Spiritualité Saint-Jean 2019

Proposition de  retour aux sources  et de force intérieure

Ne nous laisse succomber à la tentation, ou : pourquoi aller plus loin dans la vie

Hier matin 5 mai, ouverture pour la 48e fois de mes ruches après le plus long hiver, interminable même. Mon père, grand-père faisait leur pain quotidien de leur miel et se demandaient comme moi : qu’en sera-t-il cette année ? Eh bien, elles sont belles, vivantes, drôles, et rieuses et prometteuses contre toutes attentes. La vie, c’est la vie. Cinq ruches sont entrées en hivernage et trois en sont sorties vivantes. Cela ne veut pas dire qu’en septembre, elles seront toutes là. Mais ce matin-là, le rendez-vous était éblouissant pour tous !

Ce matin de soleil ressemblait aussi aux printemps quand j’étais aumônier à l’université où durant cinq ans j’ai accordé la plus grande attention à des jeunes aux prises avec le suicide. Ils me disaient : « la vie n’a pas de sens pour moi, je ne veux pas ou plus vivre ». Trop souffrante, c’était vrai de leur vie et ils passaient ainsi facilement à l’acte fatal. La vie au seuil de la vie dite « adulte ».

Pas de comparaison immédiate entre abeilles et jeunesse. Pourtant un point commun évident entre le printemps et les vivants. Les jeunes abeilles ne connaissent pas encore les saisons de la vie. La naissance de la nouvelle abeille se passe en plein hiver par grand froid et elle sort pour la première fois en avril. Quant au jeune homme ou à la jeune femme, il va lui aussi affronter l’âge adulte pour y faire sa vie. Le printemps peut le rendre fragile et il ne veut plus vivre.  Il en a déjà trop vu. C’est trop souffrant de vivre même dans la jeunesse de la nouveauté.  

 

La tentation de vivre ou d’y renoncer échappe à nos connaissances ou expériences même les plus sophistiquée. Le mystère de la vie est ainsi en nous. Pourquoi je suis qui je suis ! Nous apprenons dans la dimension humaine et spirituelle de la vie qu’il y a un début et une fin.  Mais notre finalité de vie avec des événements forts peut voiler le futur ! Il y eut un premier jour et il y aura un dernier jour. Pourquoi vivre et que rechercher dans notre vie. Le drame possiblement aujourd’hui pour nous est la perte de sens ultime qui nous habite et nous échappe encore ! Bien des penseurs disent qu’en Occident nos excès de bien cache la vie et ses secrets. L’essentiel nous échappe. 

Le fils perdu et retrouvé Luc 15 11-24 ou refaire son parcours

La très connue parabole de l’enfant prodigue raconte le récit d’un jeune homme qui décide un jour de quitter le milieu familial et réclame de son père son dû pour partir au loin. Il le reçoit sans un mot ni du père ni de lui-même. Il va loin de son pays et y mène une vie en pleine liberté et il y est heureux. Il vide ses poches et dépense tous ses biens même en   frivolité, ce qui lui convient bien semble-t-il. Mais quand les poches sont vides et qu’il en arrive à garder les porcs chez des étrangers, commence alors un retour en profondeur sur lui-même. Pourquoi ai-je pris la décision de partir et de faire ce que je pensais le mieux en réglant mes comptes sans le savoir avec mon père ?

Ses questions deviennent ensuite des remords. Il imagine alors comment chez son père, les serviteurs sont non seulement bien traités mais qu’ils le sont mieux que lui-même actuellement. Entreprendre le chemin de retour sur lui-même devient alors sa priorité et le chemin est habité par plus de questions que d’inquiétantes réponses.

Sauf que lorsqu’il arrive à la proximité de ses origines, le signe qu’il voit est celui de son père lui-même qui l’attendait depuis toujours. Il lui offre alors un grand festin en tuant le veau de l’an nouveau et l’habillant d’habits tout neufs.

 

Ce récit a été le dessin final d’un grand maître Rembrandt. Il a été peint à la toute fin de sa vie et résume comment pour lui il peut voir les étapes personnelles souvent très souffrantes et souvent au bord de l’abîme que lui-même a vécu; il se peint lui-même. Nous ne connaissons pas en début de vie les promesses tenues ou pas que la vie nous réserve. Très simplement, le fil de nos jours se déroule. 

Questions

1-Dans votre vie personnelle, y a-t-il eu des moments où votre vie a basculé vers une situation difficile et souffrante qui en a changé le parcours ?

2-Avez-vous trouvé une personne où une situation qui a modifié votre parcours et a fait avancer votre réflexion ?

 

3-Y a-t-il eu des mots ou des paroles humaines qui vous ont aidé. Dans le Nouveau Testament avez-vous trouvé une parole importante qui vous tient à cœur ?

Méditations prières

Un mot pour ceux et celles qui sentent qu’ils ne peuvent trouver les mots de la prière et restent silencieux devant Dieu. Ce n’est pas l’indice de l’absence de l’Esprit. Cela peut indiquer que leur silence est une prière silencieuse, c’est- à- dire un gémissement trop lourd pour s’exprimer avec des mots. Celui qui sonde le cœur de l’homme la connait et l’entend.   

Paul Tillich

 

Seigneur, je crois mais viens au secours de mon incrédulité. Quand en nous demeure une part d’incroyance, voilà que la miséricorde soutient notre foi.

Le Christ ne fait pas de nous des gens arrivés, il nous garde proche de lui, transparents comme un ciel de printemps qui s’éveille.

Habité par la fragilité, et le rayonnement, l’abîme et la plénitude, l’être humain n’est jamais voué au désespoir. Même dans une vie labourée d’épreuves, se perçoit l’espérance.

 

Fère Roger de Taizé


Avril « Pardonne-nous nos offenses… »            Des torts difficiles à réparer

Rue Saint-Urbain, intersection Sherbrooke, à Montréal; en face des feux, un bâtiment du 19e siècle avec un grand drapeau du Québec; en caractère gras sur le mur : Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. À notre gauche, un autre bâtiment peu significatif, aussi avec un drapeau avec son croissant et sa couleur rouge. En février, un groupe de tout âge et par grand froid de février manifeste bruyamment tout en buvant du café. Ces Algériens manifestent contre la prochaine élection-bidon et ce conflit aux 200 000 morts de trop. Enfin chaque dimanche aussi, quelques personnes vous tendent un verre à café vide en sollicitant votre bienveillance. Ils sont Inuits venant d’un Centre amitié juste en-dessous sur la rue Ontario.

Québec, Canada, Premières Nations, Algérie... Autant de situations fragiles, meurtrières ou chaotiques en pleines pages de nos infos. De quoi et de qui suis-je coupable dans ce carrefour des nations plus que millénaires ? Je prépare en fait la suite de mon voyage qui me conduit au 100 Est, rue Sainte-Catherine où je retrouverai la communauté de foi de Saint-Jean.  Ils tournent dans ma tête quand je demande pardon à Dieu un peu plus tard sur le troisième banc de l’église Saint-Jean. « Si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur. » (1 Jean 3,20)

 

Pardonne-nous nos offenses comme nous aussi nous pardonnons à ceux (et celles) qui nous ont offensés…

Écrire ces lignes au milieu de la Semaine sainte donne le ton à cette nouvelle demande du Notre Père. Après avoir demandé le pain de ce jour, nous voici au carrefour du vivre en société. Vivre avec les hommes et les femmes qui nous entourent. Dans une société, Dieu dit peu ou plus, mais n’est plus de première référence; il est silencieux ou absent. Pourquoi lever encore les yeux !

Pourtant Jésus nous apprend à lever les yeux plus haut que notre bout du nez dans cette semaine-là. Oui, depuis Cain et Abel, nous sommes plus que violents, même mortellement dangereux. Nous prenons la charte des Droits et Liberté comme le premier Évangile. À moitié vide ou plein comme un verre d’eau du matin.

Levez nos yeux et notre regard un peu au-dessus de la mêlée nous amène, non à quitter nos vies, mais à porter un autre regard sur nous-même.

Dans le Psaume 69, au verset 1, le psalmiste dit en une phrase simple et directe sur notre réalité : « Oui, tu sais ma folie, mes offenses sont à nus devant toi. » Ce que nous appellerons en un mot trop usé péché est en fait une faute de relation dangereuse. Une façon de vivre qui ne permet pas notre mise à nu ou aller à l’extrême de nous-même. Offenser, c’est ignorer ou obscurcir nos comportements et nos relations mal ficelées. Cette situation se répercute alors de génération en génération au point que Jésus parlera de pardonner 70 fois 7 fois… ou toujours. Quand les bruits de violence reviennent, en même temps surgit aussi son cousin germain, l’humiliation.

Jésus de l’évangile de Marc dit d’emblée une parole qui fait autorité, autrement dit touche aux bons endroits. Et il n’ajoute rien sinon qu’il guérit, apaise, donne des exemples que tous peuvent saisir : « Va ta foi ta sauvé ». Ta confiance fondamentale est toujours là. « Chaque fois que tu entres en contact avec ta propre vie, c’est Dieu que tu effleures. »

La passion dure une semaine, suffisant pour que tout se renverse. Jésus sera seul avec ceux qui ont aimé ou haï. Seul avec les autorités religieuses, puis politiques. Le pouvoir n’est plus, même les ultimes paroles de Jésus : « Père pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font… Entre tes mains je remets mon esprit. »

Chez Marc un jeune homme quitte Jésus au moment de son arrestation. Il a seulement un drap. « On essaie de le saisir, mais il abandonne le drap et s’enfuit tout nu. » Oui nous avons encore besoin d’un matin de Pâques. Nous ne sommes jamais seul pour un nouveau printemps même en société. Le matin de Pâques est une aube jamais finie !    

 

 

 

 

Prière de Saint-François d’Assise

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix !

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé... qu’à consoler,

à être compris... qu’à comprendre,

à être aimé... qu’à aimer.

 

Car

en donnant... on reçoit,

en s’oubliant... on trouve,

 

en pardonnant... on est pardonné,

en mourant… on ressuscite à l’éternelle vie.


Mars 2019 - Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour... Du pain noir ou du pain blanc !

Tout au bout de notre petit village du 14e siècle, une cousine avait un art incontournable. Faire du pain maison cuit sur des sarments de vigne avec les céréales produites sur les terres de la ferme. Suzie était une fée mais aussi une maîtresse boulangère pour l’enfant de huit ans qui entrait ravi dans sa cuisine. Quelle odeur ! Et ajoutons tout de suite qu’au temps des petits fruits, elle nous régalait de grosses tartes aux petits fruits pour au moins dix personnes qu’on aurait mangé à quatre bambins !  De plus, la variété était au rendez-vous au temps des fêtes comme à Noël ou à Pâques avec les tresses, des cakes ou biscuits maison. Le four à pain dans la cuisine ne se signalait à l’extérieur que par ce quart de lune ventru. La cuisinière et son accueil inconditionnel marque à vie les premiers souvenirs du pain.

