et lune, pour terminer avec les animaux terrestres et les humains. Et le Dieu du commencement est encore là mais au repos complet.

Un cadrage de notre lieu d’existence passe donc du rien de la vie organisée et possible à une vie nommée par les humains pour chaque élément de vie. Et à chaque rythme, Dieu dit : « C’est bien ! » Mais quand nous les humains nous émergeons, Dieu renforce son appréciation avec un « très bien ». Enfin, au dernier jour, Dieu prend le temps de se reposer. Surtout ne rien faire ! Septième jour où il regarde avec le plaisir de voir et d’entendre. Dieu nous invite nous aussi à poser un deuxième regard sur la vie et son infini pour nous et en nous. Dieu crée donc et bénit tout de suite.  Et il dit du bien de tout. Traduit de l’hébreu sa parole de bénédiction signifie que nous sommes dans une maison habitée et habitable.

Il n’y a donc rien de nouveau quand nous prenons le temps en été de poser un autre regard sur nos vies et les lieux qui nous habitent. Et comme disaient les anciens : « En suivant le fleuve, on parvient à la mer » donc devant nous. Mais aussi même le fleuve le plus large, commence à une source. Une invitation à aller bien plus loin. Donc en arrière aussi. Nous sommes invités à faire ce voyage dans les extrêmes de notre vie, explorer au-delà de ce que nous voyons et entendons peut-être comprenons. Aujourd’hui nous ne disons rien de nouveau dans nos prières quand nous disons de Dieu que « Dieu était, est et sera ». Nous relisons simplement notre vie. C’est à ce voyage que la bible aussi ma ou notre prière, nous invite dans cette série.  Méditation et prière chaque mois est notre nouvelle invitation. Le temps est comme un fleuve que formeraient nos événements et nous proposent d’y donner un sens.

Dans le meilleur et le pire

Sur ce fleuve pas si tranquille de la vie, un livre biblique a pris le temps de garder ou mieux refléter nos extrêmes, un peu comme les accents d’une musique que nous rencontrons tous un jour ou l’autre. Ce livre s’appelle les Psaumes, et il y en a 150 regroupés selon les étapes et vagues de nos vies. Alors commençons par le plus beau pour donner vie au fleuve, il dit la louange et la reconnaissance au Dieu Créateur qui donne la vie que nous avons. Un recueil de cantiques de nos églises s’appelait Psaumes et cantiques. Au temps de la Réforme, nos prédécesseurs ont décidé de les reprendre et les chanter tous, et même un nouveau recueil, récemment paru, a réintroduit tous les 150 psaumes en une traduction qui a passé les siècles. Chaque culte commençait par un psaume comme dans la tradition des moines bénédictins. Mon arrière-grand-père était charpentier et cultivateur avec cinq vaches au village natal il y a un siècle trois quart. Il chantait ces psaumes et à quatre voix s’il vous plait, il nous les a transmis. Nous avons gardé depuis dans la famille l’habitude de le chanter autour de la table familiale. Voici le refrain du psaume 103 : « Ma vie bénit le Seigneur, de tout mon cœur je veux remercier le Dieu saint. Oui je veux remercier le Seigneur sans oublier aucun de ses bienfaits. »

Mais il y a un extrême quand tout va mal et que ça n’a plus de sens comme le psaume que Jésus criera lui-même sur la croix du Golgotha, le psaume 22 qui est lu à chaque vendredi-saint : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? Quand nuit et jour je m’épuise à crier, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi te tiens-tu éloigné de ma souffrance ? »

Nous sommes donc embarqués sur un fleuve pas si tranquille quand il déborde et inonde les bords de l’Ile de Montréal ou détruit comme les ouragans tout ce qui s’y retrouve sur son passage. Mais nous voyageons, et la vie est encore possible et bonne.

 

Psaume de la Création

 

Il y eut un soir, il y eut un matin

Magnifique poème de la création,

Semaine originelle qui rythme le temps et les êtres

En se berçant d’une tendre innocence

Bénis sois-tu Seigneur maître et créateur de l’univers !

 

Hélas, ou tant mieux les choses apparaissent

Diablement, ou plutôt divinement autrement complexes

Une semaine primordiale en sept jours

Qui détermine à jamais le temps humain

Entre la lumière du premier jour et le repos du septième

C’était parfait

Nous avions des balises et l’incertitude

Des jours venait battre la rive

Aux imageries tranquilles d’un monde domestiqué,

Mais tout est plus complexe, désormais

Et le monde enchanté d’hier

Est tellement plus compliqué, plus menaçant, plus terrifiant

Que tout ce qu’on avait osé imaginer.

 

 

André Beauchamp : Psaumes de la création. Paroles pour prier; Novalis 2012.