Le lieu de sa consommation comptait tout autant.  À la table de la cuisine se passaient les rendez-vous familiaux. Les aînés commentaient les saisons de l’année et le passé ! Bonne ou mauvaise année de récolte malgré la grêle ou la sécheresse ou la mévente. Les récits allaient jusqu’aux malheurs de guerre comme les soldats polonais réfugiés au village où ils y construiront un pont à leur nom.

 

Donne-nous notre pain

Quand mon épouse a expliqué aux enfants cette demande du notre Père, ils ont tout de suite réagi : « Mais ce n’est pas seulement le pain. Il y a plus. » Effectivement, cette demande nouvelle marque un tournant dans le Notre Père. Nous sommes maintenant dans la vie de tous les jours et il faut gagner sa croûte comme dit l’expression populaire. Travailler est la première tâche qui nous revient si nous voulons vivre.

Nous avons perdu dans la société moderne la notion de la transmission des métiers. Voir se réaliser la tâche en faisant le travail avec un aîné qui nous apprend les bases et peut-être un jour une œuvre maîtresse ! Ainsi, apprendre en voyant et imiter ceux qui nous précédent. Faire le pain deviendra pain de la vie.

Mais donner aussi du pain à ceux qui n’en ont pas comme durant le carême. Pain et justice se conjuguent aussi. Les copains d’abord chante Brassens. La société si individualiste nous isole trop.  

Le pain de la vie à notre existence offre ses saveurs et ses énergies. Il y a l’environnement, les amis, la culture et peut-être tout aussi important transmettre aux générations montantes le goût et le sens de la vie. Apprendre et élargir son cercle est aussi un pain de bon goût. 

 

De ce jour

Le mot en grec ici, a plusieurs sens. Il peut dire le pain « de maintenant » comme la manne au désert que les Hébreux recevaient de Dieu chaque jour et sans possibilité de la conserver. Mais il peut être aussi « le pain de l’être ». Le mot Dieu veut dire d’abord en hébreu celui qui est, existe et devient, donc l’essentiel. Le besoin ultime est de vraiment exister et ne pas devenir qu’un pain moisi et séché au fond de l’armoire. Comme le fils prodigue dans la parabole de Luc dans sa fuite en avant. Il ne rêve au loin que de la maison de son Père et de la bonne nourriture que les serviteurs apportent avec le plat chaud sur la table. Après tout Jésus est né à Bethléhem ou « maison du pain » en hébreu.

Nous sommes dans cette demande avec ce qui devient essentiel et donne plus de sens à la vie. Dieu donne la vie mais encore faut-il y creuser toujours plus profond vers le bas et tout autant vers le haut. Par ce que nous faisons, nous sommes et devenons vivants. 

 

Jean Porret

Prière

Ta parole est comme du pain. Casse sa croûte pour que nous puissions goûter sa mie. Donne-nous de la mâcher, afin que nous puissions la digérer. Donne-nous de la savourer afin que nous ayons envie d’y revenir. Donne-nous de l’accompagner avec les moments si divers de nos vies, comme le pain accompagne les plats si variés de la table. Donne-nous de la partager comme le pain se partage selon le goût et l’appétit de chacun. Ta parole est aussi ordinaire et aussi essentielle que le pain. Ta parole c’est le vrai pain, descendu du ciel, pour la nourriture des hommes. Amen  

André Dumas

 

À l’affamé appartient le pain qui se gâte dans ta maison. Au va-nu-pied appartient la sandale qui moisit sous ton lit. À celui qui n’a rien sur le dos appartiennent les vêtements qui restent dans tes bahuts. Au miséreux appartient l’argent qui perd de sa valeur dans tes coffres !

 

Saint -Basile Grand, 379

Questions

1-Quand nous prions cette demande, quelle image ou situation personnelle nous vient à l’esprit ?

2-Le pain de vie est-il dans votre vie avec ses dimensions les plus concrètes et lesquelles sont recherchées ?  Nommez-les.

 

3-Qu’est-ce que pour vous le pain le plus « essentiel » que vous voulez « manger » ?


Février 2019   Notre Père : Que ta volonté soit faite sur la terre comme aux ciel, ou du pain sur la planche

« Que ta volonté soit faite » est probablement la demande la plus difficile à dire mais encore plus à faire aujourd’hui. Nous pouvons être confrontés à des situations tellement traumatisantes humainement et émotivement qu’il devient impossible de prier tout simplement de « vraies » prières. Perdre sa fille de 21 ans dans la fleur de l’âge ou être le témoin de la tuerie de Polytechnique et de ses onze filles fait partie de ces malheurs à vie. Ces deux situations ont été très proches pour moi et mes collègues aumôniers à l’université. Mais aussi combien de personnes dans l’ombre font le bien ou la juste part dans leurs vies pour les autres. Ce fut aussi le cas dans la grande panne électrique en 1998 où nous avons « inventé » le secourisme pour 400 personnes pendant dix jours au gymnase des sports. Quel temps riche !

 

C’est ce qu’on peut appeler les malheurs et bonheurs de l’humain que nous sommes tous. Ajoutez-y la nature et sa dénaturation et le cocktail est encore plus explosif. Et Dieu y prend un mauvais coup ! Où es-tu dans l’extrême de nos vies et non-vies ? Quel nom te donner pour qu’il soit juste et vrai dans la liberté de nos vies ?  Et la reconnaissance de notre être mal-vivant. 

Il faut du recul et du temps pour en mesurer l’impact, et le nom de Dieu n’est parfois simplement plus prononçable. Job est alors celui qui peut nous faire entrer dans ce lien indispensable pour retrouver cette seconde partie de la demande « sur la terre comme au ciel ». Dieu est dans l’espace et le temps de la vie ici et ailleurs. Alors nous pouvons entrer dans l’ici et maintenant que Jésus voulait tant.

Pour cheminer vers une compréhension de la volonté de Dieu, Jésus nous précède sur cette voie et les évangiles nous donnent quelques clés à méditer et à découvrir; une école pour la vie et de sagesse.

 

Marc 3,34-35 : Voyez ma mère et mes frères sont ici. Car celui qui fait ce que Dieu veut est mon frère, ma sœur ou ma mère.

Les évangiles commencent par Jésus sur la place publique dans les villes et campagnes et les maisons personnelles qu’il nomme bien. Il prend demeure chez Pierre. Jacques ou Jean. Marc donne fortement le ton. Le maître est hyperactif partout et chez tout le monde. Il prendra une seule fois la parole dans une synagogue puis la querelle finira par la confrontation fatale dans le Grand Temple. Tout se continuera par son procès et sa mise à mort, encore sur la place publique, mais ici avec des suppliciés.    Sa vie publique le mène d’abord là où vivent les personnes et en particulier avec ceux et celles qui ne font pas partie de la vie ordinaire et acceptable.

En d’autres mots, il prend parti. Et à lire et voir ses choix, on remarque que ce sont des lieux soit inconnus, ignorés et en définitive méprisés. Et il choisit des lieux donc non reconnus. Pourtant il répond dans notre récit, est dès le début de sa vie à une question biaisée. Ce sera désormais le choix de vivre avec ses frères et sœurs et sa mère dans la possible vie nouvelle. En d’autres mots, il y a dans les mêmes personnes un trésor caché à découvrir. Jésus coupe et renoue autrement avec sa filiation de sang pour devenir dans l’esprit. Seront ses frères et sœurs ceux été celles qui l’écoutent et qui voudront bien le suivre… jusqu’au bout. « Entendez l’énergie et la volonté de vous mettre en route. »

Quant au Père, le sien et le nôtre, il ouvrira les horizons si nous ouvrons nos yeux et notre cœur. Marc parle de Dieu de façon unique à trois reprises seulement. Au début de la vie publique de Jésus à son baptême. On entend alors le Père dire « en voix off » : Tu es mon bien-aimé. Puis sur la Montagne dite de la transfiguration quand les disciples voient ensemble Moïse, Élie et Jésus. Mais cette fois en lien avec le passé de sa présence déjà là. La troisième fois est dans la confession d’un centurion romain quand Jésus expire après avoir remis sa vie entre les mains de son Père. Cette fois le soldat étranger dit : « Il est le Fils de Dieu ». La boucle avec le Père est faite.

Jésus ouvre le Règne de Dieu comprend Marc. Et dans la seule prière donnée par Jésus dans le sermon sur la montagne avec le Notre Père, il fait précéder cette séquence par les Béatitudes ou Bienheureux ceux (et celles) qui se mettent en route. Le haut et le bas sont réunis avec lui. Il est l’autre versant ou l’autre face de notre vie. Avec la juive Betty Elisum, nous pouvons dire : « Il y a toutes sortes de paysage en moi, j’ai tout l’espace voulu. En moi est la terre et en moi le ciel l’intérieur. » Martin Luther King aura la même vision mais vers l’extérieur : « J’ai fait un rêve. » 

Ajuster nos demandes

A-Qui es-tu ? demanderont toujours les disciples. Ici Jésus répond : Faites que la volonté en haut et en bas se rejoignent. Êtes-vous l’aise avec cette demande ? Si oui pourquoi, si non pourquoi…

B-Avez-vous dans votre vie personnelle un « vrai père ou une vraie mère » comme Jésus le dit. Êtes-vous à l’aise ou non avec eux ? Nommez les personnes et les raisons de votre accord ou désaccord.

C-Êtes-vous, dans votre vie personnelle ou dans un groupe, à la recherche de cette dimension de vie ou pas ?

 

Commence encore

Commence encore même si tu as déjà commencé

Commence à la manière de Jésus à la manière dont a commencé sa tendresse

Commence même si tu as cent ans commence

Alors tu seras pour ceux qui vont et viennent dans ta vie un jardin bien arrosé

Plein de fleurs et de fruits pour les jours doux comme pour les jours sévères.

Sœur Myriam diaconesse de Reuilly

 

Ta volonté Seigneur mon Dieu     

1-Ta volonté mon Dieu deviendra ma sagesse.

Fais-moi vouloir ce que tu veux pour y voir ta promesse !

Je chercherai ta volonté si ton regard m’éclaire.

Je verrai Dieu de vérité, l’ombre de son mystère.

 

2 Enseigne-moi à discerner dans la joie et dans la peine 

Le chemin où tu veux mener tout homme que tu aimes.

Comme tu viens me rencontrer et comme tu m’écoute,

Que je sache aussi m’approcher des autres sur leur route.     

Cantique 45, recueil Alléluia                                                                         

 

 Jean Porret


Janvier 2019   Que ton Règne vienne… ou le pouvoir de changer Matthieu 4,1-11

Aux quatre coins de la France, les « gilets jaunes » ont voulu lancer un grand cri. Et leur manifestation dans la capitale Paris avait une allure de peur à défouler : « Cela suffit, il faut que ça change ! » Cette intensité au royaume de la démocratie portait aussi de forts signes; qu’une nouvelle vie advienne. La demande du Notre Père s’inscrit dans un vouloir changer et nous le lui demandons. Jean-Yves Leloup dans son commentaire le situe très bien : « Le mot grec basilea dit à la fois royauté/royaume/règne ». Qui mène le monde et ou va-t-il ?

La primauté de Jésus est sur tout être ou avoir, car elle inspire et éclaire tous mes comportements. Dieu n’a-t-il pas dit à Moïse quand il l’appelait : « Je suis qui je suis ». Pas facile à comprendre à commencer par Jésus qui prend le temps de se retirer au désert pour écouter ce que son père a déjà dit mais qui n’est pas encore clair pour le fils. Mais il ne sera pas seul dans la réflexion puisque l’Évangile prend bien soin de nous préciser que le tentateur ou le diable lui fera une cour incessante et le précédera. Alors la première question à se poser est bien qui règne chez moi et chez nous. Qu’est-ce qui nous mène et a de l’emprise sur mes décisions et mes engagements ?

Les réponses bien sûr sont propres à chacun de nous. Et la première est très possiblement la peur de vivre, tout simplement. Ma vie tourne en rond comme dans les giratoires de la route. Il n’y a ni horizon, ni début, ni fin, ou, inversement la vie tourne trop vite et on ne peut voir les étapes qui nous marquent tous. Nous savons tous que la solitude est une première réalité de nos sociétés d’abondance et surinformées. Il y a aussi les peurs collectives, angoisse économique, climatique, de la guerre. 

À chaque choix de vie et de lieux visités, Jésus offrira un sens nouveau et possible. Quand il aura faim après un long jeûne, le tentateur lui proposera de changer les pierres en pain. Nous sommes dans les besoins essentiels de la vie. Le pouvoir économique nous échappe aujourd’hui. Il y a des inégalités intolérables même parmi nous comme le signalait les gilets jaunes. La lutte pour un monde juste et équitable fait partie de nos priorités. La montée des grands changements coïncide aussi avec l’émergence de régimes autoritaires et de leaders politiques populistes dangereux pour la démocratie.

Puis Jésus est mené au sommet du Temple de Jérusalem et le tentateur lui demande de faire un miracle. Jésus rappellera chaque fois des paroles des prophètes. Quand il montera au Temple pour la dernière fois, il chassera à coup de balai les vendeurs, en leur rappelant que les voleurs n’ont pas là de place. Ce ne sont pas des sacrifices que Dieu veut, mais la miséricorde. Enfin, le diable lui propose le pouvoir économique. Mais Jésus, par des pains et des poissons multipliés, répondra que ce geste sera à faire par les disciples eux-mêmes.

Que ton règne vienne est devant nous et déjà avec nous. L’apôtre Paul répétait : « Je fais le mal que je ne veux pas mais je ne fais pas le bien que je veux ». Dieu a ouvert des espaces de liberté et de « respiration » par son Esprit. Jésus, avec cette demande, nous propose de l’accueillir dans nos vies.

 

Jean Porret

Cantique : Confie à Dieu ta route

1-Confie à Dieu ta route, tes vœux et tes travaux

 Ne sois jamais en doute, Dieu sait ce qu’il te faut;

S’il guide dans l’espace les astres et les vents,

C’est encore lui qui trace la route a ses enfants

 

2-Pour nous, le sort du monde se perd dans les détours,

Mais sa raison profonde deviendra claire un jour.

Alors viendra l’aurore, nos yeux enfin verront;

Travaille et prie encore, ces temps nouveaux viendront.

 

3-Nos choix, nos préférences nous ont souvent trompés.

Un seul a connaissance de toute vérité,

C’est toi, l’ami suprême dont le regard nous suit,

Toi qui seras le même demain comme aujourd’hui.

 

Questions à méditer

1-Quel regard avez-vous sur les royaumes de ce monde : politiques, religieux, économiques. Lequel vous fait le plus peur, lequel vous attire le plus ?

2-Dans votre vie personnelle, arrivez-vous à faire une différence pour en faire une autre priorité ?

 

3-Votre foi en Christ et son Père vous aide-t-elle à avancer et, si oui, comment ?


Notre Père : Que ton nom soit sanctifié                                         Noël 2018

Des noëls de mon enfance, je me souviens et me souviendrai toujours que les chants et les récits merveilleux m’habitaient beaucoup plus que les cadeaux, d’ailleurs assez rares dans un milieu plutôt pauvre. Dans la petite salle de l’école d’un village de cent habitants, la maîtresse d’école nous faisait apprendre par cœur des récitations de circonstance. Nous chantions à deux ou trois voix une quinzaine de cantiques ou canons. Puis le pasteur lisait l’Évangile de la Nativité qu’il commentait ensuite brièvement. Mais c’est le conte de Noël qui comptait le plus. Sans que je le sache encore vraiment, la fête de Noël était belle par sa simplicité involontaire et pour la première fois de l’année tout le village, pratiquants ou pas, nous étions là, ensemble. Le cadeau : un livre sous forme de conte et une orange, le fruit unique de Noël. Et le soir de Noël, nous chantions encore des cantiques dans les rues du village endormi.

Cette simplicité a habité mon enfance et l’événement-naissance s’est éveillé. Naître est plus que voir le jour ! Il y a l’étonnement et la surprise toujours nouvelle. Si chanter est prier deux fois, comme le disait Saint Augustin il y a 1 500 ans, personne ne prenait la peine de scruter les paroles de circonstances, parfois très vieillottes ! C’était Noël et ce jour-là nous était généreux. Les commentaires venaient plus tard avec la qualité du meilleur conteur de la soirée. Mais chanter pour les autres, à deux ou trois voix, à douze gamins, tous filles et fils de paysans ou d’ouvriers, il fallait le faire ! Chanter le nouveau-né sans tout en savoir. Noël coupait le rythme de façon décisive de l’année.

 

Dans le Notre Père, Jésus prend la peine de commencer la prière en reconnaissant le nom du destinataire, ici qualifié de « saint ». Il dit en fait un nom imprononçable dans une société ou tout doit être horizontal. Sanctifier veut dire respecter et voir autrement. La première signification pointe du doigt une direction pour qu’elle soit connue. Un père a un nom et veut le transmettre à sa fille, à son fils. Je suis et le serai toujours. Ce père a voulu me donner un nom porteur d’énergie et de force. Alors en écoutant prononcer le nom de celui qui mène à la vie, j’écoute, j’entends une voix qui me dit debout mets-toi en marche.  

Dieu, le nom imprononçable pour un Juif, a une multitude de noms, presque à l’infini comme nous les lisons dans le premier testament. Et les Pères de l’Église iront jusqu’à dire : ton nom est imprononçable tellement il est divers. Le nom que j’ai choisi personnellement pour moi est Seigneur.  Je converse avec lui en le lui disant. Et chacun a ainsi sa façon de lui parler. Cela fait-il un peu Moyen-Âge.

Version du Notre Père en araméen

Mais je n’en saisis pas encore tout son sens. Ne nous laissons pas emporter par notre premier regard ou impression. Je lui adresse la parole en lui disant : « Seigneur ». Jusqu’au jour où j’ai commencé à comprendre que Dieu est le présent dans les détails insoupçonnés de ma vie quotidienne et que je suis à la fois totalement libre mais aussi totalement relié à lui.

Le nom de Jésus porte aussi une intensité. Il signifie Dieu sauve et libère. On peut comprendre qu’il veuille nous éloigner des fausses routes qui peuvent nous détruire. Une question de vie ou de mort dans notre vie de voyage sur terre.

 

Alors voilà les débuts de Jésus de Nazareth venu à Bethléem. Né dans une étable, disent les évangiles parce qu’il n’avait pas de place ailleurs. Bethléem signifie la maison du pain. Venir à Bethléem, à la crèche le soir de Noël, c’est entrer dans la maison qui donnera le pain de vie. C’est connaître un possible nouveau en nous et pour nous. Alors les anges dans le ciel et les bergers dans les champs n’auront pas de mots suffisants pour dire leur joie et se mettre eux aussi en route. 

L’étoile de Noël, est-ce assez de lumière ?

 

L’Étoile de l’avent, pâle, fragile touche la lumière, faiblit et renaît,

Battant, comme le pouls de la vie, les élancements de la douleur, la respiration d’un enfant.

 

Pâle et pourtant c’est assez de lumière.

Assez pour nous guider dans nos obscurités

Pour racheter la nuit et désosser nos peurs;

Assez pour nous situer dans la trame de l’univers,

Y voir et choisir ou le sang ou la paix ou l’horreur ou l’amour.

 

Nos ténèbres sont multiples,

Enveloppant d’opacité nos questions lancinantes :

Pourquoi tant de haine, souffrance et pourquoi la faim ?

Pourquoi le viol de la terre et des femmes ?

Pourquoi l’éclair sans cesse renaissant des armes ?

 

Le poids des ténèbres s’étend sur Gaza et sur la Palestine dévorant les enfants, les morts et les vivants,

Recouvrant de mensonge les membres squelettiques et les ventres ballonnés des enfants du Darfour et les cris du Congo. 

Alors qu’elles tissent, fil à fil, le voile de nos indifférences.

 

La pâle touche de lumière palpite, faiblit et renaît, comme un enfant, fragile, caché parmi nous.

Serait-ce assez de clarté ? 

Assez pour murmurer l’espérance renaissante.

Assez pour suivre les pas incertains de la visite de Dieu.

Assez pour pétrir le pain de la paix.

Assez pour retourner ce monde à l’endroit de la justice.                                      

 

(Pierre Goldberger) 

Questions

 

À Noël, nous avons seulement à voir et entendre; alors quelles paroles naissent à la lecture des textes et le regard des photos de Noël ?

Prenez le temps de chanter un cantique de Noël qui vous plait; c’est prier deux fois.



 

 

Novembre 2018

Notre Père qui es aux cieux

Cette réflexion est faite une semaine après la fusillade dans la synagogue de Pittsburg. Les gens priaient et écoutaient… le Livre. Depuis trois ans, la cible de la violence inouïe et gratuite se déplace dans un lieu traditionnellement intouchable : les sanctuaires, là où prient les croyants, les croyants. Chez nous, ce fut la mosquée de Québec; l’année précédente une église méthodiste à Charleston, un an avant, un prêtre en France en pleine célébration de la messe. Ma pire expérience personnelle est reliée à la tuerie de la Polytechnique avec les onze jeunes filles fusillées. J’étais alors au Service de pastorale de l’Université de Montréal. 

Nous nous mettons ici à l’école de Jésus et de sa prière qui a traversé vingt siècles, dans toutes les langues et tous les lieux possibles. Elle peut aussi nous habiter toute notre vie. Dans chaque moment du culte collectif nous la disons. Des grands spirituels comme Albert Schweizer, Prix Nobel de la paix en 1953, l’ont bien adoptée. L’évangile de Matthieu la place au beau milieu de l’enseignement essentiel de Jésus. En effet, le Sermon sur la montagne aux chapitres 5-7 donne ce qu’il faut faire pour se mettre à sa suite.

Le Sermon commence par une pièce maîtresse avec le texte des Béatitudes : Bienheureux ceux qui procurent la paix, bienheureux les pauvres, bienheureux les doux… ceux et celles qui ont soif de justice.  Sommes-nous arrivés à l’impossible prière au cœur même de notre vie ? Non, me disait cet ami juif à la synagogue de Côte-Saint-Luc où nous étions entourés d’une grande protection policière pour prier et échanger ! « Ce que je retiens est que nous n’avons pas peur. » Le Notre Père est la prière des prières, enracinée dans la plus grande tradition juive que Jésus connaissait fort bien, le Qadis. Cette prière concluait les études et commentaires de la torah. Elle était familière pour Jésus dès son enfance

Répéter servilement une parole n’est pas prier aussi verrons-nous plusieurs variantes. Mais elle doit nous inspirer dans toutes ses possibilités. Dans le Notre Père, il y a sept demandes très distinctes, trois concernant Dieu et quatre entre les humains, comme les sept jours de la Création qui disent tout. La fin sous forme de doxologie ou réponse de louange à Dieu complète le tout comme une corbeille à deux poignées. Trois demandes pour le nom divin et quatre pour le matériel. Ainsi la vie sur terre très matérielle et  celle en-haut, spirituelle, se mélangent. Le désir de prier nous fait lever les yeux pour écouter Dieu à défaut de le voir puis redescendre au profond de nos existences. Dans le Notre Père, Dieu nous invite à lui parler comme on converse avec un être de plus en plus intime.

 

Notre Père… aux cieux

Ainsi donc, tout commence dans la vie par une création ou une naissance. Je ne suis pas le premier de la ligne mais le fruit d’une longue lignée. Et quand je dis à Dieu je, je lui dis aussi nous. Dieu est père de tous et toutes. Si j’ai des adversaires ou problèmes avec mon prochain, lui aussi a droit à la dignité et le respect. On pourrait même dire que de vouloir s’annexer Dieu et ses absolus est contraire à la volonté de Dieu. S’il nous veut en liberté, il est d’abord lui-même libre comme l’air ! Dieu est Dieu de tous et lui seul nous connait parfaitement.

Le mot père est riche mais dangereux par son ambiguïté. Pas de fils ou fille sans père, ni mère. On peut dire ensemble père ou mère, ou même père et mère. Mais c’est encore insuffisant si nous ne disons pas que nous sommes immanquablement fils ou fille de. Nous sommes en filiation, désiré et voulu de Dieu. « Je t’ai engendré et je te tiens dans ma main. » « Je ne suis pas pur Esprit, ni pure Matière, ni que Père ou Mère. Je suis fruit du ciel et de la terre. Matière et Esprit, Rencontre du Père et de la Mère… Je suis les deux et je suis un autre. » Pensée amérindienne citée par J.-Y. Leloup

Papa est le mot Abba que Jésus a dit souvent dans les Évangiles. Il dit une intensité pleine d’affection et de miséricorde. Dans leurs cantiques, la communauté de Saint-Marc à Ottawa a souvent remplacé Père par le mot papa. Excellente manière de s’approprier ce mot du désir de proximité et d’intensité.

Dans cette ouverture de la prière, Jésus veut nous apprendre à écouter une parole vivante qui ouvre en nous le désir de proximité jusqu’à l’infini. Elle nous invite à poser notre regard en silence sur sa création, arbres, animaux, soleil levant ou couchant. Autant de façon de prier ! On peut comprendre les arbres de la création, les animaux, le soleil levant.

 

S’il te plait, la paix Seigneur (prière juive du soir 15e siècle)

Accorde Seigneur que nous passions à la paix et fais-nous à nouveau renaitre à la vie.

Étends sur nous la tente de la paix et dirige-nous vers une parole de toi.

Aide-nous par la volonté de ton nom, protège-nous et éloigne de nous la haine, la maladie et la violence.

Que chaque obstacle à l’arrière et à l’avant recule.

Garde-fous à l’ombre de ton aile car tu es un Dieu de grâce et de miséricorde.

 

Protège notre aller et notre retour pour être en paix et n vie dès maintenant et à jamais.

Le Notre Père en araméen, langue que parlait Jésus

Questions

Dans les moments difficiles de la vie, prenez-vous le temps d’un moment à part pour vous-même et les personnes ou les situations autour de vous.

1.Quels mots sont les premiers qui vous viennent et sortent de votre cœur ?

2.Avez-vous des temps ou des espaces où vous vous sentez plus en lien avec vous-même et qui vous font du bien ?

 

3.Souhaitez-vous parfois partager vos expériences personnelles avec d’autres ? Comment ?


Octobre 2018 : Pourquoi (et comment) prier encore avec le Notre Père ?

Mon voisin immédiat Lou se lève chaque matin, hiver comme été, à 6h30 pour aller prier. Il est juif comme presque le 90 pour cent de ma rue et chaque journée commence par la lecture du Livre ou Premier Testament. Dans ce même quartier le plus diversifié au Canada cohabitent 120 communautés culturelles dont des protestants presbytériens, des catholiques, des musulmans et bien d’autres connues ou inconnues. Autant de voies autant de façons différentes de prier. Et pour le chrétien et pasteur que je suis, une partie importante de ma vie a pris un long moment à s’enraciner dans la prière chrétienne dans une profondeur qui rejoignait la Vie. Alors je disais des prières comme on dit, jusqu’au jour où j’ai appris à vivre la prière. Cela prend pas mal de temps à dire et à le vivre ensemble; se laisser habiter dans tous les recoins de notre vie. Jésus recommande d’ailleurs de prendre le temps et le lieu pour le faire, de fermer sa porte à clef et de prier le Père. Très ou trop longtemps ma dimension de prière ne « collait » pas. Il y avait des trous comme sur la route. La prière est un exercice qui n’est jamais fini.  C’était avant de vivre des événements forts de la vie. Impossible de prier après de tels massacres comme celui les filles à l’École polytechnique de Montréal. Il a fallu du temps pour sortir de l’impossible prière qui nous habite encore si souvent.

L’évangile de Matthieu nous apprend comment prier. Avec le Notre Père Jésus nous offre une prière forte et un modèle pour la vie privée ou publique et ses étapes inévitables. Mais il prend des précautions pour y arriver. Jésus a beaucoup prié, d’abord dans les synagogues, en récitant les prières de la communauté, avec des malades avant le repas, mais aussi dans les circonstances de la vie en se retirant à l’écart ou encore lors sa grande Passion finale. Aussi maintenant nous avons des recueils des prière dans les livres de cantiques qui présentent les grands moments de la vie personnelle ou de la vie publique souvent sous forme de chants.

Mes anciens paroissiens agriculteurs me racontaient comment ils ont appris à prier. L’un d’eux m’avait dit : « C’est un soir sur la montagne où nous faisions les foins. À la venue de la nuit, dans la cabane, j’ai entendu la voie de mon grand-père qui priait à haute voix; elle est ma prière aujourd’hui. »

Mes enfants et petits-enfants ont fréquenté les scouts, qui, encore aujourd’hui, terminent leurs rencontres par une prière. Ma petite fille dès l’âge de trois ans l’a apprise de son père qui la chantait le soir avant le sommeil. Sans le savoir ou le vouloir, nous cherchons tous une paix intérieure qui nous met en harmonie avec le monde et avec nous-même. Et le soir nous voulons la paix de la nuit. La voici :

« Quand j’entends les oiseaux chanter leurs refrains

annonçant que bientôt le jour prendra fin,

 je m’unis à leurs voix, je laisse la mes peines,

et comme eux je ne crois qu’à la paix souveraine ».

 

Lorsque ma prière devint toujours plus recueillie et intérieure, alors j’avais de moins en moins à dire. Finalement, je devins très tranquille et écoutant. Je pensais d’abord prier puis parler. Mais j’appris que prier n’était pas seulement se taire, mais aussi écouter. Ainsi la prière, ce n’est pas s’entendre prier soi-même, mais le priant entend Dieu. (Soren Kierkegaard)

En prenant le temps de prier, Jésus nous propose directement trois dimensions majeures. Prier est entrer en relation avec soi-même. Après un temps de silence ou de repos, nous arrivons mieux à nous relier à nous-mêmes : entrer dans la porte la plus retirée et pénétrer dans ces lieux de confort ou d’inconfort qui nous tiraillent et que nous localisons mieux. Fermer sa porte n’est pas exclure mais distinguer l’important du secondaire; et donner dans une seule parole ce que nous avons éparpillé et dispersé partout.

Prier son Père est parler à quelqu’un d’autre que soi-même. Nous aimons nous entendre parler mais écouter la voie de l’autre différent que soi est un exercice difficile. Entrer en relation avec le Père est vouloir faire une brèche pour être capable d’écouter pour vrai.

 

La prière enfin est une découverte que je ne suis pas seul; quelqu’un m’a précédé et m’a transmis une prière. Mais nous avançons vers une relation qui peut s’agrandir. C’est pourquoi la prière est reliées à des rencontres ou des personnes du monde de la Bible. Le Notre Père est notre première référence.

 

Voici venu le temps

Voici venu le temps du rendez-vous avec nous-même. Dans l’attente de la rencontre avec Dieu. Rencontrer Dieu, c’est se convertir, être capable de changement. Qu’importe le regard des autres ou leur jugement. C’est au plus secret de nous-même que se réalise l’inexprimable, la rencontre et la réconciliation avec Dieu.

Nous disons dans les rencontres du dimanche une prière finale ou d’intercession qui se termine par ces paroles : « Nous te disons maintenant la prière que tu nous as enseignée et qui résument toutes les nôtres ». Voilà pourquoi nous prendrons le temps la fois prochaine d’ouvrir la prière du Notre Père.

 

Question pour les jours qui viennent

Qu’est-ce que je veux favoriser dans mes temps de méditation et de prière ? Identifier les questions les plus importantes qui laissent ma porte ouverte sans me donner du repos.

La clarification de questions possibles ou impossibles en moi, nommez-les.

La relation avec d’autres peut cacher le bien et le beau en lui, nommez-les.

La relation avec Dieu… quel est le nom qui est pour moi le plus « confortable » et qui me conviennent. Notez vos remarques.  

 

Jean Porret


Septembre 2018 : Laissez parler la mémoire

                Je désire ici nous éveiller à la dimension personnelle de la prière selon les situations de notre vie et découvrir des témoins connus ou non de la spiritualité voire de la mystique protestante. Ils émergent à nouveau après des longs silences. Un de mes maîtres pris dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale et grand résistant au prix de sa vie a dit : « prier, c’est agir », voilà l’essentiel.

Le psaume 23 bouleversant

        Élizabeth était la meilleure amie d’Hildegarde et toutes les deux sont Allemandes. Et elle avait fait le voyage au Canada pour venir consoler sa meilleure amie Hildegarde qui venait de perdre son mari cultivateur immigré sur le tard en Estrie. Dans une petite excursion de fin d’après-midi, avec son amie au volant de sa voiture, Hildegarde est éblouie par le soleil couchant, fonce dans un camion et voit sa meilleure amie Hildegarde mourir sur le coup sous ses yeux. Deux morts en deux semaines et  Élizabeth est survivante. Et la voici à l’hôpital en terre totalement inconnue, ne connaissant personne, sans langue du pays, sans famille, sans lien particulier.

        La première visite pastorale fut très difficile et je commençai en la faisant raconter son drame survenu la veille. Elle élabore alors le parcours fait avec sa très chère amie dans ses moindres détails. Tout est trop lourd.

        La seconde visite va ouvrir des portes inconnues. Je parlais un allemand de conversation et convenable mais sans tout comprendre bien le contenu sous mots et situations personnelles de son drame.

       L'amitié de la blessée avec Hildegarde datait de la Deuxième Guerre mondiale quand elles avaient dû fuir la Tchécoslovaquie natale, encadré par les soldats russes. Elles s’étaient connues dans une fabrique de briques de construction et lié d’amitié pour toujours. Élizabeth était devenue très active dans une paroisse méthodiste et pratiquait la lecture de la Bible.

       Me vient à l’esprit de lire le psaume 23 que je venais de commenter pour les funérailles de sa grande amie Hildegarde et une semaine avant aussi pour le mari d’Hildegarde. Elle avait sur sa table une Bible en vieil allemand rafraîchi de Luther, moi la nouvelle version moderne. Commence alors la lecture et elle dit par cœur le texte en même temps que moi mais en vieil allemand que je peux comprendre.

       À chaque phrase, elle-même commente brièvement et avec pertinence non seulement le texte mais son lien avec Hildegarde ou avec Dieu avec des commentaires comme : « Oui, Hildegarde a bien passé par la vallée de l’ombre de la mort, mais c’est mieux pour elle qu’elle soit morte sinon elle souffrirait trop ».

       Elle me dit avec ses lunettes comment Luther le comprenait.  Après vingt minutes, je reste abasourdi par la profondeur de ses commentaires. Je pratique depuis longtemps les commentaires bibliques et souvent à partir de l’hébreu pour l’avoir pratiqué pendant sept ans à l’université dans le texte original. Mais ce matin, nous sommes dans une situation tout inédite ! Nous terminerons simplement par le nôtre Père.  Pour toujours, cette rencontre me travaillera sur l’intégration d’un récit en temps de crise extrême au-delà des millénaires et des cultures. La grand amie d’Hildegarde a fait « fonctionner », comme on dit dans les trains le « Not Brèmes », ou freins de secours. Ils avaient parfaitement fonctionné. Mais elle m’a aussi bouleversé la vie.

       Dans le psaume 23, un pèlerin monte à Jérusalem et raconte en marchant les étapes de sa vie personnelle et son espoir dans le Dieu vivant. Des passages forts ou le marcheur frôle la mort, mais vit aussi des marches apaisantes et rafraîchissantes de paix et tous savent que quelqu’un l’attend autour de la grande table a l’abri des dangers de la vie.

Comment lisez-vous un texte personnellement pour communier au-delà des millénaires, des cultures et des situations personnelles.

1-Dans votre vie personnelle, avez-vous vécu des événements qui coïncidaient avec des situations de récits bibliques qui vous étonnaient et vous émouvaient ? Ces événements étaient-ils reliés à des personnes connues ou inconnues ?

2-Quand vous parlez à Dieu, quel mot pour le nommer vous convient-il le mieux ?  D’autres mots vous aident-ils à le nommer parfois. Énumérez ces mots.

3-Des situations peuvent se répéter et nous faire peur, laquelle pour vous est la plus difficile à vivre ? Nommez-la.


Août 2018 : Remonter la rivière et ses petits ruisseaux avec ses montagnes

Ainsi se termine la première année de spiritualité Saint-Jean, dont le but a été de présenter des personnes, des événements, des situations qui nous permettent de réfléchir, lire, nous interroger et laisser grandir en nous des graines de vie et de force nouvelle. En d’autres mots, qu’est-ce qui sous-tend notre vie. C’est le second et troisième étage de la spiritualité que nous proposons. Nous vivons tous activement des événements, des rencontres, qui nous marquent. Les mettre par écrit ou relire des textes multimillénaires, faire ressortir la beauté des textes, des personnes, des parcours personnels ou des groupes comme celle du monde, peut nous faire avancer sur notre route. C’est le but de revisiter le passé.

Je reviens d’une semaine de vacances avec toute ma famille au Valais, en Suisse, pour les cinquante ans de mariage de mon couple. Oh, grande merveille et surprise ! La joie et la reconnaissance de continuer la route avec enfants petits-enfants, beaux-frères belle-sœur neveux nièces. Nous étions partis à deux, et nous étions maintenant 24.  Ils étaient tous là de 7 à 77 ans comme dans Tintin. Le village choisi au hasard par ma belle-fille de New-York était en fait connu de ma famille depuis 50 ans : 230 habitants, paysans, travailleurs, gens de la terre. J’y retrouvais intégralement ma propre vie de villageois ou nous sommes aussi depuis presque 700 ans. En relisant les récits du Val d’Hérens nous remontons sans peine à 5 000 ans en arrière bien avant les Romains ou les Celtes. Nous pouvons faire exactement le même parcours ici au Canada comme dans notre propre vie. Merci à la vie et à son Créateur ! La vie personnelle, interpersonnelle, reliée ou non à un groupe comme une paroisse nous relie tôt ou tard à nous-même comme au tout-Autre que nous appelons Dieu ou son parfait visage humain avec Jésus le Christ. Nous nous appelons frères et sœurs ! Trouver une autre parole pour nous mettre en route et nous relier au tout autre. Nous nous appelons frères et sœurs les humains.

Merveilleux et vivant. Karl Barth, le grand théologien suisse de 20e siècle, disait que la lecture de la Bible demandait une attitude fondamentale : l’émerveillement, l’émotion, l’engagement et la foi. Ces quatre mots nous font aller vers le haut et son infini et vers le bas aussi le plus intime. Mais nous marchons tous, c’est la vie !

 

Dans sa main (Henri Lindegaard)

Les disciples sortent pour annonce la Bonne nouvelle.

Le Seigneur les aide et confirme la Parole

Par les signes qui les accompagnent

La main du Seigneur est avec eux :

Grand est le nombre de ceux qui croient

Et se tournent vers le Seigneur (Marc 16)

 

Quand je risque une parole (Suzanne Schell)

Quand je risque une parole Seigneur,

Qu’elle monte en moi de ce lieu ou tu viens à ma rencontre !

 Quand je risque une parole Seigneur,

Qu’elle soit comme un chant clair

Pour rappeler les autres à la vie !

Quand je risque une parole Seigneur,

Qu’elle soit comme l’eau fraiche puisée à ta source vive !

Quand je risque une parole, Seigneur,

 

Qu’il parle encore de toi comme un signe bienfaisant.

 


Pentecôte : La venue de l’Esprit

Deux bouts de bois que l’amour met en croix. Et ce sont les flammes d’un immense feu, et ce sont les ailes d’un oiseau étrange qui descend sur terre dans la force du vent.

Sur ceux qui, dans l’ombre, pleurent un absent, se posent des langues de lumière.

Alors les oreilles se tendent, les bouches se délient, les mains se lèvent dans la nuit pour dire des merveilles.

Dehors, un troupeau sans berger, ceux dont les bras tombent sans travail et sans joie. Pierre s’élève au niveau de la Parole : « L’homme que vous avez tué, Dieu l’a ressuscité, Il a reçu du Père le souffle saint et il le donne à tous pour qu’ils vivent. »

Le pêcheur est à la proue, premier pasteur qui monte en chair. Il jette son filet, tout en montrant, derrière, celui qui est u cœur de la flamme et du vent.

Une barque quitte le port, s’avance dans la mer et vogue en espérance pour la longueur du temps.

 

Textes et dessin Henri Lindegaard : Bible des contrastes, Réveil 2003


Ascension : Allez

Après le troisième jour, Jésus se retrouve vivant parmi les siens dans les lieux déjà bien connus. Ce temps de reconnexion donnera la chance aux disciples de faire un nouveau pas dans leur deuil. Est-il possible que ce que Jésus disait avant, ils le voient maintenant ? Les disciples seront heureux de voir ce que les prophètes et les justes ont désiré voir et entendre (Ma 13,17). Avec Claudel on peut dire que l’œil écoute même encore très indistinctement. Ils voient.

Ces paroles et images que vous allez lire sont de Henri Lindegaard un ami pasteur qui pendant quarante ans a peint tous les textes qu’il allait dire le dimanche : La Bible des contrastes. éditions du Réveil, 2003. Lisez-les et voyez-les en laissant monter en vous ce qu’elles éveillent.

 

Allez

Rendez-vous sur une montagne en Galilée : d’une montagne on voit loin.

Ses disciples se prosternent devant lui, mais quelques-uns ont des doutes.

Il s’approche d’eux et leur ouvre ses bras : c’est au crucifié que tout pouvoir a été donné dans le ciel et sur la terre. Sa gloire a une portée universelle : « Allez et faire des disciples de toutes les nations ».

Le rayonnement du crucifié est chemin d’obéissance.

Ils se mettent en marche, la main tendue vers celui qui leur a tout donné : ce qu’ils ont à apporter au monde, c’est de lui qu’ils le tiennent.

D’une main il les envoie : « Allez ! »

De l’autre, il les soutient :

 

  -Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (Matthieu 28)  

Ascension

 

Pourquoi ta main descend-elle si bas

Comme si tu mendiais quelque chose,

Alors que tu es riche d’un bel héritage ?

 

Pourquoi te penches-tu vers ceux

Qui sont dans l’ombre,

Alors que tu t’élèves sur des marches de lumière ?

 

Pourquoi en allant vers le Père

Te tournes-tu encore vers les hommes

Comme si tu voulais

Les arracher au trou qui les attend

 

Et les entrainer sur le chemin de la victoire ?  Luc 24


Avril - Il est ressuscité

Il est ressuscité  

 

Lindegaard Henri, Labor et Fides, 1997

Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il s’est réveillé. (Luc  24,5-6)

À l’aube profonde les femmes arrivent pour l’embaumement comme on arrive pour l’enterrement d’une espérance. Dans leur cœur, les souvenirs ont déjà le goût de cendres. On pense rarement au futur dans les cimetières.

Mais voici qu’au bord du tombeau la pierre du passé a roulé loin de la mort !

Dans le roc de leurs larmes, une faille s’ouvre dont elles ne savent que faire. Il faut du temps pour apprivoiser la résurrection !

Et c’est alors qu’au plus profond de leur nuit, une parole neuve et claire les rejoint.

La fin devient un commencement !

La vie leur ouvre un demain !

Seigneur, toi qui te tiens au seuil des tombeaux ou nous nous enfermons,

Donne-nous de déposer à terre les fioles de notre espérance !

Que ta parole réveille en nous aujourd’hui ce qui est retenu dans la mort !

Christ, Seigneur, tu es le Vivant et tu nous donnes de vive !

                                                                                                                                                             Francine Carillo

 

Tu nous donnes d’espérer contre tout espérance

Jésus, le Christ, dans ta vie la haine et la mort n’ont pas eu le dernier mot. Tu es ressuscité. Même invisible à nos yeux, tu es présent pour chaque être humain. Ton Esprit Saint fait naître en nous le courage de la miséricorde pour ceux qui sont proches comme pour ceux qui sont loin. Dans un monde où nous sommes souvent déconcertés par la violence, tu nous donnes d’espérer contre toute espérance.

 

Fr Alois de Taizé


Le moment qui change tout avec la Passion de notre Seigneur

Ouverture avec les Rameaux

Le dimanche des Rameaux est la fête qui ouvre le temps de la Passion de notre Seigneur. Jésus est accueilli triomphalement à Jérusalem par la foule venue fêter la Pâque juive.

Retenons pour mémoire que Jésus lui-même dit ce qu’il veut : faire son entrée royale à Jérusalem monté sur un ânon pour, la monture des pauvres et des petits. Il accomplit ainsi les Écritures.  Mais il mangera aussi un dernier repas avec les siens quelques soirs plus tard. Repas, encore aujourd’hui, point central de notre foi. Il nous nourrit de sa présence dans les jours qui viennent.

Bientôt surviendra l’arrestation à Gethsémani, puis la trahison et/ou l’abandon des disciples. Le procès tant devant les autorités tant civiles que juives le condamne sans pitié et la foule qui l’acclamait avant-hier lui préférera un condamné coupable. Sa condamnation sans réplique ni excuses sera exactement ce que le Fils de l’homme avait annoncé par trois fois : il faut d’abord que le Fils de l’homme meure, mais le troisième jours Dieu le ressuscitera. Toute notre foi est là avec le don de la vie de notre Seigneur.

 

L’aube de Pâques et son tombeau vide seront le départ de la Vie nouvelle qui retiendra toute l’attention et la passion des témoins du Vivant. Est-ce possible ? Il était mort et il est à nouveau vivant.  Premier credo de nos aînés et un passage encore valide ! Il était mort et il est vivant à jamais, vivant parmi les vivants.  

Devant Jérusalem

Qui est celui qui s’avance,

monté sur un âne modeste et pacifique ?

C’est le roi de paix qui entre dans sa ville.

Un roi de paix… n’est-ce pas extraordinaire ?

Il vaut la peine de l’acclamer et de crier : Hosanna !

Si les habitants de la ville restent indifférents,

les enfants crieront.

Si les enfants se taisent,

les arbres crieront.

Mais les enfants reconnaissent celui qui vient,

les enfants et ceux qui leur ressemblent.

Ils agitent des branches pour faire une haie d’honneur,

ils étendent leurs vêtements pour en faire un beau tapis.

Malgré l’enthousiasme des uns

et devant l’indifférence des autres,

Jésus se sent très seul.

« Jérusalem qui tues les prophètes

et qui lapides ceux qui te sont envoyés,

si seulement tu comprenais en ce jour

ce qui peut donner la paix ! »

(Luc 19)

Hildegarde de Bingen,

 

abbesse, théologienne et visionnaire allemande du 12e siècle


De mieux en mieux dans le monde…?

Le chroniqueur d’information internationale à Ici Radio Canada nous informe que le monde va de mieux en mieux malgré l’interminable guerre de Syrie, les bombardements saoudiens au Yémen, le chaos à la Maison Blanche, les craintes de changement climatiques, les paradis fiscaux et l’écart insupportable entre riches et pauvres, la dénonciation des femmes violentés, de la condition autochtone… Mais jamais la planète n’a été si bien : éducation, santé générale avec moins d’épidémies, durée de vie, mondialisation économique. Du jamais vu, preuve à l’appui. Fermez les nouvelles !

 

Nous avons peine à voir au large, plus loin, plus profondément. Jésus nous invite ici à une double attitude : lui faire plus confiance et notre propre vie. Ne pas tout miser sur le malheur et surtout faire de nous-mêmes des artisans de paix, de la paix par la justice. Miser sur les groupes qui se prennent en main, ceux qui croient au partage équitable, qui œuvrent pour la sauvegarde de la planète : un bon programme qui permet de ne pas se laisser enchaîner dans nos peurs. 

Jésus apaise une tempête (Lire Marc 5,35-41)

Au soir d’une journée bien remplie, avec ses disciples, Jésus cherche une autre rive apaisante. Mais au milieu de la traversée, un violent orage éclate et menace l’embarcation devenue tout à coup trop fragile au point que le voyage risque de tourner en désastre.

Sur les rives de ce lac aux humeurs changeantes, la vie se passe plutôt bien. Les environs sont fertiles, avec une agriculture riche et de beaux jardins familiaux; les habitants sont bien chez eux… sauf que les coups de vent, bien connus mais imprévisibles, peuvent tout faire chavirer. Ce qui arrive un jour reviendra-t-il toujours ! Les extrêmes que nous vivons cet hiver rappellent que la vie est fragile et menacée. Mais Jésus dort sur un coussin, nous avertit Marc. Il connait ça, lui !

Puis il y a le plus compliqué. La tempête arrive certes, mais nous sommes bien équipés voire suréquipés ici en Occident, pensons-nous. Nous avons tout pour être heureux. Tout ne tourne pas parfaitement bien, et ça peut déraper pour pas grand-chose. Un « beau » matin commencent des cycles de malheurs qui s’additionnent les uns les autres, comme pour Job et ses épreuves légendaires.

Notre humble confiance entend au plus profond de nous cette voix, celle de Jésus, qui nous dit une autre parole que celles déjà entendue set nous rend confus, qui nous étourdit.  Il dit simplement : « Me voici; je suis là ». Oui, il est parfois difficile de conjuguer ce que nous voyons et entendons dans le monde avec notre vie personnelle. Et parfois impossible. Mais un coussin d’écoute inconditionnel est là comme dans la barque !

Ainsi la vie de celui qui nous éveille invite à prendre notre vie en main, comme le paralytique, et à marcher à sa suite, si nous le voulons.

1-Comment êtes-vous dans la barque de la vie ? Vous sentez-vous seul-e, bien embarqué-e ou cherchez-vous une autre rive plus apaisante ?

2-Arrivez-vous à conjuguer ce que vous voyez et entendez autour de vous. et prenez-vous des initiatives pour être avec d’autres dans le même bateau que vous ?

 

3-Prenez-vous des moments favorables pour faire silence, voire prier et méditer ? Et quand ?

Prière : Pourquoi avez-vous si peur ?

« Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? »

Ainsi la peur serait un pas-encore

Un pas encore de confiance

Un pas encore d’assurance

Un pas encore de consistance

Ainsi regardée, elle perd de sa noirceur

Et devient une invite à sortir

De la stupeur ou nous jette parfois la frayeur

Pour chercher plus avant

L’annonce d’une autre lueur

Le prélude d’une autre couleur

Parier qu’à travers la souffrance

En dépit des apparences

La terreur peut devenir

Le terreau d’une nouvelle vaillance  

 

Francine Carillo 


Sur quel pied commencer la nouvelle année ?

La veille de notre départ de Noël pour New-York chez nos enfants et petits-enfants, je choisis le psaume 23 qui fait le lien entre l’ancien le nouvel an qui s’annonçait. Le psalmiste dit merci à Dieu, « oui tous les jours de ma vie ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas ». Oui, dire merci pour une année bien (trop) chargée, mais passée. En vie malgré tout.

L’année a été rude avec la maladie quasi fatale de mon épouse. Puis une maison de campagne bâtie de nos mains, plus précieuse et riche de souvenirs familiaux, dont la vente échoue en toute fin. Et au retour de cet échec, une méga-inondation nous prive pour plusieurs mois de notre maison en ville.  Enfin la veille de Noël, mon frère m’annonce la très mauvaise nouvelle que notre petite-nièce de 23 ans   est à nouveau atteinte d’un cancer au cerveau...

 

Sur quel pied danser quand le monde tourne mal ?  Ô Souverain des cieux et de nos vies qui es-tu alors ?  Mon ami Job aurait dit : une année d’épreuve à passer veux, veux pas. Et la révolte fait partie de notre légitime défense que même Dieu sait écouter patiemment j’en suis convaincu. Elle ne suffit pas pourtant. Ouvrir l’an nouveau nous laisse avec la mémoire encore pleine de souvenirs. À chacun, chacune son passage. Vous lecteurs et lectrices serez, vous êtes peut-être ailleurs. Mais je sais qu’une autre année il y aura des fleurs, des roses de Noël. Un doux printemps après un dur hiver.

Méditation   poétique 

La page tournée au livre du temps incite à vivre un commencement. On rêve à du neuf et même à se tester dans les défis, à restaurer l’innocence perdue dans les excès de la fête ou de la solitude.

Mais l’aube arrive autrement, par la parole qui a dit « Lumière ! », pour offrir une terre à nos pas, puis s’est déposée de nuit sur un visage d’enfant, comme un appel à naitre sous ses lettres de braise.

 

Francine Carillo, 1ere semaine 1-7 janvier, Vers l’inépuisable,

Petite bibliothèque spiritualité, Labor et Fides

Cantique      

 

En toi je me confie 

Ô Souverain des cieux,

Te remettant ma vie,

Mes craintes et mes vœux.

Que ta bonté descende

Sur nous sur nos enfants,

Toi qui commande

Au monde comme au vent.

 

Quand j’ai l’âme angoissée,

J’espère en mon Sauveur :

Il sonde les pensées,

Il voit le fond des cœurs.

Il est mon espérance,

Aux bons aux mauvais jours

Au fond de la souffrance,

Lui seul est mon secours  

 

                                      P. Gerhardt, 1666; No 347 de Nos voix Unies

À méditer

Comment vivrons-nous notre nouvelle année avec nos priorités ? Lui chercher un sens peut faire du bon sens. Il y a toujours un je et un autre, je ne suis pas seul. Est-ce que me confier à Dieu me porte et sur quoi fonder mon espérance ? Dans les petits bouts de vie comme les grands.   

 

Jean Porret


« Naître sous une bonne étoile »

                Ainsi parlait les anciens quand ils nommaient une vie qui a bien réussi à leurs yeux. Mais voilà, tous ne le diront pas, bien au contraire, car il y a tant d’accumulations de malheurs et d’épreuves que nos arithmétiques ne s’y retrouvent pas. Alors que se dire quand l’étoile monte dans la nuit de la naissance ? Que verrons-nous au cœur de nos vies ?

 

           Les plus beaux visages et les plus yeux s’éveillent cette nuit à qui peut le voir et l’entendre. Chemin de naissance, racine de lumière dit notre poétesse un peu plus loin. Les temps changent dit, mais l’enfant dans notre enfant est plus fort et vif que tout. La dignité, la personne humiliée et blessée n’est plus seul quand des mains et un cœur donnent un autre visage à notre terre fragile pour nos enfants et petits-enfants. Rendons-la plus humaines et possible dans la génération des emplois précaire et des partages injustes. Crier est aussi juste !

Oui, je crois, et je chanterai encore ce vieil air venu de moyen-âge : « d’un arbre séculaire du vieux tronc d’Isaïe, durant l’hiver austère, un frais rameau jaillit; et sur le sol durci dans la nuit calme et claire, une rose a jailli. » (Cologne, 1599). Du neuf naitra encore cette année. Le fils de l’homme a encore un visage : Emmanuel, Dieu avec nous.  

Jean Porret

 

 

Ce n’est plus le soleil qui sera pour toi la lumière du jour, c’est le Seigneur qui sera la lumière de toujours. (Isaïe 60,9)

Voici que se lève sur la paille du monde

            Une lumière première et dernière

Comme une coulée d’étoiles 

Un voile de douceur dans la nuit des cœurs

 

Pour annoncer un commencement, il fallait bien en enfant !

    Un visage de tout-petit qui porte l’inouï :

Dieu s’entre-dit dans notre histoire,

 

Il est à nos côtés pèlerin d’humanité.

Ceux qui goûtent cette présence   sont en chemin vers leur naissance

 

Ils abritent en eux une racine de lumière incomparable et inaltérable.

 

Francine Carrillo

 

Il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés…proclamer aux prisonniers l’éblouissement. (Isaïe 61,1)

 

Il y aurait donc une tendresse déposée sur l’humiliation et l’aliénation,

     Comme une autre version de la déshérence de la désespérance.

 

Ce qui est né n’et plus à naitre, mais demande à vivre

Dans les yeux de ceux qui se savent enfants de l’éblouissement.

 

Entrer dans le pèlerinage qui emmène de visage en visage

      Vers l’aurore à réveiller en tout être sur toute terre.

 

Francine Carrillo


« Là où Dieu est pris au sérieux, l’humanité est bien prise en charge. » Jean Calvin (1509-1564)

Jean Calvin, humaniste, fin lettré, juriste et théologien, il est l’un des pères de la Réforme protestante. Venu après Luther, c’est dans une langue admirable qu’il développe et systématise les principes de la foi évangélique libérée des superstitions et des carcans issus du Moyen-Âge. Travailleur forcené, malgré une santé défaillante, réfugié à Genève où il tente d’organiser une république nouvelle, il éblouit par ses ardeurs intellectuelles mais ne suscite pas moins polémiques et haines inexpugnables. Caricaturé et largement ignoré, Calvin mérite beaucoup plus que la réputation de rigueur qui lui est fait. Être complexe, à la fois rationnel et passionné, il est bien ce « prophète » jeté dans le monde moderne, chargé de ramener ses contemporains, lettrés et illettrés à la pureté de l’Évangile.  

 

(Introduction à Calvin de Jean-Luc Mouton; Folio, 2009)

Arrimés à l’Écriture, les protestants réformés avaient la certitude d’être gardés dans la main souveraine de Dieu

Une parabole de l’Évangile peut illustrer la vie de Jean Calvin. Avec le récit de l’enfant prodigue illustré par Rembrandt nous sommes dans un choix très prisé des protestants.

Lire Luc 9.,11-32 : Les deux fils ou la joie du père

À la première lecture, un faisceau intarissable de relations se tisse au fur et à mesure de sa lecture comme un tableau du peintre Rembrandt à méditer à sa vue. Retenons l’image du père, figure de Dieu qui passe par des étapes décisives pour le narrateur.  Il accepte sans murmure la révolte du fils qui veut régler ses comptes en ayant tout l’héritage familial. Il respecte intégralement la liberté de décision du fils. Son non conformisme est étranger à tout légalisme. Il explose de joie en accueillant inconditionnellement le retour du fils et remet le fils à sa juste place d’héritier non déchu.

Un second degré de lecture apparait avec le fils dit prodigue qui a toute liberté de faire ses choix même extrêmes qui le conduit à repenser toute sa vie et faire l’aveu de son cul-de-sac. La notion de péché si lourdement moralisée est en fait une rupture de relation avec le donateur de vie. Le pays étranger et la vie avec les des porcs lui indique qu’il a fait fausse route.

La conversion est donc le fruit de sa prise de conscience et du retournement à prendre pour vivre une vraie vie. Le repas de fête dans la maison familiale est comme une résurrection anticipée déjà par le repas du Seigneur autour de la table de communion.

 

Le fils ainé rouspéteur, mal dans sa peau, donne le contraste que la vraie vie est possible quand nous faisons un retour à l’origine de la vie. « Ton fils » pour l’aîné signale au père qu’il s’est lui-même coupé de ses racines, mais le père ne le condamne.

Regardons bien l’œuvre de Rembrandt illustrant la parabole de l’enfant prodigue

1-Le père attend le fils depuis longtemps mais il laisse venir le fils comme il est. Le père est de face et regarde le fils dans une regard infiniment compatissant.  Où en êtes-vous personnellement dans cette relation ? Prenez le temps de regarder l’image à plusieurs reprises et notez ce qui monte en vous, quelles émotions, quelle image de votre vie...

2-Le fils est à genou, tête baissée, une relation intense se crée. Que cherchons-nous en regardant en avant de nous. Il y a une grande intensité silencieuse. Est-ce que cette image vous « parle » et que vous dit-elle de vous-même et de jésus ?

3-Prenez une minute pour regarder la main gauche puis la main droite du père : la main du cœur est disproportionnée par rapport à celle de droite. Que diriez-vous de la grande main gauche du père et de sa plus petite main droite ? Entourer quelqu’un de ses deux bras parle beaucoup. Quel souvenir avez-vous d’une étreinte de ce genre ?

Prière du matin Jean Calvin

Mon Dieu, mon Père, mon Sauveur,

Je te rends grâce, par Jésus-Christ ton fils bien-aimé, de m’avoir gardé de tout mal pendant la nui qui vient de finir pour m’amener à ce jour qui commence.

Fais que j’emploie cette journée à ton service, et que je ne pense, ne dise et ne fasse rien qui ne soit pour te plaire et obéir à ta sainte volonté. Que toutes mes actions concourent à ta gloire et à l’édification concourent à ta gloire et à l’édification de mes frères et sœurs. De même que tu fais luire ton soleil sur le monde, veuille aussi illuminer mon intelligence et mon cœur par la clarté de ton Esprit afin qu’il me dirige dans la voie de ta justice.

Et parce que ce n’est rien de commencer sans persévérer, veuille me recevoir dans ta crainte et dans ta sainteté non seulement pour aujourd’hui mais pour toute ma vie.

Continue et augmente journellement l’œuvre de te grâce en moi, jusqu’à ce tu m’aies amené à la plénitude de l’union avec ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est le vrai soleil de mon âme, luisant jour et nuit sans fin et à perpétuité.

Exauce-moi, Père de miséricorde, par notre Seigneur Jésus-Christ.  Amen.

 

 

Lectures possibles

Calvin, par Jean Luc Mouton; Folio, 2009. Facile à lire.

Prier 15 jours avec Calvin; Gill, 2009. Spiritualité intériorité.

 

Calvin sans trop se fatiguer, Christopher Elwood; Labor et Fides, 2008. Bonne vulgarisation pleine d’humour.


Les 500 ans de la Réformation - Martin Luther                         (Octobre 2017)

Devant Dieu,  Luther est un chanteur et un mendiant

Par où commencer avec Martin Luther ? Il nous ressemble tellement dans nos zones grises de la vie et nos enthousiasmes « irréfléchis ». Dans toute sa vie il y a eu chez lui une tension très visible entre sa peur de vivre et ses angoisses personnelles qui lui faisaient graver au couteau sur sa table de travail dans les jours d’orage : « Je suis baptisé ». Il ne dénonçait les actes religieux pieux comme les pèlerinages, la pratique religieuse sans fondement, les autorités religieuses pape en tête ! Cette tension allait d’un Dieu loin, inatteignable et pourtant tout proche, à portée de main ! Il lui faudra toute une vie après une expérience de Dieu qui passe du rouge au vert pour laisser la lumière intérieure grandir et lui donner la force et vigueur que seul un nourrisson peut trouver au sein de sa mère; géniales et pleines d’actualité étaient ses réflexions.

Il ne cherchait pas à être un saint et ne le sera donc jamais au sens ou la tradition le voit. Apprendre à croire et à vivre devant Dieu comme un enfant, pauvre pêcheur perdu mais totalement et pleinement aimé de son Père. Sa formule restera : pour toujours pêcheur mais toujours gracié.

Il y a chez lui une liberté et un courage de vivre qui nous le rend si proche et sympathique même et surtout contagieux.

Le journal français Le Monde des Religions a publié en mai 2017 un numéro spécial au titre provocateur : Luther l’homme qui a changé le monde.

 

Aux yeux de l’histoire et de son premier milieu de vie, il sera un tourbillon. Mais placera tout et toujours en premier le Christ révélé dès les premiers mots de la Parole de Dieu et un principe toujours en vie « Sola gracia, Sola fide, Sola scriptura » la grâce est toute suffisante comme la foi et l’écriture. Tout pleinement en lui. Même le premier et le seul pape allemand Benoit XVI dira récemment de lui : « Martin Luther, un maître spirituel ». Ses écrits, ses actions et sa foi sont encore bien présents dans ses cantiques toujours chantés dans nos célébrations avec 16 cantiques reproduits dans la dernière édition française et 37 dans l’allemande. Avec Michelet l’historien français du 19e, « oui il est chanteur et mendiant ». Un homme tout épris de liberté, et son parcours tant personnel que spirituel le marque très profondément au risque des abîmes du sens introuvable sinon dans une confiance donnée en avant de lui, totale pas toujours vérifiée.

Rose de Luther emblème personnel utilisé par authentifier tous ses écrits 

Conjuguer prière et Bible avec Luther

Le réformateur du 16e siècle trouva son chemin en conjuguant Bible et prière comme deux rails de train menant au but, une proximité à toujours rechercher.

Comme exégète de formation, le moine Luther se passionna pour la traduction de la Bible à partir des originaux hébreu et grec même en fréquentant des rabbins, attitude rare en son temps. Il commença aussi une traduction en allemand populaire qui devait marquer la langue allemande.

Il commença son enseignement par les psaumes qu’il aimait particulièrement. Excellent carrefour de rencontre Dieu- homme. C’est le psaume 118 qui devint son psaume toute sa vie. Il en parle avec une familiarité rare  Ce Psaume m’a sauvé de mainte grande nécessité d’où ni empereur, ni rois, ni sages, ni saints n’eussent pu me tirer. C’est mon ami qui m’est plus cher que tous les honneurs, toute la puissance de la terre.

Cette intimité avec une parole va marquer le protestantisme naissant jusqu’à nos jours. Un compagnonnage qui nous ouvre au possible de retrouver ou réinventer notre chemin.

S’ouvrir à une parole en prenant le temps de l’écouter, la réentendre et retrouver des chemins inédits ou Dieu dit encore oui ou c’est possible, ou non la route est trop risquée; un dialogue devant Dieu. Le passage obligé sera bien sûr 1,17 de la Lettre de Paul aux Romains  : Dieu rend les hommes justes, devant lui, et c’est par la foi du commencement à la fin comme l’affirme l’Écriture. 

Elle se développera tant dans la prière publique que personnelle. Ainsi dans le service en communauté le dimanche, avant de lire les textes bibliques, une prière est prononcée. Elle s’appelle prière d’illumination du cœur. Comme si notre vie a besoin de se préparer à un changement d’écoute. Et en fin de prédication, il y avait aussi une prière qui se reliait et réorientait nos agirs. Quant à la prière dite personnelle, elle aura une grande dimension. 

Psaume 118

Vivre pour raconter ce que le Seigneur a fait

Du fond de la détresse j’ai appelé le Seigneur au secours,

Et il m’a répondu, il m’a rendu la liberté. (V.5)

Lire tout le psaume

1 - Cherchez vous une proximité avec la Bible, avec qui, avec quoi ? Nommez vos réponses par ordre de priorité

2 - Y a-t-il un texte biblique qui vous parle personnellement ? Notez-le

 

3. En quoi est-il en lien avec une situation personnelle ?

 

Des mots pour nos prières

Pour le matin                (Martin Luther)

Je te rends grâce ô mon père céleste

Par Jésus-Christ, ton fils bien-aimé de ce que tu m’as gardé de tout accident

Et de tout danger pendant cette nuit

Je te prie de me préserver encore, pendant cette journée, du péché et de tout mal

Afin que toutes mes actions et ma vie entière te soient agréables.

Je remets, mon corps, mon âme et toutes choses entre tes mains.

Que ton saint ange m’assiste afin que Satan n’est aucun pouvoir sur moi

Amen

 

C’est un rempart que notre Dieu

Cantique chanté régulièrement à la Fête de la Réformation le dernier dimanche d’octobre et qui servira de thème à la Symphonie dite de la Réformation de Mendelssohn.

C’est un rempart que notre Dieu,

Une invincible armure,

Un défenseur victorieux

Une aide prompte et sûre.

L’Ennemi contre nous

Redouble de courroux

Vaine colère ! Que pourrait l’adversaire ?

L’Éternel détourne ses coups.

 

Dis-le ce mot victorieux

Dans toutes nos détresses.

Répands sur nous du haut des cieux

Ta force et ta sagesse.

Qu’on nous ôte nos biens,

Qu’on serre nos liens :

Que nous importe ! Ta grâce est la plus forte

 

Et ton royaume est pour les tiens.


Au commencement, Dieu et nous

Genèse 1,1

Au commencement Dieu créa, dit le Genèse.  Passer ses vacances au bord du Saint-Laurent, est comme prendre du temps de la vie qui s’écoule avec nous et malgré nous parfois. Le récit de la Genèse est un événement que nous ne pourrons jamais saisir dans son infiniment petit ou son infiniment grand. Il reste à voir et à regarder et un peu comprendre. Utiliser au mieux et apprivoiser un petit peu. « Créer », pour les Hébreux, est un verbe exclusif à Dieu. Les humains peuvent découvrir et explorer, aménager, mais pas « créer ». À nous tout un travail du cœur et des bras avec intelligence. Aussi le premier verbe du grand Livre précise qu’ « au commencement Dieu créa ». Dieu fait un événement en trois parties. Il commence par un cadre de vie et de séparation en partant du chaos et finissant à la terre ferme et la végétation. Puis il place les habitants en plaçant soleil et lune, pour terminer avec les animaux terrestres et les humains. Et le Dieu du commencement est encore là mais au repos complet.

Un cadrage de notre lieu d’existence passe donc du rien de la vie organisée et possible à une vie nommée par les humains pour chaque élément de vie. Et à chaque rythme, Dieu dit : « C’est bien ! » Mais quand nous les humains nous émergeons, Dieu renforce son appréciation avec un « très bien ». Enfin, au dernier jour, Dieu prend le temps de se reposer. Surtout ne rien faire ! Septième jour où il regarde avec le plaisir de voir et d’entendre. Dieu nous invite nous aussi à poser un deuxième regard sur la vie et son infini pour nous et en nous. Dieu crée donc et bénit tout de suite.  Et il dit du bien de tout. Traduit de l’hébreu sa parole de bénédiction signifie que nous sommes dans une maison habitée et habitable.

Il n’y a donc rien de nouveau quand nous prenons le temps en été de poser un autre regard sur nos vies et les lieux qui nous habitent. Et comme disaient les anciens : « En suivant le fleuve, on parvient à la mer » donc devant nous. Mais aussi même le fleuve le plus large, commence à une source. Une invitation à aller bien plus loin. Donc en arrière aussi. Nous sommes invités à faire ce voyage dans les extrêmes de notre vie, explorer au-delà de ce que nous voyons et entendons peut-être comprenons. Aujourd’hui nous ne disons rien de nouveau dans nos prières quand nous disons de Dieu que « Dieu était, est et sera ». Nous relisons simplement notre vie. C’est à ce voyage que la bible aussi ma ou notre prière, nous invite dans cette série.  Méditation et prière chaque mois est notre nouvelle invitation. Le temps est comme un fleuve que formeraient nos événements et nous proposent d’y donner un sens.

Dans le meilleur et le pire

Sur ce fleuve pas si tranquille de la vie, un livre biblique a pris le temps de garder ou mieux refléter nos extrêmes, un peu comme les accents d’une musique que nous rencontrons tous un jour ou l’autre. Ce livre s’appelle les Psaumes, et il y en a 150 regroupés selon les étapes et vagues de nos vies. Alors commençons par le plus beau pour donner vie au fleuve, il dit la louange et la reconnaissance au Dieu Créateur qui donne la vie que nous avons. Un recueil de cantiques de nos églises s’appelait Psaumes et cantiques. Au temps de la Réforme, nos prédécesseurs ont décidé de les reprendre et les chanter tous, et même un nouveau recueil, récemment paru, a réintroduit tous les 150 psaumes en une traduction qui a passé les siècles. Chaque culte commençait par un psaume comme dans la tradition des moines bénédictins. Mon arrière-grand-père était charpentier et cultivateur avec cinq vaches au village natal il y a un siècle trois quart. Il chantait ces psaumes et à quatre voix s’il vous plait, il nous les a transmis. Nous avons gardé depuis dans la famille l’habitude de le chanter autour de la table familiale. Voici le refrain du psaume 103 : « Ma vie bénit le Seigneur, de tout mon cœur je veux remercier le Dieu saint. Oui je veux remercier le Seigneur sans oublier aucun de ses bienfaits. »

Mais il y a un extrême quand tout va mal et que ça n’a plus de sens comme le psaume que Jésus criera lui-même sur la croix du Golgotha, le psaume 22 qui est lu à chaque vendredi-saint : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? Quand nuit et jour je m’épuise à crier, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi te tiens-tu éloigné de ma souffrance ? »

Nous sommes donc embarqués sur un fleuve pas si tranquille quand il déborde et inonde les bords de l’Ile de Montréal ou détruit comme les ouragans tout ce qui s’y retrouve sur son passage. Mais nous voyageons, et la vie est encore possible et bonne.

 

Psaume de la Création

 

Il y eut un soir, il y eut un matin

Magnifique poème de la création,

Semaine originelle qui rythme le temps et les êtres

En se berçant d’une tendre innocence

Bénis sois-tu Seigneur maître et créateur de l’univers !

 

Hélas, ou tant mieux les choses apparaissent

Diablement, ou plutôt divinement autrement complexes

Une semaine primordiale en sept jours

Qui détermine à jamais le temps humain

Entre la lumière du premier jour et le repos du septième

C’était parfait

Nous avions des balises et l’incertitude

Des jours venait battre la rive

Aux imageries tranquilles d’un monde domestiqué,

Mais tout est plus complexe, désormais

Et le monde enchanté d’hier

Est tellement plus compliqué, plus menaçant, plus terrifiant

Que tout ce qu’on avait osé imaginer.

 

 

André Beauchamp : Psaumes de la création. Paroles pour prier; Novalis 2012.